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Tome 1, Chapitre 42 Tome 1, Chapitre 42
Je cherchais encore à rassembler mes pensées erratiques pour reconstituer ce qui venait de se produire quand mon professeur émit une série de notes stridentes. Je ne connaissais pas ce signal toutefois l'air choqué d'Alrüs me suffit.
    
    - N'exagérez pas Toyën, il ne s'est rien passé !
    
    Le colosse ne semblait pas de cet avis et je l'observais se relever pour aller chercher une arbalète et se planter à bonne distance de moi.
    
    - Recule Alrüs, tant qu'on ne sait pas ce qui s'est passé, mieux vaut être sur nos gardes.
    
    Cependant mon camarade, loin de s'écarter, s'interposa tout à fait entre mon professeur et moi.
    
    - Il se passe que vous êtes mauvais joueur, c'est tout. Elle vous a eu par surprise mais elle vous a vaincu tout de même.
    
    Un grognement sceptique lui répondit et déjà du mouvement était perceptible du côté du portail. Gær Naevën et Dinaë arrivèrent au pas de course, une expression alarmée plaquée sur le visage.
    
    - Selën !
    
    La vieille femme voulut s'avancer vers moi mais le Gær morghorïn la retint avec un air sévère.
    
    - Que se passe-t-il ici ?
    
    Alrüs soupira et je devinai qu'il levait les yeux au ciel.
    
    - Rien. Il ne se passe absolument rien. Toyën a poussé Selën dans ses derniers retranchements et il se plaint maintenant d'avoir reçu une raclée en échange...
    
    Il n'y avait bien que mon camarade pour oser s'exprimer ainsi devant nos mentors et j'avais tout le loisir de détailler, depuis ma position, la colère à peine retenue que couvait le colosse. J'avais suivi les conseils de mon camarade mais je doutais soudain que cela fût une bonne idée.
    
    - Je savais bien que j'aurais dû lui en parler dès le début...
    
    Ma remarque était pour Alrüs cependant tous l'entendirent. La lueur d'incompréhension qui passa dans les pupilles du colosse appelait une explication toutefois je me sentais si lasse que je ne savais par où commencer. Heureusement le jeune homme vola à mon secours.
    
    - C'est moi qui lui ai dit de taire ses derniers progrès pour garder quelques atouts lors des évaluations. Je me doutais que vous seriez implacable avec elle et c'est ce qui s'est passé. Vous aviez plus l'air décidé à la blesser qu'à la tester.
    
    Mon mentor ne semblait pas convaincu mais je crus déceler une pointe de culpabilité dans son expression et il consentit à baisser son arme, sans la lâcher pour autant.
    
    - Dinaë ?
    
    La vieille Gær savait ce qu'on attendait d'elle puisque ce simple appel suffit à ce qu'elle se mît en mouvement. Elle me rejoignit en tendant sa main et je compris aussitôt. Je glissai mon poignet entre ses doigts et ne pus retenir un gémissement à la sensation de brûlure que semaient les radicelles sur leur passage. Le silence régna ensuite en maître jusqu'à ce que Dinaë rouvrît les paupières.
    
    - Elle est épuisée mais il n'y a rien de plus, Toyën.
    
    Le colosse parut cette fois surpris, voire troublé. Son attention revint à Alrüs qui ne lui laissa pas le temps de poser la moindre question.
    
    - Selën avait déjà démontré une certaine capacité à influencer les Ethérés. Or, nous avons tous une part Ethérée, en quelque sorte. Nous avons exploré cette voie par curiosité... Je vous assure qu'il n'y a rien à craindre. Elle n'a pas de véritable contrôle sur nous, d'ailleurs ça ne marche qu'une fois. Dès qu'on est au courant, ça n'est plus qu'un vague écho lointain qui trahit plus ses intentions qu'autre chose. C'est pour cela que je lui ai dit de garder ça pour elle : pour qu'elle puisse s'en servir aujourd'hui.
    
    Le silence s'éternisant alors, je grommelai en tentant de me redresser sur mes deux pieds malgré les vertiges.
    
    - Je peux rentrer me coucher ?
    
    Mon camarade m'aida à me remettre d'aplomb mais il me retint.
    
    - Dès que tu auras tes résultats... Elle a réussi haut la main Toyën, reconnaissez-le.
    
    Il devait bien peu connaître le colosse s'il s'imaginait le faire flancher ainsi. Je pouvais le sentir bouillir jusque là.
    
    - Vous me cachez autre chose ?
    
    Je compris soudain : ce n'était pas contre moi qu'était dirigée la colère du Gær cigoï mais contre Alrüs. Ce dernier secoua la tête et notre professeur finit par lâcher un soupir résigné.
    
    - Très bien, très bien... Je t'accorde le titre de Gær, Selën. Laisse-moi juste le temps de te trouver une première chasse.
    
    J'acquiesçai sans vraiment réaliser et me laissais entraîner par mon compagnon en direction du manoir. Il me fallut une éternité pour remettre de l'ordre dans mes pensées et chasser le brouillard qui les recouvrait. Quand ce fut fait, je m'immobilisais soudain, devant les marches du perron.
    
    - Ça y est, tu as réalisé ? Il t'en a fallu du temps...
    
    Je dévisageai Alrüs et son air moqueur.
    
    - Je suis vraiment..? Comment as-tu..?
    
    Le jeune homme retrouva son sourire en coin en me traînant à l'intérieur.
    
    - Ne me remercie pas. Je ne suis pas un bon samaritain, je compte bien y trouver mon compte. Et j'ai déjà ma petite idée...
    
    Tout comme moi. Il n'y avait guère de manières différentes de se rendre service entre Gærs.
    
    - Je croyais que j'étais un aimant à problèmes... Il me semble même t'avoir entendu jurer que nous ne ferions jamais équipe...
    
    Un rire cynique me répondit.
    
    - A l'époque, j'avais le choix. Et tu es toujours un nid à problèmes !
    
    Nous rîmes de bon cœur et j'allais rejoindre l'escalier quand Alrüs me tira en direction du réfectoire.
    
    - J'ai bien plus sommeil que faim.
    
    Il ne modifia pourtant en rien notre trajectoire et m'adressa un clin d'œil.
    
    - Je sais bien, mais il est hors de question que tu rates ça...
    
    Nous devançâmes de peu nos mentors à l'entrée de la grande pièce où les occupants du manoir s'étaient réunis pour le dîner. Avec un air malicieux, Alrüs me poussa dans le coin où nous avions l'habitude de nous installer avant de jeter un regard entendu à Gær Toyën qui nous observait. Il semblait songeur et encore agacé par le tour que nous lui avions joué, néanmoins ce fut avec un ton jovial que sa voix couvrit le brouhaha ambiant.
    
    - Mes amis, un peu de silence je vous prie, j'ai une annonce à vous faire. Gær Selën a relevé ses épreuves avec brio et partira prochainement pour sa première chasse.
    
    L'exclamation qui s'éleva alors couvrit sans mal la cacophonie des pouvoirs qui, pour l'occasion, semblaient s'accorder sous l'effet de l'allégresse générale. Mes efforts avaient porté leurs fruits, enfin. L'angoisse de savoir ce qui m'attendait dehors tenta de s'emparer de moi mais je préférai me laisser emporter par l'ambiance festive du moment. Alrüs avait raison : il aurait été dommage de passer à côté d'un tel instant.

Texte publié par Serenya, 30 octobre 2018 à 09h51
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