Pourquoi vous inscrire ?
«
»
Tome 1, Chapitre 46 Tome 1, Chapitre 46
Je n'étais pas dupe. Si Gær Toyën avait consenti à me confier une première chasse, je ne m'étais pas attendue à enchaîner les missions au même rythme que mes camarades. Alrüs m'avait fait remarquer que désormais Gær, je n'étais plus tenue de suivre les enseignements, ni même les entraînements, ce qui n'était pas le cas de mon camarade. Déambuler seule et désœuvrée dans un tintamarre magique était bien loin de l'idée que je m'étais faite de mon avenir en tant que Gær. Je trouvai cependant à mon statut un avantage certain : puisque j'avais fait mes preuves, le confrère de garde me laissait sortir quand bon me semblait, du moment que je ne partais pas à l'aventure sans prévenir. Mes escapades dans la plaine ne dépendaient donc plus que de moi bien qu'en réalité je fusse rarement seule. En matinée, Alrüs était aussi désœuvré que moi et bien que nos mentors eussent tenté à plusieurs reprises de l'inciter à assurer quelques cours, il préférait se joindre à moi. Lorsque je n'empruntais pas un livre pour sortir l'étudier en silence, le jeune homme partageait avec moi son expérience. Quant aux entraînements, nous continuions à pratiquer, comme nous l'avions fait ces derniers mois, mais je tâchais toutefois d'orienter nos exercices sur les lacunes de mon camarade. Alrüs était un combattant hors pair et il avait presque entièrement retrouvé ses capacités. Gær Toyën avait déjà d'ailleurs "testé ses progrès" à deux reprises depuis la chasse de Quat'voies mais le colosse semblait partagé. Il n'aimait pas l'idée de nous laisser partir seuls chacun de notre côté cependant notre duo ne l'enchantait pas beaucoup plus. Il savait néanmoins que nous proposer d'autres compagnons ne mènerait à rien. Il devrait accepter notre collaboration et Alrüs ne doutait pas qu'il s'y résignât tôt ou tard. En attendant, nous savourions notre quotidien paisible d'éléments libres.
    
    De temps à autre, Daenon, l'un des Gærs en charge des enfants à Chäsgær, venait m'apporter quelques nouvelles du petit. Ses cauchemars avaient fini par disparaître au fil du temps mais il lui arrivait encore parfois de s'échapper en douce de son dortoir pour venir me rejoindre ou de réclamer ma présence en journée. S'il paraissait plutôt heureux, pour autant que je pouvais en juger, certaines blessures ne s'étaient manifestement pas refermées. Les seules paroles qu'il prononçait étaient "E-ën", un simulacre de mon prénom dont il n'arrivait toujours pas à former toutes les lettres. Ceci lui avait d'ailleurs valu, en fin de compte, un prénom adopté par tous, même s'il m'avait fait grincer des dents au départ : Aën. Je n'aimais pas l'idée qu'avait eue Daenon de l'appeler ainsi simplement parce que c'était tout ce qu'il disait mais Dinaë m'avait fait remarquer que j'avais eu tout le temps nécessaire pour lui en trouver un autre, ce que j'avais refusé.
    
    Ce jour-là, Daenon était venu me trouver, comme souvent, à la fin du déjeuner. Lorsque c'était le cas, il attendait que nous eussions terminé nos assiettes, Alrüs et moi, pour venir s'installer à notre table. Aën s'était bien intégré au groupe de sept enfants qu'abritait le manoir.
    
    - Il n'est toujours pas à l'aise en ce qui concerne le combat mais il réclame sans cesse à jouer avec les arbalètes. Il t'observe beaucoup par la fenêtre, quand tu t'entraînes. Je crois qu'il veut te ressembler.
    
    Un frisson glacé coula le long de mon échine.
    
    - Vous les entraînez ? Déjà ?
    
    Aën était certes le plus jeune mais le plus âgé ne devait pas avoir plus de dix ans. Ne pouvait-on leur accorder un peu d'insouciance dans leur enfance ? Alrüs fronça les sourcils à ma réaction.
    
    - Tu t'attendais à quoi ? Chäsgær a autre chose à faire que jouer les nourrices par bonté d'âme. Et c'est dans leur intérêt : plus ils commencent tôt, meilleurs ils seront. Ce n'est pas à toi que je vais apprendre comment ça se passe, dehors.
    
    Ces arguments étaient, certes, recevables néanmoins je ne les approuvais pas pour autant.
    
    - Ils n'auront peut-être pas à combattre, eux.
    
    Deux paires d'yeux ronds m'observaient en silence.
    
    - Aën passera son Processus dans, quoi, dix ans ? Sans même compter l'entraînement qui viendra après... D'ici là, la guerre pourrait être finie, Argöth pourrait être vaincu.
    
    Et si cela permettait à ces enfants d'échapper au destin de Gær qui les attendait, j'étais prête à m'investir deux fois plus dans le mien.
    
    - Je ne sais pas ce qui est le plus effrayant... Que tu y crois réellement, ou que lui y ait déjà songé depuis un moment...
    
    A la remarque d'Alrüs, je vis Daenon virer rouge vif et tenter de bégayer une excuse qu'il ne put trouver. Je haussai les épaules. Après tout, il n'y avait rien d'étonnant : si mon rôle avait été de former des enfants, j'aurais également eu la même pensée, le même espoir.
    
    - C'est ce qu'on attend de moi après tout, non ?
    
    L'expression d'Alrüs s'assombrit et il grimaça.
    
    - Je vais y réfléchir à deux fois avant de refaire équipe avec toi...
    
    Loin de me vexer, sa remarque me fit rire et une partie du poids qui pesait sur ma poitrine depuis quelques minutes s'envola.
    
    Près d'un mois s'était écoulé depuis ma première chasse quand un Gær mogwïn vint nous trouver dehors pour nous prévenir que Gær Toyën nous attendait dans son bureau.
    
    - Enfin !
    
    La réaction de mon camarade déclencha mon hilarité et nous étions encore tout sourire lorsque nous pénétrâmes le domaine du colosse. Celui-ci débuta son discours sans même attendre que nous eussions refermé la porte.
    
    - Un essai. Je vous accorde un essai pour vérifier la viabilité de votre duo et confirmer que c'est bien ce que vous voulez tous les deux.
    
    Je trépignais intérieurement, tâchant de paraître détachée extérieurement. Si Alrüs y parvint mieux que moi, il ne put cependant me tromper : il était au moins aussi excité que moi à l'idée d'enfin repartir en mission. Voyant que nous attendions tous deux la suite avec impatience, notre mentor secoua la tête, amusé.
    
    - Les jardins du palais royal de Chandeaux accueillent depuis quelques jours quatre couples de Nid'hivers...
    
    Le soupir que lâcha Alrüs interrompit Gær Toyën
    
    - Et Gær Trësyam a peur de les affronter seule ?
    
    Le colosse fronça les sourcils avant de reprendre.
    
    - Sire Æstën a expressément demandé l'intervention de Selën. Il semblerait que le maître de la guilde des marchands ait su éveiller sa curiosité...
    
    Je ne pouvais saisir les subtilités de leur échange, cependant je pouvais certifier que des nid'hivers, même au nombre de huit, ne ferait guère plus qu'un maigre exercice de tir. Ces oiseaux de cristal devait leur nom au liquide qui suintait de leurs plumes et gelait tout à son contact, entraînant des hivers imposés autour de leurs zones de nidification. Ces créatures pouvaient être dangereuses pour les cultures, ou des jardins, mais ils étaient loin d'être des Ethérés bien menaçants. Ils étaient, en vérité, à la portée de n'importe quel chasseur de Chäsgær. Il n'y avait là aucun défi, ni même de raison de demander spécifiquement mon intervention. Alrüs tenta bien de protester mais notre mentor coupa court à toute réplique.
    
    - C'est ça ou rien, Alrüs. Quoi qu'il en soit, Selën doit y aller. Dois-je lui trouver un autre compagnon ?
    
    Le jeune homme grommela sans pour autant prendre plus de risque de se retrouver cloîtré au manoir pendant que je sortirais.
    
    - Bien, vous partez demain matin au plus tôt. Vous êtes attendus pour le dîner.
    
    Je vis Alrüs lever les yeux au ciel cependant il ne fit aucune remarque. Nous demeurâmes silencieux le temps de recevoir les directives et j'attendis que nous fussions suffisamment loin dans les couloirs avant de risquer la moindre question.
    
    - Je sais bien que des Nid'hivers ne sont pas aussi palpitant qu'un særak mais c'est mieux que rien, non ?
    
    Le jeune homme grommela un moment avant de me fournir plus d'explications.
    
    - Ce n'est pas la mission le problème, c'est le lieu... sans parler du contexte. Tu n'as pas apprécié le cadeau du marchand ? Attend d'être à la cour...
    

Texte publié par Serenya, 27 novembre 2018 à 10h41
© tous droits réservés.
«
»
Tome 1, Chapitre 46 Tome 1, Chapitre 46
LeConteur.fr Qui sommes-nous ? Nous contacter Statistiques
Découvrir
Romans & nouvelles
Fanfictions & oneshot
Poèmes
Foire aux questions
Présentation & Mentions légales
Conditions Générales d'Utilisation
Partenaires
Nous contacter
Espace professionnels
Un bug à signaler ?
1278 histoires publiées
605 membres inscrits
Notre membre le plus récent est Wika23
LeConteur.fr 2013-2019 © Tous droits réservés