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Tome 1, Chapitre 15 Tome 1, Chapitre 15
Perdue dans mes pensées, j'assimilais les révélations de Dinaë tout en patientant dans le couloir, tandis que mes camarades interrogeaient la Gær quant à leur avenir proche. Il était tentant de ne pas croire certains passages de son récit, mais quel intérêt aurait eu la vieille femme à nous mentir ? Quoi qu'il se fût passé jadis, notre rôle actuel demeurait le même. J'étais même tentée de penser qu'il lui donnait davantage d'importance encore : les peuples d'Avëndya n'étaient que des victimes dans cette histoire et il était de notre devoir de les protéger. Les gouvernements, les véritables fautifs, demeuraient bien à l'abri dans leurs grandes cités, s'octroyant les services permanents d'un ou plusieurs Gærs pour veiller à leur sécurité... Je ne sus si c'était là l'objectif recherché, toutefois je sortais de ce premier cours armée d'une détermination nouvelle à non seulement remplir mon rôle mais à le faire en priorité auprès des petites gens.
    
    Je fus arrachée à mes réflexions par l'approche du trio. Leur air ravi était amplement suffisant cependant Tymen ne put s'empêcher de s'exclamer.
    
    - Dinaë a dit oui !
    
    J'allais les féliciter quand Amaë me devança, une expression faussement chagrinée sur le visage.
    
    - Encore faut-il que tu décroches l'accord de Gær Toyën...
    
    L'intéressé haussa les épaules avec désinvolture.
    
    - Avec tous les conseils de l'élève prodige, je ne peux qu'assurer !
    
    Je grimaçai à cette remarque mais tâchai de partager leur bonne humeur et je leur emboîtai le pas. Nous rejoignîmes alors le réfectoire pour un déjeuner rapide avant que la cloche ne nous somme de rejoindre Gær Toyën.
    
    J'eus toutes les difficultés du monde à retenir un soupir blasé lorsque je me retrouvais, une fois encore, dans le groupe de tir. Je fis toutefois en sorte de laisser passer mes camarades devant moi pour pouvoir observer à loisir mon trio d'amis, entraînés à l'écart par le colosse. Amaë et Aevon s'en sortaient plus que bien. Quant à Tymen, si le stress et l'excitation lui firent un peu perdre ses moyens au début de l'évaluation, il se ressaisit rapidement pour me donner le meilleur de lui-même. Je dus toutefois abandonner mon observation quand vint mon tour de tirer.
    
    Je m'appliquai à tendre la corde de l'arbalète, préparant dans le même temps l'amas de pouvoir qui allait me servir de projectile. Lorsque le carreau éblouissant se matérialisa, je levai mon arme et visai la cible. Déjà, la magie ruait sous mon contrôle et je dus prendre le temps de la dompter avant de pouvoir revenir à ma proie fictive. Je n'avais pas même besoin de tirer pour savoir que j'allais échouer, tout ceci n'avait aucun sens. Les murmures impatients de mes camarades me parvinrent en même temps que le souvenir de mon échange nocturne avec Dinaë. Beaucoup de puissance mais peu de maîtrise, il me faudrait accepter que cela prenne du temps avant d'arriver au niveau de mes camarades... Je m'abîmais un moment dans la sensation du torrent de magie soumis à ma volonté et le laissai finalement filer, ne conservant qu'un fin amas, à peine plus lumineux que les mousses et champignons autour. La magie était bien plus docile ainsi, presque inerte entre mes doigts. Je levai le regard sur le rond de bois, alignai la pointe de mon trait et pressai la gâchette. La sensation étrange de ma conscience projetée à la suite du projectile, afin de lui conserver sa forme tout du long, me laissa interdite. Mais pas autant que l'image du fin bâton doré filant dans les airs pour se ficher fièrement dans le rondin. Lorsque je compris que j'avais enfin réussi, je laissai échapper un cri d'enthousiasme et me tournai vers Gær Toyën. Mais tout à l'évaluation de mes amis, il ne porta son attention vers moi qu'une fois la magie de ma flèche dissoute. Pour une fois que je brillais autrement que par mon échec, il n'était pas là pour y assister... Je cédai donc ma place au suivant avec une pointe d'amertume et me promis de réitérer l'exploit à mon prochain essai. Je me consolai en m'imaginant pouvoir reprendre mon observation mais le trio discutait à présent avec le colosse sans plus s'exercer. Finalement, ils se séparèrent et tandis que ses élèves retournaient à leur groupe d'exercice, notre mentor me rejoignit à grandes enjambées.
    
    - Et si tu me remontrais ça, Selën...
    
    Je bredouillai avant d'acquiescer et pris place avec appréhension devant la cible. Je crains soudain que ma réussite plus tôt ne fût que le fruit du hasard et je regrettai ne pas avoir eu l'occasion de retenter ma chance avant d'attirer l'attention du Gær. Sentant la magie s'agiter en réponse à mon trouble, je tâchai de me calmer et m'appliquai à trouver le dosage exact de pouvoir. J'étais probablement capable de plus mais je préférais ne rien tenter d'ambitieux sous le regard attentif de notre professeur. Le trait prêt et dompté, je levai l'arme et tirai. Je pestai lorsque je réalisai que, dans ma précipitation, je n'avais pas correctement visé. Toutefois, je me ressaisis afin de mener mon projectile jusqu'au bout et je me figeai de surprise quand je le vis faire une embarquée pour se planter au centre du cercle de bois. Gær Toyën applaudit avant de m'asséner une grande claque dans le dos.
    
    - Un tir parfait. Tu vois, il ne fallait pas se décourager !
    
    Je lui rendis son sourire et me gardais bien de lui avouer que les conseils de Dinaë m'avaient été bien plus utiles que son insistance. Il me félicita à nouveau avant de me confier la tâche de trouver le maximum de puissance que je pouvais atteindre puis s'en alla faire le tour de ses ateliers. J'avais l'intention de m'exercer encore mais je voulais avant tout savoir ce qu'il en était de mes camarades. Je cherchai du regard le trio et, lorsque mes yeux croisèrent ceux d'Aevon, son expression ravie me suffit pour réponse. Une pointe de jalousie me traversa à l'idée que j'allais me retrouver seule tandis que mes amis voyageraient à travers tout Avëndya pour se rendre utiles. J'en vins même à souhaiter que les missions ne s'enchaînent pas trop vite afin de pouvoir profiter d'eux à leur retour. Mais je ne me faisais pas d'illusion : mis à part Gær Toyën, aucun combattant ne restait plus de deux semaines consécutives au manoir. Il suffisait de voir à quel point Alrüs avait été invisible depuis mon arrivée dans ces murs. Je tâchai de me réjouir pour mes camarades et trouvai, dans cette nouvelle situation, un maigre réconfort : loin de toute distraction, je pourrais étudier de manière plus appliquée afin de rapidement rejoindre le trio.
    
    Lorsque la cloche sonna la fin des exercices, la nouvelle s'était répandue à travers tous les groupes de travaux. Ce fut donc un troupeau plus agité qu'à l'accoutumée qui se rendit au réfectoire. Je m'appliquais à partager l'excitation générale lorsque Gær Toyën fit résonner sa voix à travers la grande salle, comme à chaque fois qu'il avait une annonce à faire.
    
    - Votre attention, mes amis. Les Gærs Amaë, Aevon et Tymen ont relevé leurs épreuves haut la main. Ils partiront dans trois jours effectuer leur première chasse !
    
    Les applaudissements et sifflements qui résonnèrent tout à coup me laissèrent parfaitement indifférente. Moi qui avais espéré avoir le temps de me faire à l'idée de me retrouver seule, j'allais devoir y faire face bien plus vite que je ne l'avais imaginé...
    

Texte publié par Serenya, 24 avril 2018 à 10h21
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