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Tome 1, Chapitre 24 « Le Secret du Petit Chaperon Rouge » Tome 1, Chapitre 24
Une joie mauvaise imprègne la voix qui sourde dans le noir.
    – Comme tu as de grandes oreilles ! déclame une fillette.
    – C’est pour mieux t’entendre mon enfant, rétorque celui qui se dissimule derrière son voile de ténèbres.
    – Va-t’en ! hurlé-je.
    Mais aucun son ne sort de ma gorge ; je suis muette.
    – Comme tu as de grands yeux ! poursuit la petite fille.
    – C’est pour mieux te voir, mon enfant, susurre la voix infernale.
    Je le supplie de cesser, mais de ma gorge ne jaillissent que des gargouillis étouffés.
    – Comme tu as de grands bras ! s’étonne-t-elle.
    – C’est pour mieux t’embrasser mon enfant, ronronne la présence.
    Dans moi poitrine je sens mon cœur se déchirer. Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi suis-je là ?
    – Pour voir, me souffle soudain une voix que je ne reconnais pas.
    – Comme tu as de grandes dents ! s’exclame la fillette.
    Pour voir ! Voir quoi ? Voir l’amère vérité de ma destinée brisée. Non ! Jamais ! Le loup me contemple de ses yeux incandescents ; il me sourit et ce sourire dévoile ses dents avides de déchiqueter ma chair meurtrie. Pourtant rien ne se passe ; il demeure là à me fixer de ses prunelles au fond desquelles brûlent d’immenses flammes incandescentes.
    – Pourquoi as-tu fait cela, Abélia ?
    Surprise, je regarde autour de moi. Le loup n’est plus là, à sa place se tient une petite fille qui me fixe de ses grands yeux tristes.
    – Qu’ai-je fait ? balbutiais-je.
    Soudain inquiète, je lève une main, elle n’a plus rien de moi-même ; c’est celle d’une bête.
    – Pourquoi as-tu tué la bête ? répète la fillette.
    – Je… j’ai fait…
    Je n’achève pas ma phrase, une ombre-loup se détache de la petite fille qui se tient sur mes genoux.
    – Tu vois, tu l’as faite fuir et elle est partie. Maintenant, je suis triste.
    Des larmes roulent le long de ses joues. Comme je veux les essuyer, elle donne un violent coup sur la patte.
    – Pas toi, car tu es méchante. Tu es méchante, car tu l’as chassée.
    – Qui ai-je chassé ? lui demandé-je du ton le doux qu’il m’est permis.
    Pour toute réponse, elle pointe du doigt l’emplacement de mon cœur.
    -- Toi, soupire une voix que je ne connais que trop.
    Toi ! Mais pourquoi ?
    Hélas, tout n’est pas ta faute Abélia. Quelqu’un qui savait que tu représenterais un danger pour lui t’a un jour tendu un piège et t’a fait croire que tu avais dévoré le petit chaperon rouge. En vérité, ce jour-là tu m’as dévoré et chassé, condamné à ne demeurer qu’une ombre dans ton esprit qui, à jamais, t’aurait tourmenté.
    Alors pourquoi es-tu là ? Pourquoi ne me dis-tu cela que maintenant ?
    Il éclate de rire ; encore une fois, il se moque de moi.
    Pardon, tu ne peux savoir. Cependant comme tu es allé à rebours, tu as pénétré l’ombre de la Tour des Mille Vents et ce faisant tu t’es rendu là où naissent les ombres, dont je fais partie.
    Que veux-tu dire ? Explique-toi !
    Pour toute réponse, il pointe du doigt un livre ouvert. Curieuse, je m’approche et découvre une magnifique illustration.
    Gustave Gravé.
    Un loup vêtu d’une robe de chambre et d’un bonnet de nuit remonte un drap sur ses épaules, tandis qu’une petite fille s’est glissée dans son lit.
    Qu’est-ce ?
    La vérité, Abélia.
    Quelle vérité ?
    En face de moi, les yeux de l’ombre s’allument et s’illuminent de mille feux. C’est le regard d’un prédateur, d’un dévorateur.
    Il faut savoir accepter sa nature, Abélia.
    Je contemple ma main ; fine comme celle d’une sylve, elle se couvre de fourrure.
    Ma nature ?
    L’autre se contente d’étirer un sourire carnassier, puis s’écarte et découvre un immense miroir dans lequel se reflète une scène d’horreur de chaos. J’aperçois mon corps jeté contre un pan de mur sur lequel s’acharne le démon chromatique, Lucifer se tord au bout de ses crochets et Ophélia sanglote, la tête d’Armand entre les bras. Des larmes coulent le long de mes joues.
    Tu es le spectateur. S’il demeure passif pendant la pièce, il se lève et applaudit lorsqu’elle s’achève.
    – Alors mulouve ! s’écrie mon bourreau, comme il me balance au milieu des décombres. Au tour de ton amie la Melnibonéenne.
    Mon corps n’est plus qu’une plaie ouverte. Au travers de mes paupières tuméfiées, un mince filet de lumière me parvient. Le visage meurtri, Hierominus me supplie du regard de le pardonner ; je lui souris et me relève malgré la douleur qui m’irradie.
    – Est-ce donc tout ce dont tu es capable ? ricané-je. Tu ne m’as même pas fait jouir ! T’aurais quand même pu faire un effort, membré comme tu es. Achève au moins le boulot avant de t’en prendre à une autre.
    – Encore debout, hein ! T’en veux encore ! grogne-t-il, comme il me balance son pied dans les côtes et me coupe le souffle.
    Je vole au travers de la salle et heurte une table qui se brise sous l’effet du choc. Pourtant, je m’en moque et me relève comme si de rien n’était.
    – Tu sais quoi ? T’es vraiment un mauvais coup au pieu, insisté-je.
    Je chancelle ; mes jambes se dérobent sous moi et je tombe à genou. Furieux et sûr de lui, son engin démesuré brandit dans ma direction, il s’approche de moi.
    – Échec, ricané-je, comme je mords à pleines dents dedans et lui arrache d’un coup sec.
    Un instant, il me fixe, interdit, jusqu’à ce que la douleur le tire de sa torpeur.
    – Ma queue ! hurle-t-il. Qu’as-tu fait, garce !
    Un pied sur la chose encore turgescente, je lui souris.
    – Pas ce que je t’ai fait. Ce que nous t’avons fait.
    Mais je ne lui laisse pas le temps de répliquer, notre poing est déjà parti en direction de sa mâchoire qui vole en éclat.
    – Que disais-tu ? Je n’entends rien ? l’interrogé-je, le talon sur le plexus solaire.
    – Oh ! Tu souffres ! Vraiment, tu m’en vois navré ; j’entends l’os craqué doucement, tandis que sa figure devient blanche.

Texte publié par Diogene, 13 mars 2018 à 20h25
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