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Tome 2, Chapitre 5 « Chapitre 3 - Abysses » Tome 2, Chapitre 5
Attention, scènes de violence et de viol dans ce chapitre. Pour public averti.
    
    
    
    Lorsque Charles déposa un plateau de nourriture à mes pieds comme l’on donne une gamelle à un animal, mon cœur se gonfla d’humiliation. Malgré cela, je m’accroupis et attrapai l’espèce de viande informe préparée par mon geôlier et en croquai un bout. Un goût de caoutchouc se répandit dans ma bouche et je luttai pour ne pas le recracher.
    
    Je mourrais de faim et étais prête à avaler un rat pour calmer les gargouillements incessants de mon estomac. Pourtant, dès que la nourriture touchait mes lèvres, l’envie de recracher mes entrailles devenait irrépressible.
    
    Habituellement, Charles assistait en silence à ma lutte intérieure. Cela faisait plusieurs jours que je me trouvais ici, si je me fiais aux indices laissés par la minuscule ouverture de ma prison. Je m’obligeais toujours à avaler un morceau, puis laissais mon gardien récupérer le plateau et repartir sans masquer son soulagement.
    
    Il répondait par monosyllabes à mes questions, même s’il s’efforçait de garder un ton poli. Néanmoins, il évitait de croiser mon regard, soit par ordre de son chef, soit par connaissance de mon don.
    
    — Vous feriez mieux de terminer votre repas, dit-il soudain, alors que je m’apprêtais à lui laisser un plateau encore rempli à moitié de nourriture.
    
    Je continuai à mastiquer la viande et levai mes yeux vers lui.
    
    — Je n’ai pas faim, répondis-je en repoussant le plateau.
    
    Il le bloqua à l’aide de son pied et le réavança vers moi, malgré son envie pressante de prendre ses jambes à son cou.
    
    — S’il vous plaît. J’ai… j’ai conscience que la nourriture doit posséder un goût infâme, mais vous avez la peau sur les os.
    
    Face à mon silence, il ajouta :
    
    — Aleksandar vous nourrira de force s’il le faut.
    
    Mon ventre profita de ce moment pour émettre un nouveau gargouillement. Un rictus triomphal se dessina sur les lèvres de mon gardien, mais je fis comme si de rien n’était.
    
    Soudain, une artère située à la base de son cou attira mon attention. Mon souffle s’arrêta un instant et mon regard ne put lâcher ce merveilleux détail. J’entendis presque le fluide vital couler dans ses veines et je me relevai doucement. Je m’imaginai alors bondir sur lui, plonger mes canines dans sa chair pâle et ferme, et le saigner à mort.
    
    Mon ventre ronronna de plaisir à cette idée.
    
    Le contact de la chaîne s’enfonçant dans la chair de ma cheville me ramena brusquement à la réalité. Charles, sans doute surpris par l’intensité dévorante avec laquelle je le fixai, ramassa en hâte mon plateau et recula.
    
    — Est-ce que vous êtes malade ? interrogea-t-il.
    
    Je secouai la tête et me rassis, encore attirée par sa veine. J’humectai mes lèvres avec délice, sans me rendre compte du regard terrifié du jeune homme. C’était la première fois que je ressentais une envie aussi forte de goûter au sang de mes semblables. Il m’était arrivé par le passé d’éprouver cette attirance, mais elle disparaissait presque aussitôt.
    
    — Je n’ai vraiment pas faim, m’excusai-je.
    
    Charles continua de me dévisager avec inquiétude. Un voile obstrua soudain mon esprit et je songeai au fragment de miroir brisé de la salle de bain. Si j’avais tenté de le tuer, si j’avais bravé les risques, me serais-je nourrie de son sang comme une affamée ?
    
    Mon gardien inspira une brassée d’air et risqua un pas vers moi. Je reculai contre le mur, méfiante. Son regard azur se plongea dans le mien. Je me remémorai alors ma mise à mort par l’armée des britanniques. La haine fut si forte à ce moment-là que les ombres mortelles qui m’accompagnaient depuis la naissance de mes pouvoirs m’avaient aidé à ôter la vie de ce monstre d’anglais. J’aurais pu faire pareil avec Charles.
    
    Hélas, j’étais trop épuisée, physiquement et psychologiquement, pour user de mon pouvoir. Il valait mieux garder mes maigres forces pour Aleksandar, même si mon don ne fonctionnait pas avec lui.
    
    Un rire amer s’échappa de mes lèvres.
    
    Je n’avais guère besoin de ressentir de la haine ou de l’envie pour tuer quelqu’un. Il me suffisait de chasser mes doutes l’espace d’un instant et de lui porter le coup fatal. J’avais commis mon premier meurtre à l’âge de quinze ans contre de l’argent et mon âme n’éprouvait plus de scrupules à ôter la vie.
    
    Mais la plupart du temps, je tenais une arme dans le creux de mes mains. Utiliser mes pouvoirs était difficile, bien plus difficiles. Je n’avais tué que deux fois par télépathie et à chaque fois, la plaie béante qui marquait mon cœur s’était un peu plus agrandie.
    
    Cela demandait une énergie considérable, ainsi qu’une volonté de fer. Pour tuer cet anglais, il avait fallu oublier les regards avides rivés autour de moi et l’appel pressant de la mort. Et surtout, il avait fallu le prix du sang : une vie pour une vie, disait-on. Quelque part dans le monde, un innocent avait également péri par ma faute.
    
    — Aleksandar… murmura Charles. Il peut deviner les émotions des gens qui l’entourent.
    
    Moment de silence.
    
    — Je le sais déjà.
    
    — Dans votre état, il ne fera qu’une bouchée de vous.
    
    Pourquoi me disait-il cela ? Était-ce une technique perverse d’Aleksandar pour m’arracher des informations en jouant de la gentillesse ? Mon ravisseur ne voulait pas seulement récupérer mon héritage magique ; il souhaitait aussi connaître les vraies raisons de ma présence à Vienna. Il pouvait très bien utiliser Charles pour me faire baisser la garde.
    
    De par la nature de mon métier, j’avais été formée aux différentes techniques d’interrogatoire. Il était probable que je sois un jour confrontée à la captivité et je savais donc à quoi m’attendre de la part d’un geôlier.
    
    Les prunelles de mon gardien se dilatèrent et il murmura :
    
    — Aleksandar peut lire les émotions de son entourage, sauf les miennes.
    
    Je faillis m’étrangler face à cette révélation. Charles tourna aussitôt la tête, craignant visiblement d’en avoir trop dit, et se repencha vers mon oreille pour ajouter :
    
    — Je ne suis pas un sorcier comme vous. Je ne possède aucun pouvoir et pourtant, il ne peut pas lire dans mes pensées, ni deviner ce que je ressens.
    
    — Comment le savez-vous ? demandai-je.
    
    — Parce que sinon, il m’aurait éliminé depuis longtemps.
    
    Je capitulai et cessai enfin de m’agiter, décidée à l’écouter. Charles me relâcha, sans pour autant reculer. Il craignait visiblement qu’un autre gardien ne survienne et ne rompe ce moment de trahison.
    
    À sa place, je me rétracterais immédiatement. Si Aleksandar soupçonnait la moindre aide de sa part, il souffrirait de longues heures avant de rendre l’âme. Malgré sa carrure imposante et sa force, il ne ferait pas le poids face au démon à l’œuvre.
    
    — Impossible, rétorquai-je. Si vous n’êtes pas un sorcier, comment se fait-il que vous échappiez à son pouvoir ?
    
    — Cela demande beaucoup de concentration. Et une vigilance sans faille.
    
    — Où voulez-vous en venir ? Pourquoi… pourquoi me dites-vous cela ?
    
    — Parce que si vous ne parvenez pas à fermer vos émotions, c’en est fini de vous. Vous le savez aussi bien que moi.
    
    — Sauf votre respect, Charles… en quoi mon sort vous préoccupe-t-il ? Savez-vous qui est votre chef ?
    
    Je me redressai en signe de défi, malgré les chaînes qui reliaient mes poignets au mur. Aleksandar était doué pour se dissimuler parmi nous. Son enveloppe charnelle ne trahissait aucune imperfection, sa manière de s’exprimer était fluide et envoûtante. Il ne correspondait en rien à ses semblables, souvent reconnaissables par leur incapacité à taire leur langue originelle.
    
    — Évidemment, répondit-il. Je suis au fait de ses exactions, puisque je suis son bras droit.
    
    — Je ne parle pas des meurtres, mais d’Aleksandar lui-même. Vous savez ce qu’il est, n’est-ce pas ?
    
    Charles garda le silence et ses traits se durcirent aussitôt. Un sourire triomphal se dessina sur mon visage émacié.
    
    — Alors expliquez-moi comment fermer mes pensées, soupirai-je, les prunelles étincelant d’une rage meurtrière. Expliquez-moi comment empêcher ce démon de s’introduire dans mon esprit pour me torturer. Expliquez-moi comment vous parvenez à dormir la nuit. J’imagine qu’il doit vous falloir beaucoup de volonté pour chasser les images des exactions de votre chef afin de réussir à vous observer dans un miroir !
    
    Charles déglutit, de plus en plus mal à l’aise. Son cœur battait la chamade et la vue de ses veines me redonna de nouveau la furieuse envie d’enfoncer mes canines dans sa nuque pour m’abreuver de son délicieux fluide vital.
    Malgré ses muscles saillants et ses épaules carrées, il n’avait pas la carrure d’un mercenaire endurci. Beaucoup d’hommes se faisait enrôler dans l’armée de Vienna ou des différents clans européens pour échapper à leur situation précaire. Certains finissaient par s’accommoder de ces conditions de vie, marquées par les assassinats et les tortures quotidiennes. D’autres, en revanche, ne s’y habituaient jamais et se muraient derrière un masque pour ne pas être considéré comme le maillon faible du clan.
    
    Charles faisait visiblement partie de la seconde catégorie. Je ne pouvais percevoir ses émotions – je n’étais ni une Cachée, ni clairvoyante. Mais la dureté de ses traits dissimulait autre chose, qui m’intriguait autant que ses veines apparentes.
    
    — Aucun choix n’est facile, rétorqua-t-il. J’ai fait ce qu’il fallait pour survivre. Si vous ne cautionnez pas mes actes, acceptez au moins mon aide.
    
    — Comment ?
    
    — Dites-vous qu’il ne peut vous atteindre, qu’il n’est pas réel.
    
    Il accentua les derniers mots en me fixant d’un air entendu.
    
    — Prenez conscience de vos sensations. Les barrières avec votre corps sont certes difficiles à protéger, mais celles de votre âme… elles pourront vous protéger de lui.
    
    — Je ne comprends pas.
    
    — Le voyage astral, Svetlana. S’il s’introduit dans votre esprit, le voyage astral sera la clef pour le repousser.
    
    Un frisson parcourut alors mon échine et mes poils se dressèrent sur ma peau.
    
    — Comment… comment savez-vous…
    
    Il recula, prenant conscience d’en avoir trop dit, et tourna les talons avant de quitter ma cellule. Mes supplications s’étouffèrent dans ma gorge. Malgré les questions qui brûlaient mes lèvres, je ne pouvais prendre le risque d’attirer l’attention des gardes et de trahir Charles.
    
    Les chances de pouvoir compter sur lui étaient infimes. Mais pour la première fois, l’obscurité de ma cellule s’éclaircit d’une brève lueur d’espoir. Peut-être qu’une échappatoire se dessinait de nouveau devant moi.
    
     ***
    La porte de ma prison s’ouvrit dans une grande volée et deux lourds bras m’agrippèrent avant de me libérer de mes chaînes. Je rouvris les paupières avec difficulté et découvris Aleksandar face à moi, dominant la pièce de son impérieuse présence.
    
    Une lourde main m’obligea à m’agenouiller et mes genoux se cognèrent contre le sol dur. Je m’obligeai à garder la tête droite, en dépit de mes cheveux qui se collaient contre mon front moite. Des bruits de talons claquant contre le sol retentirent et une femme se plaça aux côtés du démon.
    
    De petite taille, ses cheveux bruns soyeux tombaient en cascade sur ses épaules recouvertes d’une robe noire. Ses yeux sombres trahissaient une franche hostilité, plus virulente encore que celle d’Aleksandar.
    
    Les ombres mortelles dansèrent de nouveau autour de moi et mes prunelles se dilatèrent dans un mélange de haine et de détermination. La peur vrillait mes entrailles et je rassemblai le peu de courage dont je disposais encore pour soutenir le regard de mon ennemi.
    
    Aleksandar fit signe aux hommes qui me maintenaient de quitter la pièce. Lorsque la porte se ferma dans un grincement sinistre, j’eus le sentiment que le couperet de la guillotine allait s’abattre sur ma nuque. Le démon fit les cent pas dans la pièce avant de me balancer avec mépris la photo d’un homme.
    
    — Le reconnais-tu ? interrogea-t-il.
    
    J’arquai un sourcil.
    
    — Paul Schenpfoff, dis-je en crachant presque son nom. Il appartenait également à l’élite viennoise. Je le croisais parfois.
    
    Inutile de mentir. De toutes manières, tout le monde à Vienna connaissait cet homme – ou cette ordure pour être plus exacte. Si ce dernier n’avait pas eu la présence d’esprit d’assurer ses arrières en s’alliant avec l’ennemi au dernier moment, il aurait probablement rejoint son confrère Paul Desert dans la tombe.
    
    Rien ne m’aurait fait plus plaisir que de l’expédier moi-même en enfer.
    
    — Bien, répondit Aleksandar, satisfait de ma réponse. Elena, passe-moi le dossier.
    
    La jeune femme obéit et lui remit une pile de feuilles épaisse comme un livre. Elle s’éloigna ensuite pour s’adosser contre un mur, et alluma une cigarette, comme pour assister à un spectacle.
    
    — Schenpfoff nous a appris des infos intéressantes sur toi, révéla le démon. Notamment dans ce rapport t’accusant de sorcellerie.
    
    Je restai de marbre, laissant ses paroles perfides glisser le long de mon corps. Schenpfoff et Desert avaient sans doute été chasseurs de sorcières dans une ancienne vie. Ils m’avaient pris en grippe dès mon arrivée et avaient tenté, sans succès, de convaincre les Kennedy de ma nature de sorcière. Mais c’était sans compter sur ma détermination et la longueur d’avance que je gardais sur eux. Je m’en étais sortie à chaque fois, effritant un peu plus leur réputation au passage.
    
    — Ce rapport est un tissu de mensonges, rétorquai-je, décidée à me défendre. Ce rapport ne vaut rien. Les Kennedy ne l’ont jamais validé. Et les preuves fournies par cette ordure ne valent rien. J’imagine que cela doit être frustrant de connaître la vérité à mon sujet et d’être obligé de chercher des preuves pour la révéler sans risquer de dévoiler ton jeu.
    
    La femme laissa échapper un halo de fumée et me toisa avec intérêt. Malgré son apparence fine et délicate, elle avait elle aussi l’expérience du combat. Comme pour mon ravisseur, son visage m’était familier. Je l’avais croisée quelque part, mais mon esprit ne parvenait pas à mettre un nom dessus.
    
    Soudain, une force pesante me cloua au sol et opprima mon corps, comme si le pied d’un géant cherchait à écraser la fourmi que j’étais. Je poussai un gémissement de douleur et d’impuissance, tandis que le démon s’approchait de moi.
    Ma tête vacilla, traversée par des dizaines d’aiguilles au même moment. Ma vision se flouta, mon ventre cria de nouveau famine et les paroles de Charles résonnèrent dans mon esprit.
    
    Rien n’était réel, il suffisait de me le répéter comme un mantra. Aucune aiguille ne traversait mon crâne, la douleur n’était que le fruit de mon imagination tordue, victime des pouvoirs pervers du démon. Pourtant, la réalité s’échappa de mon esprit et seule la douleur prit possession de mon âme.
    
    — Je sais que ton employeur t’a envoyé à Vienna pour te protéger de moi, susurra-t-il d’une voix sucrée et en caressant mon dos du bout de ses doigts. Mais tu ne t’es pas contentée de te réfugier là-bas. Tu avais une mission précise, une mission en lien avec les travaux de Desert et Schenpfoff.
    
    Nije stvarno, nije stvarno, nije starvno… (1)
    

    Un feu s’alluma dans le bas de mon ventre, consumant avec lui mes tentatives de chasser la douleur, ainsi que les larmes qui jaillissaient. De la transpiration coula le long de mon front moite et de mon dos. Les larmes brouillèrent ma vue et une terreur pernicieuse vrilla mes entrailles.
    
    Il n’allait pas le faire, c’était impossible.
    
    Le feu redoubla d’intensité. Je tentai de chasser ces sensations pernicieuses, de les étouffer et les rendre irréelles. Les paroles de Charles résonnèrent de nouveau dans mon esprit, avant de s’évanouir aussitôt. Le feu me consumait de désir.
    
    Mes jambes gigotèrent avec violence, mais mes coups de pieds se perdirent dans le vide. Soudain, les mains de mon geôlier me retournèrent comme une crêpe et je me retrouvais allongée sur le dos. Je lui crachai au visage, les yeux écarquillés et prête à planter mes griffes dans ses orbites. Aleksandar m’asséna une gifle qui fit danser des étoiles devant moi et cloua son corps contre le mien.
    
    Emprisonnée par les forces invisibles du démon et son corps imposant, je ne pouvais plus bouger. Nos regards se croisèrent et je tentais, dans l’énergie du désespoir, de déceler la lueur démoniaque au fond de ses prunelles.
    Il me terrifiait bien plus sous son masque humain. Son corps musclé, sa force surhumaine, sa bouche sculptée et cette beauté capable d’envoûter ses proies sans le moindre effort. Rien ne permettait de déceler le monstre qui se cachait derrière lui. Un monstre capable de garder le contrôle de lui-même en toutes circonstances et de violer sciemment mon intimité.
    
    Nije starvno, nije starvno…

    
    — Tu étais également là-bas pour conclure une alliance avec les Cachés, dit-il. Qu’espérais-tu en sautant ce salopard de Laurent ? Me vaincre ? Repousser mon armée ?
    
    Il appuya un peu plus son corps contre le mien et plaqua sa main contre ma bouche afin d’étouffer mes cris. Ma cage thoracique se comprima et je suffoquai.
    
    — J’ai déjà presque tout ce qu’il me faut pour vous repousser, ajouta-t-il. Mais bientôt, lorsque tu m’auras cédé ton héritage magique, aucunes de tes alliances pathétiques ne suffiront à me vaincre.
    
    Chacune de ses paroles sonnaient comme une gifle contre mes joues. Sa voix suave n’était qu’une manière d’enrober la haine qui caractérisait son être. Lorsque son corps me relâcha, ainsi que ses mains, les étoiles continuèrent de danser devant moi avant de disparaître.
    
     Il relâcha sa main et je discernai la jeune femme allumant une seconde cigarette. Elle observait le spectacle sans ciller. Où l’avais-je vu ? Pourquoi m’observait-elle comme un scarabée bon à écraser ?
    
    Rapidement, Aleksandar se cloua de nouveau contre moi, rallumant l’incendie pernicieux dans le bas de mon ventre. Le reste de la pièce disparut et les doigts de mon ennemi caressèrent ma joue, tel la souris que l’on tient entre ses griffes.
    
    Je fermai les paupières dans l’espoir de me réveiller de ce cauchemar. Les chambres de Vienna, composées de ses lits luxueux, se matérialisèrent devant moi. Le sourire de Laurent me donnait l’impression d’être la plus belle femme du monde et d’être enfin aimée. Mais une décharge m’arracha à ce rêve trop bref.
    
    Des lèvres chaudes se plaquèrent contre les miennes et deux mains saisirent les miennes pour les hisser au-dessus de ma tête. Le feu s’éteignit aussitôt. Mon corps entier se paralysa sous l’effet de la douleur et de l’épouvante.
    Les prunelles noisette d’Aleksandar ne trahissaient aucune lueur pailletée. Il demeurait plus humain et terrifiant que jamais.
    
    — Allons, Svetlana, chuchota-t-il en déchirant ma robe. Tu sais très bien que tes pouvoirs n’ont aucun effet sur moi. Même si tu désires me tuer, tu n’es qu’une petite chose fragile. Un geste de ma part et ton corps se craquerait comme un œuf.
    
    Les larmes brouillèrent ma vue jusqu’à flouer la silhouette de mon geôlier. Mon estomac était noué, ma gorge sèche. Je mourrais d’envie de vomir, mais les forces me manquaient. Je voulais sentir la vie s’échapper de mon corps, m’échapper de cet enfer et de la cage où j’étais enfermée depuis trop longtemps.
    
    — Pas tout de suite, dušica , dit-il.
    
    Il caressa ma chevelure avec une douceur déconcertante. Un peu plus loin, j’entendis la cigarette de la femme s’écraser contre le sol, puis les talons de cette dernière claquer et s’éloigner. Sans ajouter quoi que ce soit, ses lèvres se plaquèrent de nouveau contre les miennes et la douleur qui me consumait se transforma en un gouffre sans fond. Je tentai vainement de résister à l’appel des abysses, mais lorsqu’une sensation dure pénétra dans mon intimité, rompant ainsi les défenses que j’avais érigée entre lui et moi, je capitulai.
    
    Mes paupières se fermèrent et ce fut le trou noir.
    
    (1) : Ce n'est pas réel, ce n'est pas réel...

    

Texte publié par Elia, 10 mars 2018 à 11h40
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