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Tome 1, Chapitre 24 Tome 1, Chapitre 24
- Quelque chose comment ?
    
    Toute trace d'amusement avait disparu de la voix d'Alrüs, remplacée par une tension nerveuse. Une moue indécise m'échappa tandis que l'écho se faisait de plus en plus imposant dans mes pensées, se muant en un grondement sourd qui éclipsait la présence du Gær.
    
    - Je n'en sais rien, mais c'est plus puissant que toi.
    
    - Ça me suffit.
    
    Il m'agrippa le bras et m'entraîna à sa suite dans les fourrés à notre droite. Il s'y accroupit et je l'imitai. Quand il décrocha l'arbalète à sa ceinture, je me hâtai de faire de même mais il m'arrêta tandis que je tirai la corde.
    
    - N'y pense même pas. Pose-la par terre, elle va t'encombrer. Dès que je te le dis, tu cours sans te retourner jusqu'à Chäsgær.
    
    Je fronçai les sourcils mais abandonnai mon arme.
    
    - On ne sait même pas ce que c'est. C'est certainement juste un Gær...
    
    Un bruit léger de branchage nous parvint de l'autre côté de la route et Alrüs baissa encore d'un ton.
    
    - Un Gær qui prendrait le risque de couper à travers bois ? Je ne crois pas.
    
    Nous nous figeâmes lorsque la silhouette d'ombre et de magie émergea des derniers buissons pour s'avancer sur le pavé de la route. Ses hautes pattes robustes, sa carrure puissante et ses deux paires de bois ne laissaient aucun doute sur sa nature. Un cigoï.
    
    - Tiens-toi prête.
    
    L'Ethéré s'était immobilisé, regardant de droite et de gauche sur la grande voie.
    
    - Il ne nous a pas vus. Si on ne bouge pas, peut-être que...
    
    - Ils peuvent nous sentir de la même manière que tu peux les sentir, manifestement. Il sait que nous ne sommes pas loin. A l'instant où je vais créer ma flèche, il va me foncer dessus. Je veux que tu en profites pour fuir.
    
    Etait-il sérieux ? Un cigoï était bien au-delà de ses capacités, ce qui n'était pas mon cas.
    
    - Tu ne pourras pas l'abattre. Laisse-moi fai...
    
    Il plaqua soudain sa main sur ma bouche et je me figeai, le cœur tambourinant. L'Ethéré s'était tourné vers nous, scrutant notre buisson. La seconde suivante il chargeait, bois en avant. Alrüs me poussa hors de notre cachette avec une force surprenante et je roulai-boulai dans la mousse, me relevant juste à temps pour voir le Gær être projeté dans les airs jusqu'à ce qu'un arbre l'arrêtât. Alrüs laissa échapper un cri de douleur mais il se redressa aussitôt, tirant son couteau de chasse de sa ceinture. Je réalisai ainsi qu'il avait lâché son arbalète dans sa chute, laquelle avait atterri à quelques pas de moi. L'Ethéré, quant à lui, s'apprêtait à charger à nouveau mon compagnon. Alrüs n'avait déjà aucune chance de le vaincre à distance, il ne ferait que lui faire perdre un peu de temps en l'affrontant au corps à corps. Je compris soudain que c'était là son plan depuis le départ. Il m'avait dit de fuir mais j'en étais incapable en sachant qu'il se condamnait pour me donner une chance. C'était moi qui avait fait le mur, il n'avait pas à en payer le prix.
    
    Sans plus y réfléchir, je me jetai sur l'arme au sol, tirai la corde et y plaçai le maximum de pouvoir dont j'étais capable en un temps aussi court. Lorsque le cigoï se jeta sur Alrüs, je pressai la gâchette en espérant que mon tir soit suffisant. Je n'avais l'habitude ni de cette arme, ni des cibles mouvantes, aussi mon trait n'atteignit-il que l'épaule de la créature, emportant une masse de ténèbres en le traversant. Ma pathétique tentative eut toutefois l'avantage non négligeable de stopper net la course de l'Ethéré qui tourna une attention étonnée vers moi. S'il me laissait une chance de tirer à nouveau, ce serait la dernière.
    
    Il semblait figé par mon intervention et j'en profitai pour me débattre avec mon arme, les mains tremblantes et les battements de mon cœur se faisant assourdissants à mes oreilles. A l'instant où j'invoquais la magie dans mon arme, le charme se rompit et le cigoï s'élança dans ma direction. Mon doigt trouva la gâchette mais je le retins juste à temps. Je n'aurais qu'un seul tir, mieux valait attendre le dernier moment et veiller à ce qu'il soit le plus puissant possible. Lorsque la peur surpassa la raison, je tirai et regardai filer mon trait qui rencontra presque aussitôt le crâne vaporeux de l'Ethéré et le traversa de part en part. Ses ténèbres se désagrégèrent sous le poison de ma magie et les dernières volutes à l'agonie me dépassèrent de part et d'autre de mon corps figé. Quand je compris que nous étions saufs, la tension dans mon être disparue brutalement et je lâchai l'arbalète d'Alrüs avant de me laisser glisser au sol. Mes mains tremblaient encore quand le Gær s'empara de son arme, de nouveau sur le qui-vive.
    
    - Où sont les autres ?
    
    Je le dévisageais un moment sans comprendre avant de répondre.
    
    - Il n'y avait que lui.
    
    Le jeune homme secoua la tête et m'agrippa pour me hisser sur mes deux pieds.
    
    - Les cigoïs se déplacent toujours en troupeau. Les autres ne doivent pas être loin.
    
    Je secouai à mon tour la tête, m'appliquant à suivre son rythme dans le sous-bois d'abord, puis sur la route.
    
    - Je te dis qu'il n'y a que lui.
    
    Un reniflement sceptique me répondit tandis que mon compagnon allongeait sa foulée.
    
    - Si tu ne m'en veux pas, je vais me fier à mon expérience plutôt qu'à tes prétendues capacités surnaturelles...
    
    Je le laissai avoir le dernier mot, trop occupée à maintenir une vitesse égale à la sienne. A mon grand soulagement, il finit par ralentir non sans un soupir exaspéré.
    
    - Deux tirs et tu es déjà épuisée... Et après tu te demandes pourquoi Gær Toyën affirme que tu n'es pas prête...
    
    Je me contentai de lever les yeux au ciel.
    
    - C'est toi qui veux courir pour rien...
    
    Finalement, nous adoptâmes une marche rapide et Alrüs, arbalète levée, scrutait le moindre buisson comme s'il allait nous sauter dessus. Son attitude me fit sourire et je cherchais une pique pour le détendre.
    
    - On dirait que je t'ai sauvé la vie...
    
    Un grognement me répondit.
    
    - Nous en reparlerons quand nous aurons passé les grilles. Pour le moment, tu es surtout un aimant à problèmes...
    
    Alrüs ne consentit à se détendre un peu qu'une fois que nous eûmes atteint la plaine vallonnée qui entourait le manoir. Il demeura cependant muet, jetant régulièrement des coups d'œil dans notre dos, jusqu'à ce que les murs familiers fussent à portée de vue. Le jeune homme brisa alors son mutisme nerveux pour émettre deux sifflements brefs et aigus, qu'il répéta quelques secondes plus tard. Lorsqu'un écho nous parvint de la grille et que celle-ci s'agita, Alrüs posa une main dans mon dos pour me pousser doucement.
    
    - Allez, un dernier effort.
    
    J'abandonnai l'idée de le raisonner et serrai les dents le temps d'atteindre le portail ouvert où le Gær de garde nous attendait, arbalète prête à tirer. Une fois l'enceinte passée, je tins bon encore quelques foulées avant de me laisser glisser au sol. Contre toute attente, Alrüs fit de même non loin. Je lui adressai un regard moqueur et je vis le sourire qu'il tentait de retenir d'éclore sur son visage.
    
    - Très bien, disons que nous sommes quitte...
    
    Mon expression surprise le poussa à poursuivre.
    
    - Je te rappelle que sans moi, tu te serais jetée dans les pattes d'un morghorïn la dernière fois.
    
    Sa remarque, couplée au relâchement soudain de la tension qui régnait dans tout mon corps, me fit partir dans un grand éclat de rire auquel Alrüs se joignit.
    
    - Reconnais que nous formons une bonne équipe.
    
    Le jeune homme fit mine de réfléchir un instant avant de s'exclamer.
    
    - Jamais de la vie ! Je ne tiens pas à frôler la mort à chaque instant !
    

Texte publié par Serenya, 26 juin 2018 à 09h11
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