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Tome 1, Chapitre 26 « Stupeur et Enfumement » Tome 1, Chapitre 26
À genou au milieu des décombres, Hierominus, pardon Lucifer, contemple la tête d’Armand.
    – Allons ! Concentre-toi ! J’ai besoin de tes souvenirs.
    – Facile à dire ! T’oublies que j’ai passé plus de temps dans le corps d’une marionnette que dans celui d’un humain, bougonne-t-il.
    – Hé bien ! C’est encore mieux que le confessionnal par ici, lancé-je, comme j’allongeais Ophélia sur une banquette à moitié défoncée. Moi qui pensais que tu étais demeuré dans le droit chemin après notre fugace rencontre. Ah ! Me voici fort marrie. Au moins ! As-tu des remords quant à ta conduite à mon égard ?
    Armand tourne la tête dans ma direction et darde sur moi des yeux que j’oserai presque dire amoureux.
    – Espèce de nigaud, soufflé-je, comme je me glisse auprès de Lucifer et lui prends la main.
    – Ne suis-je point le spectateur, ajouté-je à son oreille.
    Les paupières closes, je laisse remonter le flot des souvenirs de mon amant et de nos instants passés ensemble. Aussitôt résonne dans la salle un atroce bruit de bois et d’os qui craquent suivi d’un hurlement dément. Lorsque je les rouvre, je découvre un Armand au mieux de sa forme et dans le plus simple des appareils. Lucifer, épuisé, me sourit, dans sa main la plume n’est plus qu’un minuscule tas de cendre grise qu’il disperse.
    – J’espère que tu n’es pas jaloux, murmuré-je tandis que je pose mes lèvres sur les siennes.
    – Pourquoi le serais-je ? pouffe-t-il entre deux baisers.
    – Hé ! Ho ! Ce n’est pas parce que je suis de nouveau entier qu’il faut m’oublier ! J’ai froid moi ! Je ne suis plus de bois ! geint Armand, encore étendu sur le sol.
    Négligemment, j’esquisse un geste pour lui jeter ma veste, mais je me ravise. Accroupie à côté de lui, je la lui passe sur les épaules. Rouge et gêné, il n’ose me dévisager.
    – Il me semble que tu le mérites. Par contre, pour les bleus. Navrée, je n’ai pu faire autrement. Mais avec un peu de crème, il n’y paraîtra plus.
    – Hum. Il est en effet, tout à fait, inutile de nous étendre plus longtemps sur ce point, je crois, marmonne-t-il.
    – Bah, ce n’était que jeunesse fougueuse et dangereuse, répliqué-je.
    Cependant, il n’a pas le temps de me répondre qu’une tornade blanche surgit et l’enlace. Pudique, je détourne le regard et m’en vais retrouver Lucifer occupé à déblayer ce qu’il reste du bar. Penché derrière le comptoir, il jaillit, deux tulipes ébréchées entre les doigts.
    – Qu’est-ce que ce sera pour vous, gente demoiselle ? Un Blue Moon ? Ou bien…
    Mais il s’interrompt soudain et pose un doigt sur mes lèvres, avant de s’éclipser.
    – Merci, Abélia, murmure alors une voix derrière moi.
    Perdue dans mes pensées, je sursaute presque et découvre une Ophélia échevelée, précédé par un Armand, encore emmitouflé dans ma veste, bien trop grande, pour lui. Un sourire en coin, j’invite Ophélia à me suivre.
    – Non ! Toi tu restes là et tu attends le retour de Lucifer, m’exclamé-je comme Armand fit mine de nous suivre. Nous avons à discuter toutes les deux ! Loin de tes oreilles !
    – C’est bien la peine de te remercier, grommelle-t-il.
    Mais j’ai tôt fait de le réduire au silence en déposant un baiser sur sa joue de chair. Abasourdi, il demeure coi tandis que nous nous éloignons toutes les deux. Au centre de la pièce, l’orgue se dresse dans toute sa majesté. Au-dessus, j’aperçois encore les chaînes par lesquelles Lucifer était suspendu.
    – Alors Ophélia, comment allez-vous l’appeler ?
    – Tu as l’ouïe bien trop fine, jeune fille. Armand se doute de quelque chose, mais il n’est sûr de rien.
    Je souris. Je pense soudain à la ville, Schwartztotenkopf, la cité des Crânes Noirs, écrin étrange pour ce magnifique instrument.
    – Tu ne m’as pas répondu, lancé-je, les yeux perdus dans la contemplation.
    – Hierominus, si c’est un garçon, Abélia, si c’est une fille, me glisse-t-elle. Vous êtes des superhéros, non ?
    Je pouffe de rire.
    – Si tu veux. Allons rejoindre ces messieurs, je suis sûr qu’ils s’impatientent.
    Au comptoir, Lucifer, tout sourire, nous attend, Armand à ses côtés, en grand appareil.
    – Si ces dames veulent bien prendre place, susurre ce dernier comme il nous convie à nous installer autour d’un salon de fortune.
    – Que nous vaut…
    Mais je n’ai pas le temps d’achever ma phrase que Lucifer s’avance vers moi, l’air grave. Il me contemple de longues minutes, puis rougit au point que de la fumée jaillit hors de son costume.
    – Ma parole ! s’exclame Armand, hilare. Tu es le prince des Ténèbres et tu es en fait encore plus timide qu’un spectre qui hanterait sa première maison.
    En effet, Lucifer ne bouge plus et son costume commence à prendre feu, si ce n’eut été l’intervention prompte d’Ophélia qui le tire de sa torpeur.
    – Alors, nous attendons, ô seigneur démon plus rouge que le fessar d’un quatorze derrières.
    Penaud, Lucifer exhibe une boîte couleur carmin et me la tend sans mot dire.
    – Je crois que je ne serai jamais doué que pour commander mes légions de démons, soupire-t-il à l’adresse d’Armand.
    – Et si je vous disais oui, seigneur des 666 légions, lui glissé-je comme j’attrape sa figure et colle mes lèvres sur les siennes.
    Aussitôt, un torrent de flammes nous enveloppe, puis disparaît aussi vite qu’il est apparu.
    – Hé bien ! J’ignorai qu’embrasser un démon pouvait générer ce gendre de désagrément.
    Lucifer se recule et sourit.
    – Tu te trompes Abélia. Ce genre de chose n’arrive qu’une fois dans la vie d’une créature de mon espèce. Ce que tu as vu est mon essence et elle vient de se consumer. Enfin, je ne serai plus un être enchaîné, tu m’as délivrée.
    – Mais… mais… comment ? bafouillé-je.
    – Rah ! s’écrie Armand. Il te faut un dessin en plus. Le prince embrassa la princesse et la délivra de son sortilège.
    – Quel romantisme ! s’exclame, Ophélia. Non vraiment ! Heureusement que ta demande en mariage avait plus de classe, mon amour.
    – Et comment ! N’ai-je point ravi le joyau de la tête de l’hydre de l’Herbe pour en sertir la bague qui scintille à ton doigt ?

Texte publié par Diogene, 31 mars 2018 à 22h32
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