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Tome 1, Chapitre 38 Tome 1, Chapitre 38
Je m'éveillais avec un râle plaintif qui demeura coincé dans ma gorge. J'étais plus épuisée que jamais et tout mon corps tiraillait ou pulsait mais je ne me sentais pas fiévreuse pour autant. Avais-je été inconsciente si longtemps que le Processus avait eu le temps de s'achever ? L'angoisse tenta un instant de planter ses griffes en moi, cependant la pensée suivante me détendit tout à fait, chassant au loin mes préoccupations. Pour autant que je pouvais en juger, j'étais toujours moi-même. J'avais réussi. Je retrouvais néanmoins une certaine anxiété en recouvrant les souvenirs de ce Processus. Cette injection avait été un véritable cauchemar et je me rappelais avoir supplié tant et plus de perdre enfin connaissance. Cette résistance accrue de mon organisme face à l'abandon était-il le signe que j'avais dû longuement lutter contre l'emprise de la magie ou, au contraire, trahissait-il une forme d'accoutumance de mon corps ? Je doutais toutefois que souffrir tant et plus sans échappatoire possible fût bon signe. D'ailleurs, une nouvelle inquiétude germa dans mes pensées. Etais-je vraiment moi ? Etais-ce bien les sensations de mon corps qui me parvenaient ?
    
    Le cœur soudain tambourinant, je trouvais la force de lutter contre mes paupières récalcitrantes pour jeter un regard à la ronde. Le plafond et les murs blancs tachetés de noir étaient bien familiers, je reconnus même aussitôt les deux petits yeux fixés sur moi avec attention mais je ne pus esquisser le moindre geste avant que l'enfant ne déguerpît à toute allure par la porte entrouverte.
    
    - E-ën ! E-ën !
    
    Une exclamation surprise lui répondit et les pas précipités dans le couloir révélèrent bientôt leur propriétaire. Le petit réapparut avec un sourire ravi, traînant derrière lui une Elyam à l'air inquiet qui se mua bientôt en soulagement. Et avant qu'elle eût pu faire un pas de plus dans la pièce, l'enfant sautait sur mon lit avec entrain.
    
    - E-ën ! E-ën !
    
    Sa réaction m'amusait toutefois je ne pus retenir une grimace à la protestation douloureuse qu'émit tout mon corps. Elyam la perçut aussitôt et elle s'empressa de ramener le petit au sol.
    
    - Doucement mon grand, Selën est encore malade. Tu veux bien aller chercher Dinaë, s'il te plait ? Elle doit être au réfectoire.
    
    Le garçon acquiesça d'un hochement de tête sérieux et détala sans demander son reste. Le calme enfin revenu, la Gær s'installa à mon chevet et un frisson désagréable me parcourut à la main pourtant légère qu'elle posa sur mon front.
    
    - Comment te sens-tu ?
    
    J'ouvris la bouche pour répondre mais m'étouffais sur mes mots, la gorge en feu. Elyam me servit prestement un verre d'eau au pichet laissé sur la table de chevet mais l'eau glacée me brûla plus qu'elle ne m'apaisa. Sans compter la main dans le dos qui ne voulait que me soutenir et me faisait pourtant l'effet d'un métal chauffé à blanc. Je me dégageai maladroitement avec un gémissement plaintif qui ramena un voile soucieux sur le visage de la Gær skaë.
    
    - Tu as mal au dos ?
    
    Je hochai la tête avec précaution. En vérité, tout mon corps me faisait souffrir mais le tissu de ma chemise traçait une ligne des plus désagréables de la base de mon crâne jusqu'au creux de mes reins. Elyam s'appliqua à déboutonner mon vêtement pour me le retirer le plus délicatement possible. J'eus néanmoins la sensation que des pans entiers de ma peau s'arrachaient avec le tissu et je songeai soudain que ce n'était peut-être pas qu'une impression. La guérisseuse eut un grognement appréciateur avant de se détourner pour fouiller l'intérieur de la table de chevet et en extraire un pot d'onguent.
    
    - Tu as des pointes qui se forment tout le long de ta colonne. La pommade va te faire du bien.
    
    Un voile glacial se posa sur mes pensées à cette constatation. Quelles autres mutilations avait entrainé le Processus ? Je profitai d'être assise et qu'Elya fût toute à son ouvrage pour me détailler. Mes poignets étaient enlacés dans d'épais bandages qui me démangeaient et, pour autant que je pusse en juger, il en était de même pour mes chevilles. Mes mains étaient rougies aux articulations, laissant supposer que les pointes qui s'y trouvaient déjà allaient encore se développer. La majorité de la douleur se concentrait dans mon dos, mon visage et mon cuir chevelu. La peur fit tambouriner mon cœur et je portai une main tremblante à mon visage, la retirant aussitôt lorsque le contact de mes doigts avec ma pommette me fit tressaillir. Elyam remarqua ma réaction et y répondit en étalant son remède sur les deux côtés de mon visage.
    
    - Oui, tu en as quelques unes ici aussi...
    
    Je sentis les larmes me monter aux yeux en songeant à l'aspect monstrueux que je devais avoir désormais.
    
    Tandis que la Gær se détournait de moi pour ranger son pot d'onguent, je poussai ma curiosité jusqu'au sommet de mon crâne où je sentais mon cuir chevelu tiraillé. Mes doigts y rencontrèrent trois excroissances bulbeuses qui éveillaient des échos migraineux dans toute ma tête à chaque effleurement. Je laissais finalement retomber ma main sur mes couvertures et je ne pus plus retenir les larmes qui menaçaient. Avisant ma réaction, Elyam fut à nouveau à mes côtés en un instant. Elle m'attira doucement à elle et je cédai en posant mon front sur son épaule. La tension dans mon corps disparut aussitôt et je m'abandonnais d'autant plus à mes pleurs. J'étais si épuisée...
    
    - Là, là... Ce n'est rien. Encore un peu de courage, dans quelques jours ce ne sera plus qu'un mouvais souvenir.
    
    Sa main caressait doucement mes cheveux, évitant soigneusement les zones douloureuses. Avait-elle déjà remarqué les modifications que je venais de découvrir ?
    
    Lorsqu'enfin mes sanglots s'apaisèrent, Elyam s'écarta avec délicatesse pour m'aider à passer ma chemise à l'envers, laissant ainsi mon dos nu, épargnant mes nouvelles pointes. Ce fut sur ces entrefaites que Dinaë fit son apparition, escortée par le petit. Il fallut d'âpres négociations pour qu'il se contentât d'un vague sourire et d'un geste de la main de ma part pour enfin retourner à ses occupations et nous laisser entre nous. Alors la vieille Gær contourna mon lit pour s'installer en face d'Elyam sans me quitter des yeux.
    
    - Comment te sens-tu ?
    
    Je haussai les épaules avec précaution et réalisai soudain que je n'avais toujours pas répondu à la même question soulevée par la guérisseuse.
    
    - Ça va... je crois...
    
    Ma voix n'était qu'un murmure rauque qui m'arracha une grimace et une quinte de toux. Elyam me proposa un nouveau verre d'eau et j'hésitai un instant avant de le boire.
    
    - Il faut que je vérifie que tout va bien, je peux ?
    
    Dinaë attendait, main ouverte et j'acquiesçai en silence tout en glissant mon poignet entre ses doigts. J'observais distraitement les filaments glisser de ses rides à ma peau. Cependant, lorsqu'ils se faufilèrent en moi, je lâchai un hoquet de stupeur suivi d'un cri pitoyable, seul vestige de ce qui demeurait de ma voix. Les larmes inondèrent à nouveau mes joues et je me réfugiai dans les bras d'Elyam, tirant pour m'extraire de l'emprise de la vieille Gær. Sans comprendre comment ni pourquoi, je sentais les radicelles glisser en moi, le pouvoir de mon professeur explorant le mien. En d'autres circonstances, ce contact aurait certainement été seulement désagréable mais ma magie était aussi sensible que le reste de mon corps et elle s'embrasait au moindre contact. Surprise, Elyam eut besoin de quelques secondes pour se ressaisir avant de tendre un bras pour secouer Dinaë. Celle-ci finit par ouvrit les yeux avec un air surpris et la distraction de son pouvoir m'offrit un répit.
    
    - Arrête, quelque chose ne va pas.
    
    Mon mentor fronça les sourcils mais, quand son regard croisa le mien, une lueur inquiète passa au fond de ses pupilles miroitantes et elle rappela ses filaments, m'arrachant un gémissement.
    
    - Comment ?
    
    La guérisseuse haussa les épaules tandis qu'elle m'aidait à me rallonger sur le flanc. Je cédais déjà à l'épuisement quand sa réponse me parvint.
    
    - Elle n'a plus de fièvre mais le Processus est encore en cours. Elle est très sensible, il en est peut-être de même pour son pouvoir. De ce que j'ai pu en juger, elle est toujours elle-même. Il faudra se contenter de cela pour l'instant.

Texte publié par Serenya, 2 octobre 2018 à 10h16
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