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Tome 1, Chapitre 27 Tome 1, Chapitre 27
Je feuilletais sans grande attention un ouvrage sur les draës, ces créatures volantes gigantesques dont Dinaë disait qu'elles avaient éclairé notre monde. J'étais en réalité occupée à un tout autre exercice : étudier une à une les magies de mes camarades pour parvenir à différencier un maximum d'Ethérés. Gær Toyën s'appliquait déjà à me faire travailler dans ce sens lors de nos séances après le dîner mais je ne pouvais m'empêcher de poursuivre à longueur de journée.
    
    - Selën ?
    
    Il me fallut quelques instants pour réagir à l'appel et me tourner vers la Gær mogwïn qui attendait patiemment à côté de ma table d'étude. Lorsqu'elle comprit qu'elle avait mon attention, elle reprit.
    
    - Gær Toyën voudrait te voir dans son bureau.
    
    Je laissai ma surprise s'exprimer sur mon visage avant d'acquiescer. Je refermai le livre entre mes mains et m'empressai de le remettre à sa place avant de partir à la conquête des étages du manoir. Je m'égarai une fois mais parvins finalement à retrouver le domaine de mon professeur et frappai avant d'entrer. Je retrouvai à l'intérieur non seulement le colosse mais également Alrüs qui avait l'air renfrogné.
    
    - Ah, te voilà. Je vais pouvoir reprendre en détail.
    
    Sans comprendre ce pourquoi on m'avait fait venir ni ce qu'on attendait de moi, je m'approchai du bureau en adressant des regards interrogateurs aux deux Gærs.
    
    - Selën, j'ai besoin de toi sur une mission un peu particulière. Alrüs t'accompagnera pour s'assurer que tu ne cours aucun danger.
    
    Une mission ? Gær Toyën me confiait enfin une première chasse ! L'excitation embrasa tout mon être et le colosse veilla à rapidement doucher mon enthousiasme.
    
    - Ne te fais pas d'idées, il ne s'agit pas d'une chasse à proprement parlé. La meute est déjà sur place mais ils ont besoin de ton talent.
    
    Certes, ce n'était pas ce que j'avais imaginé mais il s'agissait tout de même d'une occasion officielle de quitter le manoir.
    
    - Qu'est-ce que je dois faire ?
    
    Mon professeur parut satisfait de ma réaction et eut un hochement de tête appréciateur avant de poursuivre.
    
    - La meute pourchasse un saedrë depuis deux semaines dans un vieux verger. Les arbres sont anciens, l'Ethéré glisse de tronc en tronc plus vite que la meute ne peut le suivre.
    
    - Et je suppose que si Aëlya n'a pas déjà réduit le verger en cendre, c'est qu'il est toujours exploité...
    
    Alrüs sortait de son mutisme pour exposer la réflexion que je formulais au même instant. Les saedrës, dont avait hérité Dinaë, étaient des créatures investissant l'essence même des arbres et pouvant se déplacer d'hôte en hôte à volonté pour peu qu'ils fussent reliés par leurs racines. Plus un groupe d'arbres était ancien, plus leurs racines étaient développées et entremêlées, et plus y dénicher l'Ethéré s'avérait difficile. La plupart du temps, détruire le groupe d'arbres concerné était la méthode la plus rapide. Privé d'hôte, l'Ethéré mourrait, piégé dans le bois en flammes. Gær Toyën acquiesça d'un grognement avant de reprendre.
    
    - Les choses commencent à être tendues là-bas. Tu connais la patience d'Aëlya... Ce verger est une part bien trop importante dans l'alimentation et le commerce de ce village. L'idéal serait de ne toucher qu'à un seul arbre. Mais l'Ethéré a déjà fait quelques blessés, que ce soit dans nos rangs ou les paysans, je crains qu'Aëlya n'ait recours à la solution extrême sans prendre en compte les habitants...
    
    A la grimace que fit Alrüs, j'en déduisis que les craintes de Gær Toyën étaient fondées. Si j'avais les moyens d'éviter une énième altercation entre des Gærs et les personnes que nous étions sensés protéger, j'y mettrais toute mon application. Le colosse et mon compagnon de mission échangèrent rapidement quelques détails avant que mon professeur nous apprît que nous devions partir au plus tôt. Alrüs, manifestement satisfait des informations obtenues, approuva d'un signe de tête avant de se détourner pour quitter les lieux.
    
    - Retrouve-moi dans le hall dès que tu es prête.
    
    Je hochai la tête et allai lui emboîter le pas quand Gær Toyën me retint.
    
    - Fais de ton mieux, le principal est d'éviter d'en venir à incendier la plantation. Aëlya peut se montrer très impulsive, surtout si les membres de la meute commencent à être blessés. Pour le reste... Ne prends aucun risque et suis les directives d'Alrüs. Quoi qu'il te dise de faire, fais-le. Je tiens à ce que tu rentres indemne.
    
    Je retins juste à temps ma grimace, me contentant d'acquiescer. Son discourt sous-entendait qu'Alrüs devait tout mettre en œuvre pour me protéger, quitte à le faire au péril de sa vie. J'avais déjà eu un aperçu de ce que cela pouvait donner et je n'aimais pas du tout l'idée. A part moi, je me promis de demeurer aux aguets pour nous éviter la moindre rencontre malencontreuse.
    
    - Ta tenue officielle t'attends dans ta chambre mais...
    
    Je l'interrompis avec un sourire.
    
    - Mais ce n'est que pour cette mission, je ne suis pas encore vraiment Gær. J'ai bien compris.
    
    Après un dernier hochement de tête et un sourire indulgent, il me souhaita bonne chance et je me hâtai de rejoindre ma chambre pour m'y changer. Alrüs n'avait pas semblé particulièrement enthousiaste à l'idée de devoir jouer les escortes et il y avait de quoi. Je ne tenais donc pas à le faire attendre de surcroit.
    
    Je passai ma tenue de cuir avec une certaine excitation empreinte d'appréhension puis équipai couteau et arbalète à leur place avant de revêtir la grande cape de voyage qui parachevait l'uniforme. Je rejoignis alors prestement le hall où Alrüs patientait déjà. Je m'excusai pour l'attente et un vague grognement distrait me répondit avant que mon compagnon ne se mît en mouvement. Je lui emboîtai le pas en silence et nous quittâmes Chäsgær d'un pas vif.
    
    Longtemps après que le manoir fût hors de vue, nous étions toujours plongés dans le même mutisme. Alrüs paraissait réellement agacé de devoir m'accompagner et je ne pouvais malheureusement pas y changer quoi que ce fût.
    
    - Promis, je ne t'attirerai pas d'ennuis cette fois.
    
    Mon compagnon s'extirpa enfin de ses sombres pensées pour m'adresser un regard surpris.
    
    - Je vois bien que ça ne t'enchante pas de devoir m'escorter mais j'ai fait des progrès depuis la dernière fois. Je ne suis peut-être pas encore assez forte mais je peux au moins nous faire esquiver les mauvaises rencontres...
    
    Le jeune homme prit un air penaud tout à coup et afficha un sourire.
    
    - Ce n'est pas toi le problème, loin de là. Je suis même plutôt fier que ce soit à moi que Gær Toyën ait pensé pour veiller sur sa protégée. C'est juste que j'évite, dans la mesure du possible, d'avoir à fréquenter la meute...
    
    Sa grimace me rappela celle qu'il avait laissé échapper plus tôt.
    
    - La meute... ou Aëlya ?
    
    Alrüs m'adressa un regard en coin et son sourire s'élargit.
    
    - D'accord, d'accord, j'ai plus de soucis avec elle que le reste de la meute.
    
    J'acquiesçai en silence et laissai mon attention vagabonder sur les environs jusqu'à ce qu'il se décidât à poursuivre.
    
    - Je n'ai rien de particulier contre elle et elle a toujours été un bon élément. Je suppose que c'est bien plus de la jalousie qu'autre chose...
    
    Je ne connaissais pas vraiment les membres de la meute. Ils étaient probablement la meilleure force d'attaque de Chäsgær ce qui leur valait d'être au moins aussi absent qu'Alrüs. Je fouillais cependant ma mémoire à la recherche des rares moments où j'aurais pu croiser Aëlya. Il y avait bien eu au moins une occasion où elle m'avait adressé la parole : le premier soir où Gær Toyën m'avait demandé de différencier les magies.
    
    - Elle a toujours l'air très sûre d'elle, voire hautaine. Et elle m'a donné du "princesse"... Si cela peut te rassurer, je ne crois pas que je l'apprécie beaucoup et ce n'est pas de la jalousie.
    
    Ma remarque surprit tant Alrüs qu'il partit dans un grand éclat de rire. Au moins était-il plus détendu pour entreprendre notre voyage.
    

Texte publié par Serenya, 17 juillet 2018 à 09h11
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