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Tome 2, Chapitre 3 « Chapitre 1 - Captive » Tome 2, Chapitre 3
Lorsque j’ouvris mes paupières, ma tête vacillait dans tous les sens, comme si des dizaines de marteaux-piqueurs perforaient mon crâne en même temps. Une étrange douleur vrillait mon ventre, comme si l’on avait violé mon intimité durant mon évanouissement. Je restai un moment immobile, tentant de recouvrer mes esprits et de m’acclimater à la situation.
    
    Mon corps était marqué de bleus et de plaies. Si mes geôliers, sans doute sur ordre de leur chef, m’avaient relativement préservé, je m’étais battue à plusieurs reprises avant ma capture. Les armes à feu étant proscrites aux femmes à Vienna, il m’avait fallu composer avec les moyens du bord pour sortir vivante de cet enfer.
    Certaines blessures saignaient encore et je pouvais m’estimer heureuse de ne pas avoir de muscles déchirés ou de membres cassés. Le temps s’était écoulé rapidement entre les premiers bombardements et mon arrestation. Néanmoins, les marques, elles, resteraient longtemps gravées sur ma chair.
    
    Ma prison mesurait environ vingt mètres carrés. Une minuscule ouverture laissait filtrer la lumière du jour et j’entendais de l’eau couler un peu plus loin. Une rivière, sûrement, à en juger par le débit. Je portais désormais une tunique informe, qui m’arrivait juste au-dessus de genou. Pas de dessous, ni de chaussures. Impossible donc de dissimuler une arme : le slave avait pensé à tout.
    
    Au souvenir de ce dernier, un frisson parcourut mon échine. Je n’avais aucune idée de la raison pour laquelle ses hommes et lui m’avaient emmené ici au lieu de m’abattre comme les autres. Visiblement, il en avait après moi et son regard noisette me semblait étrangement familier, comme si je l’avais déjà rencontré par le passé.
    
    Je ravalai la terreur qui gelait mes veines et tentai de tisser les différents souvenirs dans ma mémoire. Je revis l’agitation de la famille Kennedy, rapidement suivie des premiers bombardements. Les avions avaient survolé la cité des jours durant. Des traîtres avaient bloqué les sorties afin de nous empêcher de fuir. Les rares techniciens ayant résisté à leurs assauts avaient pour la plupart terminés avec une balle dans la tête.
    
    Les sifflements mortels des bombardements résonnèrent dans mes oreilles. Les Kennedy s’étaient terrés dans leur cachette, abandonnant leurs fidèles à leur sort. La mort s’était dissimulée dans chaque parcelle de cette ville maudite. Aucun endroit ne pouvait nous protéger des bombes et des soldats. Les cris d’Élise retentirent soudain contre les parois de ma prison et je déglutis à leur entente.
    
    De retour à la réalité, je constatai ensuite la présence d’une chaîne qui reliait ma cheville au mur. D’un geste rageur, je tentai de m’en défaire, en vain.
    
    Glup ! Glup ! (1)
    
    Tout avait échappé à mon contrôle. Bien sûr, nous savions tous que Vienna tomberait un jour. La cité avait perdu de son influence et la révolte grondait depuis plusieurs semaines. Comme les autres citoyens, j’avais naïvement fermé les yeux sur cette menace pour ne pas faillir à ma mission.
    
    J’avais eu tort.
    
    Soudain, la porte de ma cellule s’ouvrit. Un homme pénétra à l’intérieur, le visage maussade. Je l’avais vu un bref instant dans la tuerie. Il s’était chargé d’achever les survivants. Je tentai de nouveau de me tirer sur ma chaîne, avant de trébucher lourdement.
    
    — Inutile d’insister, cette chaîne ne cèdera pas, dit-il d’une voix sombre. Vous êtes réveillée depuis longtemps ?
    
    Sa voix ne trahissait aucune émotion. Son regard azur semblait éteint. Je ravalai un soupir de frustration et me remis debout. Pourquoi me traitait-on ainsi, en m’enchaînant comme un animal à ce mur ? Je n’étais pas une citoyenne de Vienna. Je l’étais certes sur le papier, mais je ne l’avais jamais été en réalité. Je ne le serais jamais, d’ailleurs. Je rêvais au contraire d’assister à la chute des Kennedy depuis longtemps.
    
    L’homme déposa un panier de fruits près de moi. Mon ventre profita de cet instant pour gargouiller de plus belle. Je n’avais pas avalé de vrais repas depuis des jours et j’étais affamée.
    
    — Mangez, conseilla-t-il. Vous allez avoir besoin de toutes vos forces pour les jours à venir. Je vais prévenir le chef de votre réveil.
    
    Il tourna les talons avec nonchalance avant que je n’eusse le loisir de répliquer. Je marmonnai un juron et tirai de nouveau sur la chaîne, avant de chuter de nouveau.
    
    L’homme revint quelques instants plus tard, accompagné du slave. Je me redressai aussitôt, le cœur pétrifié de terreur. Malgré la confusion qui avait suivi mon arrivée ici, le souvenir du jeune homme demeurait intact dans mon esprit. Son regard noisette me dévisageait avec une satisfaction non-dissimulée.
    
    Ses traits étaient fins, parfaitement symétriques. Sa silhouette, musclée, contrastait avec mon corps fin. Il me dépassait d’une bonne tête et rien que ses mains étaient plus larges que ma nuque.
    
    J’avais beau posséder l’expérience du combat et des réflexes développés, la force de mon geôlier était trop importante pour le mettre au tapis.
    
    — Tu peux nous laisser, Charles, dit le slave d’une voix posée.
    
    Des éclats de terreur, mêlés à de la haine, parcoururent mon corps et dilatèrent mes prunelles. Je connaissais cette voix mélodieuse. Le slave esquissa un sourire qui dévoila ses dents blanches et me fixa avec intérêt.
    
    Maintenant ma belle, tu es à moi.
    
    Ces mots résonnaient encore dans ma tête. Un homme avant lui avait prononcé ces paroles et je savais plus que quiconque à quel point elles pouvaient être dangereuses.
    
    Mes poils se dressèrent sur ma peau pâle et je tentai de reculer, comme pour me réfugier dans ma coquille.
    
    — Sois la bienvenue, Svetlana, dit-il sans se départir de son sourire.
    
    J’étouffai un juron et écarquillai les yeux, stupéfaite. Venait-il de me parler en serbe ? Comment était-il au fait de mon véritable nom et de ma nationalité ? Tout le monde à Vienna me connaissait sous l’identité de Laura O’Reary, une jeune anglaise introduite dans l’élite des Kennedy pour ses compétences en langues étrangères. Je parlais l’anglais et le viennois depuis ma plus tendre enfance. Mon accent serbe avait disparu, j’y avais longuement travaillé.
    
    — Qui êtes-vous ? demandai-je en serbe. Où sommes-nous ?
    
    Inutile de nier mon identité. Il avait une longueur d’avance sur moi et mentir me rendrait plus pathétique encore.
    — Tu n’as pas besoin de le savoir pour le moment, répondit-il.
    
    Kučkin sine. (2)
    
    Il avait donc l’intention de me compliquer la tâche. J’inspirai un grand coup, fermement décidée à lui résister en dépit de la cruauté qui enrobait sa voix. Je tentai de me concentrer à nouveau et de fouiller mes souvenirs. Où avais-je rencontré cet homme ? À Vienna ? Non, impossible. Je l’aurais immédiatement reconnu.
    
    — Quel âge as-tu ? reprit-il.
    
    — Puisque vous connaissez ma véritable identité, j’imagine que cette question n’en est pas une.
    
    — Bien deviné. Tu en as vingt-trois, n’est-ce pas ? Tu parais pourtant plus jeune… tu ressembles à une adolescente.
    
    Un élan de désespoir m’envahit. J’aurais dû fêter mon vingt-troisième anniversaire un mois plus tôt, à Vienna. Même si en réalité, je ne les atteindrais jamais réellement. Je chassai cette pensée de mon esprit pour me concentrer sur mon ravisseur.
    
    — Allons, Svetlana, pourquoi fais-tu une tête pareille ? Tu ne te souviens pas de moi ?
    
    Les battements de mon cœur s’accélérèrent jusqu’à tambouriner avec violence contre ma poitrine. Ma tête vacilla et je dus rassembler mes dernières forces pour soutenir le regard de mon ennemi. Ce dernier posa sa main calleuse sur mon visage.
    
    Amusé de ma terreur, il retira sa main et sortit de la poche de son pantalon une petite bouteille d’eau.
    
    — Bois, susurra-t-il.
    
    Il ôta le bouchon et fourra la bouteille dans ma bouche. Je bus les gorgées d’une traite, la vision brouillée par les sanglots et le manque soudain d’oxygène. Je manquais de m’étouffer et de recracher mes poumons lorsqu’il me libéra.
     Son sourire carnassier s’élargit.
    
    — Qui êtes-vous ? répétai-je une fois mon souffle recouvré.
    
    — Aleksandar Esbolvac. J’appartiens au clan de Prague. Vraiment, Svetlana, tu ne me reconnais pas ?
    
    Mes jambes faillirent se dérober. Si j’avais lutté pour garder mon sang-froid jusque-là, cette révélation trahit aussitôt mes émotions. Je compris alors pourquoi ses traits angéliques m’étaient aussi familiers.
    Aleksandar Esbolvac était l’un des plus célèbres ennemis du clan Kennedy. Du haut de ses trente ans, il avait commis des actes susceptibles d’effrayer un serial killer. Il haïssait Vienna depuis toujours et n’avait pas hésité à commettre de nombreux massacres pour assouvir sa vengeance.
    
    Mais sa question impliquait autre chose. J’avais certes déjà vu des photos de lui, mais je le connaissais d’ailleurs. Soudain, les prunelles de mon geôlier se teintèrent de mauve et scintillèrent dans la pénombre.
    
    Kučkin sine, pensai-je de nouveau.
    
    Je détournai le regard et tentai de me dégager de son étreinte lorsqu’il se rapprocha de moi. Les larmes roulèrent sur mon visage et mon souffle se coupa une seconde fois. L’homme face à moi n’était qu’une illusion. Un masque d’ange, une beauté sans tâches. Il n’existait pas, ce n’était qu’un leurre pour dissimuler sa véritable nature.
    
    Aleksandar attrapa ma nuque d’un geste et attendit patiemment que je cesse de me débattre. Mes sanglots coulèrent sur ses mains et la satisfaction affichée sur son visage renforça mon sentiment de n’être qu’une poupée de chiffons. La défaite avait un goût amer, mais perdre face à lui… mon esprit s’embruma pour chasser l’horrible réalité.
    
    Il aurait mieux valu que je périsse de la main de l’armée britannique.
    
    Ses prunelles étincelèrent plus encore. Sa bouche sculptée se rapprocha dangereusement de la mienne et un feu brûlant s’alluma à l’intérieur de mon corps frêle. J’avais détesté de nombreuses personnes dans ma vie. Ma sœur me traitait souvent d’aigrie à cause de mon incapacité à me lier durablement à mes semblables. Mais Aleksandar éveillait en moi une rage animale, viscérale, plus puissante que tout ce que j’avais ressenti jusqu’à présent.
    
    — Que me veux-tu ? demandai-je. Pourquoi n’as-tu pas laissé les britanniques me tuer ?
    
    — Te tuer ? Allons, ma jolie, tu sais très bien que je tiens trop à toi pour laisser ces pervers poser leurs sales pattes sur ton joli petit corps.
    
    — Tu aurais dû.
    
    — Ne réagis pas ainsi. Tôt ou tard, j’obtiendrai ce que je veux de toi. Mais avant de débuter les hostilités, commence donc par me dire ce que tu faisais à Vienna.
    
    — Je l’ai déjà dit. Je travaillais dans une boutique d’électronique.
    
    Ses doigts autour de mon cou se resserrèrent si forts que des étoiles dansèrent devant mes yeux. Mes bras s’agitèrent pour le repousser, tandis que je griffai ses mains pour l’obliger à me relâcher.
    
    Mon ennemi resta de marbre et continua de soutenir mon regard.
    
    — Ce que tu faisais vraiment, rectifia-t-il. Je ne suis pas dupe. Tu appartiens à l’élite. Ton don pour les langues a permis à ton enfoiré de patron de t’introduire là-bas. Alors, Svetlana ?
    
    Au moment où j’allais sombrer dans l’inconscience, il me relâcha. Je me laissai tomber contre le mur, aveuglée par les étoiles qui papillonnaient autour de moi.
    
    — Sale pervers, murmurai-je une fois capable de parler à nouveau. Pourquoi te donnes-tu la peine de m’interroger alors que tu connais la réponse ?
    
    — Je ne lis pas encore dans tes pensées, rétorqua-t-il. C’est une chance pour toi, d’ailleurs. Cela fait des mois que je cherche ta trace. C’était une excellente idée de te réfugier à Vienna, n’est-ce pas ? Mais tu n’as pas seulement infiltré l’élite pour te protéger de moi. Il y a autre chose.
    
    — M’éloigner de toi était une raison suffisante pour m’introduire chez les Kennedy.
    
    Il éclata de rire.
    
    — J’espérais plus de collaboration de ta part, dit-il finalement. J’imaginais que nos retrouvailles et le souvenir de notre précédente rencontre t’aurais ramené à la raison.
    
    Un frisson parcourut mon échine à l’évocation de notre dernière rencontre. J’en rêvais souvent la nuit. Parfois, je sentais même le corps de ce monstre pressé contre le mien, susurrant des paroles acerbes au creux de mon oreille. Sa voix s’enrobait toujours d’une douceur feinte, une douceur capable de me consumer en dépit de la terreur qu’elle m’inspirait.
    
    Ce démon jouait avec mes sens et mes désirs. C’était pervers, terriblement pervers, parce que la haine ne suffisait pas à chasser ces sensations contradictoires de mon esprit.
    
    — Tu as beau me menacer et me faire peur, tu ne peux pas me tuer. Si tu le fais, tu perdras mon héritage magique. Et tu ne peux me contraindre à te le remettre.
    
    — Oh, Svetlana.
    
    Le regard de mon geôlier s’adoucit et se teinta d’une lueur presque compatissante.
    
    — Si tu savais à quel point tu as tort, ajouta-t-il.
    
    La chaîne qui emprisonnait mon pied disparut. Je clignai des paupières, hébétée, avant de sentir deux anneaux de fer capturer mes poignets et me clouer contre le mur. Par quel sortilège avait-il réussi à faire apparaître ces nouvelles chaînes ? Aleksandar approcha sa bouche de mon oreille et saisit ma chevelure dans ses mains. Il vrilla mon menton pour l’obliger à soutenir son regard.
    
    — Sais-tu pourquoi j’ai assassiné ces hommes l’autre soir ? dit-il. Pas par pitié. Te voir hurler de douleur me procure toujours un plaisir sans nom. J’aurais peut-être dû les laisser te passer dessus avant de les tuer. Le spectacle aurait été intéressant à regarder.
    
    Son souffle chaud m’arracha un rictus de dégoût. Contrairement aux autres créatures de l’Antimonde capables de prendre forme humaine, il ne sentait pas leur odeur caractéristique de soufre. Aleksandar jouait si bien son rôle que son odeur dégageait un délicat parfum de menthe et de propre.
    
    Je gardai le silence, me pinçant discrètement pour m’éveiller de ce cauchemar. Hélas, impossible de m’en réveiller.
    — J’aurais préféré mourir de leurs mains. J’aurais même préféré qu’ils me passent dessus plutôt que de me retrouver ici, crachai-je.
    
    Je regretterai ces paroles de mille façons, mais une fois encore, je n’avais pu résister à l’envie de le provoquer. Au fond de moi, je savais que derrière le sourire angélique de mon geôlier se dissimulait une haine silencieuse. Pour une raison que j’ignorais, il nourrissait une obsession particulièrement morbide à mon égard.
    
    Aleksandar me traquait depuis trois longues années. En plus de me détenir, il avait réalisé son plus sombre dessein : détruire la cité de Vienna, unique rempart entre le Monde et les créatures du Demi-Monde et de l’Antimonde. Bien sûr, je n’étais pas idiote : mon Monde était en pleine perdition. Il se détruisait à petits feux depuis l’émergence de Vienna un siècle plus tôt, même si, ironiquement, la cité était devenue ensuite notre unique protectrice.
    
    Dans les années 2020, alors que le Monde se déchirait, une épidémie de peste apparut en Europe avant de se répandre sur les autres continents. Elle réapparut ensuite à plusieurs reprises et malgré son avancée, la médecine de l’époque ne put rien faire pour la contrer. En cinq ans seulement, la moitié de la population mondiale disparut, ce qui généra l’effondrement de grandes puissances comme les États-Unis ou la Russie.
    
    Cette peste fut bien plus puissante que celle survenue au Moyen-Âge. Elle foudroya tout sur son passage et poussa les différents continents à agir séparément afin d’éviter une nouvelle contagion mondiale. Ce fut la fin de la mondialisation.
    
    Sur les cendres de l’Europe ruinée, naquit en 2030 la cité de Vienna, localisée sur l’ancienne capitale de l’Autriche. Symbole du renouveau, elle concentra rapidement toutes les richesses et tous les pouvoirs, avant de se hisser au-dessus des autres villes et pays européens. Mais elle prit réellement le pouvoir en créant le premier traitement contre la Nouvelle-Peste.
    
    Cela lui permit de dominer l’ensemble du continent en utilisant la maladie comme arme de contrôle sur les populations. Lorsque les premières manifestations arrivèrent, Vienna propagea ainsi la Peste dans les zones rebelles, et amplifia même le virus pour permettre à celui-ci de décimer un village entier en quelques heures seulement.
    Petit à petit, la cité ferma ses frontières et immunisa son élite contre la maladie. Depuis, les habitants de Vienna restèrent confinés dans l’enceinte de la ville, contrôlant avec sévérité l’arrivée de nouvelles personnes.
    
    — N’es-tu pas lasse de me fuir sans cesse ? demanda Aleksandar d’une voix doucereuse. Pourquoi t’acharner et souffrir en vain ?
    
    — Tu ne feras jamais preuve de clémence envers moi, même si je te donnais mon héritage.
    
    Il suffisait de lire la presse pour comprendre sa cruauté sans limites. Certains membres de l’élite viennoise s’étaient un jour retrouvé dans les griffes du clan de Prague. Si la plupart d’entre eux ne quittaient jamais les murs de la cité, une infime partie voyageait dans l’Europe, notamment pour se rendre à des congrès universitaires. Aleksandar en avait capturé une dizaine avant de les battre à mort et les crucifier en pleine rue.
    
    Bien entendu, Vienna avait répliqué par une purge faute de réussir à démasquer les coupables du massacre. Mais de telles exactions faisaient partie du quotidien et avaient forgé la réputation du démon.
    
    — Tu n’as pas tort, admit-il. Il est vrai que j’ai l’intention de savourer ma victoire avant de m’occuper de ton sort.
    
    — Je ne capitulerai pas, Aleksandar. Mon ancêtre a veillé à son héritage et je ne laisserai pas tes créatures détruire l’Europe.
    
    — Et comment feras-tu pour m’en empêcher ? Regarde-toi, ma jolie. Je vais te cloîtrer ici et te prendre tout ce qui t’appartient. Tes pouvoirs, bien sûr, mais aussi ta sœur et ton cher Laurent.
    
    Malgré moi, mon visage se décomposa. La raison de ma présence ici s’expliquait par ma sœur cadette, Katharina. Cela faisait presque quatre ans qu’elle avait disparu. Ma quête pour la retrouver s’était longtemps soldée par de cuisants échecs. Kaća était douée pour dissimuler ses secrets. Si elle n’avait pas été aussi naïve, elle aurait fait une excellente espionne à Vienna.
    
    Malgré cela, elle me manquait terriblement. Si Aleksandar s’en prenait à elle, le peu de joie et d’amour que j’étais capable de ressentir disparaîtraient. Il ne pouvait m’arracher cela, pas après tout ce que j’avais fait pour la retrouver.
    Par chance, ni lui, ni moi ne savions où elle se trouvait.
    
    — Laurent te cherche, révéla soudain mon ravisseur d’une voix triomphale. Il a envoyé une dizaine de valets pour te localiser. Pourquoi, à ton avis ? Pour s’abreuver de ton sale sang de sorcière ou te sauter comme il a l’habitude de le faire ?
    
    Je poussai un cri de rage et bondis vers lui. Le démon me repoussa et me plaqua violemment contre le mur. Ses bras puissants réfrénèrent aussitôt mon élan d’adrénaline. Je lui crachai de nouveau au visage, mes prunelles émeraudes brillant de mépris. Aleksandar essuya mon crachat d’un air désinvolte.
    
    — Ce salaud a toujours aimé les sorcières, ironisa-t-il. Savais-tu qu’il baisait aussi ta garce d’ancêtre ? Qui sait, il est peut-être même le père de son enfant ? Il serait alors ton ancêtre à toi aussi…
    
    Mon cœur se serra au souvenir du Caché. Si, de par son âge, je savais qu’il avait rencontré Élia Montgomery, j’ignorais qu’ils avaient entretenu une relation amoureuse. Cela m’importait peu, en réalité. Laurent ne pouvait être mon ancêtre, autrement, le célèbre bâtard d’Élia aurait été un Caché dès sa naissance.
    
    Cependant, j’étais cernée. Laurent n’abandonnerait pas ses recherches, pas après la manière dont s’était achevée notre dernière rencontre. Il me fallait donc utiliser ma dernière échappatoire : Élise.
    
    — Je te laisse une dernière chance, déclara Aleksandar. Accepte ta défaite et capitule dès maintenant. Je t’épargnerai de nombreuses souffrances et laisserai peut-être même ta sœur en vie.
    
    — Va te faire foutre.
    
    — Je te laisse la nuit pour faire le bon choix. En attendant, je n’essaierai ni de m’enfuir, ni de faire du mal à mes gardiens à ta place. J’imagine que cela me donnerait la furieuse envie de durcir tes conditions de détention.
    
    Sur ces mots, il quitta la pièce, me laissant plus désemparée que jamais.
    
    (1): idiote !
    (2) : fils de pute.
    

Texte publié par Elia, 5 mars 2018 à 11h31
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