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Tome 2, Chapitre 9 Tome 2, Chapitre 9
- Hey...
    
    Alrüs se glissa dans ma chambre bien trop vite à mon goût. Je n’avais pas encore eu le temps de faire le tri dans mes sentiments, encore moins de préparer mon discours. Mon mentor n’avait semblait-il pas traîné pour m’envoyer mon compagnon.
    
    - Toyën m’a enfin autorisé à venir te voir. Ils ne t’ont pas trop couvée ?
    
    Je souris à sa remarque malgré le nœud au fond de ma gorge.
    
    - Pas moins que d’habitude.
    
    Ma réponse le réconforta et il parut se détendre en venant occuper la place qu’avait le colosse, quelques heures auparavant.
    
    - Alors, quel est le verdict ?
    
    Malgré son assurance affichée, son regard trahissait son appréhension et mon inspiration tremblante ne fut pas pour le rassurer.
    
    - Je ne repars plus sur le terrain. Je vais rester ici, donner quelques cours...
    
    Le jeune homme lâcha un juron et, en un bond, il fut devant la porte.
    
    - Ils ne peuvent pas t’enfermer dès que quelque chose leur échappe ! Je vais parler à Toyën. C’est l’affaire de quelques entraînements : dès que nous aurons compris comment ça fonctionne, nous pourrons repartir sans soucis.
    
    Sa réaction me fit chaud au cœur. Pourtant, malgré mon envie de le laisser faire, je le retins.
    
    - C’est mieux ainsi.
    
    Revenant vers moi, Alrüs s’apprêtait à protester, mais je le devançai.
    
    - Je n’ai pas senti la différence entre le pouvoir et... ça. J’étais persuadée de manipuler la magie. Et si cela se produisait encore, que nous ayons moins de chance ? Si je n’étais tout simplement plus capable de m’en prendre aux Éthérés ?
    
    Avec un air rassurant, mon compagnon retrouva sa place à mes côtés.
    
    - Je croyais que nous étions d’accord pour ne plus chasser de toute manière...
    
    Je baissai le regard sur mes mains entremêlées, préférant éviter que mes sentiments contradictoires ne desservissent mon discours.
    
    - Il a suffi que tu m’attrapes la main pour déclencher une attaque. Ce n’est pas la première fois que ça arrive et ce ne sera pas la dernière. Ce pourrait être plus grave la prochaine fois...
    
    Je marquai une pause le temps d’une profonde inspiration.
    
    - L’idéal serait que je continue seule, mais Gær Toyën ne l’acceptera jamais et Dinaë encore moins. Alors mieux vaut rester ici...
    
    Un grommellement boudeur me répondit.
    
    - Je suppose que je peux toujours donner un coup de main pour les entraînements. Ce n’est pas vraiment ainsi que j’envisageais les prochaines années, mais ce n’est pas si mal quand on y pense.
    
    La boule en travers de ma gorge me parut plus imposante encore et je déglutis de nombreuses fois avant de parvenir à corriger les propos de mon camarade.
    
    - C’est moi qui dois rester au manoir. Toi, tu peux faire ce que tu veux.
    
    Un grognement moqueur résonna dans la pièce.
    
    - La meute a besoin de toi. Tu sais qu’ils sont d’accord pour te reprendre. Aëlya n’attend que ça, si tu veux mon avis...
    Alrüs laissa échapper un rire amer.
    
    - Alors c’est ça, Toyën a gagné ? Tu le laisses te mettre en cage et te dicter ta volonté ? Si ça t’inquiète tant, il suffit de t’entraîner !
    
    Je secouai la tête sans lever le regard un seul instant.
    
    - Ça n’était jamais arrivé jusque là et j’ai essayé de recommencer, sans résultat. Les entraînements n’y changeront rien.
    
    Ce n’était pas vrai, pas une fois je n’avais tenté d’invoquer le pouvoir depuis mon retour. J’étais bien trop terrifiée à l’idée de découvrir une fois encore un amas de ténèbres à la place de ma lumière. Néanmoins, je ne tenais pas à ce qu’Alrüs l’apprît.
    
    - Si je pars, tu seras seule. Il n’y aura plus personne pour te défendre face à Toyën et Dinaë...
    
    Sa remarque m’arracha un sourire en coin.
    
    - Je suis assez grande pour me défendre seule.
    
    - Je vois ça...
    
    Sa remarque amère demeura suspendue un moment dans le silence qui suivit.
    
    - C’est vraiment ce que tu veux ?
    
    - Oui.
    
    J’avais répondu vite, avant que tout courage ne me quittât, or mon compagnon n’était pas dupe.
    
    - Regarde-moi dans les yeux et dis-moi que c’est ce que tu veux.
    
    J’affichai un sourire en coin qui se voulait moqueur.
    
    - Tu as conscience qu’il est impossible de te regarde dans « les » yeux, n’est-ce pas ?
    
    - Selën...
    
    Le rappel à l’ordre sérieux ébranla la fine cloison d’indifférence que je m’efforçais de dresser depuis ma conversation avec le colosse. Lorsque je trouvais enfin le courage de plonger mon regard dans celui d’Alrüs, ma vue s’embua malgré mes efforts. J’avalai une grande goulée d’air et buttai sur les mots que j’étais pourtant décidée à prononcer. Devant le regard attentif d’Alrüs, une digue se brisa en moi.
    
    - Non, ce n’est pas ce que je veux, mais je ne voulais pas tuer Argöth non plus, ni chasser les Éthérés, rejoindre Chäsgær ou passer quinze ans enfermée dans une cave ! Je n’ai jamais eu mon mot à dire, alors pourquoi ce serait différent aujourd’hui ? Si tu tiens tant à le savoir, voilà ce que je veux : je ne veux plus voir personne massacrer des créatures qui n’ont rien demandé, encore moins qu’elles le soient par ma faute. Et surtout, je ne veux plus craindre à chaque instant de te mettre en danger juste parce que tu es à mes côtés. Alors si tu as une autre solution, je t’écoute, mais je n’ai rien trouvé de mieux qu’accepter de rester ici. Peut-être qu’en parlant aux plus jeunes je pourrai les dissuader de poursuivre nos erreurs et avec toi sur le terrain je me dis qu’au moins certaines de nos victimes auront la chance de tomber sur un Gær plus clément.
    
    - Je préfère ça.
    
    La réponse et le sourire désarmant de mon compagnon me laissèrent coite.
    
    - J’ai craint un instant qu’ils avaient réussi à t’ébranler au point de te faire accepter n’importe quoi.
    
    Je secouai la tête et le silence se glissa un moment entre nous alors que mon compagnon paraissait perdu dans ses pensées.
    
    - Si tu es certaine que t’exercer n’y changera rien, je ne vois pas trop quelle autre solution te proposer... Ce qui est sûr, en revanche, c’est que si tu donnes raison à Toyën et Dinaë, tu ne pourras plus revenir en arrière. Si tu les laisses recommencer à te surprotéger, tu n’arriveras plus à mettre un pied dehors.
    
    Je souris à sa remarque.
    
    - Ce n’est peut-être pas si grave. Je ne pourrai pas sauver tous les Éthérés à moi seule et rien ne changera si Chäsgær poursuit comme elle l’a toujours fait. Gær Toyën pense que les attaques vont cesser d’elles-mêmes maintenant qu’Argöth n’est plus là. Alors peut-être bien que c’est ici que je serai le plus utile, à former les nouveaux, même si je doute que ça plaise à Dinaë.
    
    Ma remarque amusa manifestement mon interlocuteur.
    
    - Aucun risque, Dinaë t’adore.
    
    Je ne pus retenir la grimace qui s’afficha sur mes traits ni le frisson qui me glissa dans le dos.
    
    - Au début, peut-être, mais ça fait un moment déjà qu’elle a changé d’attitude. Je crois qu’elle a peur de moi...
    
    Alrüs eut une moue dubitative tandis qu’il s’agitait pour s’installer plus confortablement.
    
    - En vérité, c’est assez général son nouveau comportement. Elle a tout le temps l’air préoccupée en ce moment. Elle a vécu la Grande Purge, elle a passé toute sa vie à lutter contre les Éthérés... Je pense que la disparition d’Argöth l’angoisse plus qu’autre chose et elle n’est pas la seule. Qui peut prévoir ce qui va se produire désormais ? Ne le prends pas personnellement, elle se détendra dans quelques temps.
    
    Je secouai la tête et triturai à nouveau mes écailles noires. Il n’y avait pas que cela, je le savais pertinemment et une foule de détails me revinrent alors à l’esprit.
    
    - Lorsque je l’ai aidée, elle insistait pour que je reste au manoir, elle ne voulait pas que je prenne le moindre risque, mais depuis Argöth... Il y a toujours cette ombre dans son regard quand elle regarde mes écailles noires, comme si elle savait quelque chose. Et elle n’a pas apprécié que je cherche des informations à ce sujet. Elle n’a rien dit quand nous avons demandé à reprendre les missions, au contraire elle avait l’air soulagée ! Et tout à l’heure, elle se disputait avec Gær Toyën avant qu’il ne me demande de rester. Dinaë ne me veut pas au manoir...
    
    Mon monologue ne récolta qu’un sourire indulgent du jeune homme.
    
    - Je crois surtout qu’elle n’est pas la seule angoissée au manoir...
    
    Je répondis à son regard moqueur par une moue boudeuse.
    
    - Si ça t’inquiète tant, il vaut mieux que je reste avec toi.
    
    La proposition était tentante, toutefois je connaissais trop mon partenaire pour me résoudre à le laisser faire.
    
    - Non, retourne avec la meute, mais dis bien à Aëlya que ce n’est qu’un prêt : c’est moi ta meute !
    
    Ma remarque le fit rire et il acquiesça.
    
    - Nous rentrerons souvent au manoir de toute manière. Si tu changes d’avis, tu n’auras qu’un signe à me faire et je lâcherai la meute. Ne te laisse pas faire, d’accord ?
    
    - Promis.
    

Texte publié par Serenya, 3 mars 2020 à 09h25
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