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Tome 1, Chapitre 6 « Siffler en travaillant » Tome 1, Chapitre 6
Neuf heures et demie sonnent dans les couloirs de la rédaction et chacun s'active dans les bureaux. Fantasion met ses gants et son chapeau, il prend sa serviette sous le bras avant de vérifier qu'il n'a rien oublié, il est pressé mais ce qu'il voit dans le couloir le force à s'arrêter. Il grommelle contre ce temps perdu mais il se contient et c'est d'un ton aimable qu'il pousse la porte du bureau de son collègue.
    - Bonjour Gaston, je suis ravi de vous voir si tôt au travail ce matin. Dites-moi, le courrier en retard déborde dans le couloir, il est temps que vous fassiez quelque chose ! Bon, je file, je dois prendre mon avion pour la Palombie avec Spirou dans moins d'une heure, je suis affreusement en retard. dit-il en regardant sa montre.
    Fantasio sort en claquant la porte et il reprend sa course dans les couloirs puis les escaliers. Lorsqu'il s'assied dans le taxi qui l'attend dans la rue, il se félicite de s'être montré ferme avec son subordonné et d'avoir réussi à ne pas s'énerver. L'émission que le chauffeur de taxi écoute lui indique qu'il est bientôt neuf heure quarante, ce qui signifie qu'il n'est pas encore en retard, ses bagages sont dans le coffre du taxi, tout va bien, il peut partir serein. Satisfait, Fantasio ouvre un journal tandis que la voiture démarre.
    
     Au son de la voix de Fantasio, Gaston a relevé la tête puis il est sorti dans le couloir pour voir ce qui se passe. Il n'a vu que le dos de son supérieur qui s'éloignait au pas de course vers l'ascenceur en faisant au passage vaciller une plante verte.
    - Ah oui, c'est vrai, il part en reportage en Palombie. Il a bien de la chance de tant voyager ! Il m'a parlé de courrier qui colonise le couloir, il exagère un peu quand même. Je reconnais que quelques enveloppes sont passées sous la porte, mais il n'y a rien de bien méchant.
    Toutefois, lorsqu'il inspecte le courrier qui jonche le couloir et qu'il voit ses collègues prendre leur élan pour sauter par-dessus, il se dit que le courrier en retard devient problématique ; quelqu'un pourrait glisser dessus et se blesser. Les poings sur les hanches, il observe la pièce encombrée et il retrousse ses manches.
    - Il a raison, il est temps que je traite le courrier en retard !
    Armé d'un balai, il fait rentrer les enveloppes dans la pièce et il referme la porte. Il est certain de ne pas être dérangé durant ses heures de travail.
    
     Gaston ouvre la première enveloppe et il sort le courrier qu'il roule rapidement en boule avant de le jeter dans la poubelle.
    - Panier ! hurle-t'il de joie.
    A son cri, Prunelle entre dans la pièce en demandant ce qui se passe. Il voit Gaston ouvrir quelques enveloppes pour traiter le courrier en retard. Surpris, il referme doucement la porte pour ne pas ruiner cette initiative inattendue. Un sourire satisfait aux lèvres, il annonce à Lebrac qu'il croise à la photocopieuse que ça y est Gaston a compris la valeur du travail, il classe enfin le courrier en retard ! Ses années de sermons ont porté leurs fruits et il va enfin mériter son salaire ; d'ailleurs, il se demande pourquoi on continue à le lui verser depuis toutes ces années. Lebrac lui répond qu'il est heureux de l'apprendre mais qu'il n'a pas le temps, il a une planche à finir. Le dessinateur file s'enfermer dans son atelier, visiblement pressé de finir son travail.
    
     Un peu plus tard, Gaston a confectionné une énorme boule de papier grâce à quelques courriers et à beaucoup de scotch. Il réfléchit et il place deux chaises dans le fond de la pièce. Puis balle au pied, il court pour marquer un but.
    - But ! hurle-t'il les bras en l'air.
    Vingt minutes plus tard, fatigué de ce jeu, il jette son ballon improvisé dans l'immense sac poubelle qui traîne dans un coin de la pièce.
    - Bien, maintenant, voyons ce qu'il me reste à trier. En fait, c'est amusant de travailler ! Il suffit juste d'avoir un peu d'imagination et d'esprit d'initiative. Le temps passe aussi vite que lorsque je travaille d'ordinaire. D'ailleurs, ça me fait penser que j'ai toujours mon missile transrue pour distribuer le courrier à finaliser...
    
     Quelques minutes plus tard, après une pause qu'il estime bien méritée, Gaston teste un nouveau système de rangement : il plie minutieusement les courriers à classer en accordéon qu'il maintient fermés avec un élastique. Fixés au fond du placard par des punaises, les courriers repliés ainsi rangés côte à côte et maintenus par un élastique permettent de ranger debout de nombreuses feuilles de papier. Lebrac qui passait par là, fait remarquer à son collègue que mettre les feuilles à plat les unes sur les autres prend moins de place et de temps que ses pliages. Et il lui rappelle que le fond du placard a une surface limitée. Gaston réfléchit, il ronchonne que son génie est incompris avant de s'armer d'un fer à repasser pour rendre aux courriers leur aspect originel. Ce faisant, il brûle quelques courriers mais il estime que les marques de brûlures n'entravent en rien la lecture des missives que personne ne lit jamais. Le bureau de métal chauffe sous l'effet de la chaleur qui se dégage du fer mais Gaston prend garde de ne pas se brûler. Il regrette de ne pas avoir le temps de tester ce nouveau système pour réchauffer de la nourriture comme des tranches de jambon ou des crêpes.
    
     Puis, armé d'un tube de colle et d'une paire de ciseaux, Gaston commence à confectionner des avions en papier qu'il échange avec Jules-de-chez-Smith-en-face qui l'attend en bas dans le jardin. Un fil doté d'un hameçon pendu à la fenêtre lui permet de remonter les avions en papier dans le bureau. Durant une heure, les deux hommes s'échangent des avions en papier de plus en plus sophistiqués dans leur aérodynamie. Gaston a sélectionné tout spécialement les réponses à des jeux concours terminés depuis belle lurette et autres courriers qui ne présentent aucune utilité désormais. Il estime que conserver ces vieux bulletins de participation représente une perte de temps et de place, qui irait s'en préoccuper ?
    - Hé, Gaston. J'ai une réunion, je dois y aller ! Amuse-toi bien à trier ton courrier. Tu veux bien que je garde tes feuilles pour mon poêle chez moi ? lui crie Jules-de-chez-Smith-en-face, les mains en porte-voix.
    Gaston accepte et son ami rejoint son entreprise.
    - Bon, le tas a bien diminué ! J'ai bien travaillé. Comment vais-je donc pouvoir traiter le courrier en retard maintenant ?
    Prunelle entre dans le bureau sur ces entrefaites et il apostrophe Gaston.
    - Dites-moi Gaston, je m'étonne de ne pas voir les dossiers des archives grossir du courrier que vous avez trié. Je vois bien que le tas de courrier qui encombre votre bureau a nettement diminué mais qu'en avez-vous donc fait ? Et vous n'oublierez pas de mettre de côté les courriers qui méritent réponse pour les donner aux personnes concernées. Et cela concerne même les vieux courriers que votre incompétence a laissé traîner depuis des mois.
    - Non, non. ne t'inquiète pas... Je maîtrise la situation. lui répond Gaston, les mains dans les poches.
    - J'espère bien. dit-il avant de sortir en claquant la porte.
    Une fois seul, l'employé au courrier se demande s'il n'aurait pas fait disparaître quelques courriers importants. Mais il hausse les épaules en disant que si c'était important, les expéditeurs auraient téléphoné depuis le temps. Et ce n'est pas six mois après qu'on s'inquiète de savoir si un courrier est reçu ou non. Néanmoins, il reconnaît qu'il doit faire plus attention à garder les courriers importants.
    
     Un quart d'heure plus tard, Gaston secoue la tête.
    - Non, les cocottes en papier, c'est bien, ça s'empile mais d'une part, ça ne tient pas trop en équilibre et d'autre part, ça prend de la place. Je dois trouver autre chose.
    Il lisse soigneusement les feuilles avant de les repasser sur son bureau qui lui sert de planche à repasser improvisée. Pris d'une inspiration, il réfléchit et il tente de confectionner des fleurs et des feuilles en origami. Ainsi compactées, les lettres prennent peu de place et il les range soigneusement dans une boîte.
    - Mais où sont donc les promotions de notre fournisseur de papier ? demande monsieur Boulier en cherchant partout dans les placards et les armoires des archives. Je dois faire une commande urgente et je ne retrouve pas le catalogue.
    D'un pas vif, il se rend dans le bureau de son collègue pour lui poser la question.
    - Vous savez bien Gaston, il s'agit d'une feuille qui regroupe les promotions du moment, je suis sûr d'y avoir vu une offre pour des achats en gros de papier à dessin.
    - C'est ça que vous cherchez ? demande Gaston en lui présentant une grenouille verte.
    - Mais qu'est-ce que c'est que ça ? hurle le comptable, le visage écarlate. Et où est ce catalogue ?
    - Dans ma main, regardez ! Vous le dépliez comme ça et miracle, la feuille apparaît.
    Monsieur Boulier regarde Gaston qui semble si fier de lui et il jette un regard autour de lui, dépité. Des amoncellements de grues, cygnes et autres oiseaux en papier l'entourent. Des grenouilles et des nénuphars s'entassent sur les étagères après de papillons et de libellules de papier.
    - Je crois que je vais rentrer chez moi, je ne me sens pas très bien. dit le comptable en quittant la pièce, son catalogue à la main.
    - Qu'il est fragile ! se dit Gaston. Allez, je vais aller me chercher un café, ça me fera du bien.
    
     A la cafeteria, il allume la cafetière puis il verse le breuvage brûlant dans une grande carafe pour ne pas se retrouver à court. Lorsqu'il entre dans le bureau, il trébuche sur une enveloppe et le liquide noir se répand sur une partie du courrier.
    - Zut alors !
    Il éponge rapidement le breuvage avec son écharpe puis il descend se faire de nouveau un café. Gaston examine les enveloppes trempées de café et il ne voit pas d'autre solution que de les laver. Dans une bassine trouvée dans le local de ménage, il met de l'eau dans laquelle il trempe les courriers un à un. L'encre des courriers écrits au stylo à encre bave un peu mais il estime qu'ils restent lisibles. Puis il met les feuilles à sécher sur un fil.
    
     Trois semaines plus tard, Fantasio rentre en trombe dans la rédaction, ses clichés de marsupilami sauvages à la main. Lorsqu'il passe devant le bureau de Gaston, il glisse malencontreusement sur une enveloppe.
    - Gaston, il me semblait vous avoir dit de trier le courrier en retard.
    - M'enfin, tu ne sais pas ce que tu veux à la fin ! J'ai trié ton courrier. Ce n'est pas de ma faute si depuis du courrier est arrivé ; c'est le courrier arrivé depuis ton départ. Tu sais entre le concours de noël pour gagner un an d'abonnement à Spirou magazine et le concours spécial pour le reportage photo du marsupilami dont le premier prix est une photographie dédicacée d'un marsupilami sauvage, les courriers ont afflué depuis trois semaines. J'ai pris du retard dans mon travail, moi ! Tiens, regarde, je suis en train de fabriquer un marteau à fixer au mur pour planter des clous. Il servira à accrocher les tableaux.
    Fantasio soupire, il frôle le malaise et il décrète qu'il doit aller prendre l'air. Gaston le regarde s'éloigner et il se remet à son travail.

Texte publié par Bleuenn ar moana, 16 novembre 2017 à 21h53
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