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Tome 1, Chapitre 12 Tome 1, Chapitre 12
PDV Jacob
    
    C’est bientôt l’heure pour moi d’aller chercher Charlotte sur le parking réservé aux « visages pâles » et Embry veut bien m’accompagner. Je sais très bien que c’est pour voir si je risque de craquer en l’embrassant comme j’ai failli faire quand on s’est vus mercredi. Lors d’une patrouille avec lui et Paul, j’y ai repensé sans faire attention ; ce qui m’a bien entendu valu des moqueries. Il a fait un pari avec Quil, comme d’habitude à mes dépends, sur le temps qu’il me faudrait avant de réellement embrasser mon imprégnée. Nous arrivons sur le parking et nous entendons qu’une voiture arrive près de la frontière de la Réserve avec de la musique. J’entends la voix de mon imprégnée qui chante au-dessus de la musique et cela me donne des frissons, ce qui fait glousser mon meilleur ami.
    - On verra quand tu t’imprègneras… Maintenant, laisse-moi l’écouter…
    
    I believe
    We all have one true love
    Somewhere in this world
    I do (I do, I do)
    
    When it seemed
    All my dreams
    Were falling through
    That's when I found you
    
    I believe for every heart
    That whispers in the dark
    There's a ray of light somewhere
    Shining through
    It was sink
    Or swim
    When the tide came in
    

    I found myself
    When I found you
    I found the closest thing to heaven
    Yes in you
    I found the deepest love I knew
    Ooooh Ohh
    I'll believe
    Yes it's true
    I found myself
    When I found you
    
    Ooh yeah
    
    I believe (I believe)
    For every door (Every door)
    That's closing
    For every heartbreak‚
    There's hope for something new
    From the ashes rise a glimpse of paradise
    It still flickered in your eyes
    
    When I found you
    I found the closest thing to heaven
    Yes in you
    I found the deepest love I knew
    Ooooh Ohh
    I'll believe
    Yes it's true
    I found myself
    When I found you
    
    A life unfolds
    No one knows
    I thought love was just a tingling of the skin
    I felt so alone
    All Alone
    More than you could ever know
    You show deep love
    Sweet love
    
    When I found you (I found love)
    Oooh (the closest thing to heaven)
    Oh yeah
    I found you baby, I found you
    I found you
    Yeah
    I found myself
    
    When I found you
    I found the closest thing to heaven
    Yes in you
    I found the deepest love I knew
    Ooooh Ohh
    I'll believe
    Yes it's true
    I found myself
    When I found you, you

    
    Sa voix est tellement magnifique et pleine de sentiments, tout comme la chanson elle-même. Je vois alors mon imprégnée qui vient de terminer de se garer en même temps que la chanson s’achève. Elle sort de son véhicule et je sens qu’elle a ramené quelque chose à manger qui titille mes narines. Elle porte un pantalon simple avec un haut gris tout simple mais qui la rend vraiment belle, elle sent toujours aussi bon la framboise et la fleur d’oranger. Je dois sûrement lui faire un regard assez insistant puisqu’elle rougit en s’approchant de nous.
    
    La soirée se déroule assez bien malgré un regard soupçonneux de la part de mon père quand je lui ai présenté mon imprégnée. Je suis d’ailleurs surpris en entendant qu’elle a cuisiné une bonne partie de l’après-midi des gâteaux qu’elle n’aime pas manger. Yuma prend d’ailleurs note du fait qu’elle aime beaucoup les donuts au sucre. Ses muffins sont délicieux, j’en ai pris un aux myrtilles et deux au chocolat. C’est un véritable régal. Sans compter qu’elle est à côté de moi et la sentant frissonner, j’entoure ses épaules de mon bras. J’entends son cœur battre légèrement plus vite, ce qui fait sourire Yuma et l’apaise à la fois. Pendant quelques instants où j’essaie de la regarder discrètement sous le regard de mon père, je la vois observer Quil et Claire quelques secondes et froncer les sourcils. Je sens qu’elle réfléchit intensément. Elle se penche vers moi pour me chuchoter qu’elle est impatiente d’écouter nos légendes. Je lui réponds sur le même ton que cela va bientôt commencer. Ce qui a enclenché le début du récit de mon père.
    
    - Les Quileute ont toujours été un petit peuple. Nous n’avons cependant jamais été éradiqués de la surface de la Terre grâce à la magie qui coule dans nos veines depuis la nuit des temps, même si notre capacité à changer de forme n’est venue que plus tard. Car, au commencement, nous étions des esprits guerriers.
    - La tribu s’installa sur cette côte et se spécialisa dans la construction de bateaux et la pêche. Malheureusement, nous étions peu nombreux, l’endroit regorgeait de poissons. Des rivaux convoitaient nos terres, et nous n’étions pas assez puissants pour les défendre. Une tribu plus importante nous envahit, et nous fûmes contraints de fuir sur nos navires.
    « Kaheleha ne fut sans doute pas le premier esprit guerrier, mais nous avons oublié les légendes ayant précédé la sienne. Nous ne nous rappelons plus qui s’est aperçu de l’existence de notre pouvoir, no comment il a été utilisé avant cette épreuve. Pour nous, Kaheleha inaugura la lignée des grands Chefs Esprits de notre peuple.
    « Le jour de l’attaque, lui et son armée quittèrent les embarcations. Par l’esprit seulement. Les femmes restèrent sur les flots pour surveiller leurs enveloppes charnelles, tandis que les hommes regagnaient la grève.
    « S’ils n’étaient pas en mesure d’atteindre physiquement leurs ennemis, ils disposaient d’autres moyen. Les récits nous apprennent qu’ils pouvaient déclencher de violentes bourrasques sur le camp adverse ; qu’ils étaient capables de faire hurler le vent pour terrifier leurs opposants. Les histoires nous disent aussi que les animaux les voyaient et les comprenaient, qu’ils leur obéissaient.
    « Kaheleha et ses hommes vainquirent les envahisseurs. Ces derniers avaient des meutes de gros chiens à la fourrure épaisse dont ils se servaient pour tirer leurs traîneaux sur les terres gelées du nord. Les Quileute retournèrent les bêtes contre leurs maîtres puis déclenchèrent une invasion de chauves-souris qui peuplaient les cavernes des falaises. Ils provoquèrent les cris du vent afin d’aider les chies à semer la pagaille parmi les hommes. Les animaux l’emportèrent, et les survivants s’égaillèrent en jurant que notre côte était maudite. Les Quileute victorieux libérèrent les chiens qui retournèrent à la vie sauvage, tandis qu’eux-mêmes réintégraient leurs corps et retrouvèrent leurs épouses.
    « Effrayées par notre magie, les tribus environnantes, les Hoh et les Makah, signèrent des traités de non-agression avec nos ancêtres. Si un ennemi se risquait quand même à nous affronter, les esprits guerriers le chassaient, et nous vécûmes en paix.
    « Les générations se succédèrent ainsi jusqu’à l’ultime grand Chef Esprit, Taha Aki, réputé pour sa sagesse et son pacifisme. Sous son règne, le peuple connut la joie. Il n’y avait qu’un mécontent, Utlapa.
    - Utlapa était l’un des guerriers les plus forts de Taha Aki. Sa puissance n’avait d’égale que son avidité. Il estimait que la tribu aurait dû se servir de sa magie pour étendre son territoire et réduire les Hoh et les Makah en esclavage, afin d’établir un véritable empire.
    « Désormais, lorsque les soldats se transformaient en purs esprits, ils étaient capables de lire les pensées de leurs pairs. Taha Aki découvrit donc ce à quoi rêvait Utlapa et se fâcha. Il condamna l’ambitieux à l’exil et lui interdit de jamais se resservir de son esprit. Tout fort qu’il fût, Utlapa n’était pas en état de résister à une armée entière, il fut contraint d’obéir. Rageur, il se cacha dans une forêt proche pour y guetter l’occasion qui lui permettrait de se venger de son supérieur.
    « Même en temps de paix, le Chef Esprit restait vigilant quand il s’agissait de la sécurité des siens. Souvent, il gagnait un endroit secret et sacré, perdu dans la montagne. Il y abandonnait son corps et survolait les bois et la côte pour s’assurer qu’aucun danger ne menaçait. Un jour, alors que Taha Aki remplissait son devoir, Utlapa le suivit. Son intention première avait été de le tuer, purement et simplement. Ce plan avait des inconvénients, cependant. Les guerriers chercheraient sans doute à détruire l’assassin, qu’ils rattraperaient sans aucune difficulté. Dissimulé derrière un rocher, Utlapa observa les préparatifs du chef et il eut une autre idée.
    « Taha Aki s’envola pour sa tournée d’inspection, Utlapa attendit qu’il se fût éloigné pour mettre son projet à exécution. Le chef sut immédiatement que son rival l’avait rejoint dans le monde spirituel et devina ses secrets, mais les vents ne réussirent pas à le porter assez vite pour le sauver. Quand il arriva là-bas, son enveloppe charnelle avait disparu. Celle d’Utlapa gisait au sol, abandonnée. Hélas, le maudit avait tout prévu en tranchant sa propre gorge des mains même de Taha Aki, si bien que ce dernier était condamné à rester esprit.
    « Il suivit son corps dans la vallée, agonissant d’injures Utlapa, qui l’ignora comme une brise anodine. Désespéré, Taha Aki vit son ennemi prendre sa place au sein des Quileute. Durant quelques semaines, Utlapa garda profil bas, afin que chacun crût qu’il était Taha Aki. Puis les premiers changements intervinrent. Le traître commença par interdire aux guerriers d’entrer dans le monde spirituel. Il prétendit avoir eu la vision d’un danger, alors que, en réalité, il avait peur. Il était conscient que Taha Aki attendait une chance de raconter ce qui s’était passé. D’ailleurs, l’imposteur craignait lui aussi de se transformer en esprit, sachant pertinemment que Taha Aki exigerait la restitution de son corps. Ainsi, ses rêves de conquête tombèrent à l’eau, et il dut se contenter de diriger la tribu. Il oppressa celle-ci, réclamant des privilèges que l’ancien chef n’avait jamais demandés, refusant de travailler avec ses hommes, prenant une deuxième épouse, puis une troisième, alors que la femme de Taha Aki vivait encore, un évènement extraordinaire pour les Quileute. Taha Aki assista à tout cela en proie à une rage impuissante.
    « Il finit par essayer d’assassiner son propre corps afin d’épargner à son peuple les excès d’Utlapa. Il convoqua un loup féroce de la montagne, mais l’imposteur se cacha derrière ses soldats et, quand un jeune homme fut tué en tentant de protéger celui qu’il prenait pour son chef, Taha Aki ressentit un chagrin épouvantable et ordonna à la bête de regagner son repaire.
    « Toutes les histoires insistent sur la difficulté d’être un esprit guerrier. Il était plus terrifiant qu’amusant de se libérer de son enveloppe charnelle, voilà pourquoi nos aïeux ne recouraient à leur magie qu’en cas de besoin. Les expéditions solitaires du chef étaient un fardeau, un sacrifice auquel il consentait pour le bien de la communauté. Etre privé de corps était désorientant, inconfortable, très pénible. Taha Aki avait été éloigné du sien depuis si longtemps qu’il était à l’agonie. Il se croyait maudit, estimait qu’il n’atteindrait jamais la terre ultime où l’attendaient ses ancêtres, parce qu’il était à jamais voué à cette vacuité atroce.
    « Le loup, animal imposant et magnifique, suivant dans les bois l’esprit de Taha Aki qui se tordait de douleur. L’ancien chef éprouva une soudaine jalousie pour cet animal sans cervelle. Lui possédait un corps ! Lui avait une vie ! L’existence d’une bête valait mieux que cet abominable vide conscient. Ce fut alors que Taha Aki eut l’idée qui allait changer notre destin à tous. Il prit le grand loup de l’accueillir, de partager son enveloppe terrestre. L’animal obtempéra, et Taha Aki se glissa en lui, à la fois soulagé et plein de gratitude. Certes, il n’était plus humain, mais il n’était plus condamné à la vacuité du monde spirituel.
    « Ne faisant plus qu’un, la bête et l’homme retournèrent au village sur la côte. Les gens s’enfuirent, affolés, en appelant à l’intervention des guerriers. Ces derniers surgirent, armés de leurs lances. Bien sûr, Utlapa préféra rester derrière. Taha Aki n’attaqua pas ses anciens combattants. Il recula lentement, s’adressant à eux avec ses prunelles, tentant de chanter les chansons de son peuple, et ils comprirent peu à peu que ce loup n’était pas ordinaire, qu’une âme l’influençait. Un vieux guerrier nommé Yut décida de désobéir aux ordres de celui qu’il prenait pour son chef et d’essayer de communiquer avec l’animal.
    « Dès que Yut eût franchi les limites du monde spirituel, Taha Aki quitta le corps du loup, qui attendit sagement son retour, et parla. Confronté à la vérité, Yut rendit hommage à son vrai chef. A cet instant, Utlapa vint voir si la bête avait été tuée. En découvrant la dépouille de Yut protégée par ses pairs, il saisit ce qui se passait. Tirant son coureau, il se précipita afin d’assassiner le vieux soldat avant qu’il ne réintègre son enveloppe charnelle. « Traître ! » hurla-t-il. Les guerriers furent décontenancés. On leur avait interdit les voyages spirituels, et il appartenait au chef de punir qui contrevenait à ses ordres. Yut regagna prestement son corps. Malheureusement, Utlapa menaçait déjà sa gorge d’un couteau, une main plaquée sur sa bouche. Le corps de Taha Aki était fort, et l’âge avait affabli Yut qui ne put même pas prononcer un mot et prévenir ses camarades, car Utlapa le fit taire à jamais.
    « Taha Aki regarda l’esprit de Yut s’en aller vers l’ultime contrée, celle qui lui était interdite pour l’éternité. Il ressentit une rage immense, la plus puissante de son existence. Il retourna dans le grand loup, bien décidé à déchirer la gorge d’Utlapa. C’est alors qu’une magie réellement extraordinaire se produisit. La colère du vieux chef était celle de l’homme. L’amour qu’il nourrissait envers les gens de sa tribu et la haine qui le consumait à l’encontre de leur oppresseur étaient trop vastes pour le loup, trop humaines. L’animal frissonna et, sous les yeux ahuris tant des guerriers que d’Utlapa, il transforma en être humain. Ce nouvel homme ne ressemblait pas à Taha Aki. Il était bien plus splendide. Il était l’interprétation incarnée de l’esprit de Taha Aki. Ses soldats le reconnurent aussitôt, car ils avaient volé en sa compagnie. Utlapa tenta de fuir, mais la nouvelle enveloppe charnelle de Taha Aki avait la force du loup. S’emparant de l’imposteur, il anéantit son âme avant qu’elle ne s’évade du corps qu’il avait dérobé.
    « Le peuple se réjouit en comprenant ce qui s’était produit. Taha Aki rétablit l’ordre, se remit à travailler avec les siens, rendit ses deux jeunes épouses à leurs familles. La seule chose sur laquelle il ne revint pas les voyages spirituels. Il avait compris qu’ils étaient devenus trop dangereux, à présent qu’avait germé l’idée de voler la vie d’un autre. Les esprits guerriers cessèrent donc d’exister.
    « Dès lors, Taha Aki fut plus qu’un simple loup et qu’un simple homme. On le surnomma Taha Aki le Grand Loup ou Taha Aki l’Homme Esprit. Il présida à la destinée de la tribu durant de très nombreuses années, car il ne vieillissait plus. Dès lors qu’un danger menaçait, il se transformait en bête afin de combattre ou d’effaroucher l’ennemi. La vie se poursuivit dans la paix, Taha Aki engendra de multiples fils dont certains s’aperçurent, après avoir atteint l’âge adulte, qu’ils étaient eux aussi capables de transmuter. Ces loups différaient tous les uns des autres, car ils étaient des esprits et reflétaient la nature des hommes qui les habitaient.

    - Quelques fils, reprit-il, se firent guerriers et arrêtèrent de vieillir. D’autres, qui n’appréciaient pas la transformation, refusèrent de se joindre à la meute. Ils se remirent à subir les assauts du temps, et la tribu comprit alors que les hommes-loups étaient comme n’importe quel humain dès qu’ils abandonnaient leur esprit lupin. La vie de Taha Aki dura aussi longtemps que celle de trois vieillards. Après la mort de sa première femme, il en épousa une deuxième, puis une troisième quand la seconde fut décédée. En cette dernière, il rencontra sa véritable moitié. Certes, il avait aimé les autres mais là, c’était différent. Il décida alors de renoncer à son esprit de loup afin de pouvoir mourir en même temps qu’elle. Ainsi nous a été transmise la magie, bien que ce ne soit pas là la fin de l’histoire…
    Mon père regarda le vieux Quil Ateara qui se tortilla sur sa chaise et redressa ses frêles épaules. Billy but une gorgée d’eau à la bouteille puis s’essuya le front. Sans faiblir, le stylo d’Emily continuait de courir sur le papier. Je me tournais alors vers mon imprégnée qui avait le regard plongé dans le feu. Pendant certains moments du récit, je l’avais entendu retenir sa respiration, ou soupirer, comme si elle avait vu dans sa tête tout ce qui avait été raconté. Elle est magnifique, plongée dans ses pensées.
    - Telle est la légende des esprits guerriers, entonna le vieux Quil de sa voix de ténor. Je vais vous narrer celle du sacrifice de la troisième épouse.
    « Bien après que Taha Aki eut abandonné son esprit lupin, alors qu’il était chenu, des troubles éclatèrent au nord, avec les Makah. Plusieurs jeunes femmes de cette tribu disparurent, et leurs hommes blâmèrent les loups du voisinage qu’ils craignaient et dont ils se défiaient. Les hommes-loups pouvaient toujours lire les pensées de leurs pairs quand ils revêtaient leur forme animale, comme leurs ancêtres l’avaient fait en tant qu’esprits. Ils savaient donc qu’aucun d’entre eux n’était responsable. Taha Aki tenta d’apaiser le chef Makah, mais les peurs étaient trop fortes. Taha Aki ne souhaitait pas la guerre, il n’était plus un guerrier pour réussir à conduire les siens à la victoire. Il chargea son fils aîné, Taha Wi, d’identifier le vrai coupable avant que ne débutent les hostilités.
    « Taha Wi entraîna cinq de ses compagnons lupins dans une quête à travers les montagnes, cherchant des indices sur les filles enlevées. Dans la forêt, ils tombèrent sur une chose inconnue, une étrange et douceâtre odeur qui leur brûla les narines jusqu’à ce qu’elles soient douloureuses.
    - Ils ignoraient quelle créature laissait ces traces olfactives, les suivirent cependant,
continua le vieux Quil dont les intonations, quoi que dénuées de la majesté qui caractérisait la voix de Billy, étaient empreintes d’une sorte d’urgence. Ils trouvèrent également de vagues traces humaines, du sang, le long de la piste. Ils furent donc certains d’avoir repéré l’ennemi qu’ils traquaient. Leur voyage les mena si loin vers le nord que Taha Wi renvoya la moitié de la meute, les plus jeunes, vers le village, afin d’y faire un rapport à son père. Lui-même et ses deux frères ne revinrent jamais.
    « Leurs cadets partirent à leur recherche, seul le silence leur répondit. Taha Aki pleura la perte de ses fils. Il aurait voulu les venger, il était si vieux. En habits de deuil, il alla à la rencontrer du chef Makah et lui raconta ce qui s’était passé. L’autre crut en son chagrin, et les tensions s’apaisèrent.
    « Un an plus tard, la même nuit, deux vierges Makah disparurent de chez elles. Les guerriers en appelèrent aussitôt aux Quileute, qui flairèrent l’identique puanteur dans tout le village. Ils repartirent donc en chasse. Seul l’un d’eux survécut, Yaha Uta, l’aîné de la troisième femme de Taha Aki, le benjamin de la meute. Il ramena avec lui quelque chose que les Quileute n’avaient jamais vu – un cadavre qu’il avait mis en pièces, froid comme la pierre. Tous ceux qui étaient du sang de Taha Aki, y compris ceux qui n’avaient pas été loups, sentirent l’odeur puissante qui émanait de la créature morte. C’était elle, l’ennemi des Makah.
    « Yaha Uta narra ce qui s’était passé : lui et ses frères avaient trouvé l’être étrange qui, sous l’apparence d’un homme, était comme le granit avec les deux filles Makah. L’une d’elles avait déjà perdu la vie et gisait, blanche, vidée de son sang, sur le sol. L’autre était prisonnière des bras du monstre qui avait la bouche tout contre sa gorge. Elle était sans doute encore vivante quand ils arrivèrent sur les lieux de l’abominable spectacle, mais la créature lui brisa rapidement le cou et jeta son corps à terre. Ses lèvres pâles étaient couvertes de sang, ses prunelles étaient allumées d’un rougeoiement furieux.
    « Yaha Uta décrivit la force et la rapidité de l’adversaire. Un des frères mourut pour avoir sous-estimé cette puissance, car le monstre le déchira en deux, comme une poupée de son. Yaha Uta et son autre frère furent plus circonspects. Ils s’unirent, harcelant la créature de tous les côtés, le trompant par d’audacieuses manœuvres. Il leur fallut toutefois recourir à toute la célérité et à toute l’habileté de leurs corps de loups, d’en repousser les limites comme s’ils n’avait jamais été obligés de le faire. L’étranger avait la dureté de la pierre et la froideur de la glace. Seules leurs dents réussissaient à l’entamer. Ils se mirent donc à le dépecer petit à petit tout en luttant contre lui.
    « L’ennemi apprenait vite, néanmoins, et il ne tarda pas à les égaler en ruse. Il parvint à s’emparer d’un des deux loups, puis Yaha Uta trouva une ouverture vers la gorge du monstre et bondit. Ses crocs tranchèrent sa tête, mais les mains assassines continèrent de broyer son frère. Yaha Uta lacéra la créature en mille morceaux avec une hargne désespérée desstinée à sauver son malheureux allié. Hélas, il était trop tard, même s’il finit par anéantir l’assassin.
    « Du moins, c’est ce que tout le monde croyait. Le survivant déposa les restes puants à terre pour que les anciens les examinent. Une main coupée traînait à côté d’un bras. Quand les sages les poussèrent avec des bouts de bois, les deux débris épars se touchèrent, et la main tenta de se ressouder au bras. Horrifiés, les aînés ordonnèrent qu’on y mît le feu. Un gros nuage de fumée malodorante pollua l’air. Lorsqu’il ne resta du monstre plus que des cendres, les Quileute les répartirent dans de nombreux sac et les éparpillèrent au loin, un peu partout, dans l’océan, les bois, les cavernes des falaises. Taha Aki tint à garder un des sachets autour du cou afin d’être averti si la créature tentait une fois encore de se rassembler.

    Le vieux Quil s’interrompit pour regarder Billy qui sortit de sous sa chemise un grand lacet de cuir au bout duquel était suspendue une petite bourse que les ans avaient noircie. Quelques auditeurs laissèrent échapper un souffle. Charlotte poussa un hoquet de surprise que je trouvais absolument charmant.
    - Ils l’appelèrent Sang-Froid, buveur de sang, et se mirent à vivre dans la crainte qu’il ne soit pas le seul représentant de son espèce. Il ne leur restait plus qu’un loup protecteur, le jeune Yaha Uta.
    « Ils n’eurent pas longtemps à attendre. Le monstre avait une compagne, qui vint trouver la tribu, l’âme assoiffée de vengeance. Les légendes affirment que cette femelle était l’être le plus beau qu’œil humain eût jamais croisée. Elle ressemblait à la déesse de l’aube lorsqu’elle entra dans le village, ce matin-là. Pour une fois, le soleil brillait, se reflétant entre mille éclats sur sa peau blanche et illuminant sa chevelure dorée qui lui tombait jusqu’aux reins. Son visage était magique de splendeur, avec ses prunelles noires sur toute cette pâleur. Certains tombèrent à genoux pour la révérer.
    « Elle posa une question d’une voix haute et aigüe, dans une langue que nul ne connaissait. Ahuris, les gens ne surent que répondre. Dans l’assistance, personne n’était de la lignée de Taha Aki, mis à part un garçonnet qui s’accrocha aux jambes de sa mère en hurlant qu’une odeur lui brûlait le nez. L’un des anciens, en route pour le conseil, entendit ses paroles et comprit à qui il avait affaire. Il cria aux autres de se sauver. Ce fut lui qu’elle tua en premier.
    « Il y eut vingt témoins de l’arrivée de la femelle Sang-froid, deux survécurent, uniquement parce que, distraite par le sang, elle s’arrêta pour s’y abreuver. Ils coururent Taha Aki qui participait à la réunion en compagnie des autres sages, de ses fils et de sa troisième épouse. Yaha Uta se transmuta en esprit lupin sitôt qu’il eût vent des nouvelles. Il partit seul affronter et détruire l’intruse. Taha Aki, sa femme, ses fils et les anciens le suivirent. D’abord, ils ne réussirent pas à trouver la créature, juste les traces de son attaque. Des cadavres brisés jonchaient le chemin par lequel elle était venue, dont quelques-uns vidés de leur sang. Puis ils perçurent des hurlements et se ruèrent vers la grève.
    « Une poignée de Quileute s’étaient réfugiés sur les bateaux. La femelle les poursuivait à la nage, tel un requin. Elle cassa la proue d’un navire avec une force incroyable. Lorsque l’embarcation coula, elle attrapa ceux qui tentaient de surnager et les brisa en deux également. Apercevant le grand loup sur la côte, elle oublia ses victimes et revint vers la rive à une telle allure qu’on distinguait à peine ses gestes. Alors, elle se dressa devant Yaha Uta, dégoulinante d’eau, dans toute sa gloire. Elle pointa sur lui un doigt blême et posa une nouvelle question, aussi incompréhensible que la précédente. Yaha Uta se tint prêt.
    « Ce fut un rude combat. Elle n’était pas de la trempe de son compagnon, certes, mais Yaha Uta était seul, cette fois, sans personne pour détourner de lui la furie du monstre. Quand Yaha Uta fut vaincu, Taha Aki lança un cri de défi. Il s’approcha en boitillant et reprit son ancien corps de loup au museau blanchi. La bête avait beau être âgée, elle était animée par Taha Aki l’Homme Esprit, et sa rage lui donnait des forces. La lutte repartit de plus belle.
    « La troisième épouse de Taha Aki venait de voir mourir son fils. A présent, son mari se battait, et elle ne nourrissait aucune illusion quant à l’issue du combat. Elle avait entendu chaque mot que les témoins du massacre avaient rapporté au conseil ; elle connaissait le récit de la victoire de Yaha Uta sur le premier Sang-froid, elle savait qu’il n’en était sorti que grâce à la diversion de son frère.
    « Elle tira un couteau de la ceinture d’un des fils qui se tenait à son côté. Tous étaient de jeunes gars, pas encore des hommes, elle avait conscience qu’ils mourraient en tentant de venger leur père. L’épouse se précipita vers la buveuse de sang en brandissant le poignard. La créature sourit, amusée par cette intervention. Elle ne craignait pas cette faible humaine ni la lame qui ne ferait qu’égratigner sa peau, et elle s’apprêtait à délivrer le coup de grâce. Ce fut alors que la troisième épouse eut un geste auquel la femme ne s’attendait pas. Tombant aux pieds de l’ennemie, elle planta le couteau dans son propre sein. Le sang gicla entre les doigts de la malheureuse, éclaboussant le monstre qui ne put résister à son avidité. Poussée par son instinct, entièrement consumée par sa soif durant une seconde, elle se tourna vers la mourante. Aussitôt, les crocs de Taha Aki se refermèrent autour de son cou.
    « Ce ne fut pas la fin du combat, mais Taha Aki n’était plus seul à lutter, désormais. En voyant leur mère mourir, deux jeunes fils furent saisis d’une telle fureur qu’ils se ruèrent, transformés en loups alors qu’ils n’étaient pas encore des hommes faits. Ils vinrent à bout du monstre avec leur père.
    « Taha Aki quitta la tribu. Il ne reprit pas sa forme humaine. Une journée entière, il resta couché près de la dépouille de sa troisième épouse, grondant dès que quelqu’un tentait de la toucher, puis il s’en alla dans la forêt pour ne plus jamais revenir.
    « A compter de cette époque, les ennuis avec les Sang-froid furent l’exception. Les fils de Taha Aki veillèrent sur les Quileute jusqu’à ce que leurs propres fils soient assez âgés pour les remplacer. Il n’y eut jamais plus de trois loups à la fois. C’était suffisant. De temps en temps, un buveur de sang s’aventurait sur notre territoire – les loups, auxquels il ne s’attendait pas, les prenaient au dépourvu. Il arriva certes qu’une des bêtes mourût, elles ne furent cependant jamais décimées comme lors du premier affrontement. Elles avaient appris à combattre les Sang-froid et se transmirent ce savoir de loup en loup, d’esprit en esprit, de père en fils. Avec le temps, les descendants de Taha Aki cessèrent de se transformer à l’âge viril. Ce n’était que lorsqu’un ennemi surgissait que la transmutation se produisait. Les Sang-froid venaient toujours par un ou deux, si bien que la meute restait peu nombreuse.
    « Un jour, une famille plus importante arriva, et vos propres arrière-grands-pères se préparèrent à les affronter. Mais leur chef s’adressa à Ephraïm Black dans une langue humaine et jura de ne pas toucher aux Quileute. Ses étranges yeux jaunes prouvaient que lui et les siens se différenciaient des autres buveurs de sang. Ils surpassaient les loups en nombre, rien ne les obligeait donc à offrir un traité alors qu’ils auraient remporté le combat haut la main. Ephraïm accepta, eux restèrent fidèles à leur parole, bien que leur présence dans la région eût tendance à attirer d’autres représentants de leur espèce.

    Le vieux Quil s’interrompit et soupira.
    - Les Cullen, souffla mon imprégnée, ce qui fit se tourner les loups, moi le premier.
    Elle est vraiment intelligente et réfléchit très vite.
    - Il y en a tant, à présent, continua-t-il, que la tribu a dû développer une meute grande comme jamais depuis l’époque de Taha Aki. Les fils de notre peuple sont contraints de supporter à nouveau le fardeau et le sacrifice de leurs pères.
    Un silence s’installa qui dura longtemps. Les héritiers de la magie et des légendes se contemplaient au-dessus du feu, leurs regards pleins de tristesse. Toute la meute me regarda, comme le signal qu’il fallait que j’explique les choses à la jolie blonde.
    
    J’inspire un bon coup, jetant un coup d’œil à mon père qui acquiesce et me tourne vers Charlotte. Je me racle la gorge et elle plonge son regard dans le mien. Je sens de l’incertitude, un peu de peur et de la perdition. Yuma gémit dans ma tête en sentant son imprégnée perdue et désorientée.
    - Hum… Charlotte… Comme tu le sais, les feux de camps comme celui-ci ne sont pas autorisés à tout le monde.
    Elle acquiesce, presque prudente.
    - Ce que je vais te dire va sûrement te faire peur, mais…
    - Ne me dis pas que vous êtes réellement des loups et les Cullens des vampires… me coupe-t-elle d’une voix rauque.
    - Je suis désolé. Mais, c’est tout à fait ce qui…
    - J’y crois pas… C’est impossible… Enfin… Je…
    Elle se lève, me surprenant. Elle fait presque les cent pas en réfléchissant et secouant la tête. Je sens qu’elle est vraiment troublée.
    - Charlotte… Ecoute-moi. C’est la vérité, nous nous transformons bien en loups. Et tu as tout compris pour les Cullens.
    - Très bien. Alors, si c’est la vérité, montrez-moi votre transformation, me dit-elle déterminée.
    - Quoi ?
    - Jacob, montre-lui, me dit mon père.
    - Très bien, je réponds avec contrition.
    - Attends, je ramène Claire, elle tombe de sommeil, intervient Quil.
    Je me lève à la suite de Charlotte et Emily la tire un peu vers le centre du feu de camps pour ne pas que je la blesse. Je me retrouve alors face à mon imprégnée, je souffle un bon coup et commence à me déshabiller, toujours en la regardant. Quand j’enlève mon haut, je sens son regard sur moi, je sens du désir venant d’elle, ce qui fait gémir Yuma. Concentre-toi Jacob… J’ôte également mon pantalon.
    - Jacob, mais… résonne la voix de mon imprégnée surprise.
    Le son de sa voix excite mon loup, je me sens trembler. Je la regarde dans les yeux et je vois de la surprise et une légère crainte. Mon corps se modifie et s’allonge, il grossit et quelques secondes plus tard, je suis un énorme loup couleur rouille.
    
    Le silence se fait dans le groupe et mon regard plonge de nouveau dans les yeux couleur azur de mon imprégnée. Elle se détache quelque peu d’Emily qui la laisse faire. Charlotte s’approche lentement de moi, hésitante et la main tremblante. Pour ne pas l’effrayer, je me couche sur le sol, presque en rampant.
    - Ja… Jacob ?
    Je baisse les oreilles et gémis. Je la regarde de nouveau dans les yeux et je vois qu’une larme a coulé sur sa joue gauche.
    * Ne pleure pas, bébé… Je ne te ferais pas de mal… *
    - Comment c’est possible ? Je…
    Son odeur de framboise et de fleur d’oranger me donne encore plus envie de la prendre dans mes bras. Sous notre forme lupine, tout est décuplé, mais alors, encore plus quand notre imprégnée entre en ligne de compte et qu’elle est proche de nous. Sam s’approche de Charlotte, mais à une distance raisonnable, sachant qu’un loup imprégné, quand l’objet de son imprégnation est près de lui, peut réagir brusquement, tout le reste du groupe est resté dans les rondins de bois et regardent la scène avec attention et calme, comme pour laisser mon imprégnée prendre une certaine place. La place de l’imprégnée de l’Alpha naturel, même si je ne me sens pas encore prêt à ça. Elle s’avance un peu plus et sa main tendue frôle mon museau qui est à la hauteur de son visage. Je sens sa main caresser ma mâchoire, puis elle continue sa caresse, avec un léger tremblement, en atterrissant sur le sommet de ma tête, entre mes oreilles. Elle gratte légèrement avec ses doigts fins et cela me fait gémir et fermer les yeux.
    - Voilà comment dompter un Alpha… Grattez-lui la tête et il devient guimauve, intervient Paul avec un sourire dans la voix.
    * Lahote, je vais te fracasser… *
    Je grogne légèrement, faisant sursauter mon imprégnée, mais elle ne bouge pas.
    - Jake, tu es magnifique… chuchote-t-elle, ce qui me donne un frisson.
    
    - Charlotte, tu te sens bien ? lui demande Emily gentiment.
    - Oui. Mais, j’ai des questions, répond-elle en se collant à moi et se tournant vers le groupe. Je la sens frissonner légèrement, mais je la sens également apaisée.
    Je les observais et constatais que Sue et le vieux Quil étaient partis, accompagnés de Leah.
    - On se doute bien, répond mon père sur un ton calme.
    - Très bien alors, pourquoi les Cullen, qui sont des vampires peuvent vivre à Forks sans que vous ne les tuiez ?
    - Ils ne boivent pas de sang humain, intervient Sam. Ils se nourrissent de sang animal, c’est pour cela que nous avons fait un traité avec eux.
    - Et vous êtes absolument sûrs qu’ils ne craqueront pas à un moment ou à un autre ?
    - Nous ne sommes sûrs de rien, mais jusqu’à présent, aucun humain n’a été mordu ou tué par un des Cullen, continue Sam.
    - Et Bella est au courant pour les Cullen et vous ?
    - Oui, répond Embry.
    - Et elle sort avec Shakespeare ? Elle se croit dans Roméo et Juliette ou quoi ? Elle est encore plus tarée que je le pensais.
    Shakespeare ? J’entends Paul glousser dans sa barbe, pas mal comme surnom… Mais, revenons à nos moutons…
    Je grogne légèrement, ce qui la fait se tourner de nouveau vers moi, toujours sous ma forme de loup.
    - Jacob, je sais qu’elle est ton amie mais là, je viens d’apprendre que tes amis et toi étiez des formes de loups-garous, que les Cullen sont des vampires qui mangent les animaux et que Bella Swan, la fille du chef de mon père sort avec l’un d’eux. Sans compter, qu’elle peut toujours venir te voir ici malgré tout, alors excuse-moi de ne pas me sentir d’humeur sympathique envers elle.
    Je reste coi devant sa tirade. Mais, le pire n’est pas encore arrivé dans les explications.
    
    Un seul regard de Sam et je comprends que je dois me transformer pour la partie qui la concerne le plus et que je crains le plus. Je me recule de mon imprégnée, qu’Embry a pris par la main doucement, faisant grogner Yuma, qui devient de plus en plus possessif envers elle. Je vais dans le noir pour muter, me retrouvant nu comme un ver. Je me rhabille rapidement et reviens vers le centre du feu de camps.
    - Comment tu te sens Charlotte ? je lui demande prudent.
    - Ca va. Il faut juste que je digère tout ça. En plus, j’ai la forte impression que ce n’est pas encore terminé.
    Cela sonne comme un écho à ma dernière pensée. Le lien est de plus en plus fort et je sens que le moment le plus important est venu. Je soupire et Charlotte me regarde de nouveau, je la sens hésitante.
    - Ton impression est vraie. Je dois t’avouer la raison pour laquelle nous venons de t’apprendre notre nature et celle des Cullen. Tu te souviens de la partie à propos de la troisième épouse de Taha Aki ?
    - Celle qui est sa moitié ? Oui. Mais, je…
    Elle s’arrête dans sa phrase et reste la bouche ouverte.
    - Qu’est-ce que tu m’as fait ? me crie-t-elle en se levant et s’éloignant de moi.
    Je fais un pas vers mon imprégnée qui recule légèrement, ses yeux me lançant des éclairs. Cela me fait de la peine, même si je comprends sa réaction, Yuma, lui gémit, triste.
    - Charlotte. Je ne te veux aucun mal. C’est quelque chose qui arrive aux loups et c’est incontrôlable… Cela s’appelle l’imprégnation… C’est grâce à cela qu’un loup trouve son âme-sœur.
    - Mais… Ce n’est pas possible. On ne se connaît même pas. On ne s’était jamais vus. Et là, avec un seul regard…
    - Je sais que c’est difficile à croire ou même à comprendre, mais c’est la vérité, intervient Emily de nouveau d’une voix douce.
    - Je me suis imprégné de toi et crois-moi, je suis désolé de t’entraîner là-dedans alors que tu n’as rien demandé.
    - Donc, à cause de ce lien surnaturel, tu es obligé de finir ta vie avec moi ? me dit-elle d’une voix blanche.
    Je sursaute.
    - NON ! Pas du tout. Je… Je peux être tout ce dont tu as besoin, à chaque moment de ta vie. Si tu veux que je sois ton ami, ton frère, ton protecteur, ton amant, je le serais. C’est toi qui choisis.
    - Mais, tu dois faire ce que je dis à cause de ce lien…
    - Je suis lié à toi à jamais. Mais, ce n’est absolument pas une obligation. Je ne me force en rien du tout. J’avoue que quand j’ai croisé tes yeux et que j’ai compris ce qui m’arrivait, j’étais en colère. J’étais amoureux de Bella, elle, préférait sa sangsue, alors j’ai vu comme un signe me disant que je n’aurais jamais la fille que j’aimais. Que même mon loup ne voulait pas que je sois avec elle.
    Je la vois sursauter. Les filles me regardent assez durement et les gars secouent la tête, comme affligés. Oups… J’ai peut-être fait une bourde là.
    - Ce que je veux dire, c’est que mon imprégnation pour toi ne s’est pas faite au bon moment.
    - Tu aurais préféré que ce soit Bella, pas vrai ?
    - J’avoue que cela aurait été plus simple, mais, je suis content que ce soit toi. Tu es vraiment une jeune fille surprenante. Tu es gentille, artiste, sportive, courageuse, très intelligente, tu es intuitive, très jolie. Plus je passe du temps avec toi, plus j’apprends à te connaître et plus j’ai l’impression que Yuma, mon loup, t’a choisi pour une bonne raison.
    - Jacob… Je… J’ai besoin de temps pour… réfléchir à tout ça.
    - Je comprends. Ça fait beaucoup de choses à savoir en une soirée. Je te ramène.
    - Non. C’est bon. De toute façon, j’ai ma voiture. Merci Jacob. Merci à tous, dit-elle en direction de tout le monde.
    
    Elle commence à partir et j’ai l’impression que mon cœur se brise.
    - Charlotte, tu es l’imprégnée d’un Alpha de naissance, si tu étais une louve, tu serais une Oméga. Tu avais raison en disant qu’ensemble ils feraient des êtres exceptionnels, dit mon père d’une voix calme.
    J’entends les pas de mon imprégnée s’arrêter brusquement dans la nuit. Elle revient vers nous et nous voyons tous qu’elle avait commencé à pleurer. Cela me donne envie de la prendre dans mes bras. Elle s’avance droit vers Billy, sans me regarder.
    - Billy, j’ai beaucoup de respect pour vous, pour votre tribu, vos légendes, mais, j’ai vraiment besoin de réfléchir à tout ça. Je ne comprends pas où est le rapport avec… Jacob, Alpha ? Je croyais que c’était Sam…
    - Mais… Personne n’a dit que Sam était l’Alpha… intervient Jared, aussi surpris que tout le monde d’ailleurs, à part mon père.
    - C’est facile à comprendre. Dès qu’il parle, aucun de vous ne répond et certains baissent la tête…
    - Sam a été le premier à se transformer dans cette génération, en attendant que Jacob prenne la place qui lui revient de droit, répond Billy, pas surpris et d’un ton calme.
    - Je ne comprends pas trop…
    - Jacob est le cinquième à s’être transformé. Mais, il est le descendant d’Ephraïm Black, le dernier grand Alpha.
    - Celui qui a conclu un pacte avec les Cullen ?
    - Tout à fait, tu retiens vite jeune fille.
    - Merci. J’aime bien les petits détails dans ce que je lis ou écoute. Ecoutez, il se fait tard, je dois rentrer. Le Chef Swan a sûrement dû partir à présent, ma mère est de nuit et ma sœur passe la nuit chez une copine. Mon père doit sûrement attendre que je rentre pour dormir et je ne veux pas qu’il fatigue trop.
    - Tu es sûre que tu ne veux pas que je te raccompagne ? C’est plus prudent.
    - Jacob, je… D’accord, mais j’ai besoin de conduire seule.
    - Charlotte, si tu veux passer la fin de la journée avec nous demain, tu es tout à fait la bienvenue, intervient Emily.
    - Merci Emily, mais je passe déjà l’après-midi avec Brooke et Brent.
    - Tu dois garder le… commence mon père.
    - Secret. Je comprends Mr Black. Je veux juste passer un peu de temps avec ma meilleure amie et mon cousin, répondit-elle avec un sourire.
    
    Embry ramène les deux boîtes vides dans lesquelles étaient les muffins que mon imprégnée a fait et me les donne. Je marche à côté de la blondinette qui reste silencieuse. Je suis assez gêné.
    - Jacob ?
    - Oui. C’est à cause de l’imprégnation que je ressens toutes ces choses à propos de toi ?
    - Quelles choses ?
    - Je ne sais pas trop. Je me sens attirée par toi physiquement, j’avais senti qu’il y avait un lien très fort entre nous. Et depuis mercredi, j’ai l’impression de ressentir des choses qu’à la base, je ne ressentais pas… Je ne sais pas comment l’expliquer.
    - Je… Oui… Pour les choses que tu ressens et… enfin… moi aussi, je ressens certaines de tes émotions… C’est le lien qui se renforce.
    - Qu’est-ce que tu as ressenti de moi ? elle s’est arrêtée dans sa marche.
    - Quand ton père a eu son accident, j’ai ressenti ta tristesse.
    - C’est pour ça que tu es arrivé aussi vite ?
    - Oui.
    - Oh… Il va falloir que j’essaie de contrôler mes émotions alors…
    - Moi aussi apparemment, je lui réponds avec un sourire.
    - Du coup, pour le physique aussi, c’est l’imprégnation ?
    - Je vais essayer de t’expliquer un peu mieux comment ça marche.
    
    Nous sommes arrivés à sa voiture, elle a le dos appuyé sur la portière côté conducteur. Je me penche un peu vers son visage. J’inspire un bon coup et commence.
    - Tout d’abord, sache que quand je t’ai regardé dans les yeux, tu es devenue l’ancre qui me tient sur la terre, à ma place. J’ai senti comme des milliers de fils d’acier qui me rattachaient à toi sans que je ne le contrôle. Tu es devenue mon centre de gravité. Comme je t’ai dit, au départ, je ne l’ai pas accepté parce que j’étais amoureux de ma meilleure amie et que je ne te connaissais pas. Sans compter que tu n’es pas indienne, ce qui n’était jamais arrivé.
    - Normalement, une imprégnée est indienne ?
    - Oui. Mais, nous avons trouvé le journal d’un ancêtre d’Ephraïm Black qui s’était également imprégné d’une étrangère à la tribu. Leur lien avait été tellement fort que depuis, nous sommes Alpha de génération en génération.
    - Tu veux dire que si toi et moi, nous… enfin… nous ferions des louveteaux Alpha pour encore des générations ?
    - C’est ce que j’ai compris aussi. Mais, je ne t’obligerais jamais à rien du tout. Bref, vendredi dernier, quand je t’ai rejoint à la fête, j’ai appris à te connaître et j’avoue que depuis, je ne pense qu’à toi.
    - Comment tu savais pour la fête ?
    - Edward Cullen. Il vous a entendu en parler avec Brooke et Brent.
    - Sale sangsue trop curieuse ! marmonna-t-elle
    - Tu parles déjà comme une fille à loup… je rétorque avec un sourire et j’entends son cœur s’accélérer.
    - Merci… Enfin, je crois. Dis-moi, est-ce qu’il y a autre chose que je dois savoir sur les Cullen ?
    - Tu es trop intelligente pour mon propre bien… je marmonne. Oui, Alice peut voir l’avenir, mais ne peut plus voir le tien, car tu es liée à moi. Jasper peut sentir et contrôler les émotions et Edward… entend les pensées.
    - Bon sang… Il a dû entendre tout ce…
    Je la regarde réfléchir et elle est tellement belle. Elle rougit légèrement de gêne.
    
    Quelques minutes plus tard, elle est dans sa voiture et conduit doucement pour arriver chez elle. Bien entendu, je la suis en loup pour être rassuré. Elle s’est mis une chanson de Shania Twain, il me semble et la chantonne en conduisant. En se garant, elle reste quelques minutes derrière le volant, puis je l’entends pleurer doucement. Cela me brise le cœur, je ne peux pas la laisser comme ça. Yuma essaie d’intervenir mais je le bloque dans un coin de ma tête. Elle a appris beaucoup de choses en une soirée, donc elle craque. Je l’entends renifler légèrement après quelques minutes de sanglots.
    - Il faut que je me calme sinon Jacob va s’inquiéter…
    Je reste encore plus tapi dans l’ombre, surpris par sa déduction. Elle est vraiment surprenante et je la sens qui s’apaise quelque peu. Elle sort de la voiture et rentre chez elle.
    
    Fin PDV Jacob

Texte publié par Soso-Wolves, 8 janvier 2018 à 11h20
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