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Tome 1, Chapitre 74 Tome 1, Chapitre 74
Il nous avait fallu du temps et beaucoup de patience, même après mon rétablissement total, pour que mes mentors acceptassent de me laisser quitter l'isolement de l'infirmerie. Quel autre choix avaient-ils ? Même recluse dans le domaine d'Elyam les nouvelles de l'extérieur me parvenaient, la plupart du temps par Alrüs. Les attaques d'Éthérés se faisaient de plus en plus nombreuses, de plus en plus proches de Chäsgær. Dans ce climat oppressant, il n'y avait eu nul besoin de la formuler pour que la raison fût dans les pensées de chacun : Argöth était décidé à me dénicher et il emporterait dans cette quête autant de Gærs que possible. Gær Toyën comme Dinaë devaient se faire une raison. Ils ne pouvaient me garder cloîtrée plus longtemps, à tergiverser des conséquences de mon pouvoir ou mes capacités, tandis que mes confrères tombaient les uns après les autres dans des embuscades. Prête ou non, je devais retourner sur le terrain.
    
    Alrüs et moi avions bien tenté de reprendre quelques entraînements, cependant les aspects les plus intéressants de mon pouvoir ne pouvaient être testés sur des cibles de bois. Nous allions devoir improviser en chasse, or cette perspective ne réjouissait pas franchement mon compagnon. Ce n'était toutefois pas celle qui le préoccupait le plus. Malgré les protestations du colosse, nous avions repris l'habitude de nous exercer à l'extérieur des grilles. Bien que nous passions davantage de temps à discuter qu'à véritablement nous perfectionner, ces sorties m'étaient plus que jamais indispensables. Si l'idée de modifier le pouvoir de mes confrères me faisait horreur, il n'en demeurait pas moins que les dissonances dans les magies rendaient la cacophonie du manoir tout simplement intolérable. Le calme, bien que tout relatif, de la plaine me permettait de reprendre mon souffle, tout comme la chambre à l'infirmerie que j'occupais désormais de manière permanente. Je n'y avais jamais prêté attention auparavant, trop occupée que j'étais à toujours vouloir quitter le domaine d'Elyam au plus vite, mais, sans que je pusse l'expliquer, les murs des chambres de soin paraissaient capables d'étouffer le pouvoir ambiant. J'avais bien tenté d'en apprendre la raison cependant personne, que ce fût Elyam ou ses confrères, ne semblait comprendre à quoi je faisais allusion. À défaut d'en saisir les mécanismes, je pouvais toujours en profiter sans vergogne.
    
    J'aurais pu me contenter de vivre recluse à l'infirmerie, toutefois nos sorties dans la plaine avaient un autre avantage non négligeable : Alrüs et moi pouvions discuter sans craindre d'être entendu ou que nos propos se retournassent contre moi. Car si nous échangions parfois sur ce qui nous attendait à l'extérieur ou les chasses de nos camarades, il était question, la plupart du temps, de mes cauchemars. Mon compagnon m'avait soulagé bien plus que je ne l'avais imaginé durant ma convalescence, il avait eu tout le loisir de profiter de la dernière variante de mes songes. Si la nature même de ces expériences oniriques ne le dérangeait plus autant qu'à une époque, leur propos, en revanche, l'inquiétait aussi le sujet revenait-il fréquemment.
    
    En aucune manière il ne pouvait accepter l'abandon qui nimbait mes cauchemars. Si je n'y voyais guère plus qu'une évolution somme toute logique, lui me prêtait le même renoncement vis à vis des chasses à venir.
    
    – Je n'aime pas savoir que pareilles pensées te traversent l'esprit…
    
    Je souris à part moi, allongée dans la mousse, le regard perdu dans la toile obscure du ciel.
    
    – Ce n'est qu'un cauchemar.
    
    Je ne comptais plus le nombre de fois où je lui avais répété cette réponse. Dans tous les cas, ce n'était pas encore assez.
    
    – Les songes reflètent la part la plus enfouie de notre être, et ceux là plus qu'aucun autre.
    
    Que pouvais-je bien répliquer qui le rassurât une bonne fois pour toute ? Probablement rien, malheureusement. Alrüs était ainsi, il se tourmentait de savoir ce que je ressentais, mais pas un instant il n'avait songé qu'il s'exposait inutilement au danger en continuant de m'accompagner.
    
    – Ne renonce pas.
    
    – Je n'en ai pas l'intention. Toutes ces années, je me suis appliquée à devenir la meilleure. Ce n'est pas seulement pour être celle qui se cache le mieux.
    
    Mon clin d'œil complice se perdit dans l'indifférence de mon compagnon, trop occupé à sonder l'horizon avec attention.
    
    – Tu sais que je ne parle pas de cela. Si quelqu'un peut le vaincre, c'est toi.
    
    – Je sais.
    
    Le grognement moqueur du jeune homme me fit sourire.
    
    – Tu n'as pas à faire cela seule.
    
    – Nous sommes une meute, Alrüs. Je ne te ferai pas l'affront de te demander de rester derrière alors sois gentil de me faire au moins un peu confiance.
    
    Un hoquet scandalisé me répondit et un coup de coude me fit regretter ma remarque.
    
    – Comme si tu avais des raisons de douter de ma confiance !
    
    Le silence retomba un long moment avant que je ne le brisasse.
    
    – Les Éthérés étaient déjà plus actifs avant qu'Argöth ne se montre… Ce n'était peut-être qu'une coïncidence, rien ne dit qu'il nous sautera vraiment dessus aussitôt dehors…
    
    – La preuve : nous sommes déjà dehors.
    
    J'acquiesçai avec un grand sourire.
    
    – Quand bien même, je m'en suis plutôt bien sortie la dernière fois…
    
    Un rire narquois résonna auquel je me joignis.
    
    – D'accord, ce n'était peut-être pas si bien que ça, mais je m'en suis tout de même tirée.
    
    Il y eut un grognement approbateur puis un murmure.
    
    – La prochaine fois, je serai là pour t'aider… n'est-ce pas ?
    
    J'acquiesçai d'un hochement de tête et nous glissâmes à nouveau dans un mutisme méditatif.
    
    – Nous partons en chasse demain… Te sens-tu prête ?
    
    Je me redressai sur un coude, surprise. Comment pouvait-il affirmer cela alors que Gær Toyën ne nous avait pas convoqués une seule fois depuis la fin de mon Processus ?
    
    – Je l'ai entendu en parler à Dinaë. Une meute d'une trentaine de crok'mars descend des Monts Sauvages en passant par Beaubreuil. C'est beaucoup trop pour Aëlya et les autres, or nous sommes les seuls à pouvoir nous joindre à eux efficacement. Toyën a juste besoin d'un peu de temps pour l'admettre…
    
    – Et encore plus pour le faire accepter à Aëlya !
    
    Un ricanement échappa à Alrüs.
    
    – Ce n'est pas faux… Elle sait toutefois que ce qui s'est passé la dernière fois n'est pas de ta faute. Je lui ai expliqué que je t'ai perdue quand le cigoï nous a bousculés. Pour le reste, c'est à cause d'Argöth si nous avons été séparés. Ça ne la réjouira pas, mais elle connait les limites de sa meute.
    
    Je n'étais pas certaine d'être non plus très enthousiaste à l'idée de devoir chasser à nouveau avec la Gær et ses comparses. Néanmoins, notre devoir passait avant tout et une telle meute d'Éthérés était bien trop dangereuse pour la laisser se promener en Avëndya. Quoi qu'il en fût, Alrüs avait vu juste : dès la fin du dîner nous fûmes convoqués, ainsi qu'Aëlya, dans le bureau du colosse.
    

Texte publié par Serenya, 11 juin 2019 à 09h10
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