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Tome 1, Chapitre 5 « Un plan audacieux (2) - V2 » Tome 1, Chapitre 5
Où Herlhand élabore un plan audacieux – et dangereux – pour fuir Ingarya par la voie des airs (2)

    
    
    La réunion dura encore une bonne heure, pendant laquelle nous achevâmes de mettre au point le « plan d'attaque ».
    
    Rasvick rassemblerait quelques-uns de ses « singes », avec un passé similaire au sien, pour mener à bien le vol de la solde. Pendant ce temps, Brunman et quelques artilleurs feraient diversion en réclamant à cor et à cri d'être payés. Enfin, Castein s'arrangerait avec Arzechiel pour ralentir la nef de Sirkis. Je le soupçonnais de vouloir échanger notre cristal bleu déficient contre celui de l'autre engin. Et je n'y voyais aucun inconvénient.
    
    Pour ma part, je retournerais à mes appartements pour préparer mes bagages, en prenant soin de ne pas attirer l'attention, puis j'annoncerais mon départ le soir même, par un fiacre censé m'emporter vers la province voisine ; en fait, je me ferais conduire à un point de rendez-vous où le Paskiran viendrait me recueillir, après avoir récupéré les différents comploteurs.
    
    « Je vais certainement faire un détour, déclarai-je. J'ai un solde de tous comptes à récupérer, de préférence avant votre coup d'éclat. Et quelques adieux à faire. »
    
    Arzechiel me lança un regard quelque peu méfiant, mais c'était son expression par défaut chaque fois qu'il se trouvait dans la même pièce que moi.
    
    « Ne faites rien d'imprudent ! me recommanda-t-il comme si je n'étais qu'un adolescent trop impulsif...
    
    - Tu as ma parole ! »
    
    Il leva les yeux au ciel :
    
    « Je sais ce qu'elle vaut pour ce genre de choses. »
    
    Je décidai de l'ignorer royalement.
    
    « Très bien, messieurs, je compte sur vous ! »
    
    Je me levai et regagnai ma cabine d'un pas décidé ; j'y récupérai mon manteau et mon couvre-chef, avant de jeter un coup d'œil à cet espace, à peine plus large qu'un placard, qui allait bientôt devenir ma principale résidence. Au moins, la petite pièce aux murs de bois encaustiqué offrait plus de chaleur que mes appartements trop vides ou le palais glacé et lépreux où j'avais eu l'honneur de grandir, et plus d'intimité que les dortoirs de l'Académie.
    
    Mieux valait considérer les aspects les plus positifs de la situation... et je n'étais pas trop mauvais pour cela, finalement. Si je passais la nuit sur cette étroite banquette, cela signifierait que notre fuite improvisée avait réussi ! Et que j'étais devenu officiellement un renégat dans cette partie du monde. Mais je n'en avais cure !
    
    « Après tout, je suis le rejeton d'une lignée maudite... »
    
    Parfois, en dépit de mes sarcasmes à ce sujet, j'étais tenté de le croire. Je tirai le médaillon dissimulé sous mes vêtements ; il portait un blason émaillé, figurant un croissant d'argent sur fond de sable, et trois étoiles de même couleur dans sa partie inférieure : les armes des aur'Kelsere. Même avec la brisure de notre branche mineure, elles ne manquaient pas de panache. Hélas, le panache ne suffisait pas à assurer la survie. C'était tout le contraire. Mon ancêtre l'avait appris de la façon la plus sanglante qui fût...
    
    J'étais probablement parti, moi aussi, pour finir la tête tranchée. Mais peut-être était-ce mon destin de vivre une existence brève et intense.
    
    J'accrochai le médaillon à la patère en face de moi. Si je devais ne jamais revenir, Arzechiel irait le rendre à ma famille. Il était le seul d'entre nous à posséder assez de bon sens pour survivre à l'aventure... Après un dernier coup d'œil, je quittai ce brave vieux baquet qui deviendrait tout à la fois notre sauvegarde et notre déchéance.
    
    
* * *

    
    « Vous n'avez pas été satisfait de mes services ? »
    
    En soupirant, je passai une main dans les mèches sombres qui se balançaient devant mes yeux. Je m'affairais à remplir mes malles, même si je n'avais aucune intention de les emporter. Tant qu'elles resteraient là, qui pouvait croire que j'étais parti pour de bon ? Devoir abandonner la plus grande partie de ma garde-robe m'indisposait bien assez, je n'avais pas besoin que Klehon vienne se mêler mes affaires.
    
    Je l'avais engagé par souci des apparences. Un noble sans valet faisait figure de gueux parmi ses pairs, et même si je ne correspondais pas à l'idéal du parfait gentilhomme, ma position d'officier exigeait que je vive conformément à mon statut. Je n'avais pas réussi à trouver moins cher et plus docile que Klehon, un garçon de la campagne, récemment monté à la ville, qui était prêt à accepter quel travail pour ne pas mendier dans la rue. Eût-il décidé de toucher ses gages à ne rien faire, que j'eusse été pleinement satisfait. Mais un sens déplacé de la gratitude le poussait à se conduire en serviteur exemplaire - ou l'image qu'il s'en faisait.
    
    Tant qu'il s'agissait de nettoyer mes appartements et de faire un peu de cuisine – même si ses connaissances en la matière se limitaient à quelques recettes de ragoûts –, cela ne me gênait pas outre mesure. Mais il avait décidé de veiller sur moi ; il se préoccupait de ma tenue, de mon sommeil, de mes allées et venues, comme une mère poule inquiète. Pour quelqu'un qui possédait le nez le plus court et retroussé que j'eusse jamais vu, il parvenait fort bien à le fourrer dans les affaires des autres.
    
    Je lui glissais dans la main les dernières pièces que j'avais sauvées :
    
    « Ce n'est pas le souci, Klehon. Je vais devoir quitter la ville et je ne veux pas t'imposer un exil ! »
    
    Ses yeux ronds se firent larmoyants :
    
    « C'est bien ce que je pensais, maître... Vous ne voulez plus de moi ! Je suppose que vous allez vous installer dans une grande ville, où les serviteurs doivent avoir de meilleures références ! »
    
    Je n'étais pas d'humeur à écouter ses jérémiades.
    
    « Pense ce que tu veux. Je vais t'écrire une lettre de référence, cela t'aidera, sans doute... »
    
    Ou peut-être pas, étant donné la réputation de traître en puissance que Sirkis m'avait faite, qui très bientôt se confirmerait.
    
    Je me dirigeai vers mon écritoire, décidé à expédier le plus rapidement possible la corvée, mais l'expression perdue de mon valet ne me laissait pas si indifférent que je voulais le faire croire. Malgré ses côtés indiscrets et ennuyeux, c'était un brave garçon, et j'avais sans doute trop bon cœur...
    
    « Oh, j'ai failli oublier... »
    
    Il tira de sa poche une enveloppe, bien trop délicate pour sa grosse patte, subtilement teintée de bleu et ornée d'un liseré doré. Je reconnus immédiatement l'écriture fine, mais enlevée.
    
    Serafia...
    
    Je lui arrachai presque des mains, en le fusillant du regard :
    
    « Tu n'aurais pas pu le dire tout de suite ? »
    
    Sans atteindre, je m'engouffrai dans la chambre, refermant la porte derrière moi avant de décacheter le pli. Une fragrance délicate et florale l'imprégnait. Je parcourus avidement les lignes tracées à l'encre noire :
    
    « Mon tendre ami,
    
    Mon père est parti pour toute la semaine et pour une fois, ma mère a choisi de l'accompagner. C'est le moment idéal pour nous retrouver, ne croyez-vous pas ? Je me retrouve bien désœuvrée et j'ai besoin de tromper mon ennui... et je serais honorée que vous choisissiez de m'y aider... »

    
    Je sentis mon cœur sombrer.
    
    Quelle malchance voulait que le bonheur vienne me taquiner ainsi, alors que je devais m'en détourner ? Mais d'un autre côté, c'était le moment idéal pour faire la démarche que j'avais projetée. Si elle devait partir, c'était maintenant ou plus jamais !
    
    Je repliai la missive avec soin et je retournai vers le salon pour reprendre mon manteau.
    
    « Mais... où allez-vous, maître ? »
    
    Je lui jetai un regard glacé :
    
    « J'ai des affaires à régler en ville. »
    
    Sans plus attendre, j'attrapai mon manteau et filai droit vers l'escalier qui menait au rez-de-chaussée. Je crus apercevoir dans les yeux de mon balourd de serviteur une lueur étrangement sagace, mais c'était sans doute le fruit de mon imagination.
    
    

Texte publié par Beatrix, 25 avril 2018 à 21h37
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