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Tome 1, Chapitre 32 Tome 1, Chapitre 32
Avec un grognement douloureux, j'ouvris les paupières sur un plafond familier, blanc moucheté de noir. Je l'observais un long moment sans comprendre. La situation me paraissait à la fois terriblement normale et parfaitement incongrue. Avec précaution, de crainte que ces images que je ne saisissais pas ne se dissolvent, je me redressai. Un poids sur mon flanc s'opposa à mon mouvement en grommelant et je baissai les yeux pour tomber sur le petit, paupières et poings clos mais une expression terriblement paisible sur le visage. L'angoisse m'étreignit soudain la gorge et je posai une main tremblante sur l'enfant. Lorsque je parvins à analyser que les mouvements amples et calmes que je percevais étaient ceux d'une respiration assoupie, je lâchai un soupir haché et balayai les lieux du regard. La forêt sombre et la meute d'Ethérés menaçants avaient disparues, à leur place se dressaient les murs d'une chambre sobre et un lit douillet. Je cherchais encore à comprendre ce qui s'était passé quand la porte s'ouvrit, et bien qu'elle le fît dans un chuchotement discret, je sursautai. Mon attention se fixa alors sur l'intrus : une vieille femme à l'air étrange sur le visage de laquelle se succédèrent diverses expressions que je ne parvins pas à interpréter. Le temps se suspendit l'instant d'une éternité, jusqu'à ce que mon esprit parvînt à associer un nom avec la personne qui me dévisageait.
    
    - Dinaë...
    
    Ma voix était à peine plus qu'un murmure mais elle suffit tout de même à faire luire les pupilles miroitantes et la Gær me rejoignit en quelques enjambées pour me prendre dans ses bras. Nous restâmes ainsi un moment, silencieuses, pourtant mon corps demeurait tendu, aux aguets. Finalement, mes pensées se frayèrent un chemin jusqu'à mes lèvres.
    
    - Ce n'est pas un rêve ?
    
    L'étreinte se resserra et je réalisai seulement alors que les épaules de la vieille femme tressautaient. Pleurait-elle ? Elle me répondit enfin, d'une voix cassée.
    
    - C'est bien réel. C'est fini, vous êtes à l'abri maintenant.
    
    Elle s'arrêta le temps d'une inspiration avant de conclure.
    
    - Tu nous as fait une telle frayeur. Je commençais à craindre que tu ne te réveilles jamais...
    
    Nous étions rentrés, nous étions à l'abri à Chäsgær. Si mes souvenirs ne me permettaient pas d'expliquer ce miracle, je décidai toutefois de l'accepter et me laissai aller dans les bras de Dinaë avec des sanglots muets de soulagement. Toutefois, une autre crainte infusa dans mes pensées. Nous étions à l'abri... mais je n'avais aperçu que le petit. La Gær n'avait à aucun moment évoqué Alrüs. Une onde glacée se répandit en moi. J'avais vu sa chute. J'avais vu son corps étendu, inconscient. J'avais vu son visage baigné dans le sang. Je savais ce que son absence signifiait mais la bile qui montait dans ma gorge ne m'empêcha pas de poser la question.
    
    - Alrüs ?
    
    Dinaë dut saisir dans mon intonation la réponse à laquelle je m'attendais car elle s'écarta vivement de moi pour plonger un regard rassurant dans le mien.
    
    - Il va bien. L'inactivité de la convalescence ne lui réussit pas mais il se remet.
    
    Devant mon air interrogateur et inquiet, une ombre passa sur son visage et elle reprit, un ton plus bas.
    
    - Il était très faible quand la meute vous a ramené, il avait perdu tant de sang... Grâce aux bons soins d'Elyam et de son équipe, il recouvre rapidement ses forces. En revanche...
    
    Dinaë lâcha un soupir las avant de reprendre.
    
    - Ils n'ont rien pu faire pour sauver son œil. Alrüs demeurera aveugle du côté gauche.
    
    J'encaissai la nouvelle, partagée entre le soulagement d'apprendre autre chose que sa mort et la détresse de savoir quel avenir pouvait bien attendre un Gær borgne. Sans compter l'état d'esprit du principal intéressé et sa réaction quand il croiserait la responsable de son malheur... Un frisson glacé secoua tout mon corps.
    
    - C'est de ma faute...
    
     A nouveau, les bras de Dinaë m'enveloppèrent.
    
    - Oh non, Selën, non. Il est en vie, c'est le principal, et ça n'aurait pas été le cas si tu n'avais pas été là.
    
    Le silence revint jusqu'à ce que les échos étouffés de la puissante voix du colosse nous parvinssent. Dinaë s'écarta à nouveau.
    
    - Toyën est à côté, avec Alrüs et Aëlya, pour tâcher de comprendre ce qui s'est passé. Si tu pouvais te joindre à nous, nous y verrions plus clair je pense.
    
    J'hésitai un long moment. Je savais mon témoignage indispensable puisque j'étais demeurée seule consciente un long moment, mais je redoutais le face à face avec mon camarade de chasse tout autant que de me replonger si tôt dans mes souvenirs. La réflexion me vint qu'Alrüs serait peut-être encore trop épuisé pour pouvoir s'indigner de ma présence et cette pensée égoïste me réconforta quelque peu. Je hochai la tête et la vieille Gær d'écarta pour me permettre de m'extraire de mon lit. Toutefois, je fus retenue sous les couvertures par deux petites mains agrippées au dos de ma chemise. Je me libérai de l'entrave endormie de l'enfant et lançai un regard interrogateur à Dinaë. Elle haussa les épaules.
    
    - Il fait des cauchemars atroces et se réveille en pleurant dès qu'il ferme les yeux. Il n'y a qu'avec toi qu'il arrive à dormir paisiblement. Ça finira par lui passer, ne t'inquiète pas.
    
    Je hochai la tête et quittai mon lit mais j'hésitai à la porte de la chambre.
    
    - Il ne risque pas de se réveiller ? S'il se retrouve tout seul, il va paniquer.
    
    La Gær eut un sourire amusé en remontant le couloir de l'infirmerie.
    
    - Nous avons déjà essayé trois fois de le recoucher dans son propre lit mais nous l'avons toujours retrouvé dans le tien. Laisse la porte ouverte, s'il se réveille il entendra nos voix et viendra te trouver.
    
    Je m'exécutai et la suivis à pas incertains, m'appuyant au mur, jusqu'à une chambre, deux portes plus loin. Elle m'y précéda et j'entendis l'accueil amical que lui réservèrent les occupants de la pièce. Pour ma part, j'hésitai un instant avant de franchir le seuil, déjà à bout de souffle et la gorge serrée par l'appréhension. Gær Toyën eut une exclamation ravie et il me serra contre lui. Quand il sentit mes jambes faiblir sous mon propre poids, il m'entraîna vers une chaise sur laquelle je me laissai tomber sans y réfléchir. Je me retrouvai ainsi installée au chevet d'Alrüs. Assis dans son lit, ses yeux étaient fixés sur moi, pour autant que je pusse en juger sans oser croiser son regard ou même lever le nez de mes doigts nouées sur mes genoux. Un silence gêné plana quelques instants avant que Gær Toyën ne posât ses mains sur mes épaules.
    
    - Bien. Et si vous nous expliquiez ce qui vous est arrivé à tous les deux ?
    
    Je n'avais pas la moindre idée de par où commencer et, à mon grand soulagement, Alrüs prit une grande inspiration.
    
    - Tout à commencé quand Selën a senti la présence d'un compatible, à l'entrée du village où nous devions rejoindre la meute...

Texte publié par Serenya, 21 août 2018 à 08h52
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