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Tome 1, Chapitre 37 Tome 1, Chapitre 37
Comme je l'avais craint, j'arrivai le lendemain, dans le bureau d'Elyam, épuisée mais non moins déterminée. L'excitation de la veille avait cédé la place, dans la nuit, à l'appréhension avec l'aide de mes cauchemars coutumiers et j'avais eu toutes les peines de monde à me rendormir après chaque réveil en sursaut. Je refusais de l'admettre pourtant le discours de Dinaë et Gær Toyën avait réussi à m'inquiéter plus que je ne l'aurais cru. Je me raisonnais cependant avec les mêmes arguments utilisés face à mes mentors : si d'autres l'avaient fait sans soucis, pourquoi s'inquiéter outre mesure ? Et puisque ce Processus m'était indispensable, à quoi bon se ronger les sangs en vain ?
    
    Elyam m'attendait à son bureau, feuilletant une pile de paperasse devant elle. Lorsque son regard croisa le mien, un sourire tendu se figea sur ses lèvres.
    
    - Alors, prête ?
    
    Je hochai la tête et luttai contre un bâillement intempestif.
    
    - Dinaë ne devrait plus tarder. Tu préfères l'attendre ici ou nous nous installons ?
    
    Je m'enquis surtout de la nécessité de sa présence.
    
    - Dinaë assiste toujours aux Processus supplémentaires. Sa présence ne peut pas assurer que tout se passera forcément bien mais elle peut être d'une grande aide si le pouvoir cherche à prendre le dessus. Elle ne peut pas le combattre à ta place, seulement te soutenir si tu venais à flancher, mais ça a fait la différence pour certains...
    
    Un frisson glacé me parcourut à l'idée que mes mentors n'avaient peut-être pas cherché à m'intimider. J'étais avant tout entourée d'intrépides qui avaient choisi de prendre ce risque. Néanmoins, une fois encore, quel autre choix avais-je ?
    
    J'optai donc pour la seconde proposition, préférant m'installer sur ce maudit fauteuil avant que l'envie ne me prît de changer d'avis. Comme à chaque fois, la simple vue de l'installation et de ses sangles suffit à répandre un liquide glacial à travers tout mon être. Sentant soudain mes membres flageolants, je me hâtai de m'allonger à ma place avant que mon propre corps ne me trahît.
    
    - Essaie de te détendre, tout se passera bien.
    
    Facile à dire, surtout de la part de la personne qui se tenait de l'autre côté des sangles, de l'autre côté de la seringue. Je chassai toutefois ces pensées de mon esprit et me focalisai sur ce que j'avais à y gagner. Après tout, ce n'était pas sans raison que je m'imposais une fois encore cette épreuve. C'était un mal nécessaire, un pas de plus vers ma première chasse et, à terme, la fin d'Argöth et de cette guerre qui n'aurait jamais dû débuter.
    
    Je ne réalisai la présence de Dinaë à mes côtés que lorsque sa main se posa doucement sur mon épaule, révélant ainsi le chaos qui régnait dans ma magie pour que le chant de saedrë n'ait pas attiré mon attention. Je plaquais un sourire serein sur mes lèvres et me hâtai de contraindre tout mon être au calme. Si la menace était si importante que cela, mieux valait ne pas laisser de place à mon désordre intérieur.
    
    Je mordis docilement dans la tresse de cuir et sentis mon cœur s'emballer lorsque je constatai que la seringue était déjà prête et contre ma peau. Je détournai aussitôt le regard pour me plonger dans l'observation du flacon de produit. J'estimai qu'il devait rester de quoi faire deux ou trois Processus mais quelle importance ? Etait-il seulement possible d'aller au delà du troisième sans se perdre soi-même ? Me laisserait-on même prendre ce risque ? Ces réflexions furent toutefois chassées par un détail qui attira mon attention, me faisant froncer les sourcils. Quelque chose n'allait pas... Je ne pus cependant pousser plus loin cette impression : la brûlure familière courrait déjà à travers mon bras et tout mon corps s'arcbouta quand mon cœur explosa dans ma poitrine. Je demeurais figée sur ma douleur une éternité, mon esprit accaparé par le feu qui me consumait, mon corps prisonnier refusant de remplir ses fonctions les plus vitales. Ma vision s'obscurcissait lorsque l'air atteignit à nouveau mes poumons mais ce salut ne fit qu'attiser davantage encore la poix ardente qui s'insinuait entre mes organes, se collait à mes os. Je ne réalisai que j'hurlais ma douleur que lorsque ma gorge se mit à protester. Elle n'était toutefois qu'un inconfort négligeable à côté de la torture que subissait mes chairs, tout comme l'étaient les écailles de mes poignets et chevilles que je retournais ou arrachais en luttant contre mes entraves. Quelque chose n'allait pas, ce Processus ne se passait pas comme les précédents. J'aurais dû depuis longtemps trouver refuge dans l'inconscience pourtant je demeurais prisonnière de la souffrance qui s'emparait de mon corps, me refusait mon salut.
    
    J'aurais voulu supplier qu'on mît fin à mon supplice mais mes hurlements ne résonnaient déjà plus à mes oreilles. Soit mes sens s'étaient coupés du monde extérieur soit ma voix avait fini par céder. Je percevais pourtant les vagues échos inquiets autour de moi et les tentatives futiles de me soulager avec un quelconque linge humide. Rien de ce qui pourrait être fait ne parviendrait à m'apaiser. Je voulais seulement que cela cessât, que les ténèbres me cueillissent. Ce n'était pas la magie qui déroberait mon esprit mais la douleur qui le disloquerait.
    
    Et peu à peu, ma conscience se rouvrit à un monde flou vaguement coloré à mesure que mon souffle et mon cœur se calmaient, à mesure que la brûlure horrible se muait en souffrance sourde. Elle n'en était pas plus supportable mais j'étais tout à coup si épuisée qu'elle me laissait presque indifférente. Que se passait-il ? Que m'arrivait-il ? Avais-je eu tort de négliger les mises en gardes ? Etais-je si faible que je ne pouvais me hisser au niveau de mes mentors, d'Alrüs ? Comment avais-je seulement pu imaginer affronter un jour Argöth si je ne pouvais me montrer à la hauteur de cette épreuve ? A nouveau, le monde au delà de ma chair se ternissait, s'obscurcissait, et je sentis des larmes d'amertume glisser le long de mes joues. Quel pathétique élève je faisais. Mais cette idée aussi me laissait indifférente. Je n'aspirais qu'à la fin de mon calvaire, qu'il fût de ténèbres ou de lumière, du moment que je ne souffrais plus...
    
    Il faisait sombre, si sombre, et j'étais enchaînée. Ces lourdes entraves glaciales me fendaient la peau, m'entaillaient les chairs, me meurtrissaient l'esprit. Plus que les ténèbres qui m'étouffaient, c'était bien ces imposants maillons qui me condamnaient à l'immobilité, m'interdisant la lumière de mon salut presque disparue désormais. Jamais plus je ne pourrais la rejoindre. Jamais plus je ne pourrais être sauvée. Je ne pouvais qu'espérer que ces ténèbres ne chercheraient que ma fin. Je ne pouvais qu'espérer que mes bourreaux ne poursuivraient pas à l'infini mon supplice. Mes forces disparues, je n'aspirais plus qu'à la fin de ma résistance insensée. Mon espoir disparu, je n'aspirais plus qu'à ma mort.
    
    Mais il n'en fut rien et mon corps obstiné s'entêtait à fonctionner malgré la douleur, malgré cette chaleur étouffante qui me faisait suffoquer. Pourquoi ne pouvait-il donc se résigner à abandonner ? Pourquoi ma propre enveloppe s'amusait-elle à me torturer ? Avec un râle muet, je protestai aux mouvements qu'on imposait à mes membres meurtris et je déglutis avec peine alors que l'on tentait de me noyer à l'aide d'un liquide glacé et terriblement épais. Ne connaîtrais-je donc jamais plus la paix ?
    
    - Voilà, c'est fini. Tu as été parfaite, tout s'est bien passé.
    
    Me voir souffrir les réjouissait. Me voir agoniser tant et plus était tout ce que l'on attendait de moi désormais. Ainsi donc était-ce là le dessein de mes bourreaux...

Texte publié par Serenya, 25 septembre 2018 à 09h33
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