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Tome 1, Chapitre 11 Tome 1, Chapitre 11
Le temps semblait suspendu par la magie d'un simple nom. Très rapidement mal à l'aise par cette attention silencieuse qu'on me portait, je me sentis rougir à nouveau et tâchai de retrouver le cours normal de cette journée avec un ton hésitant.
    
    - Quoi ? C'est quoi un argöth ?
    
    Tymen eut un espèce de gloussement incrédule mais la réponse vint d'Aevon.
    
    - Pas un argöth, Argöth tout court. C'est le seul représentant de son espèce.
    
    Avec un soupir d'effort, il manipula le lourd ouvrage pour me présenter la dernière page. Un serpent gigantesque à la tête anguleuse et couverte de longues pointes posait sur nous un regard mauvais surmontant des crocs menaçants.
    
    - Le Dévastateur, ça te dit quelque chose ?
    
    Evidemment, qui n'avait pas entendu d'histoires sur le terrible seigneur des Ethérés, le destructeur de monde, l'ennemi de l'humanité ? Mais n'était-il pas qu'une légende ? Après tout, par quel miracle ces terres et ses habitants continuaient à vivre presque paisiblement si un tel fléau existait ? Je cherchais encore à savoir si Aevon se moquait de moi quand Amaë intervint.
    
    - Il y en a d'autres, des reptiles. Et il y a bien plus simple que de jouer aux devinettes ou feuilleter toute l'encyclopédie... Est-ce que tu te souviens à peu près du nombre de compatibilités qui ont été testées avant que tu ne réagisses ?
    
    Je gardais un souvenir assez flou du Processus et je préférais ne pas avoir à y songer mais il y avait une information, probablement aussi utile que le nombre de tests, dont je me souvenais sans mal.
    
    - Je n'ai réagi qu'au dernier.
    
    La jeune fille fronça les sourcils mais ce fut Tymen qui répondit.
    
    - Le dernier, c'est le morghorïn. Je n'ai jamais vu de Gær morghorïn avec des écailles...
    
    Je secouai la tête et ma réaction interrompit Amaë qui s'apprêtait à répliquer.
    
    - Le morghorïn était l'avant-dernier. Elyam est allée en chercher un autre et c'est celui-là qui a réagi.
    
    Des regards sceptiques et surpris s'échangèrent avant qu'Aevon ne tranche.
    
    - Ce n'est pas compliqué à vérifier pour le coup. Ce n'est pas comme s'il y avait tout un bestiaire au-dessus du morghorïn.
    
    Il tourna quelques pages et l'illustration de cet immonde crapaud géant aux verrues flamboyantes apparu. Alors il passa à la page suivante. Une créature massive à la tête allongée et sertie de deux paires de bois impressionnants se dévoila.
    
    - Le cigoï n'est plus testé, et il a des poils de toutes manières...
    
    La page d'après révéla une créature volante titanesque au corps démesurément long et aux côtés se refermant comme une cage sur une sphère lumineuse impressionnante.
    
    - Le draës n'a jamais été testé... Et quand bien même, il a plus l'air d'avoir des plumes, ou quelque chose approchant...
    
    Le départ de cette étrange créature nous ramena au serpent géant.
    
    - Il ne reste qu'Argöth...
    
    Tymen lâcha un sifflement admiratif.
    
    - Je ne sais pas si je dois te féliciter ou pleurer pour toi...
    
    - Pourquoi ?
    
    Si je suivais leur logique et ce que j'avais cru comprendre, une compatibilité avec Argöth me plaçait au sommet de l'échelle de puissance. Jamais je n'aurais à vivre avec la crainte d'une mauvaise rencontre lors de mes missions. Amaë poussa un soupir avant de se dévouer.
    
    - Parce qu'Argöth est le seigneur des Ethérés, leur commandant si tu préfères. Ça fait de toi le seul être capable de porter le coup de grâce à notre ennemi, de mettre un terme à cette guerre. Ils vont te garder enfermée ici jusqu'à ce que tu sois une machine à tuer et que tu ais fait trois ou quatre Processus. Ils ne prendront aucun risque.
    
    Un frisson glacé me parcourut à l'évocation du Processus.
    
    - On peut vraiment en faire plusieurs ?
    
    Les trois hochèrent la tête de concert et Aevon me répondit.
    
    - C'est même indispensable pour ceux qui partent en missions. La majorité des Gærs en font deux dans leur carrière. Certains ont le temps d'en faire trois...
    
    Mon air interrogateur fit sourire Tymen qui compléta d'un ton plus bas.
    
    - Il veut dire que certains vivent assez vieux pour en faire trois.
    
    Le jeune homme rentra la tête dans les épaules sous les regards de ses comparses.
    
    - Bienvenue à Chäsgær...
    
    Amaë avait lancé ces mots d'un ton ironique avant de se plonger dans l'étude de son ouvrage et les deux autres l'imitèrent. Pour clore toute réflexion sur le sujet, Aevon rouvrit l'encyclopédie à la première page et nous étudiâmes ainsi les plus faibles Ethérés qui peuplaient les terres d'Avëndya.
    
    Lorsque le clocher se fit à nouveau entendre, nous remîmes les ouvrages utilisés à leur place avant de reprendre le chemin de la salle à manger. Nous la trouvâmes plus vide encore qu'au matin mais les échanges entre Aevon et Tymen prirent une telle ampleur que j'oubliai rapidement l'écart entre le nombre de bancs et les personnes présentes. Lorsque nous fûmes rassasiés, le petit groupe m'entraîna à l'extérieur pour l'entraînement.
    
    - Tu va voir, Gær Toyën est sacrément impressionnant ! C'est lui qui supervise tous les entraînements physiques et de manipulation du pouvoir. C'est aussi lui qui donne l'autorisation de partir et qui distribue les missions alors je te conseille d'être attentive à tout ce qu'il a à nous apprendre.
    
    Aucun doute possible, l'admiration d'Aevon pour cette personne était des plus évidentes. Et je compris pourquoi en découvrant le colosse qui nous attendait. Je ne m'étais jamais sentie petite mais l'homme qui se dressait face à nous faisait facilement deux têtes de plus que moi. Son regard miroitant était doux mais son long bouc de poils lisses et fins, ses épais sourcils en bataille et les quatre bois qui ornaient le sommet de son crâne lui conféraient un air inquiétant. Sa voix grave et posée, en revanche, me rassura et je me sentais presque en confiance lorsqu'il m'entraîna à l'écart après avoir réparti sa dizaine d'élèves en groupes avec des exercices distincts.
    
    - Bon, j'espère que tu seras plus utile que ta sœur...
    
    La remarque, totalement hors de propos et à l'antipode de ce que je commençais à me représenter du personnage, me laissa interdite. Devant mon air perplexe, l'homme fit un mouvement de tête en direction de la tombe.
    
    - Edën, c'est ça ? C'était bien ta sœur, non ? Le matériel du Processus est une denrée précieuse, c'est un sacré gaspillage qui a été fait sur elle... Va falloir te montrer deux fois plus utile pour rattraper le coup.
    
    Je demeurais figée, comme gelée de l'intérieur. Etait-il sérieux ? Etait-ce cela le fameux Gær que Aevon admirait tant ?
    
    - Oh, tu m'écoutes ? Tu as perdu ta langue ? C'est pas vrai, ils m'ont collé une simple d'esprit... Tu va vite rejoindre l'autre inutile, toi, je sens. Au moins, vous serez réunies...
    
    Comment osait-il piétiner ainsi la mémoire d'une personne qu'il ne connaissait manifestement pas ? Comment pouvait-il se moquer ainsi de ma sœur alors que c'était Chäsgær qui l'avait tuée ? N'était-ce pas justement lui qui avait envoyé Alrüs chez nous ce maudit jour ? N'était-il pas en train de se rire d'une mort dont il était, en un sens, responsable ? La haine et le dégoût que m'inspiraient le Mutilé flambèrent en moi. Je serrai mâchoires et poings et luttai pour repousser les larmes de frustration qui menaçaient à mes paupières. Je ne rêvai que d'une chose : faire disparaître son air narquois et suffisant d'un coup dans le visage. Le colosse bondit en arrière lorsqu'une pluie d'aiguilles dorées vint se ficher dans le sol, juste à l'endroit où il se tenait l'instant d'avant. Le rire tonitruant et tellement chaleureux qui lui échappa me laissa perplexe.
    
    - C'est bon, c'est fini, j'ai ce que je voulais. Désolée pour ces horreurs, je n'en pense pas le moindre mot. Ce qui est arrivé à cette pauvre Edën est une tragédie qui n'aurait jamais dû pouvoir se produire. Je suis vraiment désolé.
    
    Il paraissait sincère mais mon cœur battait encore trop fort, charriant ce qui restait de ma colère, pour que je le crois sur parole. A quoi jouait-il ?
    
    - Cela doit te paraître étrange mais je devais vérifier si ce qui s'est produit lors de ta petite altercation avec Alrüs était seulement dû au Processus ou non. Comme il fallait s'y attendre au vu de ta compatibilité, le pouvoir est puissant en toi et il va falloir t'apprendre rapidement à le maîtriser si nous voulons éviter les accidents.
    
    Avec un sourire amical et un regard paternel, il m'entraîna vers l'un des groupes et s'appliqua à m'expliquer comment user volontairement du pouvoir. Je ne me montrais toutefois pas des plus attentives, encore chamboulée par ses changements brusques d'attitude. Qui était-il réellement ? Lequel de ses masques croire ?
    
    Lorsque la cloche annonça l'heure du dîner, j'étais épuisée. Je n'étais pas parvenue à un résultat concluant mais Gær Toyën ne tarissait pas d'encouragements. Je suivis donc le groupe jusqu'à la salle à manger et l'ensemble riche des odeurs qui m'assaillit alors me ragaillardit un peu. Je ne remarquai toutefois la foule plus importante qu'aux autres repas qu'une fois juchée sur une table. Je me demandais un moment comment je m'étais retrouvée là et rougis de tous les regards posés soudain sur moi. Je cherchais à descendre de mon perchoir incongru quand la voix de mon professeur résonna à travers toute la pièce.
    
    - Chäsgær accueille officiellement aujourd'hui son nouveau membre. Il y a déjà beaucoup de rumeurs et sachez qu'elles sont vraies. Selën est appelée à devenir une de nos Gærs les plus précieux alors je compte sur vous tous pour faire d'elle la meilleure d'entre nous.
    
    Le vacarme assourdissant qui emplit tout à coup la pièce se constituait de cris de bienvenue, de sifflements et autres poings et choppes frappés sur les tables. Je ne connaissais aucun d'entre eux et pourtant ils affichaient tous un air enchanté à me voir parmi eux. Il y avait tant de sombres rumeurs qui courraient sur l'étrange Chäsgær et ses habitants étaient pour le moins déconcertants, voire inquiétants, mais à cet instant, sous leur regard, je me pris à songer que je pourrais bien m'y sentir chez moi...
    

Texte publié par Serenya, 27 mars 2018 à 10h23
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