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Tome 1, Chapitre 20 Tome 1, Chapitre 20
Il faisait sombre, si sombre, et j'avais soif. J'étais avide de ce flot qui, jadis, coulait en moi et qu'aujourd'hui ces ténèbres me volaient. J'avais faim de magie. La puissance en moi coulait, fuyait, dévorée par ce monstre obscur qu'était ma prison. Si le temps ne me tuait pas, ce vol infâme le ferait. Et avec la magie qui me quittait, la lumière, mon salut, s'éloignait, s'étiolait, m'abandonnant à mon sort. Je ne pouvais accepter de me laisser faire, je ne pouvais me laisser sombrer aussi facilement. Il gagnerait probablement, j'étais déjà trop faible pour arracher ma victoire, mais je pouvais lui rendre la tâche plus ardue, plus dangereuse. J'usai des forces qui me restaient pour moduler le flot de puissance, l'asséchant presque pour ensuite le rejeter d'un coup.
    
    - Attention !
    
    Le cri d'alarme me surprit et je sursautai, perdant l'emprise que j'avais sur ma magie. J'avais mal, terriblement mal, et chaque parcelle de mon corps me brûlait. Soudain, un visage surgit des ténèbres et posa un regard inquiet dans le mien.
    
    - Tout va bien Selën, calme-toi. Ce n'est qu'un cauchemar, tu es en sécurité.
    
    Il me fallut une éternité pour me souvenir que je connaissais le visage du monstre, et plus encore pour réaliser que ce n'en était pas un. Elyam ne détachait pas ses yeux des miens, comme si elle cherchait à y sonder mon âme même. Peu à peu, mon esprit se détachait du cauchemar pour retrouver la réalité mais la souffrance et la brûlure demeuraient.
    
    - J'ai mal...
    
    Ma voix n'était qu'un croassement rauque mais une lueur de soulagement passa dans le regard de la Gær.
    
    - Je sais. Si tu te sens capable de boire, j'ai de quoi te soulager.
    
    Je hochai vaguement la tête. Chaque articulation de mon corps me faisait souffrir et ma peau me donnait l'impression d'être sur le point de se déchirer, toutefois j'étais prête à endurer le supplice que serait assurément le moindre mouvement si cela me permettait de jouir d'un remède. Elyam réapparut avec un gobelet et elle prit mille précautions pour m'aider à me redresser puis me rallonger. La manœuvre m'arracha tout de même une grimace mais elle s'avéra moins terrible que je ne l'avais imaginé. A nouveau installée sur mon oreiller, je lâchai un soupir de soulagement lorsque je sentis la liqueur de l'engourdissement se répandre en moi. La Gær réajustait mes couvertures quand un bruit de loquet nous parvint.
    
    - Elle s'est calmée ?
    
    Dinaë... Elyam ne prit pas la peine de se tourner pour lui répondre, trop occupée à me tâter le front et sonder le regard.
    
    - Elle est réveillée mais pas pour longtemps. Le pire est passé.
    
    Elle n'avait pas tort : à présent que la douleur refluait, l'épuisement s'abattait sur moi.
    
    - C'était inconscient ou une perte de contrôle ? Si le pouvoir prend le dessus, je dois faire vite...
    
    La guérisseuse eut une moue indéchiffrable avant de s'approcher davantage pour capter mon attention.
    
    - Tu as utilisé le pouvoir dans ton sommeil. C'était à cause du cauchemar ou la magie t'échappe ?
    
    Je fronçai les sourcils, ne comprenant pas ce qu'elle voulait dire. Le songe s'effaçait déjà mais il me semblait bien avoir tenté de me défendre. Je portai mon attention sur le pouvoir en moi et le découvris certes agité mais toujours obéissant. Finalement, je secouai la tête.
    
    - Tout va bien.
    
    Le soulagement des deux femmes était palpable et je les laissai à leur conversation pour céder à l'appel du sommeil.
    
    J'ouvris les yeux sur un plafond blanc couvert de mouchetures noires. Un regard à la ronde m'apprit que les murs présentaient la même décoration et que je ne me trouvais pas dans ma chambre. Elyam avait dû me garder à l'infirmerie. Je me redressai avec précaution avant de faire jouer les muscles de mes bras et de mon dos afin de chasser les courbatures qui s'y accrochaient. Plus à l'aise dans mon corps, je m'empressai de le passer en revue, à la recherche des nouvelles mutilations apportées par ce second Processus. Je poussai un soupir de soulagement lorsque je constatai que j'avais seulement gagné quelques écailles de plus. Toutefois, la gêne que je ressentais au niveau des pointes osseuses qui décoraient mes mains et ma mâchoire me laissait soupçonner quelques changements à venir sur celles-ci. Je n'eus toutefois pas le loisir d'y songer davantage car la porte s'ouvrit, laissant entrer Elyam qui afficha un large sourire à me voir réveillée.
    
    - Comment te sens-tu ?
    
    Je pris un instant pour finir de sonder mon corps avant de répondre.
    
    - Encore fatiguée mais dans l'ensemble ça va.
    
    La Gær vint s'asseoir sur le bord du lit avant de poser une main sur mon front.
    
    - Tu n'as plus de fièvre. Et niveau pouvoir ?
    
    Je me glissai en moi-même et y trouvai un flot bien plus puissant et pourtant plus docile. Mon sourire songeur dut lui suffire comme réponse puisqu'elle reprit.
    
    - Parfait. Tu vas pouvoir retrouver ta chambre, et retourner en cours quand tu te sentiras plus reposée.
    
    J'acquiesçai mais ne put retenir la question qui me brûlait les lèvres.
    
    - Pourquoi m'avoir gardé ici ? Ça s'est mal passé ?
    
    Elyam eut un rire bref où transparaissaient fatigue et soulagement.
    
    - Tu nous as fait quelques frayeurs... Tu t'es tant tétanisée au moment de l'injection que tu as cessé de respirer pendant un moment. Sans compter la petite démonstration que tu nous as faite dans ton sommeil...
    
    Sur ces mots, elle promena un regard amusé sur les murs et la décoration du lieu pris un tout autre sens à mes yeux. Je me sentis rougir mais la guérisseuse m'arrêta alors que je bredouillais une excuse.
    
    - Ce n'est pas grave. Nous nous attendions à ce genre de réaction après ce qui s'est passé la dernière fois. Le pouvoir est toujours instable pendant le Processus et il est particulièrement puissant chez toi. Il est normal qu'il y ait quelques dérapages.
    
    Le silence s'installa finalement entre nous, aussi Elyam me libéra-t-elle avec pour unique consigne de me ménager. La cloche allait bientôt sonner l'heure du déjeuner et j'étais justement affamée. Je pris donc naturellement le chemin du réfectoire. Parvenue à la grande salle avant le chant du clocher, je découvris un lieu presque vide où seuls quelques Gærs expérimentés avaient pris place. Je les imitai après m'être servie une part généreuse de viande en sauce agrémentée d'une large tranche de pain. J'optai pour une table isolée dans un recoin de la pièce. La fatigue et les courbatures revenant à la charge après ma traversée du manoir, je ne me sentais pas le courage de maintenir une conversation avec quiconque. Et à mon grand soulagement, je n'en eus pas l'occasion. Le nez rivé sur mon assiette, j'avais déjà englouti une belle part de son contenu lorsque la cloche retentit et je terminais mon repas avec l'arrivée des premiers de mes condisciples. Rassasiée, je levai le regard et m'apprêtai à quitter ma place lorsque j'aperçus Aevon et Tymen, affairés au buffet. Ils semblaient en bien meilleure forme, bien que quelques bandages demeuraient visibles sous leurs vêtements. Une tension nerveuse s'empara de moi alors que Tymen se tournait vers la salle. Nos regards ne se croisèrent qu'un seconde mais le reproche et la jalousie y étaient clairement présents. Avec une indifférence mal feinte, il se détourna pour aller prendre place à l'opposé de la pièce. Lorsque ce fut au tour d'Aevon de scruter les lieux à la recherche de son camarade et de m'apercevoir, je le vis faire des allers-retours entre le jeune homme et moi. Finalement, il m'adressa une expression désolée et je lui épargnai davantage de dilemme en quittant ma table, puis la pièce.
    
    J'avais la ferme intention de suivre l'entraînement du jour, impatiente à l'idée de pouvoir tester mes nouvelles capacités, mais la fatigue qui m'envahissait ne me promettait pas une séance des plus concluantes. Il me restait cependant encore du temps avant que la cloche ne nous confiât à Gær Toyën et j'en profitai pour me glisser dans la bibliothèque et dénicher un fauteuil confortable. En m'épargnant les va-et-vient jusqu'à ma chambre, je pourrais dormir davantage.
    
    Ce fut bien la cloche qui m'arracha à mes cauchemars mais celle du dîner. Je levai une paupière lourde pour constater que je m'étais assoupie tout le temps de l'entraînement, sans compter les courbatures que ma position avait accentuées. Grommelant contre moi-même et le clocher qui n'avait su m'alerter plus tôt, je m'arrachai à mon fauteuil et me traînai d'un pas lourd jusqu'à mon lit.
    

Texte publié par Serenya, 29 mai 2018 à 08h31
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