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Tome 1, Chapitre 10 « Architecte » Tome 1, Chapitre 10
– Alors ?
    Assis sur un banc, la tête penchée en arrière, il admire le ciel cotonneux qui enveloppe la ville de son voile blanc. Un désespoir des singes croule sous la couche épaisse ; il lui suffirait d’un rien pour qu’elle s’effondre. L’esprit ailleurs, il tire sur sa cigarette, occultant l’entêtante odeur de sous-bois.
    – On a pu identifier les trois corps. Le premier, Masato Kijima, 27 ans, étudiant au chômage depuis sa sortie de la faculté de K., il vivait d’expédient et de petits boulots. Il traînait parfois dans les salles de Pachinko. Le second, Uchito Kawagame, 34 ans, enseignant au lycée de L, célibataire, il vivait dans un studio dans le quartier de Minato. Enfin, la dernière, Shiori Fujita, 24 ans, elle travaillait comme hôtesse au Chat Noir. Et voici les portraits de nos clients avant leur rectification.
    Akira lui tend une enveloppe marron d’où s’échappe un flot de photographies en papier glacé.
    – On peut savoir pourquoi tu as collé ça, dessus ! maugrée Otomo en détachant le nœud rose.
    – Bah ! Tu n’as aucun sens de l’humour ! soupire Akira.
    – Non, aucun ! Et ça ne risque pas de changer, marmonne son ami les dents serrées.
    Akira hausse les épaules ; il est des choses qu’il est préférable de taire.
    – Bref, comme tu le sais déjà, nos deux premiers clients ont vu leurs membres raccourcis, façon carpaccio de bœuf de Kobe. Mais tiens-toi bien ! Notre princesse a vu son joli minois pelé comme un fruit trop mûr.
    Otomo étouffe un juron à la vue de la photographie de la jeune fille. Kazue. Mais non ! Ce n’est qu’un fantôme qui revient le hanter. Masato Kiijima, Uchito Kawagame, des noms banals, pour des gens anonymes. Sûrement auront-ils croisé son chemin quelque part dans la nuée invisible qui, chaque nuit, hante la ville ?
    – Tu as d’autres infos ? grommelle-t-il.
    Dans son ventre, le froid ravive d’anciennes douleurs. Étendu dans la neige. Dans son visage, dissimulé par la capuche de son anorak, il en est un autre qui se reflète, le sourire crispé. Ses doigts sont refermés sur le manche du poignard ; qu’il l’ôte et il se videra de son sang ! À bout de souffle, il essaie de relever la tête, mais elle retombe aussitôt amortie par l’épais manteau blanc.
    – C’est vain, murmure une voix à son oreille.
    La silhouette a disparu. Il n’a pas entendu le bruit de ses pas, mais une musique étrange aux accents de cauchemars.
    – Regarde…
    Quelqu’un se saisit de sa tête. En face de lui, une femme, suspendue par les poignets, le contemple ; elle n’a plus de visage. Dans le fond, un train passe et des grillons stridulent.
    –…-san ? Vous m’entendez ? Je suis le docteur Fubuna.

Texte publié par Diogene, 2 janvier 2018 à 21h14
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