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Tome 1, Chapitre 8 « Les blessures du coeur (2) » Tome 1, Chapitre 8
Chapitre III – Où Herlhand réalise qu’il n’y a rien de plus douloureux que les blessures de l’amour… ou presque. (2)

    
    Quand la porte principale du salon s’ouvrit d’un coup, je retrouvai une partie de mes instincts. Repoussant Serafia contre le mur, je bondis vers l’issue de service, pour découvrir qu’elle avait été verrouillée, probablement par Adellis. Je n’avais pas d’autre choix que de faire face aux trois hommes armés qui n’avaient pas l’air des mieux intentionnés à mon égard.
    
    Je m’efforçais de réprimer la rage qui montait en moi : je devais garder la tête froide. Cette fois, ma vie était en jeu. Je lançai malgré tout un regard en direction de Serafia pour m’assurer qu’elle se trouvait en sécurité. L’image de son visage pâle et défait s’imprima dans mon esprit, perturbant une concentration dont j’avais pourtant plus que besoin.
    Rapidement, j’observai mon environnement ; ma seule chance de m’en sortir était de gagner la porte, actuellement bloquée par les sbires, ou la fenêtre, juste en face de moi ; elle devait donner sur la cour, un étage plus bas. Je dégainai mon arme et, sans plus d’égard pour les chaises délicates du salon, je les renversai pour entraver le passage de mes adversaires. Grimaçant un sourire en les entendant jurer, je bondis vers l'unique échappatoire possible.
    
    Je faillis louper l’épée qui pointait vers mon côté à découvert ; je levai instinctivement le bras pour me protéger, repoussant le fort de la lame afin qu’elle puisse atteindre un point vital. Pivotant d’un quart de tour, je vacillai légèrement en raison de l’élan, mais je parvins malgré tout à contrer la dague que le forban brandissait de sa main gauche.
    
    Mes espoirs de m’enfuir sans avoir à combattre venaient de descendre en flèche. Même si je me débrouillais plus qu’honorablement à l'épée, je ne pouvais compter, pour toute expérience réelle, que quelques escarmouches avec des tire-laine après des soirées festives… Le type d’adversaire qui disparaissait la queue basse au premier sang. Des spadassins bien entraînés représentaient une menace d’une tout autre importance. Pour la première fois, je craignis vraiment pour ma vie.
    
    Une retraite hâtive me mit hors de portée de l’attaque de la rapière ; déjà, ses comparses avaient surmonté l’obstacle des chaises écroulées et refermaient la distance avec moi. Je me retrouverai bientôt repoussé contre le mur. Il faudrait un miracle pour me sortir de cette impasse !
    
    Mon dos heurta une console de marbre ; tâtonnant derrière moi de ma main libre, je rencontrai une figurine de bronze. Je resserrai mes doigts sur l’objet pesant et le balançai de toutes mes forces sur l’adversaire en face de moi. La sculpture l’atteignit à hauteur de la clavicule ; avec un cri de douleur, il tomba à genoux, lâchant la dague. Comme je plongeai pour la ramasser, je sentis la lame d’un de ses compagnons mordre l’arrière de mon épaule droite. Aussitôt, la tiède moiteur du sang envahit mon dos, trempant ma chemise et mon gilet. Mais je n’avais pas le temps de pleurer sur ma tenue préférée. Je plantai la dague dans la cuisse de mon assaillant ; en me relevant, j’envoyai ma tête dans son estomac. Il s’abattit sur le sol, gémissant de douleur, luttant pour retrouver son souffle.
    
    Tout à mon succès, j’en avais presque oublié le troisième homme. Mais lui ne m’avait pas oublié… Sa pointe filait droit vers mon cœur ; je la détournai d’une parade instinctive, sans toutefois parvenir à la repousser. Déviée de son but initial, la lame traça une profonde entaille sur le côté gauche de mon torse ; je sentis l'acier racler sur mes côtes. De justesse, ma main libre agrippa son poignet avant que sa dague ne vienne m'infliger des dégâts supplémentaires. Sur son visage carré et couturé, je pouvais lire une hargne qui témoignait de sa volonté de ne me laisser aucune chance, pas après avoir blessé ses compagnons.
    
    Au lieu de chercher à le fuir, comme il s'y attendait, je réduisis la distance entre nous avant qu’il puisse dégager l’épée encore prise dans ma chait et mes habits. Étrangement, je sentais à peine la douleur. Je lui adressai un large sourire puis envoyai mon front contre son nez, qui se brisa sous le choc. J’avais toujours eu un certain talent pour les attaques vicieuses.
    
    Il vacilla en arrière, étourdi par le coup ; le sang inondait tout le bas de son visage. Son bras gauche faiblit un moment, ce qui me permit enfin de détourner sa dague et de tordre son poignet pour la lui faire lâcher. Il se reprit plus vite que je l’aurais cru ; je sentis le talon ferré de sa botte s'écraser violemment sur mon genou, envoyant une vague de douleur dans toute ma jambe, plus intense encore que celle de mes autres blessures.
    
    Un cri presque animal remonta du fond de ma gorge, tandis que ma vision se brouillait ; seule la console derrière mon dos m’empêcha de tomber en arrière. Malgré le sang qui me battait aux oreilles, j’entendis des sanglots de femme.
    
    Serafia
    
    « Arrêtez, cela suffit, je vous en supplie… Ne le tuez pas… »
    
    Il était sans doute un peu tard à présent pour avoir des regrets. Mais de toutes les façons, je n'avais aucune intention de me faire tuer. Reprenant mes sens, je repoussais violemment mon adversaire de mon bras armé, dégageant du même coup le fer qui entaillait toujours mon côté ; la lame glissa hors de la blessure, libérant un flot de sang. Ma vision se troubla un instant, mais mon esprit était redevenu étrangement clair…
    
    Avant que l'homme pût réagir, le pommeau de mon épée s’écrasa sur sa bouche, éclatant sa lèvre inférieure qui laissa échapper un nouveau voile rougeâtre sur son menton. Il recula en titubant, portant sa main libre à sa face massacrée. Je profitais de la distance retrouvée pour lancer ma lame vers son estomac à découvert. Quand elle s’enfonça dans son abdomen, une expression de surprise apparut sur son visage ensanglanté. Il tomba lourdement à genoux, avant de glisser au sol…
    
    Arrachant mon épée du ventre de l'homme, je me permis enfin de souffler. Je me demandai brièvement s’il était mort… ou juste sérieusement blessé. J’aurais sans doute dû ressentir de l’horreur ou de la culpabilité, mais mon esprit, tout comme mon corps, semblait engourdi au point de me refuser toute sensation, tenant à l'écart la douleur qui affectait l'un comme l'autre.
    
    « Herlhand, attention ! »
    
    Surpris par le cri de Serafia, je me tournai à temps pour voir le spadassin dont j’avais meurtri ou brisé l’épaule m’attaquer de sa main valide ; je parais sans difficulté, froissant la lame avant de la repousser et de plonger mon fer dans la poitrine du sbire. Assez lugubrement, je me pris à penser que l’homme aurait mieux fait de rester à terre. En relevant les yeux, j’aperçus Seriafia, adossée au mur, le visage crayeux.
    
    Boitillant sur ma jambe blessée, tenant toujours mon épée sanglante, je m’approchais d’elle comme un somnambule. Elle braquait sur moi un regard horrifié. Parce qu’on avait tenté de me tuer ? Parce que j’avais survécu ? Je n’en savais rien. J’avais le sentiment de me trouver dans un rêve, ou plutôt, une sorte de cauchemar éveillé.
    Quand mes doigts s'ouvrirent et laissèrent échapper mon arme, je ne compris pas immédiatement ce qui venait de se passer. Je baissai le regard pour découvrir qu'un poignard transperçait mon bras droit, un peu au-dessus du coude. Un liquide rouge imbibait déjà la manche de ma chemise.
    
    « A… Adellis… » balbutia Serafia.
    
    Je me retournai pour rencontrer les grands yeux bruns de la servante, animés d’un éclat farouche.
    
    « Reculez, où je vous tue ! » lança-t-elle d’un ton vibrant de rage.
    
    Je compris alors qu’elle avait cru que j’allais m’en prendre à sa maîtresse. Un rire nerveux monta du plus profond de ma poitrine. Les deux femmes me regardèrent comme si j’étais devenu fou, et peut-être était-ce le cas.
    
    Je me tournai vers l’objet de mon affection… ou plutôt, l’ex-objet. Levant ma main valide, je touchai du bout des doigts la joue de Serafia.
    
    « Pourquoi ? demandai-je, sans trop savoir comment ce mot avait franchi ses lèvres.
    
    — Je n’ai pas voulu cela, murmura-t-elle d'une voix presque inaudible.
    
    — Tu aurais pu me prévenir… d’une façon ou d’une autre…
    
    — Ils t’attendaient dans ma chambre. J’espérais que tu pourrais t’enfuir avant…
    
    — Non. Tu t'es excusée avant qu’ils arrivent. Tu tenais ce point à ta position, Serafia ? »
    
    Elle resta un moment silencieuse, avant de se redresser comme un petit coq :
    
    « Mon père m’a menacée de me faire épouser un vieux barbon qui me mettrait sous clef… Ce qui va arriver de toute façon, quand il verra que tu as survécu ! Il tenait tant à montrer sa loyauté au prince…
    
    — Ce qui veut dire que tu as échoué et que tu n’as rien perdre. »
    
    Mon engourdissement se dissipait lentement, et la douleur de mes blessures commençaient se faire sentir. Je perdais un peu trop de sang… et même si j’étais venu – presque par miracle – à bout de mes adversaires, je n’étais pas pour autant tiré d’affaire. Ma jambe me portait à peine et la tête me tournait désagréablement. Malgré tout, je devais m’assurer que je n’étais pas entré dans ces lieux pour rien. Une ultime fois, je tentai le tout pour le tout :
    
    « Serafia... Ce n’est pas trop tard. J’ai bien compris que je n’étais pas grand-chose à tes yeux… Encore moins que je pouvais le supposer. Mais je suis prêt à oublier ce qui s'est passé... si tu m’accompagnes. »

Texte publié par Beatrix, 5 juillet 2018 à 01h18
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