Pourquoi vous inscrire ?
«
»
Tome 1, Chapitre 28 « Le Secret de Schwartztotenkopf » Tome 1, Chapitre 28
– Qu’est-ce que je vous sers ce soir, dame Abélia ?
    – Pouvez-vous cesser de m’appeler ainsi ? Vous me donnez l’impression d’être tout droit sorti d’un conte de fées ou d’une ballade de troubadour. Ai-je vraiment l’air d’une princesse ?
    Derrière son comptoir, l’ange démoniaque me jette un regard équivoque.
    – Ma foi, si ce n’était votre abondante fourrure, je vous répondrais par l’affirmative.
    Je roule des yeux un instant.
    – Vous avez fini de vous moquer, lui lancé-je.
    – Jamais ma dame, surtout pas en présence de l’homme qui vous a passé la bague au doigt.
    Un peu plus loin, j’aperçois Armand et Ophélia, le ventre fort rond. Tout sourire, elle me salue et m’invite à les rejoindre ; Hierominus, grand seigneur, se tient en retrait à quelques pas derrière moi.
    – Servez-lui donc de ma cuvée spéciale, chuchote-t-il par-dessus mon épaule.
    – Comme il vous plaira, acquiesce le barman tandis qu’il s’éclipse derrière son comptoir.
    – Et l’on peut savoir ce qu’est cette cuvée spéciale, mon bel amour ? glissé-je à Hierominus, en même temps qu’il m’entraîne en direction du couple amoureux.
    Mais, il me pose un doigt sur les lèvres et adresse un clin d’œil complice à un faune de passage. Souffrirait-il d’amnésie que je n’en serais que peu étonnée. Quelques instants plus tard, alors que j’entends le bruit des glaçons dans un shaker, nous nous invitons à la table d’Armand et Ophélia. Je dévisage longuement le couple bienheureux ; que de choses se sont passées depuis la chute d’ Alricaus !
    – Alors mon cher Hierominus. À présent que ton rival n’est plus que poussière et que cet endroit renait, vas-tu enfin combler nos lacunes et nous narrer l’histoire de cette cité, dont la réputation a dépassé toutes les frontières ? l’engage Armand.
    – De plus, qui donc, sinon toi, aura fait envoyer la cavalerie, ajoute-t-il, un regard en coin en notre direction.
    Pourtant, Hierominus me semble peu disert et, tandis que s’abaisse la lumière et que les lasers transforment les lieux en salle de fête, l’ange démoniaque apparaît avec plateau chargé du plus invraisemblable verre à cocktail qu’il m’a été donné de contempler.
    – Votre spécial, madame.
    Étonnée, je le regarde sortir de sa poche de redingote un briquet laqué de noir et enflammer les vapeurs. Aussitôt, d’immenses langues mordorées jaillissent du verre et montent jusque dans les hauteurs de l’alcôve. À côté de moi, un immense sourire se dessine sur les lèvres de mon ange démon de pacotille, alors que les flammes nous enveloppent.
    – À présent, laissez-moi vous narrer l’histoire de cette cité, sinistre, seulement en apparence. Et pour répondre à ta question, j’avais demandé à Carabosse de garder un œil sur vous, Armand et Ophélia ; je n’ignorai rien de vos activités. Je devinais que tôt ou tard, vous seriez face à mon adversaire. Mais ne digressons pas et revenons quelques années en arrière, mille trois par souci d’exactitude. Comme Armand l’a deviné, j’ai décidé de me retirer du jeu et une fois de plus je fis un pied de nez à celui que tous là-haut appellent Père, alors que, bon entre nous, il en a seulement une un peu plus longue que les autres. D’ailleurs, il n’est pas né du néant comme il aime à le répéter, mais de l’agrégation des croyances. Vous connaissez tous la suite de l’histoire, ma chute, ma condamnation, ma vengeance. Que voulez-vous, j’avais la rancune tenace ! Il m’avait quand même piqué par copine de l’époque ! Soi-disant qu’il était le mâle dominant ; le mal oui ! Et dominant avec çà. Donc, parce que je lui fais remarquer que donner l’illusion du libre arbitre est la pire des abominations, il me balance dans les limbes et fais de moi son garde-chiourme. Toujours surveiller, jamais libre de mes mouvements, je finis par me réfugier dans la seule chose pour laquelle il n’a jamais eu aucun goût, la musique. Hélas pour moi, comme il n’a d’oreille que pour le superfétatoire, je suis obligé de jouer de l’orgue. Cependant, ce que j’ignorais c’est que cet instrument s’imprégnerait de ma haine et de ma colère. C’est ainsi qu’un jour, furieux après celui qui se fait donner le titre de dieu, je jouais un accord particulièrement abominable, tant que j’en déchirai la trame de la dimension dans laquelle il m’avait enfermé.
    – Et donc tu en as profité et tu as joué la fille de l’air, commente Ophélia, tandis qu’elle attrape l’une des nombreuses agapes présentes sur la table.
    – Oh non ! Bien sûr que mon désir de quitter ces lieux abominables ne m’avait pas quitté ; il n’y a rien de réjouissant à entendre toute la journée les plaintes, les lamentations, les cris, les hurlements des damnées. Cependant, toute la rancune que j’avais envers le Très-Haut s’était évanouie, emprisonnée dans l’orgue et pour rien au monde je n’aurai abandonné cet instrument du diable aux mains de tous les damnés de la terre. Vous devez savoir que parmi les anges qui m’ont suivi dans ma révolte contre Lui, certains m’ont suivi pendant ma chute, révolté par la punition qui m’a été infligée. Ensemble, nous avons donc pris la décision de bâtir la cité de Schwartztotenkopf, peuplée de toutes les abominations, des à-côtés et autres démons, afin de lui donner la réputation que vous lui connaissez. Comme je devais surveiller l’orgue et distraire cet avorton de dieu, nous nous sommes séparés. Enfin lorsque la cité fut prête, je déchirai encore une fois la trame. Hélas, il faut croire que les hurlements de dieu eurent un effet que personne n’avait prévu.
    – La Frontière, murmuré-je.
    – Oui, la Frontière, me répond en écho Hierominus. Cependant, grâce au pouvoir contenu dans l’orgue, je pus refermer les chemins qui auraient conduit les enfers à déferler dans le multivers, non les autres ; je ne suis pas mère Nature. Ensuite, j’ai rejoint Schwartztotenkopf et j’ai scellé l’orgue en son cœur, grâce au sacrifice de mes compagnons. Seul, j’ai changé d’identité et j’ai quitté la cité ; je savais que sa réputation de coupe-gorge et de cité du vice et du stupre suffirait à voiler la véritable raison de son existence.
    Autour de la table, les quatre compagnons se regardent.
    – Abélia, me demande soudain Ophélia. Comment vas-tu l’appeler ?

Texte publié par Diogene, 4 juin 2018 à 12h08
© tous droits réservés.
«
»
Tome 1, Chapitre 28 « Le Secret de Schwartztotenkopf » Tome 1, Chapitre 28
LeConteur.fr Qui sommes-nous ? Nous contacter Statistiques
Découvrir
Romans & nouvelles
Fanfictions & oneshot
Poèmes
Foire aux questions
Présentation & Mentions légales
Conditions Générales d'Utilisation
Partenaires
Nous contacter
Espace professionnels
Un bug à signaler ?
1295 histoires publiées
612 membres inscrits
Notre membre le plus récent est Delenn Harper
LeConteur.fr 2013-2019 © Tous droits réservés