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Tome , Chapitre 28 « Une Hohenhoff » Tome , Chapitre 28

Alan, soulagé qu’elle aborde le sujet d’elle même, haussa légèrement les sourcils pour l’inciter à en dire plus. Amalia eut un sourire crâne.

D’un geste, elle fit apparaître son sac-univers. Un sac rouge fait de coton et de lin, décoré d’une fine dentelle bretonne. Elle en sortit ses papiers fédéraux, Allan les récupéra, intrigué.

« Je viens de l’aristocratie fédérale, j’ai horreur de l’avouer. Mon nom de jeune fille est Hohenhoff. Si, pour une fois, ça peut me servir, je ne vais pas me gêner… »

Un silence suivit cette déclaration, puis Malo éclata de rire.

« Une Hohenhoff, rien que ça ? Tu le cache bien…

— Je prends ça pour un compliment.

— C’en est un ! »

Allan, lui, avait toujours les yeux fixés sur la petite plaque de bois fin et de métal que lui avait tendue Amalia. Amalia Elfric, née Hohenhoff le 13 septembre 1875 à Stuttgart. Il avait du mal à réaliser ce qu’il avait dans les mains. Pour lui, le nom Hohenhoff ne devait pas vouloir dire grand chose, mais il n’avait pas besoin de connaître son nom pour savoir l’influence des Grandes Familles Sorcières sur la politique Fédérale.

« Co… Comment une aristocra…

— Fille d’aristo’, s’il te plait, le reprit Amalia.

— Comment une fille d’aristo’ est arrivée en bretagne ? »

Sa méfiance, légitime, teintait son espoire d’un doute douloureux. Amalia grimaça. Patiemment, elle lui raconta sa révolte envers ses parents, la migration du père de Wilma à Aon, sa rencontre avec Cédric, leur mariage. L’homme fronça les sourcils, puis réalisa qu’il avait déjà entendu parler d’elle :

« C’est toi qui faisait les armoires-univers à Aon ?

— Heu, oui, répondit Amalia, étonnée. Comment est-ce que tu sais ça ?

— Quand on est parti de Bretagne, les armoires de la Sorcière d’Aon se vendaient une fortune. Si tu n’étais plus là pour en faire, c’est pas étonnant. »

Un sourire crispé remplaça l’air prévenant d’Amalia. Finalement, parler avec eux, se fondre avec des bretons, n’était-ce pas une façon de se rattacher à sa vie d’avant ? Ne risquait-elle pas de se faire plus de mal que de bien ? Qu’est-ce qu’elle foutait à se mêler à nouveau de leurs affaires, de leurs problèmes ?

Le rire d’Alan, suivit d’une vague de bonheur, stoppa net ses idées noires. L’emballement du breton la frappa, la fit basculer, et l’entraîna avec lui.

« Elfric… Tu as pris le nom de ton mari, humain, plutôt que ton nom de naissance ! »

S’il doutait toujours, elle lui offrait la preuve de son attachement au genre humain. Mais il ne doutait plus, la sorcière le savait bien. L’espoir qui luisait en lui depuis tout à l’heure s’enflamma.

Chez les sorciers, le nom de mariage dépendait de la puissance magique. En se mariant à un humain, en prenant son nom, en refusant de perpétuer sa lignée, elle avait insulté sa famille de la manière la plus inélégante qu’il soit. Amalia réclama sa carte d’un geste de la main et adressa un sourire au breton quand elle croisa son regard. Il comprenait toute la portée de son mariage mixte, il savait qu’elle avait fait un grand doigt d’honneur à des siècles de traditions. Ses yeux portaient le “Merci” qu’il n’énnonça pas. Il n’en avait pas besoin.

À nouveau, il se mit à rire. Il lui fallut quelque seconde avant de pouvoir expliquer son hilarité :

« J’imagine juste la tête de tes parents quand tu as décidé d’emménager en Bretagne, chez des humains, pour te marier avec un humain ! »

Amalia rit doucement et surenchérit :

« Imagine leur tête quand ils ont apprit que j’avais accouché d’une petite sorcière mixte et qu’elle ne porterait pas leur nom, mais celui de Cédric. »

Elle l’avait dit sans y penser, sans y faire attention, mais le malaise d’Alan lui fit prendre conscience de la mention de sa fille. Elle pinça les lèvres et détourna le regard en demandant à Malo :

« Tu lui a expliqué pour…

— Oui. Je ne voulais pas qu’il mette les pieds dans le plat. »

Malo laissa un petit silence et changea de sujet :

« Je n’étais pas pour, tout à l’heure, mais avec ton nom de naissance… Je pense qu’il faut au moins explorer cette piste…

— Une carte de paiement illimitée, une aristocrate déchue dans nos rangs, surenchérit Alan… On a enfin un début de plan qui tient la route… Bien sur qu’il faut tenter le coup ! »

La sorcière resta un instant sans parler, le temps de reprendre pied. Ils attendirent qu’elle se joignent à eux sans la presser.

Ils avaient hâte, désormais. Hâte de voir leur plan réussir, hâte d’enfin stabiliser la situation. Si l’enclave n’était pas à vendre, alors ils allaient en acheter le directeur. Si créer un réseau d’eau potable officiel était impossible, alors ils allaient en créer un officieux. Un artefact de transfert de ressource se trouvait facilement, le village en avait déjà plusieurs, de vieux modèles récupérés dans les centre de recyclages du coin. Une fois l’homme dans sa poche, faire poser l’artefact au fond du réservoir ne serait qu’une formalité.

Alan se porta volontaire pour remplir à nouveau les verres de bières et revint avec plusieurs brocs et… villageois. Tous voulaient participer à la mise en place du plan. Ils s’accrochaient au moindre espoir et, celui-là, valait le coup.

La dizaine d’humain et Amalia échangèrent un long moment. Elle était partisane de proposer un rendez-vous le soir même au responsable de l’enclave, Malo proposait d’attendre une semaine. Finalement, Malo fut chargé⋅e de mener des recherches sur leur homme dans la journée du lendemain.

« Nous sommes donc d’accord. Si tu ne trouve rien de dangereux sur lui, Amalia lui envoi l’invitation demain après-midi pour l’inviter le soir même, résuma Alan pour son adelphe.

— Je me plis au vote », soupira Malo.

Amalia eut un sourire victorieux. Elle voulait que les choses aillent vite.

« Il faut que j’y aille, je vais être en retard pour mon service ce soir, continua l’humaine.

— Allez-y ! »

Alan serra Malo dans ses bras, hésita, et réserva un traitement à similaire à Amalia. Il lui glissa un « Merci » vibrant d’émotion à l’oreille et la sorcière se mordit la lèvre avant qu’il relâche son étreinte.

Le retour à Dubaï s’avéra plus désagréable que l’allée. La sorcière confirma avec effroi le terrible doute qu’elle avait eu en prenant l’ascenceur la veille : sa constitution empêchait certes l’alcool de lui tourner la tête, mais son système digestif était fort peu réceptif à l’idée de boire un litre de bière avant de prendre la route. Les soubresaut de la voiture la rendirent malade par deux fois et elle exigea d’user, la prochaine fois, d’un transfère autonome dans le désert. Hors de question de tenter l’expérience à nouveau.

Malo la déposa devant son immeuble.

« Tu ne fais rien avant que je vienne te voir demain, insista-t-iel.

— Promis, articula la sorcière, blanche.

— Merci pour ce que tu fais. »

Amalia dévisagea Malo et fut surprise de trouver chez iel un soulagement très différent que ce qu’iel avait montré chez son frère. Iel avait gardé un masque, dans le désert. Ce merci, il n’était pas adressé pour la communauté, mais pour iel. Pour lui être venu en aide.

« C’est normal. Et puis ça m’a permi de rencontrer ton frère. »


Texte publié par Cestdoncvrai, 11 avril 2018 à 10h40
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