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Tome 1, Chapitre 2 « Le Manoir » Tome 1, Chapitre 2
Elena
    Lorsque je revins à moi, la douce chaleur des draps me fit d'abord penser que tout cela n'avait été qu'un rêve. Ou plutôt un cauchemar. Mais, en ouvrant les yeux, le décor me détrompa : il y avait de la poussière et des toiles d'araignées partout, et on voyait un morceau du ciel au travers du toit. Je rejetai la couette pour vérifier qu’aucune bestiole ne m’avait grimpé dessus.
    —Te voilà enfin réveillée. On va pouvoir partir. Habille-toi.
    
    L'homme qui avait parlé avait une voix très grave, virile. Il me jeta quelque chose dessus, et lorsque je me rendis compte que c'était mon corset et mon pantalon, je me tournai vers lui :
    —Vous m'avez déshabillée ?!
    —Tu as dormi une semaine. Tu aurais préféré garder ton cuir, petite ?
    —Je…
    —Habille-toi.
    
    Il passa le seuil de la porte en m'ignorant. Furieuse, j'enfilai mes vêtements et la chemise de Derek, puis sortis à sa suite.
    —Mes amis… Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
    —Morts.
    —Et me donner plus de détails ça vous tente pas ?
    —Non.
    
    Ça avait au moins le mérite d’être clair. J’étais presque sûre qu’il s’agissait de l’homme que j’avais griffé, mais il n’avait aucune marque visible. Du coup, je tentai une autre approche :
    —Quel est votre pouvoir, monsieur ?
    —Te regarde pas.
    —Votre pouvoir m'a juste mise KO pendant une semaine, je pense que j'ai le droit de savoir…
    
    Il termina d'accrocher un sac sur le porte-bagage de sa moto.
    —Pas moi, fillette. Je ne t'ai rien fait.
    Il se tourna vers moi et me lança un casque noir. Pour la première fois,je pus le détailler : petit, costaud, avec des yeux noirs et un air renfrogné. Ses cheveux formaient deux pattes bizarres le long de son visage, lui donnant un air démodé. Je baissais les yeux sur le casque et hésitais. Devais-je suivre un parfait inconnu pour me rendre je ne sais où ? Mais bon, je n’avais pas vraiment d’autre choix : je ne savais pas où j’étais et je n’avais pas de moyen de locomotion.
    
    Il roula toute la journée et une partie de la nuit. Quand il s'arrêta enfin, mon corset avait entamé ma peau au niveau de la poitrine, et mon pantalon en cuir m'irritait à un point que je n'aurais jamais cru possible. Il me laissa dans un motel miteux, et sortit faire je ne sais quoi.
    
    J'en profitai pour me faire couler un bain et examiner les dégâts. J'avais des brûlures à chaque endroit que le cuir avait irrité, et de vilaines plaies infectées au niveau des seins et des hanches. Je les nettoyai au lavabo avant de plonger dans mon bain. L’eau chaude me fit grimacer quand elle entra en contact avec les plaies. Bien vite, je me détendis et profitai du moment présent pour réfléchir. Sans avoir vu ce qui était arrivé aux villageois, je me doutais que ça ressemblait à ce que j’avais vu au village de mon enfance. Mon intuition me poussait à retourner sur place tandis que ma raison me demandait de suivre l’homme étrange qui m’avait sauvé, pour justement rester vivante. Je n’arrivais pas à faire de choix.
    
    Je finis par me décider à sortir de l’eau et contemplai mes blessures. Je conclus que je ne pourrai pas remettre mes vêtements sans aggraver les choses. Avisant le sac de mon inconnu à coté de la porte, je décidais de me servir. Me sentant comme une gosse qui va voler des bonbons, je l’ouvris et attrapait une chemise avant de le refermer en regardant autour de moi. Quelques minutes plus tard, je dormais paisiblement.
    
    On me secoua cinq minutes plus tard. Pourtant le soleil était levé et inondait la pièce.
    —Je t'ai acheté des vêtements, petite. Tu as 5 minutes avant qu’on reparte.
    —Arrêtez de m'appeler 'petite' !
    Il se tourna vers moi, levant un sourcil interrogateur.
    —Tu ne t'es pas présentée, petite.
    —Je m'appelle Elena.
    —Bien. Elena. Quatre minutes.
    
    Et il sortit. Décidément. Quel rustre. J'ouvris le sachet : un jean, des sous-vêtements, trois chemises à carreaux rouges et noirs. Je sortis le tout et découvrit au fond du sac une veste en cuir brun foncé magnifique. Je la levais devant mes yeux, bouche bée. Je lâchai un soupir exaspéré et décidai de me laisser acheter par cette petite merveille. Puis j’enfilai les vêtements et descendit rejoindre l’homme en bas.
    —Et vous ?
    
    Il me regarda d'un air interrogateur et renfrogné.
    —Comment vous vous appelez ?
    —Logan. Et arrête de me vouvoyer.
    
    J’hésitai à lui demander pourquoi et où il m’emmenait. Et puis finalement, j’abandonnai l’idée et grimpai sur la moto. De ce que j’avais vu, son caractère n’était pas facile. Il semblait être du genre à ne distiller les informations qu’à son rythme. Je décidai de terminer ce voyage avec lui puisqu’il n’avait pour l’instant rien tenté de mauvais envers moi. Puis, j’aviserais selon l’endroit où je me trouverais.
    
    Notre voyage dura plusieurs jours, traversant presque toute l'Amérique. Il s'arrêta devant un manoir de haute taille, en briques rouges, avec un parc encore plus gigantesque.
    —Home sweet Home.
    —On est où ?
    —Au manoir.
    —Quel manoir ?
    —C'est là qu'il a lancé son école de mutants, il y a deux cents ans, quand le monde tournait encore à peu près droit. Trouve-toi une chambre et repose-toi. On ira faire des courses demain après-midi.
    
    J'avançai sous le porche, brusquement intimidée par ce lieu rempli de tant d'histoire. A l'intérieur, tout était calme. La poussière recouvrait les meubles et face à moi se trouvaient les mutants les plus célèbres de l'histoire : le professeur Xavier, Mystique, Jean Grey, Tornade, Cyclope. Le dernier portrait était déchiré. Sur la petite plaque de métal en dessous, je lus 'Wolverine'. Les lambeaux ne me permirent pas d'avoir un visage, juste une affreuse tunique jaune. Tous des légendes. Personne ne savait auparavant s’ils avaient réellement existé. Et voilà que je me trouvais face à leur portrait. Moi, l’insignifiante petite mutante lambda, j’en restais coite.
    
    Au bout d’un moment, je me ressaisis et partis à la recherche d’un balai. Puis, dès que j'eus trouvé une pièce avec un lit, je commençai à ramasser les moutons de poussière qui s’entassaient un peu partout, sans oublier de faire la chasse aux bestioles.
    —Sinon, il y a l'électricité et un aspirateur dans le placard au bout du couloir.
    
    Je fis un bond de stupeur et me tournai armée du balai face à Logan. Il tenait des draps propres et souriait. Bizarrement, ça ne lui donnait pas un air plus normal. Il avait toujours l'air décalé, pas à sa place. Pas dans son époque.
    —Quel est ton pouvoir, Logan ?
    —Tu m'as déjà posé cette question.
    —Je sais. Et j'ai vraiment besoin de savoir.
    —Pourquoi ?
    —Parce que je l'ai copié, et que j'en ai été KO pendant une semaine. Dois-je m'attendre à provoquer des catastrophes si je me mets en colère ?
    —Tu l'as … copié ?
    
    J'hésitais. J'avais toujours du mal à expliquer aux autres ce qu'était mon pouvoir. Et, systématiquement, ils me fuyaient une fois qu’ils avaient compris. Puis je me laissai tomber sur une chaise et baissai les yeux. Les mots envahirent ma bouche et je les laissai sortir en évitant le regard de Logan.
    
    —Mon pouvoir… Celui avec lequel je suis née est… différent. Tous les autres mutants que je connais sont capables d'influer sur les choses ou les gens. Voire sur eux-mêmes. Boules de feu, éclairs de givre, télépathie, etc.… Moi… Je suis capable de modifier mon ADN pour incorporer les mutations des autres. Il me suffit juste de toucher un mutant pour copier son pouvoir. C’est à la fois un don merveilleux, quand on sait comment l’utiliser, mais une malédiction incroyable quand on tombe sur des dons relativement puissants.
    
    
    Et là, alors que le reste du monde me regardait comme si j'étais une extraterrestre parmi les mutants, il se contenta d'éclater de rire :
    —J'ai connu quelqu'un un peu comme toi. Ses copies étaient temporaires et vidaient la personne de son énergie à chaque contact. Rassure-toi, petite, tu n’es pas la mutante la plus bizarre de l’univers. Crois-moi, j’en ai connu des bien pires que toi.
    
    Je relevais la tête. Il me détaillait d’un air bienveillant, presque paternel. Des larmes me montèrent aux yeux et coulèrent le long de mes joues. C’était la première fois que quelqu’un avait cette réaction depuis ma mère adoptive. Ca faisait un bien fou.
    —Tu comprends donc pourquoi je dois savoir ce que j'ai copié ? La fois où j'ai appris la pyrotechnie, j'ai mis le feu à une forêt parce que je n’arrivais pas à retrouver un bracelet que j’avais perdu…
    
    Il sembla hésiter un instant puis répondit :
    —Je suis immortel, enfin presque. Ho et il y a ça…
    
    Il leva la main droite, et trois griffes en métal sortirent de sa main. Heureusement que j'étais assise, car je serais sûrement tombée par terre.
    —Attends. Je suis immortelle et je vais avoir des griffes argentées qui sortent de mes doigts ?
    —C’est de l’adamantium. On m’a fait subir des expériences scientifiques. Celles que j’avais à la naissance étaient en os.
    
    Je me levai et posait un doigt sur l’une des griffes. Je me coupai un peu mais, fascinée, je ne m’en rendis pas compte.
    —Comment on fait ?
    —Tu veux des griffes en métal ?’ Sa voix était stupéfaite.
    —Mais nooooooon ! Je veux les faire sortir !
    Il lâcha un profond soupir et haussa les épaules : —C’est instinctif.
    —Logan, tu ne me sers vraiment à rien. Non seulement tu m’emmènes à l’autre bout du pays sans rien m’expliquer, mais tu ne peux même pas me dire comment on utilise tes propres pouvoirs ? Sérieusement ?!
    
    Il me jeta les draps à la figure et sortit de la pièce en grommelant.
    
    Je profitai d'être enfin dans un endroit dont je ne repartirais pas le lendemain pour pleurer mes camarades. Derek, d'abord car je l’avais sincèrement aimé. J’avais aimé ses yeux gris, son sourire, la façon qu’il avait de me regarder. La force cachée sous ses bras lorsqu’il me serrait contre lui. La douceur de ses caresses et de ses baisers. Au fond de moi, j’étais presque sûre que j’aurais pu passer ma vie avec lui. Peut-être mettre de coté cette quête de vengeance qui ne servait qu’à m’auto-détruire.
    
    Puis, je me remémorai tous les enfants du village, qui m'adoraient. A chaque souvenir, je donnais un coup sur le matelas. Leurs mines réjouies juste avant Halloween à l'idée de venir chercher mes bonbons faits maison. Les chants de Noël qu'ils m'apprenaient. Leurs rires quand ils m'aidaient à apporter de la limonade fraîche aux travailleurs pendant les récoltes. Leurs airs gênés quand leurs mères les éloignaient de moi, celui de conspirateurs qu'ils prenaient quand ils rentraient par la porte de derrière pour venir se cacher et éviter de faire leurs devoirs. Je citais un à un chacun de leurs noms : Samira, Franck, Lola, Cindy, Marie, Marc, Ethan… Mes larmes me brouillaient la vue et je tremblais.
    
    Je ne sais pas à quel moment les sanglots se changèrent en fureur, ni celui où mes coups se firent plus puissants. Le drap, puis l'emballage du matelas se déchirèrent, et pour finir, mes poings firent sortir toute la mousse, mettant à nu les ressorts. On m'attrapa par les épaules et me plaqua au sol, face contre terre.
    —Calme-toi, petite.
    
    Je me débattis, hurlant de colère. Les larmes me brûlaient les yeux, je luttais, me cambrais pour faire tomber mon adversaire. Il tint bon, m’obligeant à rester collée au sol. Au fond de moi, le serpent se cambra. Je revins à la réalité et luttai contre lui pour l’empêcher de sortir. Ma respiration finit par se calmer. J’étais trempée de sueur lorsque Logan me relâcha. Il prit une de mes mains, et sourit.
    —On dirait que tu n'auras pas de griffes finalement.
    
    Ce changement de sujet brutal me termina de me réveiller. Je baissais les yeux vers ce qu’il me montrait, et souris. Le dos de mes mains était couvert de minuscules pics en métal, particulièrement pointus. Comme à chaque fois, j’étais émerveillée par les bizarreries de mes pouvoirs.
    —Pourquoi ils sont en métal ? Tu m’avais dit qu’ils seraient en os ?
    —Peut-être que ces expériences ont modifié mon ADN pour que je puisse conserver l’adamantium au lieu de le rejeter comme un organisme étranger ?
    —Peut être...
    J’étais sceptique.
    —Ce qui est sûr en tout cas, c’est que ton lit est foutu.
    
    Il se releva et me tendit la main. Il me guida jusqu'à une chambre au troisième étage, qui faisait quatre fois la taille de celle que j'avais choisi au départ. Face à la porte se trouvaient un canapé gris et une petite table qui semblaient s'adresser à une imposante cheminée. Une porte-fenêtre gigantesque me laissait voir un ciel infini et rempli d'étoiles. Je m’approchai et repoussai une tenture en velours rouge pour admirer la vue depuis le balcon. Devant moi, à perdre de vue, on pouvait distinguer des champs sombres et à quelques kilomètres les lueurs d’un village.
    
    Me retournant, je remarquai que juste à gauche de la porte se trouvait un petit secrétaire en bois ouvragé, collé au mur. Puis mon regard fut attiré sur la droite par le grand lit à baldaquin qui occupait une grande partie de la pièce. Ses tentures écarlates s’ouvraient sur un matelas moelleux recouvert de coussins couleur d’or. Je restai bouche bée, perdue dans ma contemplation. Un rire me tira de ma rêverie.
    
    —Je savais que ça te plairait. Salle de bain en face, ma chambre c'est la deuxième porte à gauche.
    Je me retournai vers lui, un sourire aux lèvres.
    —Merci Logan. C'est… Magnifique.
    Il me tourna le dos, et referma presque la porte.
    —Et… Elena…
    
    Je grimaçai, m'attendant à une remarque mesquine du genre 'fais attention à ne pas ruiner le lit cette fois', mais je fus surprise :
    —L'immortalité, c'est long. Ne pleure pas les gens que tu peux venger. Bats-toi pour qu'ils ne soient pas morts en vain.
    
    Il referma la porte, me laissant seule. Avec ces quelques mots, non seulement il m’avait totalement déstabilisée, mais il avait donné une justification à ma quête. Apparemment, il allait falloir que je m’endurcisse un peu plus. Etant donné le mufle que j’avais désormais pour colocataire, j’étais à la bonne école.
    
    Me retournant vers mon nouveau lit, mon sourire revint, et comme une gosse, je me jetai dessus pour en tester le moelleux. Quelques sauts de grenouille plus loin, je m’effondrai sous la couette en mode ‘étoile de mer’.
    
    Lorsque j'émergeai le lendemain, c'était le début d'après-midi. Vêtue d'une simple chemise piquée à Logan. C’est une manie chez moi de piquer leurs chemises aux hommes. J'ouvris la fenêtre et sortis sur mon balcon pour contempler la propriété. Mon nouveau chez moi. Pour combien de temps, ça, ça restait à déterminer. Logan klaxonna en bas, et me fit signe de venir.
    
    La voiture était vieille, mais elle avançait bien et semblait parfaitement entretenue. Logan me conduisit dans une petite ville à une vingtaine de minutes du manoir. Tout en roulant, il se montra loquace sur l’histoire de la région. Avant, une grande ville était proche, connue du monde entier. Mais elle était tombée sous les bombes des terroristes en 2012. Tout avait été détruit et des dizaines de milliers de personnes étaient mortes. Sans compter la culture propre à cet endroit qui avait disparu.
    
    Un siècle auparavant, la fonte des glaces avait fait monter la mer, l’amenant au pied du manoir. Je n’avais pas pu la voir, car elle était de l’autre côté, et cachée par une colline. Logan me promit que je verrais tout ça au retour.
    
    Il me conduisit tout d’abord dans un magasin de vêtements pour que je me mette à jour. Tout d’abord, il m’interdit le look gothique, car c’était sous ce signalement que ceux qui me cherchaient me connaissait. Il me conseilla un style simple : de nombreux jeans de toutes les couleurs et toutes les formes, des chemises amples et des t-shirts aux formes simples. Je réussis à caser quelques robes dans le tas, sous son regard sévère et réprobateur. Deux casquettes plus tard, il me traînait vers un magasin de chaussures. Je choisis des bottes et des baskets pratiques tout en bavant sur une paire de talons vertigineux bleu et gris.
    
    Puis, avec un sourire, je l’envoyais faire les courses alimentaires pendant que je choisissais des sous-vêtements dans un des magasins. Quelques allusions bien placées sur les formes de soutien-gorge le firent fuir. J’avais passé tellement de temps à perfectionner mes techniques pour rester tranquille qu’il me suffisait d’un seul coup d’œil pour savoir sur quel point appuyer. Et, vu l’énergumène, parler de sous-vêtements était bien suffisant. Je profitai de son absence pour choisir quelques nuisettes sexy comme j’aimais en porter pour dormir. Après tout, il ne les verrait jamais à moins qu’il y ait le feu dans la maison, donc je pouvais me lâcher un peu. Mes sacs bien remplis, je retournais à la voiture.
    
    Je passai le reste de la journée à explorer le manoir. La découverte d'une salle grande comme un terrain de foot, cachée sous le parc m'a décidée à m'entraîner à contrôler tous les dons dont j'avais hérité au fil des années. Jusque-là, je m'étais contentée d'apprendre à me maîtriser assez pour les enfermer au fin fond de moi, tout en évitant le plus possible tout contact physique avec des mutants aux pouvoirs relativement dangereux.
    
    J'avais pris cette décision le jour où j'avais touché un mutant capable de contrôler le feu. J'avais perdu le contrôle, mis le feu à une forêt et détruit plusieurs villages. Ils avaient fini par former une sorte de boule plus ou moins vivante, un serpent caché dans mes entrailles qui remuait de temps à autre pour se rappeler à mon bon vouloir. Mais, ici il n'y avait rien à détruire, puisque les parois étaient protégées.
    
    Mais, avant de passer à l'opération 'entraînement intensif', je devais en apprendre plus sur ce manoir d'anthologie. Comprenez un peu : c'est ICI que les mutants les plus célèbres de l'histoire ont vécu il y a 200 ans. Si les légendes sont vraies, c'est aussi ICI que tout a commencé durant la seconde guerre mondiale. ICI. Il devait y avoir des centaines de souvenirs, des preuves que tout cela avait réellement existé, que ce n'était pas qu'une page de plus dans un manuel scolaire…
    
    Je me faufilai dans les couloirs : pièce après pièce, chambre après chambre, salle de classe après bureau pendant que Logan vaquait à je ne sais occupations dans le garage. J'ouvrais les portes une à une, découvrant des chambres poussiéreuses, vides ou encore pleines de vêtements et objets personnels. Pour moi, rien de vraiment intéressant. Je finis par trouver un grand bureau, et en ouvrant les tiroirs, je découvris des articles de journaux, des photos, que je parcourus avec avidité.
    
    Je ne sortis de ma transe que lorsqu'un plateau-repas passa sous mes yeux, interrompant ma lecture. Logan s'assit en face de moi, une assiette sur les genoux.
    —Tu t'amuses bien avec tes recherches ?
    Je pris ce qu’il me tendait et croquai dans un nugget avant de répondre : —Oui. C'est super intéressant.
    Il se mit à mâcher en silence, en regardant son repas.
    —Ici, ça parle de… combinaisons qui faisaient l'identité des X-Men. Et ça dit aussi qu'ils avaient tous un nom secret qui les désignait en tant que combattants d’un côté ou de l’autre.
    Il releva les yeux, me dévisageant toujours sans rien dire.
    —C'était quoi ton nom à l'époque ?
    —Comment sais-tu que j'étais déjà vivant à l'époque ?
    —Tu as dit être Immortel.
    —J'ai dit que j'étais presque immortel, ce n’est pas pareil.
    —Quelle est la différence ?
    —Un jour, je serais vieux. En attendant, je regarde le temps passer.
    —Est-ce qu'on n’est que tous les deux à vivre ici ?
    —A ma connaissance, oui. Maintenant, vu le peu de temps que j'y passe, s'il y a un ou deux squatteurs, ça ne va pas me déranger.
    
    Vu comme ça. Décidément, ce Logan était bien énigmatique. Je finis mon repas plongée dans mes papiers, en apprenant toujours plus sur mes ancêtres. Logan finit par prendre le plateau et repartir, en me lâchant une bombe à la figure :
    —Tu sais, je crois qu'il reste certains journaux intimes des filles de l'époque, si tu veux vraiment en apprendre plus sur cette époque.
    
    Je relevai la tête, scotchée. Qui n'a jamais rêvé de lire les journaux intimes de sa petite sœur ? Et là, j'aurais accès à tous ceux des filles qui avaient habité cette maison. Soudain, l'évidence me tomba dessus : pourquoi restait-il toutes ces affaires poussiéreuses ? Et pourquoi une fille laisserait derrière elle son journal ? Quelle catastrophe s'était donc abattue sur l'école ? J'appuyais sur le bouton power de l'ordinateur posé sur le bureau, et enfilai l'interface neurale qui allait me permettre de le contrôler. Je l'avais laissé de côté car j'avais toujours préféré le papier à l'informatique. Ça bugue moins.
    
    Céline
    C’était le milieu de la nuit ici. La vieille dame que je suis ne pouvait cependant pas dormir. Assise devant la cheminée du bureau, je ressassais les évènements d’un passé lointain. Il devait être une ou deux heures du matin lorsque le bouton sur le mur se mit à clignoter alors qu’un son d’alarme envahissait la pièce.
    
    Enfin, quelqu’un avait touché à ce vieil ordinateur mis sous écoute des années plus tôt. Enfin les choses allaient bouger. Peut-être même que c’était Elle ?
    
    Je me levais difficilement, mon arthrite faisant crier mes articulations, et je sonnai mon majordome afin de faire préparer mon Jet privé. J’avais déjà une valise toute prête pour ce voyage. Je l’espérais depuis si longtemps. Ou, peut-être devrais-je dire que nous l’espérions.
    
    Demain, pour la première fois depuis trente années, je vais quitter la France et ma retraite bien méritée. Demain, je vais aller La rencontrer.
    
    En route pour l’ancien New-York.
    
    Elena
    Des images apparurent dans mon esprit, m'amenant à une interface très épurée. Je poussais mon esprit vers l'option 'journal de bord', et choisis la dernière entrée. Aussitôt, un petit film se lança. Pas mal pour un vieux coucou de deux cents ans tout poussiéreux et qui faisait autant de bruit d’un moteur de voiture.
    
    Je laissai les images m'emporter dans le passé, où des jeunes gens riaient sur le porche, dans un style vestimentaire qui passait pour ringard aujourd'hui. Une limousine s'arrêta devant la porte, et deux hommes descendirent. Je ne vis pas leurs visages avant qu'ils ne ressortent, une dizaine de minutes plus tard. Le plus petit des deux était la copie conforme de mon mafioso. Sauf qu'il était largement moins bien habillé que quelques jours auparavant, et que ses yeux luisaient d'une lueur rouge étrange.
    
    Arrivé à sa voiture, il se tourna vers les escaliers, un sourire mauvais figé sur son visage. Il claqua ses mains l'une contre l'autre, et dit quelque chose que je ne réussis pas à entendre. Les jeunes gens se tournèrent vers lui et s'approchèrent sur un signe de sa part. Ses yeux se mirent à luire un peu plus, et pendant une seconde j'eus l'impression que la lueur se répandait aux yeux des étudiants.
    
    Chacune des personnes sur place se mit à convulser, et à hurler. Un jeune homme tenta de se protéger en invoquant un mur de glace, mais il vola en éclat en quelques secondes.
    
    Sous mes yeux ébahis, je vis les corps des gens gonfler et exploser les uns après les autres, aspergeant de sang la pelouse et les escaliers. Le mafioso se tourna alors vers la caméra, et l'écran devint rouge vif, avant de se griser.
    
    J'enlevai le casque, désorientée, et clignai des yeux plusieurs fois pour rétablir ma vision. Une migraine semblait pointer le bout de son nez. Je me pliai en deux sous le coup de la nausée et me levai en tremblant. Je titubai jusqu'à la porte, et vomis en l'atteignant. Me retenant au chambranle, je tentai d'avancer dans le couloir. Ma vue se brouilla, et ce fut comme si mes entrailles se mettaient à brûler. Je me pliai à nouveau en deux sous le coup de la douleur, et lorsque le pic fut atteint, je poussai un hurlement. Sous mes yeux larmoyants, ma main tremblait et refusait de rester en place.
    
    Haletante, je sentais les différentes barrières que j'avais créées pour contenir le Serpent fondre les unes après les autres. Tant qu'il me restait un peu de contrôle, je cherchai l'esprit de Logan.
    
    —Logan va-t'en.
    Je le sentis regarder autour de lui, interloqué.
    —Je vais perdre le Contrôle. Va-t'en !
    
    A genoux, je tentai de me traîner vers l'ascenseur qui menait à la salle d'entraînement. Je transpirais à grosses gouttes, ma respiration se fit plus rapide. Les vagues de douleur se rapprochaient, rendant mon parcours long et difficile. Le serpent se cabrait en moi pour se libérer. Je ne voyais plus que des ombres vagues et informes. Pour progresser, je devais régulièrement me rattraper au mur. Si je tombais, je savais que ça serait la fin de mon beau parcours, et celle du manoir par la même occasion.
    
    Enfin, un creux dans le mur m’apprit que j’étais face à l'ascenseur. Prenant une inspiration, je réussis à lever la main pour appuyer sur le bouton. Dans un 'ding', la porte s'ouvrit, et je m'écroulai à l'intérieur. Je haletai soudain prise de frissons incontrôlables. Ma main chercha à tâtons le bouton le plus bas, et j'appuyai dessus. Je sentis l'air se rafraîchir autour de moi, et des éclats de givre griffèrent mes genoux. Le trajet me parut durer dix ans, au terme desquels le ding me délivra.
    
    Je me relevai, m'accrochant comme je pouvais au bord de la porte. Assurant ma prise, je tendis une main pour renvoyer l'ascenseur en haut, et je me laissai tomber vers l'avant pour échapper aux portes qui se refermaient. Je rampai pour m'éloigner le plus possible de l'ascenseur avant de me laisser aller.
    
    Je m'ouvris littéralement au serpent, le laissant ramper en moi. J'entendis quelqu'un hurler, avant de me rendre compte que c'était moi. C'est à ce moment-là que mes pouvoirs prirent le Contrôle. Mon bras droit devint glacé, tandis que le gauche s'enflammait. Une sorte de vent m'entoura et me souleva. Je rejetai la tête en arrière.
    
    Des éclats de givre et des boules de feu se mêlèrent au vent, m'entourant d'une barrière de pouvoirs. Je sentais les éclairs se déchaîner dans la salle. Les quelques objets qui étaient posés là explosèrent. Ma télépathie vola en éclat, répandant mon esprit dans toute la région. Je passai en un instant d'un esprit à l'autre, survolant leurs pensées du moment. Tout cela allait trop vite pour moi et une nouvelle vague de nausée m’envahit.
    
    Une nouvelle barrière s'abaissa, et mon corps se couvrit d'une carapace de métal. Les pics de mes mains sortirent, bien plus grands que la nuit précédente, et jaillirent littéralement de mes mains, telles de mortelles flèches qui ricochèrent contre la boule de feu, de vent et de glace qui formait un bouclier autour de moi.
    
    Je poussais un nouveau hurlement, avec pour conséquence d'envoyer des ondes soniques droit devant. Je sentis des larmes couler le long de mes joues, et une nouvelle vague de douleur me fit perdre conscience de ce qu’il se passait. Je n’étais plus que douleur. Je laissais le pouvoir se déverser vers l'extérieur.
    
    A ce moment-là, un cri attira mon attention. Je tournai ma télépathie vers la source, envahissant l'esprit de Logan. Je me plongeai totalement en lui, découvrant son passé, ses erreurs, tout ce qu'il avait fait durant sa très longue existence. Je sentis aussi la souffrance que lui causait cet examen. Son esprit se banda, et il réussit à penser quelques mots :
    —Tu peux le contrôler.
    —Non, je ne peux pas. Je dois le laisser se déverser où je n'existerai plus.
    
    Je sentis sa surprise, et me retirai de son esprit. Il continua à me crier des encouragements. Peu à peu, mon esprit réintégra mon corps, et je réussis à nouveau à penser un peu. Quelques-uns de ses mots me parvinrent.
    —Trouve la source.
    
    Prenant une longue inspiration, je tentais, par-delà la douleur, de déterminer pourquoi j'avais perdu le Contrôle cette fois-ci. Mon esprit s'emplit de flashes et je revis la lueur rouge du casque, puis les convulsions des gens dans la vidéo. La lumière m'avait touchée aussi mais au travers de la caméra et c'était peut-être pour ça que j'étais encore en vie au lieu d'avoir explosé comme les étudiants. Je fermai les yeux, et sondai l'intérieur de mon corps.
    
    J'étais comme séparée de moi-même, une partie luttait pour ne pas détruire Logan, qui était entré dans la pièce, portant un bleu de travail taché d'huile noire. Dans son dos, la porte battait au rythme des bourrasques. Il semblait indifférent au vacarme ambiant et au déchaînement de pouvoirs autour de lui. L'autre partie de mon esprit cherchait en moi ce qui n'allait pas.
    
    Je ne comprenais pas vraiment ce qu'il se passait : c'était comme si j'étais équipée d'un radar. Je me vis attraper l'infection, cachée derrière mes yeux, et l'expulser hors de mon corps par là où elle était entrée, dans un dernier hurlement. Ma vision devint rouge durant une seconde, puis tout se calma à l’intérieur de moi. Le serpent réintégra mon ventre et le déchaînement magique s’interrompit.
    
    Brusquement libérée, je tombai sur le sol et sentis un craquement dans mon bras. J’avais tellement mal partout que je ne me rendis pas compte qu’il était cassé avant de tenter de m’appuyer dessus pour me mettre sur le dos. Je sentis Logan se précipiter vers moi et m’aider à me tourner. Puis il prit ma tête pour la poser sur ses genoux. Il murmurait des choses que je ne comprenais pas sur un ton rassurant.
    
    J'étais fatiguée, épuisée, mais je me forçais à rester éveillée pour remonter mes barrières protectrices. Je sentis mon bras bouger tout seul et il se mit à picoter. J'entendis l'exclamation de stupeur de Logan au travers de mon brouillard de fatigue. En levant mon bras je pus constater qu’il était à nouveau parfaitement droit. Plus aucune trace de cassure. Je laissais échapper un petit rire et voulut parler. C’était cependant trop pour moi.
    
    Je sombrais dans l'évanouissement salvateur.
    

    ***

    
    Dans une voiture, à quelques kilomètres de là, un homme aux lunettes de soleil noires sourit lorsque son acolyte télépathe lui annonça que j'avais survécu.
    —Parfait.
    Il sortit son téléphone :
    —Lancement de l'étape numéro 2.

    

Texte publié par Blue Raven., 12 octobre 2017 à 20h36
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