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Tome 1, Epilogue Tome 1, Epilogue
Malcolm serra le nœud coulant autour de Géralt et m’observa avec satisfaction. Le chef des Patrouilleurs n’en menait pas large. Ses pieds reposaient sur un rondin de bois et ses membres étaient solidement entravés. Un bâillon l’empêchait de prononcer le moindre mot et je lus dans son regard une terreur nouvelle.
    
    Je posai mes mains autour de ma taille et observai le crépuscule qui allait bientôt s’abattre sur le village. Je fermai ensuite les yeux, sentant le grondement assourdissant se rapprocher. L’armée des morts ne se situait plus qu’à plusieurs lieues et mon ultime vengeance allait bientôt s’accomplir.
    
    — Ses jambes vont bientôt le lâcher, remarqua Malcolm. Et s’il tentait de se suicider une fois que nous serons partis ?
    
    Géralt tenta de protester, mais ses grognements s’étouffèrent dans le morceau de tissu fourré dans sa bouche.
    
    — Attachez ses jambes au rondin, suggérai-je.
    
    Le Patrouilleur s’exécuta et détacha les pieds de Géralt, pour les lier à son support et l’empêcher de se pendre avant le début des hostilités. Je me tournai ensuite vers notre prisonnier et plongeai mon regard dans le sien. L’arbre sur lequel nous l’avions attaché se situait sur une petite butte ombragée, et le masquait de la vue des Patrouilleurs montant la garde depuis les fortifications. Cependant, il lui permettait de contempler le village depuis sa hauteur.
    
    — Dans quelques minutes, l’armée des morts détruira les protections qui empêchaient la brume et les créatures de l’enfer. Endwoods, tout comme les villages situés au nord de la région, périra pendant que les Cachés et les créatures de l’enfer se livreront une bataille sans fin. Les habitants serviront de garde-mangers, ou rejoindront les Cachés. Quoi qu’il en soit, la religion locale et votre maudit Seigneur disparaîtront.
    
    Je m’approchai un peu plus de lui et murmurai au creux de son oreille :
    
    — Les sorciers et les païens, ceux que vous traquez depuis tant d’années… survivront. Ils fuient en ce moment même vers un monde meilleur. La Déesse, Notre Déesse, survivra. Son culte traversera les siècles et les femmes de notre espèce existeront. Quant à vous, Patrouilleurs et fanatiques… rejoindrez les méandres de l’Histoire. Profitez du spectacle, Géralt. L’armée des morts vous pendra seulement lorsque l’œuvre des Cachés aura été exécutée. Vous mourrez après avoir vu tous vos compagnons mourir.
    
    Le chef des Patrouilleurs tenta de bouger, de se dégager pour échapper à sa peine, mais les liens étaient trop forts. Malcolm descendit de la butte sans lui accorder la moindre considération et attrapa un cheval que nous avions volé en attendant le crépuscule.
    
    Nous galopâmes vers l’est de la forêt, dans un sentier encore épargné par la brume. Notre chevauchée dura de longues heures, ponctuées par des fracas étourdissants. L’atmosphère était pesante, étouffante. Les ombres mortelles étaient apparues par dizaines et se réjouissaient de ces âmes que l’on arrachait brutalement à leur enveloppe charnelle. Mon pouvoir était quant à lui plus puissant que jamais.
    
    Nous arrivâmes dans un bosquet, où s’entremêlait la brume violette et la brume argentée du portail que Gale et moi avions franchi quelques semaines plus tôt. Le silence régnait en maître et le gazouillis des oiseaux avait disparu. La brume avait accompli son œuvre. Une émotion violente me saisit. J’étais de retour au point de départ.
    
    Je me risquai vers la brume argentée, étonnée de ne pas rencontrer de Gardiens de la forêt. Pourquoi ne trouvais-je pas le cadavre de mes amis ? Pourquoi ne trouvais-je aucune trace d’Irène et des occultes, qui avaient pourtant jurés de partir aux premiers signes de l’arrivée de l’armée des morts ?
    
    Je m’arrêtai avant de m’égarer dans le portail. Contrairement à celui rencontré dans le Devil’s Village, un souffle familier m’entoura. Je songeai alors à mes parents, exilés aux confins de l’Irlande, et au passé que j’avais abandonné en arrivant ici. Ma vie d’avant me manquait. Malgré les mensonges nécessaires à la préservation de mon statut de noble, la quiétude des après-midis dans la demeure familiale, de mes fiançailles avec Gale, me rappelaient à quel point mes sacrifices avaient été douloureux.
    
    Je tournai finalement les talons pour revenir auprès de Malcolm.
    
    — Je croyais que… que vous voudriez rentrer chez vous, s’étonna ce dernier.
    
    Cela aurait dû être la suite logique des choses. Le pacte avec les Cachés était conclu et ma vengeance envers Géralt me procurait une satisfaction coupable. Irène m’attendait sûrement pour refonder un coven dédié aux occultes. J’avais trouvé ma place parmi mes semblables et en quittant pour toujours le Demi-Monde, l’avenir s’illuminerait de nouveau.
    
    — Ma route ne s’arrête pas ici, répondis-je d’une voix douce.
    
    Je posai une main sur mon ventre.
    
    — Il y a un endroit où j’aimerais me rendre avant la naissance de l’enfant, confessai-je.
    
    — Où… où ça ? s’étonna Malcolm. Ce monde est voué à disparaître ! À moins de vous acoquiner de nouveau…
    
    — Je ne vous oblige pas à m’accompagner, ironisai-je. Le portail vers mon Monde vous est grand ouvert.
    
    Il leva les yeux au ciel et rétorqua :
    
    — Plus rien de bon ne m’attend. Je n’ai ni amis, ni famille, ni enfants… alors dites-moi au moins ce que vous comptez faire, histoire que je puisse me rendre utile.
    
    Surprise par sa détermination à m’épauler en dépit de nos disputes incessantes, je révélai :
    
    — Je dois me rendre dans le royaume des morts.
    
    Cette fois-ci, le Patrouilleur écarquilla les yeux, sincèrement surpris. L’unique moyen de se rendre là-bas était de mourir. Sans cela, l’âme demeurait dans l’incapacité à supporter l’aura divine de la Déesse et de comprendre le langage des morts. Mais ce problème était déjà résolu.
    
    — J’ai une dernière chose à offrir à ma vieille amie, dis-je. Quelque chose qui ne peut attendre mon trépas.
    
    Je gardai ensuite le silence, laissant le libre choix au Patrouilleur de me suivre ou non. Même si le périple serait laborieux, le temps pressait. Ma transformation en Caché surviendrait bientôt et une fois mon âme maudite, il serait trop tard. Je devais à tout prix rejoindre ce royaume vivante, tant qu’il m’était encore accessible.
    
    — Personne ne connaît son entrée exacte, remarqua Malcolm. Le seul indice dont vous disposez est le filet argenté qui s’entremêle aux trois cercles d’or. Comment ferez-vous ?
    
    — J’ai Catherine… répondis-je d’un ton volontairement évasif. La magie et les ombres mortelles à mes côtés. Elles m’indiqueront le chemin.
    
    Mon destin ne se limiterait pas à invoquer une armée d’âmes maudites, ni à fonder un nouveau coven dédié au Démon-Créateur. Irène accomplirait ce rôle à merveille. Désormais, j’étais libre. La peine s’était envolée et un jour ou l’autre, le Demi-Monde renaîtrait de ses cendres. À la fin de cet éreintant voyage, je retrouverai ce que j’avais perdu en cours de chemin.
    
    Pour cela, il me fallait transmettre un héritage digne de ce nom. Pour vaincre l’ennemi commun qui nous menaçait, pour mener l’héritage des sorcières vers la lumière.
    
    Pour Catherine, pour Svetlana, pour l’enfant que je portais, pour Gale.
    

Texte publié par Elia, 28 février 2018 à 11h56
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