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Tome 1, Chapitre 30 Tome 1, Chapitre 30
Alrüs se précipita à l'intérieur pour vérifier mais je demeurais sur le palier. Pour moi, cela ne faisait aucun doute : l'enfant n'était plus ici. L'instant d'après, j'entendis mon compagnon jurer avant de me rejoindre. Aussitôt dehors, il poussa un long hurlement de bête à l'attention de la meute qui répondit aussitôt.
    
    - Ils ne doivent pas être loin, l'âtre est encore chaud. Ils ont dû partir quand ils ont appris que nous en avions terminé avec le verger. S'ils étaient partis vers l'est, nous les aurions aperçus au village. Ils doivent devancer les autres de peu, à présent qu'ils sont prévenus ils les auront vite rattrapés. Nous n'avons plus qu'à les rejoindre.
    
    Je hochai distraitement la tête, perdue dans l'observation des alentours. Traverser le hameau aurait certes été idiot, n'importe qui pouvant s'interroger de voir ainsi la famille fuir alors que tous célébraient la libération de leur plantation, mais suivre la route de Chäsgær pour nous échapper l'était encore plus. Il ne restait qu'une option : la forêt qui s'étendait au-delà du champ de mousse.
    
    - Selën ?
    
    Alrüs s'impatientait et je m'arrachai à mes réflexions pour lui faire face.
    
    - Et s'ils sont partis vers les bois ?
    
    Mon compagnon eut un rictus amusé avant de prendre un ton sûr de lui.
    
    - Personne n'est assez fou pour s'enfoncer en territoire sauvage sans moyen de se défendre.
    
    Si la situation avait été autre, sa remarque m'aurait fait rire tant elle était éloignée de la réalité. Mais dans notre cas, des vies étaient en jeu, et surtout celle d'un enfant. Je n'avais pas le temps de convaincre Alrüs aussi me contentai-je de présenter cela autrement.
    
    - Nous ne risquons rien à jeter un œil puisque la meute les rattrapera bien avant nous...
    
    Mon compagnon leva les yeux au ciel et capitula, me laissant toutefois traverser le champ seule, ce que je fis prestement en évitant les amas de bois pourri sur lesquels la mousse croissait. Parvenue à la lisière de la forêt, je me figeai. Il y avait bien des traces de passage mais elles étaient nombreuses et il m'était difficile de déterminer si l'une d'elle était suffisamment récente pour trahir les fugitifs. Il me restait cependant un dernier atout. Je me mis en quête de l'étrange écho de pouvoir qui émanait de l'enfant. S'il n'était pas trop loin, je devais être en mesure de le ressentir. Pendant longtemps, il n'y eut rien. Jusqu'à ce qu'un maigre bruissement effleure mes sens. Jusqu'à ce que je réalisasse que si je l'entendais mal, c'était à cause de la masse murmurante qui couvrait presque son propre son. Mon sang se glaça tout à coup. La meute remontait la route menant à l'ouest mais le petit et les Crok'mars qui rodaient autour étaient au sud. Sans réfléchir davantage, je m'élançai entre les arbres, priant pour arriver à temps. Dans mon dos, mon nom résonna et je sus qu'Alrüs s'était jeté sur mes traces mais je ne pouvais m'accorder le luxe de l'attendre. Il devrait me rattraper.
    
    J'arrivai, hors d'haleine, au sommet d'une cuvette au fond de laquelle m'attendait un terrible spectacle. Debout entre les cadavres de ses deux parents, le petit hurlait et pleurait tant et plus, sans porter la moindre attention aux cinq Ethérés qui l'encerclaient. Je ne pouvais tous les abattre d'un coup et lancer une attaque contre un seul donnerait le signal aux autres pour les représailles. En premier lieu, je devais rejoindre l'enfant. J'invoquai donc mon pouvoir en une pluie d'aiguilles dorées qui dispersa les bêtes, surprises, puis je dévalai la pente. Arrivée à sa hauteur, je me penchai et soulevai le petit pour le serrer contre moi, le soustrayant au spectacle qui s'étalait à nos pieds. Instinctivement, l'enfant s'agrippa à moi et je le déplaçai sur mon flanc gauche pour libérer mon bras droit. Les Ethérés étaient à nouveau menaçants, grondant tout autour de nous, et mon arbalète était toujours accrochée à ma ceinture. J'invoquai une nouvelle pluie lumineuse, gagnant un peu de répit afin de libérer mon arme. Toutefois, la première surprise passée, les Crok'mars comprirent qu'ils n'avaient rien à craindre de pareille attaque et reculèrent à peine sous mon assaut. Mon arme libérée, je réalisai rapidement qu'il me serait ardu de la manipuler à une main aussi tentai-je de déposer le petit au sol mais il était tant effrayé qu'il déployait une force incroyable pour demeurer rivé à mon cou.
    
    - Selën !
    
    Je levai les yeux vers Alrüs et me baissai juste à temps pour éviter son tir qui alla se ficher droit dans un Ethéré qui se jetait sur moi sans que je ne le remarquasse. Je concentrai mon pouvoir sur trois Crok'mars un peu trop avides et les regardai reculer tandis que mon compagnon se chargeait d'abattre la créature qui se dressait entre nous deux. La voie libérée, je me précipitai à l'ascension de la pente qui se révéla si abrupte que je dus me résigner à abandonner mon arme pour pouvoir m'aider de mon bras libre. Après tout, Alrüs couvrait ma fuite et il m'était impossible de m'en servir tant que le petit serait dans mes bras, mieux valait y renoncer.
    
    Soudain, un choc dans mon dos me jeta au sol et avant que je ne pusse analyser la situation des crocs avides se plantèrent profondément dans mon épaule. La peur s'emparant de mon corps aussi sûrement que la douleur, ma main vola jusqu'à mon couteau et j'inondai sa lame de toute la puissance de mon désespoir. J'enfonçai mon arme dans les chairs vaporeuses de mon ennemi et la pression de son corps cessa soudain. Je lâchai un soupir de soulagement et luttai contre mon corps tremblant et les assauts de la douleur pour retrouver le contrôle de mon être. Au-dessus de moi, Alrüs poussa un hurlement dans lequel transparaissait sa détresse, même à mes oreilles profanes. Cependant, le cri d'alerte s'interrompit brutalement et je trouvai alors la force de me redresser. Alrüs avait besoin d'aide, je devais le rejoindre. Je luttai pour conserver mon équilibre quand une masse dégringola du sommet de la côte et m'emporta avec elle dans sa chute.
    
    Sonnée, je me libérai du poids qui m'avait jeté au fond de la cuvette, le petit toujours solidement arrimé dans mon cou mais terriblement silencieux. Désorientée, j'invoquai une fois encore la pluie lumineuse pour repousser les prédateurs qui ne devaient être loin et jetai un regard vers le sommet où mon compagnon m'attendait. Mais je n'y trouvai que trois Ethérés qui progressaient vers moi d'un pas tranquille pour venir s'ajouter à ceux qui me menaçaient déjà. Un horrible doute me noua soudain la gorge et je baissai les yeux. A mes pieds gisait Alrüs, la moitié gauche du visage dissimulée sous une marre de sang. Mon souffle se bloqua et mon cœur partit dans un galop effréné tandis que mon esprit se vidait. Je jetai un regard à la ronde pour constater qu'une seconde vague d'attaquants s'était ajoutée en renfort. Je n'avais aucune chance de venir seule à bout de tant d'individus. Tout au plus pourrais-je espérer les tenir à distance jusqu'à ce que la meute se portât à notre secours. Le hurlement de mon compagnon avait dû les alerter, ils avaient certainement fait demi-tour mais combien ce temps leur faudrait-il pour me rejoindre ? Je balayai la voix pernicieuse qui me sifflait qu'ils n'arriveraient que pour trouver nos cadavres et concentrai mon pouvoir. J'envoyai une sphère lumineuse le plus haut possible vers le ciel, espérant guider ainsi Aëlya et ses acolytes. Puis je lançai une nouvelle vague d'aiguilles tout autour de nous. J'avais espéré voir les Crok'mars reculer mais ils ne marquèrent pas même un temps d'arrêt. Je cherchai du regard une arme mais elles avaient été dispersées dans notre chute et je n'avais rien à portée de main. Le désespoir revint à l'assaut, violent, impérieux. Je nous avais condamnés. Pour sauver un potentiel Gær, j'en avais sacrifié deux, en vain. Les murmures excités de leur pourvoir mêlés à leurs grognements rendaient la présence des Ethérés toujours plus pesante, plus oppressante. Je le compris dans l'écho de leur magie bien plus que dans leur attitude : ils étaient sur le point de passer à l'attaquer. Je me jetai sur le torse d'Alrüs pour faire rempart entre lui et les crocs avides, protégeant le petit entre nos deux corps. Je fermais les yeux, préférant ne pas assister à l'inéluctable. A travers mon chaos, je sentis les mouvements rapides de la respiration d'Alrüs. Il était encore en vie. Des larmes de soulagement se glissèrent sous mes paupières. Avec un peu de chance, les bêtes auraient assez à faire avec moi pour qu'Aëlya pût sauver mes compagnons. Soudain, l'ordre d'attaque fusa à travers le flot de magie et les grognements se firent jubilatoires. Je serrai les mâchoires, me recroquevillai en moi-même et attendis l'assaut en suppliant la venue d'un miracle.
    

Texte publié par Serenya, 7 août 2018 à 09h40
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