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Tome 1, Chapitre 50 « L'élixir de vie » Tome 1, Chapitre 50
Nous restâmes immobiles, fascinés par le spectacle qui s’offrait à nous. Ravagée par la brume, Devil’s Village n’était plus qu’un village fantôme. Ses édifices subsistaient, mais aucune âme n’avait pu survivre au Fléau. La brume pénétrait chaque demeure encore debout. Un vent glacial balayait la vallée et dans le ciel étincelait un étrange astre, similaire au soleil.
    
    Le soleil agressif.
    
    Je ne l’avais guère distingué dans les bois, sans doute à cause de la brume. Mais désormais, il était impossible de ne pas le remarquer. Ses rayons ocres illuminaient la vallée et le Devil’s Village et offraient aux paysages un avant-goût d’Apocalypse.
    
    — Je suis né ici, confia Malcolm. Je pourrais même vous montrer ma maison lorsque nous traverserons le village. Lorsque je croyais encore en la religion commune, je passais mon temps à m’entraîner pour devenir Patrouilleur. J’ai officié pour la première fois ici…
    
    Malgré mes tensions avec le Patrouilleur, je me refusais à lui lancer une réplique acerbe. Il devait être difficile de retourner sur les lieux de son enfance après avoir tout perdu.
    
    J’entendis, l’espace d’un instant, l’appel déchirant des âmes emprisonnées ici. Beaucoup de personnes avaient perdu la vie de manière soudaine. J’entendis alors des hurlements de douleurs, ainsi que le bruit du bois que l’on jette sur un bûcher. Il y avait également des chuchotements, des soupirs d’inquiétude, des larmes.
    
    — Ce village est hanté, confirma Malcolm face à mes frissons. Si vous descendez un peu plus au sud, vous ressentirez aussi ces choses… certains villages ont même perdus leurs fondations. Ils ne ressemblent plus qu’à une vaste plaine désolée.
    
    Nous descendîmes jusqu’à l’entrée. Pour atteindre le cromlech, situé au sommet d’une colline visible depuis notre panorama, il fallait le traverser. L’ensemble de la vallée était recouvert de ronces et rendait tous les autres chemins inaccessibles. Seul le village permettait de rejoindre la colline, mais celui-ci était infesté de monstres.
     Contrairement à Endwoods, aucune fortification ne le protégeait. Il était ouvert sur le reste de la vallée et ne bénéficiait pas de la protection magique arrachée aux sorcières.
    
    Le panneau de bois, qui signalait l’entrée du village, était troué par endroits. Les maisons tenaient pour la plupart debout, mais peu d’entre elles avaient résisté aux assauts de la brume et de l’influence proche de l’Antimonde. Les toits étaient arrachés et de sombres tâches marquaient les murs de pierre. Des déchets jonchaient le sol des rues, souvent accompagnés de cadavres d’animaux en décomposition.
    
    Par chance, le casque nous épargnait les odeurs nauséabondes. Sans cela, mon estomac n’aurait guère tenu.
    
    — Je comprends mieux pourquoi les rumeurs sur l’Antimonde persistent… dis-je.
    
    — Le Demi-Monde contient une multitude de portails spatiaux et temporels, renchérit mon compagnon. J’ignore pourquoi celui-ci est apparu dans cette vallée alors que tout allait pour le mieux. Mais un jour, au détour d’une conversation, Lyra m’a confié que certains portails apparaissent et disparaissaient aléatoirement.
    
    — Maddy pensait la même chose pour les portails temporels, dis-je, une pointe de tristesse dans la voix.
    
    Un bourdonnement assourdissant résonna soudain, comme un gigantesque nid d’insectes. Des ondes s’enroulèrent autour de ma taille et m’attirèrent vers une habitation isolée. Celle-ci était entièrement envahie par la brume, à tel point qu’il me fut impossible de discerner ce qui se trouvait autour de moi. Lorsque je fus libérée, les bourdonnements augmentèrent et mon casque devint inutile. Je toussotai et sentis mes poumons absorber cet air toxique.
    
    Soudain, la brume se dissipa et dévoila un miroir brisé. Seul objet encore présent dans la demeure, il résistait aux assauts du Fléau. Intriguée, j’avançai de quelques pas.
    
    — C’est un portail, murmurai-je.
    
    J’ôtai mon casque et risquai une main. Un léger voile ondula lorsque mes doigts touchèrent la vitre. De l’autre côté du miroir étincelait une multitude de soleils agressifs. Une vaste plaine s’étendait à l’infini, recouverte d’une terre ocre où toute forme de vie végétale était proscrite. Le vent soufflait plus violemment encore, formant des tourbillons de terre.
    Tout semblait hostile.
    
    Je retirai ma main et le voile transparent ondula de nouveau.
    
    — L’avez-vous… vu ? demandai-je.
    
    Malcolm acquiesça d’un air sombre.
    
    — Des rumeurs persistaient déjà à l’époque sur la présence de ces portails dans certains objets… expliqua-t-il. Nous pensons, avec mes compagnons Patrouilleurs, que l’Antimonde possède une multitude de petits portails, qui fleurissent un peu partout.
    
    — Et les portails liant le Demi-Monde au Monde ? Peuvent-ils prendre forme dans un objet ?
    Il haussa les épaules.
    
    — Aucune légende ne mentionne ceci, rétorqua-t-il. Les portails liant votre monde au nôtre sont contrôlés par la Déesse elle-même. Ceux de l’Antimonde échappent à son contrôle, ce qui explique leur apparence insolite.
    
    — Les habitants du Devil’s Village n’avaient aucune chance, soupirai-je. Même s’ils avaient été armés en conséquence, ils étaient pris au piège.
    
    — Ces démons sont doués d’une grande intelligence. Lorsque les premières créatures ont foulé le sol de la vallée, elles ne nous ont pas immédiatement attaqué.
    
    Le portail me suppliait d’avancer, de franchir le voile qui séparait les deux mondes. Malcolm m’adressa un regard entendu et m’enjoignit à le suivre. Nous traversâmes le principal chemin et je ne pus m’empêcher d’observer les ruines. Par moments, lorsque mes paupières clignaient un peu trop rapidement, je pus voir les traces du passé.
    
    Le soleil agressif et les nuages noirs disparaissaient. Les rues redevenaient animées, les éclats de voix des passants et marchands retentissaient jusqu’à briser les oreilles. Les cloches de l’église sonnaient, indiquant les heures de la journée. Un village classique.
    
    Nous nous arrêtâmes devant une modeste maison, située non loin de la place religieuse du village. Mieux conservée que la plupart des édifices, je devinai aussitôt qu’elle avait jadis appartenu à la famille du Patrouilleur de par l’expression émue de ce dernier.
    
    — Qui vivait ici ? demandai-je.
    
    — Ma famille. Mes parents, mes grands-parents lorsque j’étais enfant, puis ma femme.
    
    Il déglutit et manqua de verser une larme, qu’il réprima aussitôt. Ainsi, mon exécrable guide avait été marié.
    
    — Ne me prenez pas en pitié, répliqua-t-il. Ils reposent sous terre aujourd’hui et ne sont plus là pour assister à la chute de notre monde. Il valait mieux ça, j’imagine.
    
    — Que s’est-il passé ?
    
    — Ils ont été massacrés sur les ordres du village des Cendres. Cette fichue brume… elle est apparue pour la première fois le jour de mon dixième anniversaire. Elle était faible, à l’époque.
    
    — Personne ne s’est alarmé de sa présence ?
    
    — Si seulement… Elle était trop faible pour générer le moindre dégât. Puis un jour, lorsque j’ai intégré les Patrouilleurs, les premiers meurtres se sont produits. Les récoltes ont commencé à devenir de plus en plus mauvaises et les rumeurs se sont propagées.
    
    — Les villageois rejetaient la faute sur les païens, n’est-ce pas ?
    
    Il acquiesça d’un air sombre.
    
    — Je croyais aussi que tout était de leur faute, confessa-t-il. Alors je les ai traqués. Comme Géralt, je suis parti en quête de leur coven et j’ai établi une liste pour traquer les responsables de ces malheurs. Mes parents étaient inquiets bien sûr, mais la folie de ce village a pris de l’ampleur lorsque les Cachés ont commencé à racler les cimetières pour se nourrir et remplir leurs rangs. De plus en plus de témoignages prétendaient que les morts revenaient à la vie durant la nuit. Alors nous avons commencé à clouer nos morts à l’intérieur de leurs cercueils et à recouvrir leurs tombes d’ails et d’eau bénite.
    
    — Les Cachés redoutent… l’ail et l’eau bénite ? m’étonnai-je.
    
    — C’était une croyance absurde. Quoi qu’il en soit, lorsque la situation est parvenue aux oreilles du village des Cendres, ça a été le début de la fin. Les premiers pogroms visaient à éliminer les personnes inscrites sur la liste. Nous… nous les rassemblions dans les cimetières et les jetions sur le bûcher. Ensuite, nous avons découverts que tous les villages au sud avaient été décimés. Le village des Cendres a donc décidé de nous couper les vivres et d’interdire l’accès aux autres villages. Ça n’aurait rien changé, de toute façon. La vallée était déjà ravagée par ces ronces. Nous étions pris au piège.
    
    — Comment avez-vous survécu ?
    
    — J’ai été déplacé au Bone’s Village quelques mois avant les mesures de la capitale. Ma femme est restée ici pour veiller sur mes parents.
    
    Il n’ajouta rien, mais je compris qu’il lui avait été impossible de dire adieu à sa famille. Je ressentis toute sa détresse d’avoir assisté, impuissant, à la disparition de ses proches. Malcolm était jeune. Il devait avoir une trentaine d’années, même si son cynisme et ses traits durs trahissaient une vie déjà bien remplie.
    
    Mon compagnon resta un moment immobile, toisant avec une émotion non-dissimulée les ruines de sa maison, jusqu’à ce que les rayons du soleil agressif ne commencent à disparaître. Quelques secondes plus tard, le vent souffla de plus belle et les cloches de l’Église retentirent.
    
    — Pourquoi sonnent-elles ? m’horrifiai-je. Il… il n’y a aucun humain ici !
    
    Malcolm écarquilla les yeux, épouvanté. Le soleil agressif fut soudain masqué par d’épais nuages noirs et le crépuscule s’installa. Des croassements retentirent dans le ciel et Malcolm saisit mon poignet.
    
    — À l’intérieur. Maintenant ! cria-t-il.
    
    Saisi par un terrible pressentiment, le collier de rubis s’activa. Un groupe d’oiseau, similaire à celui qui nous avait guidé jusqu’ici, fonça droit vers nous. Leurs yeux noirs de jais étaient animés d’une avidité démoniaque, et leurs becs pointus prêts à nous transpercer. Malcolm m’entraîna à l’intérieur de son ancienne demeure in extremis. Le groupe survola le village à la vitesse de l’éclair avant de disparaître de nouveau dans le ciel.
    
    Puis, brusquement, tout s’éteignit.
    
    — Ne hurlez pas, murmura-t-il en serrant un peu plus fort ma main.
    
    Seuls nos souffles haletants rompaient le silence. De la sueur coulait de mon front et je me surpris à serrer plus fort la main du Patrouilleur. Autour de nous, le noir. Il nous était impossible de distinguer les murs, le sol ou le ciel, comme si nous avions quitté le monde pour basculer dans un puits sans fond.
    
    Le collier de rubis demeura éteint et rapidement, mes paupières se fermèrent pour ne laisser place qu’aux bruits alentours. Les ailes des oiseaux s’agitèrent, des bruits de trots et de pas lourds firent le tour du village. Mais au milieu de ces monstres prêts à chasser ce qui pouvait encore l’être, jaillirent soudain des pas plus légers… plus humains.
    
    Les cloches cessèrent de sonner et la lumière revint peu à peu. J’en profitai pour lâcher la main de Malcolm. Ce dernier transpirait également, à tel point que sa chevelure brune se collait contre son visage moite. Je passai discrètement la tête à travers une ouverture pour distinguer de nouveau le soleil agressif. Le souvenir de ma rencontre avec Raonaid me revint en mémoire et un frisson parcourut mon échine.
    
    — Il y a quelqu’un d’autre ici, murmurai-je.
    
    Face à l’air ahuri de mon compagnon, je précisai :
    
    — Un humain, je veux dire.
    
    — C’est impossible. Personne ne peut survivre ici sans protection.
    
    Pourtant, je sentais bel et bien une présence humaine. Je pouvais même percevoir les battements de son cœur.
    — La sortie du village se situe à quelques kilomètres, révéla-t-il. La route principale du village nous y emmènera directement, mais nous serons trop exposés si nous l’empruntons.
    
    — Pourquoi ne pas attendre le lever du soleil ?
    
    Il éclata d’un rire amer.
    
    — Vous ne comprenez donc pas ? Il n’y a plus de soleil ici. Les frontières entre l’Antimonde et le Demi-Monde sont si poreuses que l’astre agressif a remplacé le soleil !
    
    Il s’avança vers l’arrière de la demeure et le jardin. Aucun endroit ne pourrait nous protéger totalement des créatures de l’enfer. Nous ne pouvions guère nous cacher et notre odeur nous rendait perceptible à des kilomètres à la ronde.
    
    — Il y a quelqu’un, insistai-je.
    
    Impossible de déterminer s’il était en détresse ou non. Aucune émotion ne me parvenait. Seuls ses pas et le souffle de la présence caressaient mon oreille. Tout à coup, l’oiseau de la forêt apparut. Entouré des ombres et ressuscité d’entre les morts, il poussait des croassements stridents.
    
    — Ne traînons pas, murmura Malcolm. Peu importe ce que vous entendez ou voyez… nous sommes dans l’antre des démons ici. Ils se jouent de nous !
    
    J’acquiesçai d’un air fébrile et m’apprêtai à le suivre, lorsqu’une silhouette blonde traversa la place centrale. Malcolm bloqua mon bras pour m’empêcher d’avancer et prit les devants, l’épée à la main. L’oiseau agita ses ailes, comme pour m’inciter à suivre le chemin opposé, mais la peur me glaçait les veines. Si je perdais Malcolm, je ne survivrais pas à ce périple.
    
    Sur le chemin central, désormais dégagé de toutes créatures, se trouvait un jeune homme. Sa chevelure blonde contrastait avec la pénombre et son regard pailleté nous fixaient avec intensité. Mon sang ne fit qu’un tour et je m’arrêtai à la hauteur de mon compagnon.
    
    — Pourquoi ne porte-t-il pas de protection ? s’inquiéta ce dernier.
    
    L’oiseau fonça alors en direction de l’inconnu, avant de soudainement prendre feu et se transformer en tas de cendres. Une fumée violette entoura alors le jeune homme, qui se recroquevilla sur lui-même.
    
    Ma mâchoire se crispa tandis qu’une chaleur désormais familière bouillonna à l’intérieur de mon corps. Malcolm fléchit les genoux et plaça l’épée bien en vue, les jambes tremblantes. Le jeune homme disparut dans l’opacité de la fumée, avant de brusquement se transformer en une bête velue.
    
    Mon souffle se noya sous l’effet de la terreur. Un halo de lumière bleuté m’entoura, mais mon corps fut incapable d’effectuer le moindre mouvement.
    
    — Qu’est-ce que c’est ? articulai-je avec difficulté.
    
    — Je n’en ai aucune idée.
    
    Il m’adressa un regard, les traits de son visage déformés par la terreur. Lorsque la créature se matérialisa devant nous, gigantesque bête de plusieurs mètres de hauteur, mon double apparut aussitôt. Les iris pailletées du démon étaient semblables aux flammes de l’enfer. Je n’y décelai aucune humanité. Ses griffes acérées pouvaient lacérer la roche la plus dure et son souffle fétide détruire toute forme de vie.
    
    — Je me fiche de savoir ce que c’est, marmonna Malcolm. On fonce au cromlech, tout de suite !
    
    Sans attendre, il saisit mon poignet et m’entraîna dans sa course effrénée. Je sentis un sourire carnassier se dessiner sur les lèvres écorchées de notre attaquant. Il poussa un cri déchirant, aussitôt suivi d’une rafale. Le sol fut saisi de secousses et manqua de me faire trébucher.
    
    Malcolm me retint in extremis, mais il était trop tard. Ma sacoche s’ouvrit et le flacon qui contenait l’antidote à l’élixir de Catherine se brisa contre le sol.
    
    — Nooon !
    
    Malcolm me prit dans ses bras. Stupéfaite, je n’eus d’autres choix que de me laisser faire pour lui éviter de tomber à son tour. Mon double succomba à ce souffle funeste et s’effondra telle une poupée de chiffons.
    
    Lorsque les secousses cessèrent, Malcolm refusa de me relâcher et continua sa course. Le démon nous rattrapait dangereusement. Je fermai alors les paupières, telle une enfant apeurée, dans l’espoir de trouver une solution. Le cromlech était encore trop loin et jamais le Patrouilleur ne trouverait la puissance nécessaire pour le distancer.
    
    — Lâchez-moi ! ordonnai-je. Tout de suite !
    
    Face à ses protestations, je rétorquai :
    
    — Vous voulez survivre ou non ?!
    
    Il me relâcha comme si j’étais un sac de légumes et seul un mouvement de jambes m’empêcha d’atterrir à plat ventre sur le sol. Le démon ne se situait plus qu’à une trentaine de mètres. Le collier s’illumina et je m’efforçai de chasser les cris horrifiés du Patrouilleur pour me concentrer. Mon regard soutint celui de notre assaillant. Ses prunelles trahirent de l’incompréhension et je profitai de ce moment de faiblesse pour frapper.
    
    Mes muscles se tendirent et le décor autour de nous disparut. Les ombres mortelles surgirent et je laissai un feu intérieur, qui contenait ma colère refoulée depuis trop longtemps, ressurgir. Le temps et les distances entre le démon et moi se rallongèrent.
    
    Je me redressai et inspirai un grand coup. Ma poitrine se gonfla et mes poings se contractèrent. Le temps s’étira de nouveau et bientôt, il n’y eut plus que le démon et moi. La colère se transforma en puissance et le monstre devint une minuscule fourmi.
    
    Ce dernier stoppa brusquement sa course et glissa en poussant un gémissement de douleur. Je soutins de nouveau son regard, concentrant mon énergie vers lui. Ses grognements essayèrent de me menacer, mais son souffle mortel fut accueilli par mon double qui explosa alors en plusieurs morceaux.
    
    Le démon capitula. Ses grognements se transformèrent en miaulements inoffensifs et il baissa la tête en guise de soumission. Ses pattes grattèrent le sol dans un mouvement désespéré et il disparut dans une vieille bâtisse.
    
    — Pour l’amour du ciel, que…
    
    La folle énergie qui animait mon corps se dissipa. Mes paupières se firent lourdes et mes jambes vacillèrent.
    
    — Vous… vous avez vraiment essayé de tuer ce démon par télépathie ? s’épouvanta Malcolm.
    
    Ma tête effectua un mouvement imperceptible. Un gémissement plaintif déchira la vallée et les cloches sonnèrent de nouveau.
    
    — Il reviendra, balbutiai-je, le souffle haletant. Mais nous sommes tranquilles pour le moment.
    
    Les rayons du soleil agressif chatouillèrent ma chevelure, mais la chaleur fit danser des étoiles devant mes yeux. Un haut-le-cœur me saisit. Ma cage thoracique se comprima et du sang jaillit de ma bouche.
    
    — Élia !
    
    Mon corps se plia en deux et mes genoux s’écrasèrent sur la terre de la colline que nous venions d’atteindre. Mes doigts la grattèrent, comme pour se raccrocher à quelque chose de solide. Je crachai à nouveau du sang, tandis que des sanglots bouillonnaient.
    
    — Le bébé, le bébé… murmurai-je en posant mes mains sur mon ventre.
    
    Par chance, je ne semblais pas avoir fait de fausse couche malgré la violence de l’attaque. Lorsque je réussis à recouvrer mes esprits, je songeai avec horreur à l’élixir de vie brisé, condamnant ma jumelle à un repos éternel. Mes sanglots redoublèrent et alors que le Patrouilleur m’aidait à me relever, un croassement familier retentit.
    
    L’oiseau des cendres nous attendait au sommet de la colline.
    

Texte publié par Elia, 28 février 2018 à 11h05
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