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Tome 1, Chapitre 67 Tome 1, Chapitre 67
– Alrüs ? Aëlya ? Où êtes-vous ?
    
    Ce n'était pas de gaieté de cœur que j'en venais à appeler la meneuse de la meute, mais je n'aimais pas de tout l'idée de me retrouver isolée aussi vite. J'avais bien tenté de revenir sur mes pas sans plus retrouver mes camarades néanmoins, avec le brouillard qui s'épaississait toujours plus, je pouvais tout autant m'être encore plus éloignée d'eux. Puisque les appels ne donnaient rien, je tentais le sifflement de détresse, le répétant tant et plus, sans davantage de résultats. Je sondais le pouvoir avec une énergie de plus en plus désespérée. Je ne pouvais être si loin, ce n'était tout bonnement pas possible. La seule autre explication me faisait froid dans le dos. Les cigoïs avaient-ils pu décimer notre groupe aussi facilement ? Et Alrüs que je venais pourtant de sauver… Je refusais d'y croire, toutefois une boule m'obstruait chaque minute davantage la gorge. Je crus percevoir un souffle sur ma gauche et sursautai en relevant mon arbalète.
    
    – Alrüs ?
    
    Il n'y avait là que des bras de brume.
    
    J'errais ainsi une éternité, ne sachant que faire pour retrouver mon chemin avec certitude, pour rejoindre mes camarades, s'ils étaient encore en vie… Chaque pas pouvait tout autant me rapprocher de Chäsgær que m'enfoncer dans les Monts Sauvages alors je demeurais là, indécise, rongée d'angoisse, à tourner en rond. Était-ce seulement le cas ? Avec l'inquiétude, le moindre mouvement de vent, le plus petit écho de mes pérégrinations se transformait en menace tapie dans l'épaisseur du brouillard, prête à me dévorer comme elle l'avait fait de mes compagnons.
    Un nouveau frottement me parvint dans mon dos aussi fis-je volte-face. Avais-je imaginé cette silhouette qui glissait d'un mouvement fluide entre deux volutes vaporeuses ? Et ce vague grondement sur ma droite ? Ce souffle dans mon dos ? Était-ce mon imagination qui me présentait comme encerclée ou y avait-il bien un Éthéré pour se couler discrètement autour de moi, attendant le moment de frapper ? Je tâchais de me raisonner, de retrouver mon calme : si mon pouvoir ne percevait aucun de mes camarades, il ne détectait pas non plus d'Éthérés. J'avais seulement dû m'éloigner de la piste de chasse en pourchassant le cigoï. Bien plus que je m'y étais attendue, certes, mais c'était là la seule explication logique. Je concentrais ma magie dans mon arme et tirai droit au-dessus de ma tête. Je n'aimais pas l'idée de signaler ma position aux Éthérés cependant, si mes compagnons avaient remarqué ma disparition, j'espérais qu'au moins l'un d'entre eux se fût extirpé du brouillard pour apercevoir ceci.
    
    Je tendis l'oreille, espérant capter la moindre réaction, même lointaine, or ce que je perçus était tout près. Avec précaution, je baissai le regard tout en gardant le visage levé vers le ciel. Là ! Si elle pensait ne pas être repérée, il y avait bien une silhouette qui se glissait autour de moi. Je jetai mon pouvoir dans mon arme puis tirai dans sa direction. Un rugissement caverneux me répondit, un cri de douleur comme de défi, et je me tournai dans sa direction, arbalète levée. Pourtant, le souffle dans l'air vint de ma gauche, le choc violent dans mes côtes me projeta dans les airs. Mon vol s'acheva contre un tronc d'arbre qui me coupa le souffle alors je m'affalai sur ses racines, poupée de chiffons suffocante. La douleur dans mon flanc et mon dos m'empêchait de retrouver ma respiration, de plus mon cœur tambourinait tant dans mes oreilles qu'il en devenait assourdissant. Un bras enroulé autour de mes côtes meurtries, je tâchais d'arracher mon visage à la mousse et à la terre pour voir venir la prochaine attaque.
    
    – … lën !
    
    Je crus un instant avoir rêvé la voix, mais la silhouette de mon compagnon s'arracha bien au brouillard. Alrüs… Il se tenait devant moi pourtant je ne percevais rien de son pouvoir, tout comme je ne pouvais localiser l'Éthéré qui m'avait frappé avec tant de force. Ce n'était pas l'épuisement qui faisait faiblir ma maîtrise de la magie, la puissance bondissait en écho de ma volonté. Le problème ne venait pas de moi… il venait de l'Éthéré. Une créature colossale, du peu que j'en avais aperçu, à la force redoutable, capable de berner mon pouvoir sans le moindre mal… Mon cœur manqua un battement tandis qu'une chape glacée écrasait tout mon corps.
    
    Fuis !
    
    Je jetai toute ma peur dans mon pouvoir pour l'abattre de toutes mes forces sur Alrüs qui chancela à son contact, bouche grande ouverte dans l’espoir de retrouver son souffle. Son regard se posa une seconde sur moi et la terreur que j'y lus me rassura. L'instant d'après, il prit ses jambes à son cou, disparaissant à nouveau dans le brouillard. Si je voulais qu'il eût une chance de s'échapper, je devais faire diversion. Je tâtonnais à la recherche de mon arbalète, mais ne la trouvais nulle part. Je n'avais que mon couteau de chasse et encore me faudrait-il bouger pour le dégager. J'abonnai cette idée ridicule puis lançai ce que je pus de magie dans le brouillard devant moi, espérant attirer l'attention de l'Éthéré à défaut de véritablement faire mouche. Un rugissement de satisfaction m'emplit les oreilles de même qu’il vibra douloureusement dans ma poitrine. Alors le brouillard parut s'ouvrir en deux sur une masse colossale d'ombre et de magie qui fondit sur moi. Instinctivement, je fermai les yeux, rentrai la tête dans les épaules, tendis mon bras libre devant moi dans un simulacre de geste protecteur qui n'avait pas la moindre chance d'être utile. Avec la force du désespoir, je dressai tout mon pouvoir entre ce monstre et moi.
    
    Arrête !
    
    Jamais je n'avais mis autant de force ou de détermination dans un ordre, mon corps entier tremblait de l'effort fourni. Ou bien était-ce de terreur ? Toute ma volonté serait-elle suffisante pour me protéger ? Immobile, recroquevillée derrière ma magie, le temps se suspendit, en attente du verdict. Cependant, celui-ci tarda à venir alors je sondai le pouvoir en quête de réponse. Le silence bourdonnant était bien tout autour de mon chant, menaçant, oppressant. Pourtant, il ne semblait pas décidé à avancer plus. Avais-je réussi ? Pouvais-je réellement commander à un tel Éthéré ?
    
    Avec précaution, j'ouvris une paupière, puis l'autre, avant d’oser un regard par dessus mon bras protecteur. Il était là, penché sur moi. Sa gueule béante aux crocs et crochets avides à moins d'un mètre de ma chair, son regard doré, aveuglant de pouvoir, posé sur sa proie. De son être, je ne pouvais apercevoir que sa large tête anguleuse couverte de pointes ainsi que la partie haute de son corps filiforme, toute en muscles vaporeux et puissance destructrice. Je l'avais seulement soupçonné jusque là, j'en avais dorénavant la certitude : Argöth, le Dévastateur, se dressait devant moi.
    
    Nous demeurâmes ainsi une éternité, nous observant, avant que je ne pusse avoir l'assurance que mon pouvoir l'avait bien figé. Cramponnée à ma magie, je lâchai un soupir de soulagement ténu, m'interrogeant sur la marche à suivre pour profiter de ma domination. Je conservais le plein contrôle de mon pouvoir comme de l'ordre imposé à l'Éthéré, pourtant mon cœur se tut et mon souffle se coupa quand, dans un mouvement fluide, Argöth ramena sa tête en arrière. Il ferma ensuite sa gueule, dardant sa langue bifide dans ma direction. Alors la vérité me frappa : je n'avais jamais eu aucun contrôle sur lui. Le Dévastateur se jouait de moi. J'étais condamnée.
    

Texte publié par Serenya, 23 avril 2019 à 09h01
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