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Tome 1, Chapitre 1 « La rencontre » Tome 1, Chapitre 1
Elena
    La petite fille chantait dans le bus, ajoutant sa voix à celle de ses camarades. Après trois ans dans l’école du village voisin du sien, elle n’était plus ‘la consanguine’ mais une élève à part entière, admirée par tous pour avoir empêché l’un d’eux de se noyer. Elle était enfin heureuse, enfin acceptée. Adieu préjugés et moqueries. Quand à savoir si ça durerait, elle ne le savait pas. Pour l’instant, elle profitait du moment présent sur le chemin du retour. La semaine découverte à la mer avait été géniale, et tous avaient apprit beaucoup de choses.
    
    Quand le bus s'arrêta dans un cahot, les élèves se bousculèrent pour sortir et rejoindre leurs parents. Elle chercha les siens pendant que le parking se vidait, mais elle se retrouva bientôt seule avec la maîtresse.
    —Je vais te ramener chez toi' lui dit celle-ci, avec un sourire. 'Ta famille a du oublier, ça arrive tous les ans !'
    
    La vieille voiture grimpait la colline en grinçant. Tout en haut, on pouvait apercevoir le toit des maisons. Quand elle s’arrêta enfin, l'enfant sortit de la voiture à la suite de la jeune femme, et elle avança vers la petite place piétonne d'habitude si animée. Des corps s'entassaient partout, éventrés, sanguinolents. Une jeune fille était tombée presque à l'entrée de la rue, un bras tendu devant elle, comme pour essayer, même dans la mort, de s'enfuir. Sa robe, autrefois blanche, était désormais tachée de sang séché.
    
    L'institutrice s'immobilisa, bouche bée, comme tétanisée par le choc, pendant que la petite fille se mettait à courir en direction de sa maison. L’enfant trébucha sur un corps, et lorsque son regard se posa en arrière, les yeux vides de son frère la regardaient. Celui-ci tendit la main pour caresser les cheveux du bambin, et la tête se détacha du corps.
    
    C'est à ce moment là qu'elle se mit à crier.

    
    Je m'éveillais en hurlant. Ce rêve me hantait depuis tant d'années que j'avais presque l'habitude de voir mes nuits écourtées. Je serrais mes bras autour de mon torse, tremblante. Je savais que je n'oublierai jamais cette scène. Quand j'avais pris conscience que ce choc avait réveillé mes pouvoirs, j'avais douze ans, et j'avais faillis tuer des dizaines de personnes. J’étais passée d’une famille d’accueil à une autre jusqu’à tomber par hasard chez deux mutants. Peut être les deux seuls qui avaient choisis de vivre dans une ville. Les gens qui m’avaient accueillie juste avant étaient des monstres. J’avais été battue, affamée, enfermée dans un grenier insalubre dont le plafond fuyait pendant des semaines.
    
    Lorsque les gens autour de moi avaient commencé à s’en rendre compte, ça avait fait polémique et l’assistance sociale m’avait changée d’endroit. Ma nouvelle famille avait voulut me mettre en confiance. Mais la première fois que ma nouvelle ‘mère’ m’avait touchée, j’étais tombée dans les pommes sous l’effet de la douleur.
    
    Quand je suis revenue à moi, j’étais capable d’invoquer la foudre. A chaque fois que je me mettais en colère, l’orage plombait le ciel et les éclairs tombaient au sol créant d’énormes cratères. Ma famille avait déménagé dans un petit village, et ils avaient demandé mon adoption afin de me préserver.
    
    J’avais fini par leur faire confiance. Difficilement. Et le jour où j’avais laissé mon beau père me toucher, ils avaient comprit que mon pouvoir était tellement plus dangereux qu’ils ne le croyaient. Je m’étais enfuie, j’avais faillis détruire tout un village. Je m’étais isolée. J’avais toujours été seule.
    
    En grandissant, j’étais devenue une nomade : je n’avais jamais fait confiance à personne, et mon pouvoir était tellement hors norme qu’il ne me permettait pas vraiment de m’intégrer. J’avais toujours fait peur à tout le monde. Et je ne pouvais vivre dans les grandes villes où je risquais chaque jour d’être touchée et bousculée par des mutants potentiels.
    
    Quelquefois, je me disais que, si le traitement inventé pour 'annuler' les mutations deux cent ans auparavant avait encore été commercialisé, je l'aurais pris sans hésiter pour pouvoir vivre une existence normale bien que je considère chaque don comme précieux. Je n’avais jamais demandé à être un danger public. Du coup, j’étais la solitaire de base, qui savait appuyer sur les points sensibles des gens pour avoir la paix. Il n’y avait que les enfants pour m’apprécier et je le leur rendais bien.
    
    Chaque clan de mutant était une famille à part entière, avec son patriarche, son chef, qui menait d'une main de fer toute la communauté. Nous avions nos propres règles, nos propres lois et les châtiments qui vont avec. Alors que le reste du monde sombrait dans l'illettrisme, les jeux vidéo ou la violence, chez nous, pas de délinquants. Après tout, quand votre père est capable de vous envoyer valser à l'autre bout de la pièce, ou que votre mère peut vous enflammer, la discipline devient très vite le seul moyen de survivre un jour de plus.
    
    La contrepartie était pourtant dure : les nomades comme moi étaient souvent peu intégrés, mis de côté dans les décisions. Nous étions poussés à partir, à rechercher un autre endroit pour vivre encore et encore. Du coup, j’avais pris la mauvaise habitude de tout faire pour attirer le regard sur moi quel que soit l’endroit où je me trouvais.
    
    Mon compagnon posa sa main sur mon dos et m'attira contre lui jusqu'à ce que mes tremblements s'arrêtent. Je finis par me rendormir, emprisonnée dans ses bras puissants et protecteurs.
    
    Lorsque le sommeil me relâcha, il était presque dix heures. Je m’étirai avec volupté dans le lit, puis me glissai hors de la couette pour aller respirer l’air du matin. Octobre a toujours été l’un de mes mois préférés. Les couleurs y sont magnifiques : rouges, orangés, jaunes et marrons côtoient un ciel d’un bleu limpide. La vue depuis la chambre de Derek vaut vraiment le coup d’œil, et c’est en partie ce qui me faisait rester ici depuis cinq ans. J‘étais aussi restée à cause de mes sentiments envers le bel homme brun aux yeux gris qui se disputait avec deux hommes en costume juste à l’entrée de la ferme.
    
    Je ne pouvais pas saisir la teneur de leurs propos, mais notre chef semblait particulièrement énervé. Les hommes en costume secouaient la tête. Finalement, une fenêtre de la limousine s’abaissa et une main tenant un cigare apparut. Comme si c’était un signal, les deux inconnus remontèrent dedans et repartirent. Les deux adjoints de Derek arrivèrent en courant et l’argumentaire reprit.
    
    Frissonnant dans ma nuisette rouge, je rentrai pour m’habiller. Sans aucune hésitation, je choisis une tenue qui allait une fois de plus m’attirer les foudres des ménagères de la communauté. Quand Derek m’avait ramenée après m’avoir trouvé sur le bord d’une route, épuisée et transie de froid, elles avaient toutes espéré qu’il se case enfin. Lorsqu’il s’était avéré que mes yeux bleus et ma personnalité sulfureuse l’avaient autant attiré vers moi que ses qualités de chef et sa virilité m’avaient fait craquer , tout le monde avait commencé à sabrer le champagne.
    
    Et puis il y avait eu un nouvel accident avec mon pouvoir, et tout le monde avait changé d’avis. Depuis, je faisais ce qui était en mon pouvoir pour les énerver volontairement. Ça m’amusait et surtout ça distrayait les enfants. Du coup, je choisis une tenue provocante : pantalon de cuir noir, corset assorti qui mettait en valeur ma poitrine et ma taille fine. Pour finir, j’ajoutai une chemise de Derek afin de me protéger un minimum du froid.
    
    Histoire qu'elles ne râlent pas dans leur coin comme des commères pour rien, je transformai mon regard candide en œil sulfureux et mystérieux avec une bonne couche de noir. J’attachai mes cheveux en une longue queue de cheval blonde qui descendait presque jusqu’au milieu de mon dos, puis la roulai en chignon décoré d’une résille et de plumes noires.
    
    Je finissais de maquiller mes lèvres au moment où Derek entra dans la chambre. Il me dit de le rejoindre dans l'église le plus rapidement possible. Puis il sortit, et en m'approchant de la fenêtre, je le vis échanger quelques mots avec ses adjoints et leur adresser un signe discret qui convoquait tout le monde pour une réunion imprévue. Je le sentais mal : c’était la première fois depuis que j’habitais là qu’un rassemblement était organisé de cette manière.
    
    Une heure plus tard, toute la communauté était réunie dans l'église et attendait que notre chef commence à parler. Une jeune fille s'approcha du coin dans lequel je m'étais cachée et me prit la main. Je frémis en sentant mon ADN se modifier pour incorporer les pouvoirs qui venaient de se réveiller en elle.
    'Télékinésie' murmura-t-elle.
     Sur un appel bref et ferme de sa mère, elle s'esquiva avec un sourire contrit. M'adossant au mur, je me laissai quelques minutes pour reprendre mes esprits, épuisée par la dépense d'énergie que je venais de subir.
    
    Derek
    Je laissai courir mon regard sur les membres de ma communauté. La menace qui flottait dans l’air pesait sur mes épaules. Je pris une profonde inspiration et laissai les mots sortir.
    
    ‘Mes amis. Ce matin, deux hommes sont venus me voir. Ils disent être au service d’un certain Sam Bannen. Cet homme prétend régner sur les nôtres. Il nous a laissé vingt-quatre heures pour nous décider. Soit nous rejoignons ses rangs, soit il nous fait massacrer par ses sbires.’
    
    Des cris s’élevèrent. Tous trouvaient cet ultimatum aberrant. Tous voulaient faire entendre leur voix. Sauf Elena, bien sûr. A son habitude, elle laissait la politique aux autres. Je n’avais jamais compris comment elle avait fait pour rester saine d’esprit tout en ayant un passé aussi sombre. Pourtant, elle était là. Mon rayon de soleil.
    
    Mais elle était aussi tellement plus. Son double pouvoir tellement unique faisait d’elle notre seul espoir pour vaincre un homme quasiment immortel. Je n’étais même pas certain qu’elle ait conscience de ses capacités. Elle était née avec à la fois un pouvoir de copie si unique qu’il faisait d’elle une arme mortelle, mais aussi autre chose, de caché. Sans mon pouvoir de télépathie, jamais je n’aurais pu m’en apercevoir. D’autant que nous avons des règles précises concernant l’utilisation de mon type de don, et pour les avoir enfreintes, je risquais gros.
    
    Pourtant, cet homme qui avait toqué à ma porte un soir de décembre il y a cinq ans m’avait convaincu de laisser mes principes au vestiaire pour prendre part à quelque chose qui nous dépasse tous. Et cette réalité, qui à l’époque me semblait tellement fictive et lointaine, est désormais éclairée de la cruelle lumière de la vérité.
    
    Si elle venait à découvrir que notre rencontre avait été orchestrée par un tiers, qu’on m’avait poussé à me rendre sur cette petite route déserte en plein hiver où elle venait de crever sa roue de secours… Jamais elle ne me pardonnerait. Mais, vu que j’allais certainement mourir dans quelques heures, je pouvais bien l’ignorer. Et elle ne pourrait pas en vouloir à un mort. Du moins, je l’espérais.
    
    Je me reconnectai sur le moment présent où un de mes adjoints parlait d’une voix ferme. Puis, chacun monta sur l’estrade donner son avis. Personne ne voulait céder à une menace aussi stupide. Certains voulaient se battre car ils étaient persuadés de leur invulnérabilité. Ce fut un long et houleux débat.
    
    Finalement, lorsque le matin pointa, je tendis mes antennes télépathiques pour rechercher la signature cérébrale des hommes de la veille. Lorsque je les trouvai, leur aura de meurtre me donna la nausée.
    
    Elena
    La voix de Derek emplit mon esprit :
    —Fuis
    
    Je regardais autour de moi, au moment où la porte volait en éclat. Immédiatement, je me fondis dans le mur, sans pour autant m'enfuir. Ma vilaine curiosité voulait voir ce qu'il se passait. Les deux hommes qui envahirent la salle étaient des mutants : l'un d'entre eux avait un pelage noir et des dents de loup, l’autre des yeux de serpent et une langue étrange qui sortait de sa bouche.
    
    Il est bizarre de pouvoir dire qu’à eux deux ils ont envahi une pièce, pourtant c'est l'impression qu'ils me firent. Comme s'ils étaient tellement puissants que leurs auras pouvaient compter comme des personnes supplémentaires, ou quelque chose du genre. Comme si cette puissance les rendait aussi imposants qu’un bataillon de soldats. Puis, les deux hommes de la veille entrèrent. Ils en précédaient un autre qui ressemblait comme deux gouttes d'eau au Parrain : costume hors de prix, cheveux en brosses, lunettes de soleil. Le parfait mafioso.
    
    L'un des deux gardes du corps prit la parole :
    —Avez-vous choisi, mutants ?
    
    Un vent de panique enfla dans la salle. Derek croisa les bras, défiant du regard les trois hommes. Puis, la surprise se lut pendant une seconde sur son visage.
    
    Derek
    —Elena, je t'ai dit de fuir. Obéis-moi au moins une fois dans ta vie !
    Elle n’écoutait jamais rien. Cette fille était à la fois une plaie et la plus géniale des personnes que je n’ai jamais rencontrées. Un éclair partit de notre camp, droit sur le mutant aux yeux de serpent. Je bandai mon esprit, prêt à tout tenter pour protéger les miens.
    
    Elena
    Je soupirai et traversai le mur, me retrouvant dans une maison déserte. Derek avait raison, et ça m’énervait. Mais je ne pouvais pas me permettre de perdre le Contrôle au milieu de mes amis. J’en tuerais certainement plus que de méchants avant d’être suffisamment épuisée pour m’effondrer. Passant un nouveau mur, je me retrouvai face à une colline couverte d'arbres fruitiers. Arrivée en haut, je me retournais sur ce village que j'avais appris à aimer. Un nouveau départ, une nouvelle vie. Peut-être l’une des premières que je quittais avec regret. C'est à ce moment que les premiers cris retentirent.
    
    Je restai figée pendant une seconde avant de faire un mouvement vers l’avant pour aller leur porter secours. Quelqu’un m’attrapa par la taille et me plaqua au sol. Je me débattis en insultant cet inconnu et je finis par le griffer au visage.
    
    L’instant me parut durer une éternité. La douleur qui m’envahit était pire que jamais. Des flammes intérieures me rongeaient le corps. Suffoquant, je me mis à convulser avant de sombrer dans une inconscience bienfaitrice.
    
    Derek
    Allongé au sol, mortellement blessé, je regardais le plafond de notre église. Mon esprit glissa vers Elena. Elle était vivante. Evanouie, mais entre de bonnes mains. Celui que j’avais appelé était arrivé. Certes trop tard pour nous sauver, mais juste à temps pour emmener la plus précieuse de nos armes en sécurité.
    
    Une main apparut dans mon champ de vision et je sombrai dans l’inconscient.
    
    
    L’inconnu
    —Et merde !
    Je savais pourtant que je devais faire attention à ne pas la toucher directement. Mais, j’étais presque arrivé trop tard. A quelques secondes près, elle se jetait dans la gueule du loup. Bon, au moins, j’allais pouvoir l’éloigner un peu avant qu’elle ne revienne à elle. Ça m’évitera de longs et inutiles palabres.
    
    Je la pris dans mes bras et traversait la forêt pour aller rejoindre ma moto. De là je l’emmenais dans le seul endroit sûr que je connaissais : une petite cabane perdue à une vingtaine de kilomètres de là dans laquelle j’avais habité un siècle plus tôt.
    

A suivre…


    

Texte publié par louha, 11 octobre 2017 à 00h06
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