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Elle se tourne vers Isna avec le cœur au bord des lèvres. Elle abandonne sa fine rapière derrière elle, la lame faisant un bruit métallique assourdissant en touchant le sol. Sans prendre la peine de relever son jupon déjà maculé, elle tombe à genoux alors qu'un froid immense s'empare d'elle.
    
    "Isna." Ce n'est qu'un murmure auquel son amie ne répond pas. La jeune fille a entendu le cri d'agonie de son père rapidement suivi par celui de sa mère. Elle voit le corps de son frère qui gît non loin d'elle mais le chagrin d'avoir perdu sa famille n'est rien en comparaison de celui qu'elle éprouve en plongeant ses doigts dans les longs cheveux blonds d'Isna pour les ressortir teintés de rouge. Elle vient de perdre une partie de son âme.
    
    Elle lisse avec des gestes fébriles la robe bordeaux tout en cherchant les larmes qui refusent de couler. Elle se sent brisée et elle a l'intime conviction qu'elles se refuseront à jamais à elle à présent. Sans le réaliser, elle se met à entonner un chant funèbre, issu d'un lointain passé, seul moyen qu'elle trouve pour extérioriser son chagrin sans fin.
    
    Lorsqu'un bruit de course se fait entendre derrière elle, elle ne cherche pas à récupérer son arme, se contentant de coller le corps inanimé d'Isna contre elle.
    
    
**~**

    
    Guipre se précipite dans la pièce centrale du manoir sans reprendre son souffle. Il a si peur d'arriver trop tard. Lorsqu'il pousse les immenses battants ornés d'arabesques recouvertes de feuilles d'argent, il comprend que plus rien ne sera pareil. Ses épaules retombent en réalisant son impuissance et la pointe de son arme racle sinistrement le sol.
    
    Il y a une vingtaine de corps qui jonchent le carrelage dont la plupart porte les insignes des soldats de son père. La seule exception est l'aîné de la famille Knole et la jeune femme blonde qu'Hono tient serrée contre elle. Elle le fixe avec un air vide qui ne lui ressemble pas, tout en chantonnant une mélodie qui lui semble vaguement familière.
    
    "Hono..." Elle ne dit rien, se contenant de chanter plus fort en serrant un peu plus son amie contre elle. Il lui est douloureux de faire face à la jeune fille dans cet état. Elle a toujours été flamboyante, impressionnant systématiquement son interlocuteur malgré ses quinze ans. Il voit sa robe émeraude se teinter doucement de brun alors que ses longs cheveux sombres se mêlent à ceux presque blanc d'Isna.
    
    Il tente encore de trouver le courage de lui parler ou de s’avancer vers elle lorsque dans le couloir, une silhouette menue s'avance vers lui en enjambant les soldats sans vie qui lui bloquent le chemin.
    
    "Guipre, me force pas à te tuer." Le jeune homme se contente de secouer tristement la tête en se décalant pour lui libérer le passage vers la pièce principale. Naeve Knole passe devant lui à pas vifs en brandissant une épaisse épée maculée de sang à bout de bras. Elle s'arrête à peine un mètre devant lui, contemplant sa petite-fille avec un visage empli de chagrin. Son regard se pose sur son petit fils et Guipre la voit fermer les yeux certainement pour tenter de rassembler son courage. Il ne peut s’empêcher d’être de nouveau fasciné par l’étrange ressemblance entre la chef de la famille Knole et Hono malgré les quarante ans qui les séparent. Elles ont les mêmes traits fins, la même peau naturellement hâlée, le même port altier et les mêmes yeux bruns auréolés de vert.
    Quand Guipre voit la vieille femme rouvrir les yeux, il y voit une volonté nouvelle s'y refléter.
    
    
**~**

    
    Tout ce gâchis pour apaiser les craintes d'un seul homme peureux... Naeve ne comprendra jamais. Les yeux vides d'Hono provoquent en elle autant de détresse que de haine à l'encontre du Duc Dihams.
    
    Elle se tourne vers le fils aîné de l'assassin et lui crache les mots au visage. "Ne dis pas que tu nous as vues et peut-être que je réussirais à te pardonner avant ma mort." Elle sait qu'elle est injuste avec le jeune homme qui ne tentera rien à leur encontre. Il est tombé amoureux d'Hono quand il avait dix ans et elle cinq. Elle ne peut qu'imaginer les sentiments qui doivent l'habiter à cet instant. De toute façon, ça l’intéresse peu, ce n’est pas sa priorité à cet instant. Pour toute réponse, le jeune homme se contente de se coller à l'encadrement de la porte en reportant ses yeux sur l'adolescente.
    
    Naeve l'imite et trouve le courage de s'adresser à elle. "Mon Ange, nous devons partir." Hono arrête de chanter en la transperçant de ses yeux morts. La vielle femme a conscience de la crainte muette de sa petite-fille. Le Duc n'aura aucun respect pour les dépouilles de ceux qu'il considère comme ses ennemis et elle sait qu'il ne manquera pas de les humilier une dernière fois. "Je sais Hono mais j'ai besoin de toi, mon Ange."
    La jeune fille ferme les yeux un instant et quand elle les rouvre, Naeve frémit en voyant la résignation qu'elle y découvre. Hono dépose délicatement le corps d'Isna sur le sol avant de se prosterner près d'elle pour lui embrasser le front.
    
    Naeve n'a jamais très bien saisie ce que lui expliquait Juig lorsqu'il parlait du sang de Dämne qui coule dans les veines de sa petite-fille ou du lien qui l’unissait à Isna. A présent qu'il est rompu et que les effets dévastateurs que ça a sur sa petite-fille lui sautent aux yeux, elle regrette de ne pas avoir cherché à comprendre quand elle en avait encore le temps.
    Hono se dirige vers la porte, désarmée, et Naeve comprend qu'il est inutile de lui demander de récupérer sa rapière. S'éloigner d'Isna lui prend toute son énergie et si un ennemi se présentait à elle pour la tuer, l'adolescente l'accueillerait sûrement avec plaisir.
    
    Au moment de passer les battants, Guipre appelle douloureusement l’adolescente mais cette dernière ne répond pas. Malgré la détresse qu'affiche son visage, il ne fait rien pour la retenir la laissant partir.
    Naeve emboîte le pas de sa petite-fille, ne marquant qu'un bref arrêt au niveau du seul témoin de la survie de la famille Knole. "Essaye de t'assurer qu'Isna ne sera pas inutilement maltraitée." II ne répond pas et elle s'éloigne sans un mot de plus.
    

Texte publié par Sizel, 13 septembre 2013 à 07h06
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