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Tome 1, Chapitre 85 Tome 1, Chapitre 85
Je fus presque horrifiée de constater que malgré l'approche du morghorïn, Quat'voies était en pleine effervescence. Nullement effrayés par la menace, les marchands de la guilde œuvraient à leur affaires avec leur enthousiasme coutumier. Avaient-ils une telle assurance dans la protection qu'offrait Chäsgær pour ignorer aussi ouvertement le danger ?
    
    Le maître de la guilde se matérialisa à peine avions-nous atteint les premiers chariots. S'il parut bien décidé à traiter avec moi, je me plaçai volontairement en retrait pour laisser à Gær Nævën le soin de cet échange de politesses. Je profitai de cette accalmie pour m'ouvrir au pouvoir dans l’espoir de localiser l'Éthéré qui nous valait de nous retrouver en ce lieu.
    
    Je te libèrerai !
    
    Je souris à l'accueil du pouvoir puis lui répondit avec douceur.
    
    Oui, j'arrive. Aide-moi.
    
    Un tressaillement d'excitation parcourut la magie et je surpris un haussement de sourcil perplexe chez Alrüs. Avait-il, lui aussi, perçut l'allégresse du pouvoir ? Je mis cependant cette idée de côté pour poursuivre ma recherche. À cette distance, le crépitement du morghorïn était à peine audible, toutefois il ne laissait aucun doute sur sa localisation. Sans plus attendre, je me rapprochai de Gær Nævën, interrompant la conversation.
    
    – Il est plus à l'ouest. Il atteindra Chandeaux si nous ne nous hâtons pas.
    
    Je n'étais pas contre l'idée de voir cet horrible palais et, surtout, la carcasse sur laquelle ils s'enrichissaient, disparaître sous les assauts de l'Éthéré, cependant une telle catastrophe n'était pas dans l'intérêt de Chäsgær. Notre confrère approuva et nous primes congé du maître de guilde sans plus attendre pour remonter la voie qui menait au Lac Lumière.
    
    Un silence tendu s'abattit sur notre groupe, toutefois j'étais trop absorbée par mon écoute du pouvoir pour que cela me dérangeât. Lorsque la lueur rougeoyante de l'incendie trahissant la présence de notre objectif parvint à éclipser celle, diffuse, du Lac Lumière dissimulé derrière les arbres, je proposai à Gær Nævën de nous séparer pour faciliter l'exécution du morghorïn. Avec son accord, je l'envoyai plus au sud se dresser entre Chandeaux et la menace qui pesait sur elle tandis qu'Alrüs m’accompagnerait pour le prendre à revers afin de lui couper toute fuite. En vérité, mon projet était tout autre puisque j'avais bien l'intention d'entraîner l'Éthéré dans les Monts Sauvages où il me guiderait jusqu'à son maître, ma véritable proie. Je pensais me débarrasser ainsi facilement de notre confrère, songeant qu'il pourrait trouver le gîte auprès de Sire Æstën lorsqu'il aurait comprit que le morghorïn ne se serait pas seulement échappé, mais je le précipitais, en réalité, dans un piège. Tandis que mon compagnon et moi nous apprêtions à pénétrer les Monts Sauvages pour nous mettre en position, un frisson me parcourut tout le corps.
    
    Je te libèrerai.
    
    Le pouvoir vibrait d'une détermination presque fanatique qui ne m'inspira qu'un très mauvais pressentiment. Une chance pour Gær Nævën que je perçus cet écho car je repérai ainsi juste à temps les trois særaks qui l'attendaient en embuscade à l'endroit exact où je l'avais envoyé. Avant qu'ils ne passassent à l'attaque, je leur opposai ma volonté. S'ils s'immobilisèrent, leurs échos ronronnant se tintèrent d'une incompréhension qui retenait tout juste leur volonté de mettre à mort notre confrère. Je devais les détourner de leur mission avant que leur proie ne remarquât leur présence et ne profitât de leur distraction. Puisqu'ils semblaient décidés à m'apporter leur soutien en s'en prenant au chasseur, aussi étrange que fût cette idée, peut-être pourrais-je sans mal les convaincre de me rendre service d'une autre manière.
    
    À l'aide ! Ici ! Vite !
    
    Le sentiment d'urgence qui m'habitait vis-à-vis de Gær Nævën, et que j'étais parvenue à détourner à mon avantage, imprégna tant le pouvoir que les trois særaks n'hésitèrent pas un seul instant avant de se précipiter à ma rencontre. Ils nous rattrapèrent tandis que nous approchions enfin de la position définie pour la supposée attaque. J'attrapai la main d'Alrüs avant de me glisser entre lui et nos nouveaux alliés afin de m'assurer qu'il ne le prendrait pas pour une menace. Surpris de me trouver nullement en danger, leurs interrogations troublèrent leur magie. Tâtonnant, j'essayais de leur transmettre ma volonté de retrouver Argöth, mais sans grand succès.
    
    – Selën ? S'ils sont avec nous, je tiens à préciser que je les préfère grandement au morghorïn.
    
    Ce rappel du titan Éthéré à mes pensées précéda de peu la vague de douleur qui déferla dans le pouvoir de même que le hurlement caverneux de la victime. Distraite par les særaks, je n'avais pas encore eu le temps de détourner la créature de feu et Gær Nævën était passé à l'assaut.
    
    Un gémissement plaintif s'étrangla dans ma gorge tandis que trois rugissements de défi échappèrent aux félins qui trépignaient, leurs crinières de pointes hérissées. Alrüs profita de ma main dans la sienne pour me tirer plus en avant dans les Monts Sauvages, nous éloignant de l'Éthéré blessé.
    
    – Je sais que ça ne te plaît pas, mais ignore-le. Nous avons les særaks, ce sera bien assez. Même avant la Grande Purge, les morghorïns étaient chassés. Comment veux-tu cohabiter avec un monstre pareil qui se balade où bon lui semble en détruisant tout sur son passage ?
    
    À contrecœur, je me laissai entraîner et tournai le dos à la pauvre créature quand un nouveau tir l'atteignit. Cependant, ce n'était nullement l'argument de mon compagnon qui l'avait emporté. La volonté de nos trois alliés de se jeter sur Gær Nævën était telle que j'avais du mal à les convaincre que m'aider était plus important. Je ne pouvais risquer de les voir se précipiter sur notre confrère si je tentais de commander au morghorïn en sus. Je serrai donc les dents et usai de ma peine pour justifier ma détresse auprès du pouvoir en m'enfonçant dans le domaine des Éthérés.
    Je dus toutefois attendre la disparition totale du condamné ainsi que l'atténuation de la sensation de perte qui m'étouffa alors pour tenter à nouveau de faire comprendre aux særaks ce que nous attendions d'eux. Je doutais qu'ils acceptassent de nous conduire à Argöth si je laissais transparaître mon intention de l'affronter, aussi imprimais-je plutôt à son image l'idée de liberté si cher au pouvoir. L'évocation du Dévastateur et du souvenir que je conservais de sa magie silencieuse déclenchèrent une nouvelle vague d'allégresse, les pouvoirs ronronnant des særaks vibrant soudain pour résonner jusqu'aux confins de la magie. La chair de poule couvrit toute ma peau à ce phénomène et je surpris Alrüs réprimant un frisson.
    
    – Qu'est-ce que c'était ?
    
    – Je crois qu'ils ont appelé Argöth…
    
    Mon compagnon eut une grimace avant de jeter un regard par dessus son épaule.
    
    – Que fait-on ? On l'attend sagement ici ou on s'avance davantage ?
    
    Je n'eus pas le temps de répondre : nos guides s'élancèrent avec entrain en direction d'une forêt qui s'élevait à l'horizon. Je haussai les épaules pour toute réponse et m’engageai sur leurs traces, le jeune homme à mes côtés.
    L'excitation de la chasse n'avait plus coulé dans mes veines avec autant de vigueur depuis longtemps aussi m'abandonnai-je à ce plaisir sauvage et communicatif. Autour de moi, mes compagnons grognaient du plaisir anticipé. Je profitais de ce partage pour souffler au pouvoir que cette chasse nous libèrerait tous. Retourner ainsi la magie contre son champion était une nouvelle trahison que je ne doutais pas de payer cher si le résultat escompté n'était pas celui obtenu, toutefois j'acceptais ce fardeau sans la moindre hésitation. J'étais sincèrement convaincue que la chute d'Argöth nous ouvrirait un monde de paix. Ce sentiment était, semblait-il, suffisamment puissant pour convaincre le pouvoir comme ses enfants.
    
    Néanmoins, lorsque les premiers échos bourdonnants trahirent l'approche de notre ennemi, une partie de moi se glaça. L'ardeur de la chasse me faisait peut-être imaginer une victoire tout autant glorieuse que certaine, nous n'en restions pas moins cinq téméraires dont quatre n'avaient pas la moindre chance d'inquiéter le Dévastateur. Sans compter que je ne pouvais certifier l'allégeance des særaks face à leur maître. J'avais promis à Alrüs de ne plus faire cela, mais face à la froide réalité je n'étais plus, de toute évidence, à une trahison près.
    
    Je dois aller plus vite…
    
    Aussitôt, l'Éthéré le plus proche de moi vint se glisser le long de ma cuisse, épines parfaitement aplaties. Sans y songer davantage, je sautai sur son échine et portai mon attention sur l'un des deux autres særaks.
    
    Protège-le.
    
    Le ronronnement acquiesça avec une ferveur touchante. Il savait quelle importance cela avait pour moi. Alors ma monture allongea sa foulée, imitée par son dernier comparse puis nous nous enfonçâmes dans les ténèbres des fourrés sous les jurons étouffés d'Alrüs.
    

Texte publié par Serenya, 27 août 2019 à 08h57
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