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Assise sur son lit depuis plusieurs secondes, Nathalie se redresse et effectue une dizaine de pas. Elle a beau essayer de se calmer, sa colère et son chagrin ne s’évacuent pas.

Elle marche jusqu’à son sac à main, en tire son paquet de cigarettes. De l’extérieur, il ressemble à son emballage habituel. Toutefois, son contenu est différent ; son frère cadet fabrique ses propres clopes et il ne rechigne jamais à lui offrir sa part en échange de son silence.

Nathalie pressent que seule une bonne dose sera capable de l’apaiser. Elle cherche donc son briquet lorsque deux coups résonnent contre l’huis.

— Chérie ? Chérie, s’il te plaît. J’ai horreur qu’on se dispute.

Le timbre de Christophe est suppliant. Elle soupçonne qu’il s’en veut et s’attriste de son repli dans la chambre. Néanmoins, elle ne s’attendrit pas.

— Il fallait y songer plus tôt.

— J’ai eu tort de me moquer, je le reconnais. La… la colère ne résout rien, ma puce. Elle ne t’apportera pas la paix.

Elle soupire, mais ne proteste pas. Il a raison, elle est forcée de l’admettre.

— Tu m’autorises à te rejoindre ?

Elle hésite. Il va encore me prendre pour une folle…

— Tu promets de ne plus te gausser de moi ? l’interroge-t-elle en chevrotant presque.

— Je te le jure.

Rassurée, Nathalie se dirige vers la porte, puis la déverrouille. Christophe entre et la serre aussitôt dans ses bras. Sa fureur s’évapore, elle se laisse aller contre son torse.

— Je ne mens pas, Cricri…

— Je… Ta chute a peut-être provoqué cette vision de la femme d’eau ? Tu avais fumé ?

Elle secoue la tête. Elle a déjà réfléchi à la possibilité d’avoir eu une hallucination.

— Non. Je l’ai aperçue avant, pas après. Elle est réelle. Ton… ton père la dissimule.

— Ma mère ne l’a pas remarquée, Nathalie…

La voix de l’homme qu’elle affectionne est douce et compréhensive. Hélas, son ton est clair : il espère qu’elle redescendra vite les pieds sur terre. Un soupir lui échappe. Elle aimerait tant qu’il lui donne du crédit, qu’il la soutienne davantage dans sa mésaventure. Ses propos sont dingues, pourtant elle n’invente rien !

— La créature était présente, souffle-t-elle.

Son corps tremble d’appréhension. Christophe se moquera-t-il à nouveau d’elle ? La traiterait-il d’hystérique ? Son instinct lui hurle que oui. Cependant, il la serre dans ses bras et dépose un baiser sur son front.

— Je suis là, d’accord ? Je suis certain que cette histoire s’arrangera.

— Mais est-ce que tu me crois ?

Nathalie ne se formalise pas de son ton implorant. Il est le cadet de ses soucis.

— Je crois… que tu as besoin de te détendre, lui rétorque prudemment son fiancé. Un bain ? On le prendra ensemble et je m’occuperai de le faire couler.

Elle s’oblige à sourire, puis acquiesce et le regarde s’engager dans le couloir. Une grimace désabusée flotte ensuite sur ses lèvres. Malgré l’amour que Christophe lui porte, il ne semble pas prêt à accorder foi à ses propos. Si elle souhaite obtenir des réponses, elle devra se débrouiller… Consciente qu’il n’existe pas trente-six solutions, elle se mord l’intérieur de la joue.

N’en est sa réticence, il est urgent qu’elle parle avec son beau-père.

Nathalie observe le portail avec nervosité, puis prie afin que Claude soit présent et lui ouvre. Elle n’a aucune idée de comment justifier son arrivée à Françoise si elle tombe sur elle. D’ordinaire, elle ne vient que pour nager…

Elle inspire un grand coup, remonte l’allée jusqu’au perron. Il est impératif qu’elle calme ses inquiétudes. Si les informations qu’elle a extorquées à Christophe sont correctes, sa belle-mère n’est pas chez elle, mais à son club de lecture. Elle n’a donc aucune raison de céder à la paranoïa : l’unique risque encouru est l’absence de Claude.

Nathalie sonne, puis patiente en silence. Un soupir de soulagement manque lui échapper lorsque le battant s’entrebâille.

— Nathalie ? s’étonne le père de Christophe.

— Bonjour. Je ne vous dérange pas ?

Elle n’est jamais arrivée à le tutoyer.

— Non, non. J’espère juste que tu n’es pas là pour barboter, le bassin est toujours fermé et je m’en voudrais que tu te sois déplacée en vain.

— En vérité, j’aurais aimé vous parler.

— À moi ?

Nathalie opine sans s’offusquer de sa stupeur. Lui et elle ne sont pas proches.

— À propos de la piscine et. de ce qui s’y est produit.

Les paupières de Claude se plissent, mais son ton demeure le même.

— Ta glissade ?

— Je… Je souhaiterais en apprendre plus sur la femme d’eau. Enfin, j’ignore de quelle manière vous la désignez.

— Je suis désolé, je ne saisis pas…

Son interlocuteur se renfrogne. Elle le devine dérouté par son aveu implicite et déglutit avec peine. Tout dans son attitude la conforte dans ses hypothèses.

Ne niez pas, s’il vous plaît. Ne niez pas.

— Vous… vous avez fermé la pièce parce qu’une chose s’y trouve, n’est-ce pas ?

— Nathalie, est-ce que tout va bien ? Tu… Tu as pris de la drogue ?

— Non !

Sa véhémence la surprend. Elle s’accorde deux ou trois secondes afin de se calmer.

— Je vous en prie, enchaîne-t-elle. J’ai entrevu une personne translucide et elle m’a touché pendant que je me baignais. Je sais qu’elle est réelle. Je…

— Arrête.

Il s’agit plus d’un ordre que d’une supplication. Claude est contrarié. Il refuse d’aborder le sujet, voire de l’autoriser à entrer. Son corps ne quitte pas l’ouverture de la porte.

— Arrêtes, répète-t-il. Il n’y a rien chez moi. Tes paroles… Un vrai délire de hippie droguée !

— Non, je…

Il ne lui offre pas le loisir de protester davantage.

— Tu es comme les jeunes qui prônent la paix et l’amour en passant leur temps à se détruire le cerveau. Je t’imaginais plus sage… Tu me déçois.

Non ! Non !

— Je ne mens pas. Par pitié, je…

— Stop ! Je refuse d’en entendre plus.

La colère de son beau-père l’horripile. Nathalie lit dans ses yeux qu’elle ne fabule pas. Il est au courant pour sa « visiteuse » et s’oppose à en discuter avec elle.

— Je ne t’écouterai pas une minute de plus m’accuser d’être mêlé à… des fariboles, oui. Un être aqueux chez moi ! Ridicule !

— Je…

— Tu seras la bienvenue ici quand tu n’auras plus la moindre saloperie dans ton organisme. Prends garde à ce que mon épouse ne t’aperçoive pas dans un état pareil. Elle t’estime beaucoup…

D’un geste brusque, Claude lui claque l’huis au nez.


Texte publié par Rose P. Katell, 26 septembre 2017 à 10h49
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