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Tome 1, Chapitre 13 « Suture » Tome 1, Chapitre 13
Sens. Sens. Tout prend sens. Elle est assise sur une chaise. Tout est si nouveau pour elle. De droite, de gauche, elle tourne la tête. C’est si beau toutes ces merveilles de couleurs et toutes ses odeurs. Mais elle se sent si seule. Depuis quelque temps, il s’absente, comme lorsqu’il revenait ensuite avec ses paquets sanglants. Dans le lointain, elle peut entendre le train.
    – Le t’ain ?
    – Le train.
    Comme elle avait du mal à prononcer cette consonne qui lui arrachait la gorge. Il lui fallait coller sa langue nouvelle dans le palais et expulser l’air, tout en la projetant en avant. Mais il avait été patient. Avec ses doigts délicats, il lui avait appris comment rouler la lettre et la cracher. Quand il en était ainsi, elle se sentait toute chose. Froid, chaud, c’était indescriptible. Assise sur sa chaise, sa chair vibre tandis qu’elle se souvient du contact de sa peau contre la sienne. Devant ses yeux, des taches blanches tourbillonnent. Elle veut en attraper une, mais elle se dérobe. Maladroite, elle descend, mais ses jambes ne la supportent pas. Elle les sent qui glissent ; personne n’est là pour la rattraper. Elle se voit chuter, pourtant jamais sa tête ne heurte le sol.
    – Que fais-tu ? chuchote une voix à son oreille.
    Il la porte dans ses bras puissants. Elle ferme les yeux et se laisse bercer par l’odeur qui se dégage de son corps, mélange de fraîcheur et de sous-bois.
    –…é. Tu n’es pas encore prête. Pas tout à fait. Il te manque si peu de chose.
    Elle entrouvre les paupières et le découvre. Son visage a changé. Elle ne saurait dire quoi. Elle a l’impression qu’on lui en a ôté la moitié. Elle hésite un instant, tend une main vers sa joue. Quelque chose perle au coin de son œil, puis elle roule sur sa peau jusqu’à l’extrémité de son doigt. La boule brille et au travers elle aperçoit le visage déformé de son créateur. Elle remarque alors le coffret qu’il tient entre ses mains. Soudain, un doigt se pose sur ses lèvres ; sa peau a le goût de la mer. Dans le lointain, un train passe. Tac, tac. Tac, tac, comme le bruit des ciseaux qui claquent lorsqu’il découpe la chair. Elle les voit qui luisent. Les lames s’approchent de sa poitrine et bientôt elles pénétreront et ouvriront la fenêtre sur son être.
    – Joyeux anniversaire ! s’écrie-t-il.
    C’est quoi anniversaire. Elle ne sait pas et le regarde qui entrouvre la boîte. À l’intérieur, sur un carré de tissu de couleur sombre, repose une masse rougeâtre, dont le mouvement saccadé lui rappelle celui d’une horloge malmenée. Elle le voit qui s’empare avant de s’enfoncer dans l’obscurité de son soi grand ouvert. Bientôt, elle n’entend plus que le bruit du fil et de l’aiguille, accompagné d’un autre. Boum, boum. Mais ce n’est pas le train qui passe dans le lointain.

Texte publié par Diogene, 28 janvier 2018 à 23h46
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