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Tome 1, Chapitre 55 Tome 1, Chapitre 55
Je haletais d'épuisement et chaque pas devenait plus hasardeux que le précédent. Le pouvoir d'Alrüs se débattait de toutes ses forces pour échapper à l'emprise du mien, mais je ne pouvais le laisser faire. Une seconde de faiblesse suffirait à mon compagnon pour réaliser l'irrémédiable. Jamais la route jusqu'à Chäsgær ne m'avait paru aussi longue, j'avais de nombreuses fois douté y parvenir. J'avais songé un bref instant à aller requérir l'aide de Gær Trësyam, à Chandeaux, malheureusement je craignais que le pouvoir bien trop puissant du draë ne me fit perdre le contrôle sur mon partenaire avant même d'atteindre les grilles du palais. Le soulagement qui m'envahit à la vue de la plaine vallonnée qui se dessinait au loin ramena larmes ainsi que sanglots d'épuisement, rendant ma respiration plus laborieuse encore. J'étais si lasse que je ne doutais pas de m'effondrer à la seconde où je serais en sécurité. Encore fallait-il tenir jusque là.
    
    À l'instant où la silhouette du manoir fut à portée de vue, Alrüs siffla un signal que je n'avais entendu qu'une fois jusque là : celui qu'avait émis Gær Toyën à la fin de notre combat. Aussitôt le sifflement fut repris à la grille et un point lumineux trahit le Gær de garde prêt à tirer. Un doute soudain m'envahit : si on ne m'écoutait pas ? Si Alrüs parvenait à les convaincre que j'étais réellement un danger pour eux ? Non, mes mentors ne laisseraient jamais pareille horreur advenir, encore fallait-il qu'ils arrivassent à temps pour l'empêcher. Inconsciemment, je ralentis mon allure déjà guère dynamique et Alrüs vint appuyer son arme dans mon dos.
    
    – Trop tard pour essayer de fuir. Tu ne pourras pas contrôler tout le monde…
    
    Je trébuchai en tentant de m'écarter de la menace pour finir par me laisser tomber à genoux sur la route pavée. Je n'en pouvais plus, retenir la main d'Alrüs me demandait toutes les forces qui me restaient. Cela n'avait guère plus d'importance : de là où nous nous tenions, nous pouvions apercevoir l'ouverture du portail, de même que les quatre silhouettes qui se précipitaient dans notre direction. Mon compagnon me contourna, sans jamais détourner son arbalète, pour se porter à leur rencontre. Les nouveaux arrivants s'immobilisèrent en découvrant le tableau que nous formions, Alrüs me menaçant avec une expression douloureuse sur le visage, moi à genoux et tête baissée, sanglotant d'épuisement, les bras serrés autour de mon corps pour contrôler mes tremblements. Alrüs s'empressa de leur fournir sa version de cette histoire absurde, or tout ce que je parvins à faire fut de gémir que ce n'était qu'un cauchemar. Gær Toyën ne se laissa pas démonter : il ordonna au Gær de garde comme à Gær Nævën de se tenir prêts. Je me retrouvais ainsi avec trois carreaux lumineux pointés sur moi et toujours personne pour ne serait-ce que m'écouter. Pourtant, l'instant d'après, le colosse se laissa glisser à genoux face à moi, dérobant le reste du groupe à ma vue.
    
    – Selën, Dinaë peut t'aider s'il n'est pas trop tard, mais je veux être sûr que tu la laisseras approcher et utiliser son pouvoir sur toi sans rien tenter en représailles.
    
    Je lâchai un gémissement pitoyable, laissant aller mon front contre le torse de mon mentor.
    
    – Je n'ai rien fait… C'est Alrüs… qui est devenu fou…
    
    Gær Toyën parut surpris par ma réaction. Une large main vint se poser sur ma tête en un geste apaisant.
    
    – Ça va aller, Dinaë va vite arranger ça.
    
    De sa voix puissante, il appela la vieille femme qui eut vite fait de nous rejoindre. Aussitôt je protégeai mes mains en les pressant contre ma poitrine.
    
    – Selën, laisse Dinaë travailler. Tu ne fais que donner raison à Alrüs en t'y opposant.
    
    Je secouai la tête avec un nouveau sanglot.
    
    – Alrüs va me tuer si je le lâche.
    
    Je savais que l'intrusion de la vieille Gær dans mon pouvoir ne me permettrait pas de garder le contrôle sur le doigt qui me menaçait depuis mon réveil.
    
    – Il ne fera rien maintenant que nous sommes là. Donne ta main, Selën.
    
    Nouveau signe de dénégation de ma part. Je sentais toute sa détermination contre ma magie : aussitôt libre, il frapperait.
    
    – Il baisse… son arme… d'abord…
    
    Mes mentors échangèrent quelques mots dans un murmure nerveux que je ne pus saisir, puis la voix du colosse résonna à nouveau autour de nous.
    
    – Alrüs, lâche ton arme.
    
    Un ton indigné lui répondit.
    
    – Elle est en train de vous embobiner ! Je sais ce que j'ai vu, vous ne pouvez pas la croire !
    
    – Les autres s'en occuperont, toi tu lâches ton arme. C'est un ordre !
    
    Je n'avais pas besoin de le voir pour percevoir l'affrontement de sentiments qui se disputaient le jeune homme, faisant vibrer son pouvoir en écho. Il fallut que Gær Toyën ordonnât au Gær de garde de mettre en joue mon camarade pour que celui-ci cessât toute opposition pour abandonner son arme. Avec un soupir tremblant, je relâchai la pression de ma magie et le vertige qui me saisit me laissa mollement glisser entre les bras du colosse. Sans protester, j'observais d'un œil absent Dinaë s'emparer de mon poignet puis je serrais les dents en prévision de ce qui allait arriver. Mon corps se raidit tandis qu’un cri de douleur s'étouffait dans ma gorge à la brûlure que semèrent sur leur passage les radicelles. Mon calvaire dura bien plus longtemps qu'à l'accoutumée, j'allais demander grâce quand le pouvoir du saedrë se retira finalement.
    
    – Elle est épuisée, mais il n'y a rien de plus. Tout est sous contrôle.
    
    – Je sais ce que j'ai vu !
    
    Le ton d'Alrüs était bien moins assuré que ses mots puisque doute et douleur s'y mêlaient. Dinaë se leva et s'éloigna, mais je ne pus voir vers où.
    
    – Il faut que je te contrôle aussi.
    
    – Non, ce n'est pas moi, c'est elle !
    
    La peur s'emparait désormais du jeune homme. Craignait-il une manigance de ma part ou doutait-il réellement de son état ? Un rappel à l'ordre impérieux de Gær Toyën le ramena au calme et Dinaë put attester qu'à part la fatigue qui régnait également dans le pouvoir de mon compagnon, nous n'étions une menace ni l'un ni l'autre. Néanmoins, nos mentors durent user de toute leur patience pour qu'Alrüs consentît à rejoindre l'infirmerie et d'autant plus pour qu'il cessât de protester à mon égard. Lorsqu'il fut certain que j'étais dorénavant en sécurité, la lassitude s'abattit sur moi, me rendant incapable du moindre geste. Le colosse, constatant ma faiblesse, grommela quelques paroles qui se dissipèrent dans mon brouillard. Alors que mon mentor me soulevait pour me ramener vers le manoir, je glissais peu à peu dans les ténèbres du sommeil.

Texte publié par Serenya, 29 janvier 2019 à 09h58
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