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Tome 1, Chapitre 43 Tome 1, Chapitre 43
- Ce sera bien ta chasse mais je t'accompagne et je suis de loin le plus expérimenté. Ce sera donc moi qui prendrais les décisions et il faudra t'y plier.
    
    - Oui, j'ai bien compris, Gær Naevën.
    
    Je me retins à temps de lever les yeux au ciel. Le Gær morghorïn ne discontinuait pas dans ses directives depuis le petit-déjeuner. Pourquoi avait-il fallu que le choix de Gær Toyën se portât sur un chasseur aussi austère et rigide ? Je trépignais devant le portail fermé mais mon compagnon imposé ne semblait pas décidé à en demander l'ouverture.
    
    - As-tu bien vérifié l'état de tes armes ? Pris suffisamment de vivres ?
    
    Que croyait-il ? Gær Toyën avait consenti à me confier une chasse mais il ne m'envoyait pas à l'autre bout d'Avëndya pour autant ! Nous serions rentrés pour le dîner. Cependant, le Gær était encore plus strict que mon mentor et je doutais d'arranger les choses avec la moindre remarque. Aussi me contentais-je d'approuver à chacune de ses exigences, espérant y mettre ainsi un terme plus rapide.
    
    Lorsqu'enfin Gær Naevën consentit à se mettre en route je jubilai, toutefois mon excitation fut de courte durée. Mon escorte était un homme mûr aussi sombre et silencieux que la plaine vallonnée qui encerclait Chäsgær. Ses seuls mots étaient des consignes délivrées sur un ton ferme et sans appel. Quel intérêt pourtant y avait-il à progresser arme à la main et aux aguets quand le paysage trahissait l'absence de la moindre menace ? Et quand bien même nous atteindrions ensuite la forêt, mon pouvoir ne percevait que les craquements nerveux de la magie du Gær et les échos de plus en plus lointains du manoir. Si la moindre menace devait pénétrer mon cercle de perception, j'en serais avertie bien avant que l'Ethéré ne fût en vue. Gær Naevën devait pourtant bien connaître mes capacités alors pourquoi ne pas s'y fier ? S'il n'avait aucune confiance en moi ne serait-ce que pour monter la garde, cette première chasse s'annonçait des plus frustrantes et désagréables. Je tâchais toutefois de mettre ces pensées de côté, demeurant concentrée sur mon environnement pour ne pas donner raison aux craintes de mon confrère. Sans compter que je savourais par avance l'honneur et le statut que m'accorderait définitivement mon véritable premier Ethéré.
    
    Je traversais avec un sourire amusé la riche cité où j'avais accompagné Alrüs sans que personne n'en sût rien, du moins jusqu'à notre retour. Une escapade qui m'avait valu ma première proie. Déjà à l'époque, j'avais été capable de venir à bout du cigoï mais je me doutais depuis longtemps que Gær Toyën ne me renverrait pas contre un Ethéré aussi dangereux. Je n'avais néanmoins pas à me plaindre, ma cible officielle aurait pu être bien plus ridicule.
    
    Nous avions quitté les murs de la cité quand un écho de crok'mar bien connu se faufila jusqu'à moi. Je poursuivais toutefois ma route comme si je n'avais rien remarqué. Alrüs n'était plus autorisé à quitter Chäsgær, je ne tenais donc pas à le dénoncer auprès d'un confrère aussi strict que Gær Naevën. Je n'eus cependant pas à le faire : mon camarade se hâtait de nous rattraper et il nous héla bientôt. Mon escorte s'arrêta pour l'attendre mais il affichait tout de même un air méfiant.
    
    - Ouf, je vous rattrape enfin ! Gær Toyën craignait que je ne sois parti trop tard.
    
    Je tiquai. Le jeune homme affichait un air bien trop léger et jovial qui ne lui ressemblait pas. Quelle que fût l'idée qu'il avait en tête, le colosse n'avait rien à voir là dedans. Je ne savais si Gær Naevën en était arrivé à la même conclusion mais il s'impatientait manifestement.
    
    - Un morghorïn a été signalé tout près de la Passe Lumière. Gær Toyën m'envoie vous remplacer pour que vous puissiez vous mettre en route immédiatement.
    
    L'intéressé allait protester mais Alrüs lui glissa dans les mains la missive qu'il tenait.
    
    - Voilà toutes les informations. Faites vite, ce n'est pas à vous que je vais rappeler que les morghorïns sont des cibles prioritaires.
    
    Gær Naevën grommela avant de parcourir le document des yeux deux fois, lançant des œillades suspicieuses au jeune homme. Mais il acquiesça finalement et prit congé pour revenir sur ses pas, nous abandonnant au milieu de la route. D'une main dans le dos, mon compagnon me poussa à reprendre notre chemin à vive allure. Mon amusement étirait mes lèvres mais j'attendis que nous ne fussions plus à portée des oreilles de l'homme sévère pour parler.
    
    - Gær Toyën ne t'a pas envoyé...
    
    Un clin d'œil complice me répondit.
    
    - Ce n'est pas à toi que je vais apprendre comment faire le mur.
    
    Mon sourire s'élargit tandis que le jeune homme lançait un coup d'œil par dessus son épaule.
    
    - A ceci près que moi, je suis assez malin pour sortir en tenue officielle et avec un véritable ordre de mission...
    
    Mes yeux s'agrandirent d'incrédulité.
    
    - Tu as volé un ordre de mission ?
    
    Alrüs haussa les épaules.
    
    - Gær Toyën ne ferme jamais son bureau et il est parti en laissant la missive grande ouverte. De toute évidence, il n'en avait plus besoin. Je ne suis pas certain que ce soit techniquement un vol...
    
    Je ris pour de bon à sa pathétique explication.
    
    - Gær Toyën va te tuer.
    
    - C'est certain, mais j'aimerais autant qu'il le fasse à notre retour. Il ne doit pas être loin derrière et s'il croise Gær Naevën... Ça ne te dirait pas de courir un peu pour sauver ma peau ?
    
    Je fronçai les sourcils et me retournai à mon tour.
    
    - Pourquoi Gær Toyën nous suivrait ?
    
    Une grimace échappa au fautif.
    
    - Il est parti avec l'intention de venir remplacer Gær Naevën, puisqu'il n'y a plus que lui qui peu gérer les morghorïns sans trop de risques... Je l'ai devancé le temps qu'il trouve quelqu'un pour le remplacer à l'entraînement.
    
    Je grimaçai à mon tour. J'avais peut-être été la première à faire le mur mais je n'avais pas emmené les ennuis avec moi.
    
    - Gær Toyën va me faire regretter de t'avoir aidé...
    
    L'air narquois du jeune homme réapparut.
    
    - Tu me dois bien ça...
    
    Je ris à nouveau et bifurquai vers le bas-côté de la voie pavée.
    
    - A quoi joues-tu ?
    
    Je lançai un regard de défi à mon compagnon avant de désigner la masse obscure dans mon dos.
    
    - Gær Toyën sait parfaitement où nous allons. Si tu veux le semer, il va falloir couper à travers bois.
    
    Malgré la situation, Alrüs hésita un moment. Je tâchai de me montrer rassurante en lui souriant.
    
    - Tu n'as rien à craindre, j'ouvrirai l'œil.
    
    Il me dépassa finalement avec un sourire en coin et s'enfonça à grands pas entre les buissons.
    
    - Ne fais pas la maline. C'est moi le borgne, toi tu es priée d'ouvrir tes deux yeux.
    
    J'hésitai un instant avant de rire de sa remarque et lui promis d'être vigilante.
    
    Nous marchions depuis quelques minutes en silence quand Alrüs revint à la charge.
    
    - Rassure-moi, tu n'as pas l'intention de me faire crapahuter toute la journée dans ces bois...
    
    Je secouai la tête avec un sourire.
    
    - Nous serons arrivés bien avant.
    
    Un grognement cynique me parvint tandis que mon compagnon se débattait avec une ronce récalcitrante.
    
    - J'aurais dû me douter que Gær Toyën ne t'enverrait pas bien loin.
    
    Le silence revint jusqu'à la nouvelle intervention d'Alrüs.
    
    - Et quand comptes-tu me dire ce que nous partons chasser ?
    
    Un gloussement m'échappa à l'idée de la réaction que provoquerait bientôt ma réponse.
    
    - Un særak.
    
    Aux bruits de pas irréguliers, je devinais que mon camarade avait marqué un léger arrêt.
    
    - Parfait... Pourquoi ai-je eu l'idée de te suivre toi ?
    
    - Parce qu'il n'y a que moi pour accepter de te laisser faire.
    
    Un nouveau grognement me répondit pour tout acquiescement.
    
    - Et donc toi, tu ne trouves rien de mieux à faire que couper à travers bois quand il y a un særak dans les parages. Moi qui me croyais téméraire...
    
    J'adressai un clin d'œil au Gær crok'mar.
    
    - Il faut bien le débusquer si je veux le chasser...
    
    Le særak, ce félin massif couvert de fines épines, était certes bien moins puissant qu'un cigoï mais il n'en demeurait pas moins un prédateur dangereux et, surtout, bien au dessus du crok'mar.

Texte publié par Serenya, 6 novembre 2018 à 09h55
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