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Tome 1, Chapitre 8 Tome 1, Chapitre 8
J'avais chaud, j'avais mal et l'horrible sensation que des pans entiers de mon être brûlait. J'oscillais entre vagues états de conscience où mon corps, trop gourd, ne me répondait pas, et rêves étranges et décousus dont je ne conservais que de vagues échos tantôt de plénitude tantôt de désespoir.
    
    - ...toujours pas réveillée ?
    
    Alrüs... J'aurais aimé lui répondre que je préférais encore dormir le restant de ma vie que d'avoir à subir ses remarques et ses tromperies, pourtant mes lèvres demeurèrent closes.
    
    - Cesse de t'inquiéter. Plus l'Ethéré est puissant, plus le Processus est long. Tout va bien.
    
    Elyam aussi était là. Une chance que je fusse si épuisée, je n'avais pas à supporter leur présence...
    
    Lorsque je m'éveillai à nouveau, je me sentais bien plus moi-même et tentai d'ouvrir les yeux. Mes paupières me parurent terriblement lourdes mais je parvins finalement à apercevoir le plafond au-dessus de moi. Avec précaution, je baladais mon regard sur mon environnement, découvrant une chambre au premier abord austère mais bien plus confortable que ce que j'avais connu jusque là. Et surtout, il s'agissait d'une pièce vide, libre de toute présence indésirable.
    
    A mouvements lents, je m'assis dans le lit que j'occupais. La fatigue s'estompait peu à peu, seuls demeuraient un tiraillement inconfortable sur la peau de mes bras et quelques courbatures dans les épaules et le dos. Tandis que j'observais plus en détails les éléments du décor, je grattai distraitement un coin de mon bras droit. Mais la sensation sous mes doigts me fit frissonner et je baissai le regard. Là où Elyam avait entaillé ma peau se trouvaient à présent des taches rougeâtres qui pelaient. Avec l'ongle, je frottait celle qui me gênait le plus et découvris, sous les copeaux de peau qui se détachaient, de petites écailles dorées. Un rire nerveux m'échappa alors que la nausée m'assaillait. C'était donc ainsi que l'on devenait un Mutilé... un monstre... Quelques coupures, une piqûre et vous n'aviez plus rien d'humain... Mon cœur s'emballa à l'idée que ces écailles, ou d'autres choses, avaient peut-être profité de mon sommeil pour envahir d'autres zones de mon corps et je portai deux mains fébriles à mon visage. Etait-ce une idée ou ressentais-je la même sensation d'inconfort le long de ma mâchoire ? J'avisai du coin de l'œil un miroir posé sur un bureau et me levai pour m'en emparer. Le monde tangua le temps de faire les quelques pas qui me séparaient de mon objectif mais je l'ignorai et plongeai mon regard dans celui de mon reflet. Avec un soupir de soulagement, je constatai que je demeurais moi-même. Les coins de ma mâchoires étaient peut-être bien un peu plus rosés que le reste de mon visage mais n'était-ce pas simplement parce que je venais d'en frotter la peau ?
    
    Rassurée, je reposai le miroir à sa place et observai mes bras. Si chaque tache devait révéler un morceau de peau écailleuse, je ne m'en sortais pas si mal. Après tout, Alrüs avait des griffes et des crocs en plus de son pelage et Elyam était couverte de cicatrices et de cloques... Et Edën ? Qu'avait donné le test pour elle ? A quoi ressemblait-elle à présent ? J'avais à nouveau chaud et sommeil mais ne m'avait-on pas dit que je serais libre de mes mouvements une fois le Processus terminé ? Le monde avançait au ralenti autour de moi pourtant je parvins finalement à la porte et l'ouvris. Je me retrouvai alors dans un couloir désert et hésitai longuement entre ma gauche et ma droite. Où pouvait bien se trouver ma sœur ? Même si je l'avais su, je ne connaissais nullement les lieux pour pouvoir m'y orienter. J'optai par hasard pour la gauche et errai ce qui me parut être une éternité entre couloirs et escaliers sans croiser personne.
    
    - Eh oh, il y a quelqu'un ?
    
    Je sursautai à la vue de la main palmée qui s'agita devant mes yeux plus qu'à l'appel. Je levai un regard perdu et rencontrai les visages intrigués, voire inquiets, de trois Mutilés.
    
    - Tu n'as pas l'air bien, tu veux qu'on te raccompagne à ta chambre ?
    
    Je secouai la tête, cherchant mes mots et mes pensées pour retrouver ce que je faisais là et le leur expliquer.
    
    - C'est la nouvelle... Comment ça se fait qu'ils l'aient laissée se lever dans cet état ?
    
    J'observai les trois individus tout en réfléchissant à ce que j'allais leur dire. Les deux garçons et la fille présentaient tous des fragments de peau luisante et tachetée, des mains palmées et le même carré d'étoffe qui cachait leur cou, ou plus certainement une mutilation apparue sur celui-ci. Je retrouvai enfin la parole alors qu'ils essayaient de me ramener sur mes pas.
    
    - Je veux voir ma sœur.
    
    Ma voix pâteuse sonnait bien plus plaintive que je ne l'aurais imaginé mais cela n'avait pas d'importance. Le premier Mutilé afficha un air embêté.
    
    - Tu es à Chäsgær, ta famille est restée chez toi...
    
    Je secouai la tête avec un peu trop de vigueur et me sentis pencher mais je me rattrapai au mur.
    
    - Ma sœur est ici. C'est une... Gær.
    
    J'avais hésité un instant sur le mot, me refusant à traiter Edën de Mutilée. La surprise marqua le petit groupe avant que le jeune homme ne retrouve la parole.
    
    - D'accord, mais elle est probablement en mission, tu sais. Elle s'appelle comment ? Elle ressemble à quoi ?
    
    Sa question me fit presque rire. A quoi ressemblait-elle à présent ? Comment pouvais-je le savoir ?
    
    - Edën. Elle s'appelle Edën et... c'est ma jumelle mais je ne sais pas de quoi elle a l'air maintenant...
    
    Les trois Mutilés s'interrogèrent du regard mais en dehors d'un murmure sur notre chance d'être nées dans une région qui tolérait notre existence, ce qui n'était d'ailleurs pas le cas, je ne saisis rien de leur échange.
    
    - Ça ne nous dit rien, désolée. Elle est arrivée quand ?
    
    Il me fallut un instant de réflexion pour chasser le brouillard hagard qui tentait d'engloutir mes pensées.
    
    - Une année, peut-être un peu plus... Elle est arrivée avec Alrüs.
    
    Leur expression changea aussitôt mais je ne parvins pas à l'interpréter. Surprise ? Gêne ? Je n'en avais pas la moindre idée. Le garçon qui m'avait arrêté ouvrit la bouche pour parler mais son camarade le devança.
    
    - L'an dernier ? C'est pas la fille qui est morte ?
    
    Mon cœur manqua deux battements tandis que les deux autres lançaient un regard sévère à leur comparse. Finalement, celui qui m'avait arrêté revint à moi.
    
    - Tout va bien, rassure-toi. Oui, une fille est morte l'an dernier mais il y a eu d'autres nouveaux aussi. C'est juste que ça a marqué les esprits alors on pense d'abord à elle mais ça ne veut rien dire. Je suis sûr que ta sœur va très bien mais elle est certainement en mission, tu ne la trouveras pas en te baladant dans les couloirs.
    
    Je ne savais que faire mais je n'avais certainement pas l'intention de retourner d'où je venais. L'intervention du garçon avait infusé en moi bien trop de peur tout à coup pour que je retrouve docilement le sommeil. Le jeune homme devant moi dut le comprendre puisqu'il poursuivit, après un soupir résigné.
    
    - Si ça peut te rassurer, il y a sa tombe à côté du mémorial, et le mémorial lui-même. Le nom de tous les Gærs perdus y sont notés. On peut aller vérifier si tu veux, comme ça tu seras tranquille. Et ensuite je te ramènerai à ta chambre.
    
    Un mauvais pressentiment me saisit à la gorge et j'approuvai d'un hochement de tête. Je laissai le Mutilé m'escorter tandis que ses camarades lui lançaient un regard désapprobateur.
    
    - Je vais chercher Elyam...
    
    La fille partit d'un pas décidé en sens inverse, bientôt imitée par le second garçon.
    
    - Je vais prévenir Alrüs...
    
    Je les chassai tous deux de mes pensées et m'évertuai à conserver un degré de conscience suffisant pour mener à bien mes recherches.
    
    - Ne fais pas ça, tu vas te faire saigner et ça fera de vilaines cicatrices.
    
    Je l'observais un moment sans comprendre avant de réaliser que j'étais en train de gratter une zone de peau pelée. Je suspendis alors mon geste et tâchai de me contrôler.
    
    La fraîcheur de l'extérieur me fit frissonner mais elle eut toutefois le double avantage d'éclaircir mes pensées et d'apaiser les tiraillements de ma peau. Mon guide m'entraîna à mon rythme vers l'arrière du manoir et j'observais, curieuse, la silhouette de la haute clôture qui devait certainement marquer la limite de Chäsgær. J'eus un temps d'arrêt quand je réalisai soudain que je pouvais distinguer cette ombre dans l'obscurité environnante.
    
    - Qu'y a-t-il ?
    
    Le ton était bien plus inquiet que curieux aussi m'empressai-je de me remettre en mouvements pour rassurer le jeune homme.
    
    - J'y vois... un peu... je crois.
    
    Il hocha la tête d'un air entendu.
    
    - C'est parce que tu n'as pas fini ton Processus. Tu y verras bien mieux quand ce sera cicatrisé.
    
    J'allais lui demander des précisions sur la fin de ce fameux Processus mais le Mutilé m'interrompit.
    
    - Voilà, on y est. Tu n'y vois peut-être pas assez... Tu veux que je m'approche vérifier si le nom est lisible ?
    
    Je secouai la tête, ce n'était pas nécessaire. Au milieu d'un carré d'herbes folles s'élevait une planche de bois fine et arrondie à son extrémité, le long de laquelle mousses et champignons luminescents s'étaient développés. A son sommet, un objet avait été suspendu : un talisman de bois sculpté, identique au mien.
    

Texte publié par Serenya, 13 février 2018 à 12h07
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