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L'histoire et les personnages sont issus de mon imagination et de ce fait m'appartiennent, tout plagiat est donc interdit conformément à l'article L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
    
    Shannon resta figée quelques secondes, interdite. Face à elle, une colonne bien alignée de jeunes humains d’une dizaine d’années, droits et silencieux. Dans une main, la clé qu’elle n’avait pas utilisée. Dans l’autre, la poignée de la porte de la salle de cours, qu’elle avait abaissée distraitement. Avec succès. Avaient-ils réellement attendu tout ce temps devant une porte ouverte ?
    
    Etaient-ils donc trop bêtes pour ne pas entrer tous seuls ?
    
    – Vous n’êtes pas le professeur Théobald.
    
    Shannon arqua un sourcil et se tourna vers l’élève qui avait prononcé cette phrase. Il se tenait en début de file.
    
    – Vous n’êtes même pas professeur.
    
    L’élève baissa en même temps son regard vers ses vêtements, loin de la rigueur de leurs propres uniformes. Un rictus amusé se dessina sur le visage de la jeune femme.
    
    – T’as une bonne vue, gamin.
    
    Comme ils n’étaient vraisemblablement pas capables de le faire eux-mêmes, elle ouvrit la porte en grand et leur fit signe d’entrer d’un geste grandiloquent, leur cédant le passage. Ils se placèrent d’eux-mêmes derrière leurs pupitres, tandis que Shannon découvrait la pièce. Elle était austère. Un bureau massif faisait face aux élèves et précédait un immense rectangle noir collé au mur. Elle s’en approcha. Sur sa surface reposaient du matériel classique et de longs bâtons blancs cylindriques qu’elle ne reconnut pas. Qu’était-ce donc ? Elle n’y réfléchit pas davantage. Si le directeur n’avait pas pris la peine de lui en parler, alors ce ne devait pas être important.
    Enfin, il fallait dire que, dans la précipitation, il ne lui avait pas dit grand-chose.
    
    Elle se tourna vers l’immense rectangle et, curieuse, elle le caressa du bout des doigts. Effectivement, comme elle l’avait pensé de prime abord, il s’agissait d’ardoise. Elle n’en comprenait pas du tout l’intérêt. Pure décoration, peut-être ? Les humains en étaient bien capables – ils aimaient beaucoup les choses inutiles. Mais ils n’étaient pas les seuls.
    
    – Madame ? Où est le professeur ?
    
    Elle se retourna pour balayer l’assemblée d’élèves du regard. Malgré leur discipline, ils commençaient à s’agiter, ne comprenant sans doute pas la situation. Et ce n’était pas elle qui serait en mesure de leur répondre.
    
    – Je n’en sais rien. Personne ne le sait, le directeur a donc dû prendre des mesures en urgence pour assurer cette rentrée. Il devrait vous faire une annonce à ce sujet au cours de la journée. C’est moi qui vais vous faire cours.
    
    Mais pourquoi avait-elle accepté ? Elle n’avait strictement rien à faire là ! Sur l’instant, elle avait cru que cela pourrait être amusant, mais elle s’ennuyait déjà avant même d’avoir commencé !
    
    Les élèves furent si estomaqués qu’ils n’ajoutèrent rien, et elle en profita pour réfléchir. Quel cours était-elle censée réaliser, déjà ?... Ah oui ! se rappela-t-elle alors. La géographie.
    
    Elle sourit.
    
    – Bien, sautons les présentations, voulez-vous ? Mon nom vous sera inutile, vous n’aurez pas le temps de le retenir, alors commençons sans plus tarder ! Je suppose que vous avez déjà étudié l’ensemble du royaume durant l’année précédente, mmh ? Bien ! Alors parlons de Soralia !
    
    Cela tombait bien, c’était son pays, qu’elle connaissait bien mieux que leur royaume ! Car dans sa hâte, le directeur ne lui avait strictement rien dit sur le contenu des cours, rasséréné lorsqu’elle lui avait dit bien s’y connaitre, du fait de ses nombreuses excursions. Apparemment, les personnes compétentes en ce domaine n’étaient pas légion. Etonnant.
    
    Elle n’attendait aucune réponse de leur part, pourtant les exclamations ne tardèrent pas. Bien sûr, sans surprise, plusieurs s’interrogeaient sur ce Soralia dont personne n’avait entendu parler, mais ce n’était pas tout.
    
    – Mais Madame, et le programme ?
    – Quoi, quel programme ?
    
    Elle se retint de soupirer. Ne lui avait-on pas dit que ce serait simple, pourtant ? Il aurait dû lui suffire de leur déblatérer un cours pendant une heure, et d’en faire de même pour les classes suivantes !
    
    – Nous sommes censés reprendre à partir de la fin du programme de l’année dernière, expliqua un autre élève. Notre étude s’est jusque-là limitée à une vue d’ensemble du royaume ainsi qu’à quelques détails sur Iktat et le Comté de Jallon, mais nous n’avons pas étudié l’Averne et –
    – Comment, vous n’avez étudié que ça, durant toute l’année dernière ? Mais qu’avez-vous fichu le reste du temps ?
    
    Du fait de leur courte espérance de vie, elle n’aurait jamais cru qu’ils fussent aussi lents dans leur apprentissage. A quel âge pouvaient-ils bien sortir de leurs études ? Lorsque la moitié de leur vie était déjà consommée ?
    
    C’était ridicule !
    
    – Non ! Mais nous avons –
    
    Elle l’interrompit d’un geste :
    
    – Et puis, si vous voulez connaitre l’Averne, il vous suffit de sortir ! Au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, vous vivez dedans !
    
    La remarque lui parut pertinente, pourtant. Malgré tout, elle ne dut pas l'être pour les jeunes humains qui la fixèrent, les yeux écarquillés. Elle secoua la tête, dépitée. Qu’ils étaient bêtes.
    Comme cette discussion s’éternisait, elle décida d’en finir rapidement :
    
    – Assez parlé, passons aux choses sérieuses ! Donc, Soralia !
    – Mais c’est quoi, Soralia ? marmonna un élève, que Shannon n’entendit même pas.
    – Et surtout, c’est ? bougonna un autre, pas davantage entendu que le précédent.
    
     L’hébétude et le doute qui les agitaient n’ébranlèrent en rien la détermination de la professeure du jour, qui se mit à décrire son pays avec enthousiasme – pays qu’elle connaissait d’autant plus qu’elle l’avait parcouru presque en entier.
    
     Ils auraient pu être transportés par la passion de la jeune femme, qui mélangea données sur Soralia et anecdotes sur ses propres pérégrinations, mais sans carte, schéma ni références, ils n’y comprirent absolument rien. Surtout, la question la plus basique demeurait encore sans réponse : où se trouvait donc ce pays ?
    
     – Et donc, du fait de l’enclave formée par les chaines de montagnes, que vous nommez –
     – Euh, madame…, osa finalement l’interrompre un élève, après avoir patienté de nombreuses secondes la main levée sans obtenir un quelconque résultat. Vous auriez une carte ?
     – Une quoi ?
    
     Elle savait ce que c’était, Eimeo et Naya lui en avaient déjà montré à plusieurs reprises. C’était utile lors de voyages, indéniablement. Mais pourquoi en avaient-ils donc besoin ? Elle ne leur demandait pas de s’y rendre, tout de même !
    
     L’élève sembla rapetisser légèrement, mais Shannon devinait que c’était seulement dû au changement de position sur sa chaise – ce qu’elle ne comprit pas.
    
     – Une carte, insista-t-il d’une voix encore moins assurée que précédemment. C’est…
     – Je sais parfaitement ce qu’est une carte, merci bien ! souffla Shannon, partagée entre l’amusement et l’agacement. C’est surtout la raison de cette question que je ne comprends pas ! Enfin passons !
    
     Elle reprit comme si l’interruption n’avait jamais eu lieu.
    
     – L’Ygrain s’étend donc sur ses limites nord et ouest et…
    
     La mention de ce nom les fit réagir, car il leur était connu ; la chaine était située dans le sud-est du royaume et formait une frontière naturelle. Aucun d’entre eux ne savait ce qu’il y avait au-delà, ni s’il y avait quelque chose. Mais comme Shannon ne s’appesantit pas là-dessus, leur maigre espoir s’effrita. Tout du moins, à présent, ils situaient à peu près ses propos, mais le pays en lui-même demeurait toujours aussi énigmatique et insondable.
    
     Et cela devait finir par arriver : abasourdis par des informations dont ils ne savaient que faire, certains se mirent à chuchoter entre eux.
    
     – Existe-t-il vraiment, au moins ? Si cela se trouve, c’est un faux cours, en réalité. Il parait qu’ils en font à l’intégration des premières années dans certaines classes supérieures. Cela expliquerait pourquoi elle raconte n’importe quoi.
    
     Malgré leur discrétion, Shannon perçut très bien leurs paroles, fronça les sourcils et se tut. Les élèves, distraits, ne s’en rendirent même pas compte. Indécise et agacée, elle baissa le visage vers le bureau et son regard tomba sur les longs bâtons blancs dont le mystère de leur présence restait entier. Elle admira quelques secondes leur forme étrangement longue. Aérodynamique. Serviraient-ils donc à cela ? Seraient-ce des sortes de projectiles disciplinaires ?
    
     Le lancer parfait qu’elle effectua et le Aïe douloureux que prononça sa malheureuse victime bavarde suivi de son silence le lui confirmèrent – à son sens. Elle sourit d’un air satisfait tandis que les murmures cessaient. Elle reprit sans plus attendre, et personne ne l’interrompit plus.
    
     Seuls quelques téméraires remplirent leurs feuilles de notes nébuleuses, circonspects quant à leur utilité. La plupart abandonna l’idée même de comprendre ce qu’il se passait, préférant se laisser porter par la voix enflammée de la jeune femme et rêvant des paysages qu’elle décrivait – et surtout, du pays au-delà de l’Ygrain, où, à leur connaissance, personne n’était jamais allé, ou plutôt revenu. Le but même de ce cours leur échappait toujours – mais n’était-ce pas également le cas pour leur professeure du moment ?

Texte publié par Ploum, 19 septembre 2017 à 22h24
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