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Tome 1, Chapitre 56 Tome 1, Chapitre 56
Les jours qui suivirent se révélèrent particulièrement décousus. Je dormais la plupart du temps, ou du moins essayais-je. Quand ce n'était pas mes cauchemars qui m'arrachaient à mon repos agité, Dinaë et l'intrusion de son pouvoir s'en chargeaient. Mes sombres songes n'avaient jamais inquiété personne. Il avait fallu qu'Alrüs les remarquât pour que la vieille Gær craignît le pire à chaque fois que je rêvais, ce qui revenait à dire à chaque fois que je fermais les yeux. Là où il ne m'aurait fallu normalement que quelques jours pour me remettre, j'eus la sensation d'être en convalescence pendant une éternité.
    
    J'entendais souvent de nombreuses voix dans le couloir, que ce fut Gær Toyën, Aëlya ou même Aën, pourtant je ne reçus aucune visite en dehors d'Elyam et Dinaë. J'appris qu'Alrüs était lui aussi gardé en isolement à l'infirmerie le jour où on le laissa sortir, mais, pour ma part, j'avais beau me sentir bien mieux je demeurais retranchée dans le domaine de la guérisseuse. La question de mon avenir me donnait des sueurs froides, je n'osais imaginer ce qu'on allait faire de moi. Pourtant, pas une fois je ne trouvais le courage d'interroger les deux femmes.
    
    Je compris cependant que la réponse à mes inquiétudes ne tarderait plus quand mes mentors entrèrent tous deux un jour dans la chambre. Comme un silence gêné s'éternisait, un frisson me prit et je rapprochai mes genoux contre ma poitrine pour me rassurer, en vain. Finalement, ce fut Dinaë qui prit la parole.
    
    – J'ai observé ton pouvoir avec attention, dans plusieurs situations, et je suis formelle : tu as toujours le plein contrôle de ton héritage.
    
    – Tu veux bien nous en dire un peu plus sur ces cauchemars ?
    
    Le colosse avait la mine sombre. Au regard que lui lança sa consœur, je compris qu'elle aurait préféré venir à ce sujet en douceur. Je haussai les épaules, ne sachant trop quoi leur rapporter.
    
    – Je ne sais pas, ce sont seulement des cauchemars. Alrüs se trompe, je les fais tous les jours depuis mon premier Processus. Ça n'a rien à voir avec ce qu'il raconte !
    
    Ma voix montait dans les aigus à mesure que la peur me serrait la gorge. Ils devaient me croire ! Avec un sourire rassurant la vieille Gær vint s'asseoir près de moi, sur mon lit.
    
    – Nous l'avons bien compris, rassure-toi. Il n'empêche qu'Alrüs sait ce qu'il a vu parce que ce n'est pas la première fois qu'il y assiste. Le tout est de savoir pourquoi c'est arrivé si tôt chez toi et comment cela peut ne pas t'affecter.
    
    Je les dévisageais tous deux, espérant trouver un indice de ce qu'ils attendaient de moi, en vain.
    
    – Je ne sais même pas ce qu'il a vu. Je ne me souviens jamais de mes cauchemars, je ne saurais pas même dire si je fais toujours le même ou non. Je suis juste réveillée en sursaut, les images s'effacent aussitôt. Tout ce qui me reste ce sont des impressions, la sensation d'être enfermée, l'envie de sortir de Chäsgær… une soif de liberté si forte qu'elle en devient parfois douloureuse… Cela ne dure guère longtemps et ça n'a jamais influencé mon comportement !
    
    Dinaë eut une moue amusée qui trouva un écho moins marqué sur le visage du colosse.
    
    – Tu es quand même la seule, à ma connaissance, qui ait songé à faire le mur…
    
    La remarque de Gær Toyën me fit rougir. Je ne sus que répondre pendant quelques secondes.
    
    – Et maintenant ?
    
    Mes mentors se consultèrent du regard puis Dinaë prit une longue inspiration.
    
    – Nous ne voyons aucune objection à ce que tu reprennes les missions, si c'est ce que tu veux. En revanche, il faudra oublier les longues distances. Pour les premiers temps du moins, j'aimerais autant que tu ne quittes pas le manoir plus de quatre jours. Je te contrôlerai avant chaque départ et à chaque retour.
    
    Je hochai la tête, docile. C'était une condition bien légère par rapport à tout ce que j'avais imaginé.
    
    – Alrüs ?
    
    Dinaë allait répondre, mais le colosse la devança.
    
    – Il a demandé à reprendre les missions en solo, je n’ai pas encore pris de décision. Je dois aussi trouver deux ou trois partenaires à te proposer.
    
    Comme je le craignais, mon camarade ne voulait plus se joindre à moi pour partir en chasse. Il avait été contraint à accepter le point de vue de mes mentors, néanmoins il me voyait toujours comme une menace. Allait-il me fuir désormais ? Comme à l'époque de mon arrivée entre ces murs, enchaînerait-il les missions au point qu'il ne nous serait plus possible de nous croiser ? Allait-il simplement jeter aux oubliettes notre complicité et me condamner à chasser avec un autre ? Gær Toyën accepterait-il de me laisser partir seule si les partenaires proposés ne me convenaient pas ? Ou me garderait-il à nouveau enfermée jusqu'à ce que je cédasse ? La déception m'envahissait, j'en voulais déjà au jeune homme de me condamner pour ne pas accepter son erreur. Était-ce ma faute s'il s'était fait des idées ? Comme si elle lisait dans mes pensées, Dinaë soupira.
    
    – Tu connais Alrüs, c'est avec sa personne qu'il est le plus sévère. Il ne te laissera pas une chance de le pardonner tant qu'il ne l'aura pas fait lui-même.
    
    Ainsi, il nous punissait tous les deux. Cela lui ressemblait effectivement : il s'était bien exilé de la meute après ce qui était arrivé à Edën… Combien de temps cela durerait-il ? J'allais probablement devoir le secouer si je ne voulais pas rester entre ces quatre murs durant une éternité. Et pour cela, il me faudrait trouver les mots justes.
    
    – Vous avez dit qu'il avait déjà connu ça… C'était qui ? Que s'est-il passé ?
    
    – Ilëa…
    
    Gær Toyën avait répondu le premier, toutefois il fut rapidement coupé par Dinaë.
    
    – C'est à lui de t'en parler.
    
    – Ce qu'il ne fera jamais…
    
    La grimace de la vieille femme confirma qu'elle était parvenue à la même conclusion.
    
    – Elle faisait partie de la meute ?
    
    Le hochement de tête triste me suffit. Si mes mentors se refusaient à m'en raconter plus, il y en avait une qui se ferait certainement une joie de le faire. Le tout était de pouvoir lui parler.
    
    – Quand pourrais-je quitter l'infirmerie ?
    
    Un sourire bienveillant étira les lèvres de Dinaë.
    
    – File, tu es libre.
    
    Je souris puis m'extirpai de mon lit d'un bond. Toutefois, Gær Toyën me retint.
    
    – Et pour les missions ?
    
    Je pris un instant pour réfléchir. Je réalisai soudain que ma décision était prise depuis le début.
    
    – Je ne repartirai pas sans Alrüs.
    
    Au hochement de tête du colosse, je compris que non seulement il s'était attendu à cette réponse, mais qu'il l'approuvait.
    
    – Le meute repart après le déjeuner, tu devrais te dépêcher…
    
    Je souris à mon mentor pour toute réponse avant de filer dans les couloirs à la recherche d'Aëlya.
    

Texte publié par Serenya, 5 février 2019 à 18h51
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