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Tome 1, Chapitre 57 Tome 1, Chapitre 57
Après avoir passé plusieurs heures à chercher, en vain, ne serait-ce qu'un membre de la meute dans les couloirs du manoir, je finis par les dénicher dans le seul lieu incontournable : la grande salle. Mes recherches ayant pris plus de temps que prévu, je trouvai la pièce déjà bien occupée. J'aperçus Alrüs dans le recoin opposé à celui que nous occupions habituellement, mais je n'avais pas l'intention d'encore me confronter à lui, surtout pas en public. Je repérai la table de la meute et marchai droit sur Aëlya. Elle me vit arriver de loin pourtant elle choisit de m'ignorer jusqu'à ce que je fusse rendue face à elle. Elle leva alors vers moi un regard interrogateur.
    
    – J'ai besoin de te parler.
    
    Une moue amusée me répondit.
    
    – Je n'ai pas l'intention de m'immiscer dans vos problèmes, Princesse.
    
    Mon expression surprise l'incita à poursuivre.
    
    – Il traîne son air de chien battu depuis des jours, il fait tout à l'extrême opposé de ses habitudes avec toi… Quel que soit votre souci, je ne jouerai pas les intermédiaires.
    
    Elle ponctua sa remarque d'un petit sourire satisfait puis porta son gobelet à ses lèvres. Aëlya m'insupportait, mais je n'avais pas le choix.
    
    – Parle-moi d'Ilëa.
    
    Ses yeux s'agrandirent tout à coup et elle lutta pour ne pas s'étouffer avec sa boisson. Elle pesta un moment, mais, voyant que je n'avais pas l'intention de bouger, elle finit par capituler.
    
    – Pas ici.
    
    Elle quitta la grande salle d'un pas vif et je la suivis. Elle nous guida ainsi jusqu'à l'extérieur puis se mit à déambuler à une allure plus tranquille, loin de toute oreille indiscrète.
    
    – Quel est le souci ?
    
    Je n'avais aucune envie d'entrer dans les détails si la rumeur ne s'était pas répandue parmi les Gærs. Un sourire en coin vint étirer mes lèvres.
    
    – Je croyais que tu ne voulais pas t'immiscer dans nos problèmes…
    
    Aëlya eut un geste agacé néanmoins, après un long silence où elle parut chercher ses mots, elle reprit la parole.
    
    – Ça s'est passé il y a sept ans. Je venais tout juste de rejoindre la meute, mais Alrüs et Ilëa en faisait partie depuis longtemps déjà. Ils étaient arrivés jeunes, tous les deux, ils ont grandi ensemble ici. Ils étaient inséparables, tout le monde les charriait avec ça…
    
    Aëlya marqua une pause cependant je gardais le silence pour la laisser poursuivre.
    
    – Tout s'est pourtant bien passé quand Ilëa a passé son troisième Processus pourtant… Quand elle est repartie en mission avec nous… Une nuit, nous avons tous été entraînés dans un cauchemar du pouvoir. Le temps que quelqu'un puisse s'en extraire, Ilëa avait tué le petit nouveau, qui était de garde, et notre meneur. C'est Alrüs qui est parvenu à échapper à l'influence de son pouvoir et qui a mis fin au massacre. Sans lui, nous serions tous morts cette nuit-là. C'est ce qui lui a valu sa place de meneur d'ailleurs…
    
    – Et vous l'avez remercié en le traitant en paria à la première erreur…
    
    Mon ton avait été plus acerbe que je ne l'avais voulu, un grognement résonna au fond de la gorge d'Aëlya.
    
    – Si je ne m'occupe pas de vos affaires, tu ne t'immisces pas dans les nôtres non plus, Princesse.
    
    J'allais répliquer et me ravisais en observant la lueur de colère qui illuminait les pupilles miroitantes. La jeune femme reprit avec une voix moins agressive, quoi que tendue.
    
    – Qu'est-ce que tu crois, ce qu'il fait avec toi aujourd'hui, c'est ce qu'il nous a fait pour Edën. Il aurait réagi de la même manière pour Ilëa si Toyën ne l'avait pas nommé meneur. C'est son grand truc ça, jouer les martyrs en souffrance dès qu'il se juge en faute. On a longtemps essayé de le ramener dans la meute… pour tout te dire j'ai même réitéré quand j'ai compris que ça n'allait plus entre vous… Rien n'y fait. C'est certainement le Gær le plus têtu que je connaisse !
    
    Un sourire me vint à cette remarque.
    
    – Plus que Gær Toyën ?
    
    Aëlya s'éclaffa.
    
    – Il obtient toujours ce qu'il veut de Toyën… Crois-moi, c'est un petit joueur à côté d'Alrüs !
    
    Mon rire se joignit au sien et nous marchâmes un moment en silence sans but précis. Je comprenais désormais la réaction de mon camarade et, bien que je lui en voulusse un peu de ne pas avoir eu confiance en moi, je devais admettre qu'à sa place j'aurais probablement eu la même réaction.
    
    – C'est si grave que cela, ce qui est arrivé ?
    
    Je haussai les épaules sans vraiment pouvoir lui répondre.
    
    – Personne n'est au courant ? Pas même une rumeur ?
    
    Aëlya secoua la tête, manifestement sincère. La meneuse était certainement la dernière personne à qui j'aurais songé pour me confier, néanmoins elle était probablement celle qui connaissait le mieux mon partenaire. Je cherchais mes mots un moment avant de finalement me lancer.
    
    – Je fais des cauchemars depuis mon arrivée à Chäsgær. Je ne pensais pas que cela pouvait être important alors je n'en ai jamais parlé à personne… Nous sommes toujours logés quand nous partons en mission donc, l'autre jour, c'était la première fois que nous dormions ensemble…
    
    Je marquais une pause, à la recherche du terme pouvant qualifier la réaction de mon compagnon.
    
    – Et ce qu'Alrüs a vu ne lui a pas plu.
    
    Je souris à la remarque d'Aëlya.
    
    – Pas du tout même. Bien que l'idée n'avait pas l'air de lui plaire, il était bien décidé à me…
    
    Un frisson me parcourut à ce souvenir.
    
    – Tu es toujours là.
    
    Alrüs n'avais rien commis d'irréparable, en effet. Malheureusement, ce n'était probablement pas mon cas.
    
    – J'ai utilisé mon pouvoir contre lui pour l'en empêcher. J'ai dû le retenir tout du long…
    
    J'observais un nouveau silence avant d'énoncer la conclusion qui me taraudait.
    
    – Je ne crois pas qu'il s'en veuille, je pense surtout qu'il a peur de moi…
    
    Un nouveau rire, plus amer celui-ci, résonna.
    
    – Alrüs sait être terrifié quand ceux auxquels il tient sont menacés, mais pour lui-même c'est une autre histoire ! Le connaissant, il doit bien plus s'inquiéter de savoir ce qu'il aurait pu te faire ou pourrait te faire si cela devait se reproduire. Il doit penser qu'il est un monstre de t'avoir contrainte à une telle extrémité. Alrüs est bien plus un chevalier servant qu'un alpha, il ne peut résister à une princesse en danger. Tu as tout ce qu'il faut pour le secouer et le ramener à la raison, Princesse.
    
    Sa manière d'insister sur ce titre imaginaire m'aurait fait grincer des dents en d'autres circonstances, cependant mes pensées étaient déjà toutes dévouées à un plan. Dès le début, j’avais douté que mon partenaire me laissât l'occasion de discuter avec lui de ce qui s'était passé, les remarques d'Aëlya ne faisaient que le confirmer. Toutefois, elles m'apportaient également quelques pistes pour ne pas lui laisser le choix. Il ne me restait plus qu'à espérer que Gær Toyën se prêterait au jeu…

Texte publié par Serenya, 12 février 2019 à 10h34
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