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Natalia rattrapa de justesse le bol de soupe en bois sculpté qu’elle tenait de sa grand-mère ; rien ne l’aurait plus chagrinée que de perdre ce merveilleux souvenir. Bien sûr, elle se souvint que rien n’était acquis pour toujours. C’était même l’un des dictons qu’elle lui répétait en permanence lorsqu’elle venait à pleurnicher pour des raisons qui lui paraissaient obscures.
    Le lutin l’observa avec attention, amusé de la voir jouer les équilibristes sur le rebord de la chaise en bois ; le regard rieur en disait long sur ses intentions, mais la fillette lui tint tête :
    « Arrête immédiatement ! »
    Amusé et occupé à chercher quelle serait sa prochaine farce avait le regard agité ; ses yeux d’un bleu cyan du plus bel effet et qui contrastaient avec la touffe de cheveux mordorés, le lutin replaça correctement son bonnet avant de se lancer à l’assaut de la table de cuisine.
    La petite pièce avait les fenêtres fermées et Natalia savait que Maman ne rentrerait pas avant une bonne demi-heure, aussi voulait-elle se débarrasser au plus vite du vilain farceur pour enfin pouvoir ranger chaque chose à sa place et nettoyer les désastreuses conséquences des farces du bonhomme pas plus haut qu’une boite de conserve.
    « Ne bouge plus ! ordonna-t-elle mollement. Ce n’est pas toi qui devras expliquer ce désordre. »
    Le lutin pouffa une nouvelle fois et prit appui sur le pied de la chaise qui se trouvait sur la droite de la fillette pour se réceptionner sur le bois de la table ; son saut était une chose aisée qui surprenait chaque fois Natalia par l’agilité dont faisaient preuve ces créatures à la peau blanche et au rire enfantin.
    Elle vit soudain la fourchette s’élever devant elle, l’un des beaux couverts que Maman sortait d’ordinaire le dimanche tant il étincelait ; l’argent était un minerai qu’affectionnaient particulièrement les lutins de Mafourche. Il se disait même que, dans les contrées dont ils sont originaires, leurs villages étaient entièrement faits de couverts d’argent dérobés à des hommes peu soucieux de ranger leurs affaires.
    Pour Natalia, il était totalement hors de question de laisser la petite créature dérober ainsi ses affaires ; elle bondit de sa chaise, reposa le bol sur le sol et sauta sur la créature. Yeux fermés et mains jointes, elle ne sentait que la paume de ses mains serrées l’une contre l’autre et le rire tonitruant du petit être mal fagoté la ramena à la réalité.
    Ouvrant ses paupières, elle découvrit l’étendue de la supercherie et regretta un instant de ne pas avoir compris avant quel était le but de la manœuvre. Était-ce cela, le remords ? Elle vit la créature lui adresse un baiser charmeur et sauter à pieds joints de la table ; il disparut quelques instants de son champ de vision puis elle se laissa glisser sur le sol froid de la cuisine.
    L’odeur de la soupe froide lui titillait les narines et les vits l’ombre du lutin se faufiler au dehors par la chatière toujours ouverte. Secouant sa tête de gauche à droite pour reprendre ses esprits, Natalia approcha de la porte et se hissa sur la pointe des pieds pour voir ce qui se tramait au-dehors : la nuit noire s’était abattue sur le jardin et le parfum des fleurs s’était envolé depuis les dernières lueurs du soleil couchant.
    Non, Maman lui avait interdit de quitter la maison en pleine nuit, ne serait-ce que pour faire rentrer Poulette, son chaton insupportable et ronchon.
    
    Mais comment allait-elle réagir en découvrant la disparition de la pièce d’argenterie ?
    Natalia savait bien qu’elle serait déçue et ne croirait surement pas cette histoire de lutin farceur dérobant une fourchette ; non, elle croirait sans doute que la fillette l’avait perdue en jouant avec, malgré l’interdiction formelle qu’elle lui avait pourtant donnée.
    Résolue à ne pas laisser cette maudite bestiole faire ce qui lui chantait, elle tira sur la poignée et la porte s’entrouvrit ; l’air frais s’engouffra dans la pièce et un frisson la saisit. Non pour la fraîcheur ou l’odeur du sous-bois qui se répandit autour d’elle, mais parce que la nuit l’inquiétait au plus haut point !
    Avec appréhension, elle posa un pied sur le bois de la petite terrasse puis un autre maladroit. Les grillons s’en donnaient à cœur joie en cette belle nuit d’été. Puis, le coassement tonitruant d’une grenouille trop proche la fit sursauter.
    « Je n’ai pas dit mon dernier mot ! dit-elle pour se donner du courage. Tu n’as pas le droit de prendre ce qui n’est pas à toi. »
    Penaud, le lutin fit de nouveau son apparition au détour d’un bosquet, tout sourire ayant quitté son visage rond et lisse. Il n’avait rien de plus que l’air d’un enfant pris en défaut et qui savait que le courroux de ses parents allait bientôt s’abattre sur lui.
    « Te voilà ! » dit-elle avec moins de conviction.
    La fillette fit quelques pas en direction de la pelouse et posa un pied dans l’herbe humide et molle ; la sensation la fit tout d’abord frémir puis elle trouva cela agréable.
    « Rends-moi ça, s’il te plait. »
    Le lutin faisait la moue, une lueur de malice dans les yeux et quelques lueurs rosées apparurent derrière lui : les lucioles dorées à la luminescence rougeoyante ouvraient un passage vers son monde.
    Se pouvait-il qu’il s’échappe sans mot-dire ? Sans lui rendre cette petite chose qui lui revenait de droit ?
    Le sourire malicieux habilla de nouveau le visage de la créature silencieuse qui adressa un clin d’œil à la fillette puis sauta dans le portail menant à cet autre monde : cercle d’eau suspendu dans l’air entre les lucioles qui l’avait fait apparaître.
    N’écoutant que son courage, elle fit quelques pas en avant et observa la surface du portail avant de sauter dedans.

Texte publié par Théâs, 31 juillet 2017 à 20h45
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