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Tome 1, Chapitre 7 Tome 1, Chapitre 7
Les battements de mon cœur s'affolaient et mon souffle se faisait plus court tandis qu'Elyam alignait flacons, seringue et lame fine sur la table suffisamment écartée du fauteuil pour être hors de portée. Quand son attention revint à moi, son doux sourire réapparut mais il avait à mes yeux, un arrière-goût amer. Elle s'appliquait à retrousser la manche droite de mon chemisier quand sa voix résonna à nouveau dans la pièce.
    
    - Je sais que tout ça à l'air impressionnant mais il ne faut pas avoir peur. Détends-toi et tout se passera bien.
    
    Je quittai des yeux l'alignement des outils pour plonger dans son regard. Un instant, je me laissai hypnotiser par le reflet miroitant au fond de ses pupilles puis son sourire s'élargit.
    
    - Là, tu vois, tu n'as rien senti.
    
    Je baissai un regard surpris sur mon bras et y découvris une toute petite entaille où perlait une goutte de sang. Mon corps se détendit tout à coup et je laissai échapper un soupir de soulagement. Alrüs devait être douillet, en plus de peureux, pour avoir trouvé cela désagréable. Elyam reposa la lame pour s'emparer d'un premier flacon qu'elle dévissa. Il contenait un liquide sombre et épais qui n'était pas sans me rappeler mon propre sang.
    
    - Si tu es compatible, ça va piquer un peu, sinon tu ne sentiras rien. Je vais commencer par tester les Ethérés les plus fréquents pour faire au plus vite.
    
    Je hochai la tête en silence, curieuse de découvrir la suite. La Mutilée préleva une goutte du liquide dans le flacon et la fit tomber sur la perle écarlate qui s'étalait sur mon bras. Les deux se mêlèrent sans que je ne ressente rien et Elyam essuya le tout avec un carré de tissu.
    
    - Bon, passons au suivant...
    
    La lame avait déjà remplacé la fiole dans sa main et elle glissa sur ma peau pour créer une nouvelle goutte de sang.
    Je serrai les dents à la dixième coupure, un filet de sueur froide glissant le long de mon dos. Alrüs avait raison, ce test était vraiment désagréable. La douleur en elle-même était risible mais la répétition, ainsi que la vue de ces gouttes de sang, commençaient à me retourner l'estomac. J'avais à la fois chaud et froid et ma tête commençait à être lourde.
    
    - On va faire une pause. J'ai fait le tour des plus fréquents, souffle un peu le temps que je sorte les autres.
    
    J'oscillai entre soulagement et inquiétude à cette nouvelle.
    
    - Il y en a encore beaucoup ?
    
    Elyam sourit en rangeant ses flacons.
    
    - Il en reste sept mais avec un peu de chance le suivant sera le bon.
    
    Je fermai les paupières et tâchai de retrouver mon calme, en commençant par une respiration apaisante. J'ouvris un œil surpris quand Elyam me passa un linge humide et frai sur le front et dans le cou. Je remarquai seulement alors qu'elle avait retroussé ses manches, révélant une peau couverte de petites cicatrices rondes et de quelques bulles luminescentes. Mais je n'eus pas le temps de m'interroger sur ce qui avait causé cet aspect car, bien trop vite à mon goût, elle proposa de reprendre. J'avais hâte d'en finir alors je serrai les dents, domptai mon estomac et acquiesçai. Aussitôt la vieille femme changea de bras et se remit à la tâche.
    
    Dès la première coupure, j'abandonnai l'idée d'observer ses faits et gestes et me forçai à penser à autre chose que ses gouttes vermeilles qui brillaient sur ma peau blanche. La pièce elle-même ne présentait guère d'intérêt. La lumière tamisée ne servait qu'à m'éclairer moi, pour faciliter le travail d'Elyam. Je devinais vaguement un alignement de portes et de tiroirs d'où la Mutilée avait extrait ses fioles et ses outils. Je chassais aussitôt cette pensée et me contentai de fixer un coin sombre, tendant l'oreille dans l'espoir que les sons m'aideraient plus que le paysage. Mais aucun autre bruit ne me parvenait que les cliquetis du verre et du métal sur la table en bois.
    
    - Courage, c'est le dernier. Les modifications du Morghorïn ne sont pas faciles à gérer au début mais cela fera de toi une excellente Gær.
    
    J'acquiesçai d'un air absent tandis qu'elle ouvrait le flacon. Si j'avais bien suivi les explications d'Alrüs, je devrais être heureuse de cette compatibilité mais je n'étais pas en état de m'en réjouir. Je voulais seulement que cela cesse, pouvoir quitter cette pièce glauque et son occupante faussement douce pour retrouver ma sœur.
    
    J'observai Elyam, sans vraiment la voir, prélever le liquide dans la dernière fiole et la laisser tomber sur une énième goutte de mon sang. Comme à chaque fois, les deux fluides se mêlèrent sans que je ne ressente rien. Je levai un regard las vers la Mutilée et son expression surprise me sortit de la torpeur.
    
    - Qu'est-ce que ça veut dire ?
    
    Ma voix mit un terme au fil de ses pensées et elle retrouva son masque serein tout en rangeant ses flacons, les mains fébriles. Je dus poser ma question une seconde fois pour qu'elle se décide à me répondre.
    
    - Tu n'es pas compatible avec les Ethérés testés...
    
    Je fronçai les sourcils et tentai de chasser le brouillard du malaise pour comprendre. Pendant ce temps, Elyam grommelait à voix basse en retournant le contenu de ses armoires dans un concert de tintement de verre.
    
    - Ce n'était pas le dernier celui-là ?
    
    Un vague grognement distrait me répondit et elle revint finalement vers moi après de longues recherches, un flacon poussiéreux à la main.
    
    - Celui-ci, c'est le dernier.
    
    J'affichai une moue sceptique, ayant déjà entendu ces mots, et une grimace de lassitude au passage de la lame sur ma peau. Je suivis, d'un regard absent, la chute du liquide vers mon bras. Et lorsqu'il effleura mon propre sang, je hurlai.
    
    La brûlure fut telle, et sa fulgurance si violente, que je me blessai la gorge en laissant la douleur s'exprimer. Heureusement, elle se dissipa presque aussi vite qu'elle était apparue et je me retrouvais haletante, les larmes aux yeux. Je cherchais encore à reprendre mon souffle sans parvenir à demander ce qui venait de se passer quand la porte de la pièce s'ouvrit à la volée, révélant un Alrüs à l'expression paniquée.
    
    - Du calme, tous les deux. Tout va bien.
    
    Elyam porta ses mains à son chignon et en libéra trois mèches qui n'avaient rien à voir avec des cheveux. Chaque filament épais se terminait par un étrange globe luminescent qui émettait un bruit de grelot en s'entrechoquant avec les deux autres. De toute évidence, la vieille femme était une Gær grelottine. Ce son, qui aurait pourtant dû m'angoisser davantage encore, me détendit aussitôt et je sombrais dans une espèce de torpeur absente.
    
    - Rassure-toi Alrüs, c'est bien une Gær. Tu nous as déniché une perle rare.
    
    Je la regardai, sans pouvoir réagir, resserrer mes liens et entraver mes jambes avant de me glisser une tresse épaisse en cuir entre les dents.
    
    - Mords ça pour ne pas te blesser.
    
    Sa voix avait beau être douce et son sourire rassurant, elle ne me trompait plus. Mon esprit s'affolait dans un corps qui refusait de réagir. Qu'allait-elle me faire ? Etait-ce ainsi que l'on faisait des Gærs : en attachant des innocents pour les faire souffrir ?
    
    Elyam s'arma de la seringue déjà prête sur la table et la remplit avec précaution à la fiole dont le contenu m'avait fait si violemment réagir. Mais qu'allait-elle donc me faire ? La voix d'Alrüs me parut incroyablement distante quand elle vibra dans l'air.
    
    - Attends, c'est le test qui l'a faite hurler comme ça ?
    
    Elyam l'ignora. Elle venait de remarquer les larmes qui coulaient sans retenue sur mon visage tandis que j'observais le spectacle de l'aiguille approchant ma peau. Elle suspendit son geste pour passer un linge sur mes joues.
    
    - Chut, tout va bien ma petite. Ça ne va pas être agréable mais ce sera vite fini. On en est tous passé par là, tu t'en remettras vite.
    
    J'aurais voulu me libérer, lui crier de ne pas m'approcher avec sa seringue mais mon corps demeura affalé dans le fauteuil alors que l'aiguille pénétrait ma peau.
    
    - C'est quoi ? Une Morghorïn ?
    
    La brûlure ressentie plus tôt n'était en rien comparable à celle qui se déversait dans mes veines. J'avais l'horrible sensation que mes chairs s'embrasaient au passage du venin. Mais ceci ne dura qu'un battement de cil. Alors le feu atteignit ma poitrine et je ruai dans mes entraves. J'aurais aimé hurler pour me libérer de cette atroce douleur mais tout mon corps était contracté à l'extrême, me coupant le souffle, m'interdisant le moindre son. Je ne pourrais endurer cela bien longtemps, je suppliais déjà intérieurement pour qu'on y mette fin. Je ne pouvais fuir nulle part, seulement subir jusqu'à ce que le poison relâche son emprise sur moi.
    
    - C'est bien plus que ça, Alrüs. C'est une compatible d'Argöth.
    
    Le ton révérencieux qui accompagnait ce nom se fraya un chemin jusqu'à mon esprit torturé et je l'emportai avec moi dans les ténèbres qui m'engloutirent.

Texte publié par Serenya, 30 janvier 2018 à 09h44
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