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Tome 1, Chapitre 7 « Fiona » Tome 1, Chapitre 7
Si le mariage vise chez les gens ordinaires la simple reproduction de l’espèce, chez les supérieurs il revêt une toute autre importance.
    Il s’agit de préserver la valeur de la lignée concernée. C’est pourquoi un supérieur choisit toujours judicieusement son épouse, et la traite avec l’égard qu’elle mérite.
    
    Extrait du traité sur l’organisation sociale

    
    
    Le soldat de la coalition passa juste sa main sur son épaule dans l’intention de la faire avancer, pendant qu’il observait les alentours. Ce simple contact la révulsa. Même si elle n’avait rien à craindre de lui grâce au poison, Fiona ne supportait pas qu’il la touche.
    
    A vrai dire une seule personne le pouvait encore. Ça avait été d’autant plus dur de quitter Ganelon. Mais il fallait fuir le monstre.
    
    Avant dans les contes le monstre, la sorcière, le grand méchant était le seul type de personnage, dont elle ne croyait pas à l’existence. Des créatures aussi horribles ne pouvaient pas être réelles.
    
    Par contre les preux chevaliers eux étaient absolument authentiques. Fiona en épousa même un. Comme Arthéon était beau dans sa tenue de cérémonie toute blanche. Après ils devaient dormir ensemble et un bébé apparaitrait.
    
    Sauf qu’une fois tous les deux dans la chambre nuptiale Arthéon se transforma. Un serpent sortit de son pantalon. Il s’introduisit en elle, la fit saigner, et la dévora de l’intérieur. Jamais Fiona n’aurait imaginé une telle douleur.
    
    Même ses propres parents ne l’écoutaient pas au sujet de la transformation d’Arthéon en monstre. Ils lui parlaient de devoir conjugal, de lignée, du rôle de la femme....
    
    Au milieu sa détresse Fiona ne reçut qu’un seul soutien : le guérisseur du chateau, qui fit taire la douleur entre ses jambes. Il lui rappelait un peu cette bonne fée aidant la pauvre fille en détresse.
    
    Alors elle lui parla du serpent d’Arthéon. Au début Ganelon ne semblait pas la croire. Car il ne réagit pas. Puis un peu plus tard il réapparut, et l’emmena. Commença alors un étrange voyage. Fiona rencontra d’étranges créatures vertes, et découvrit une gigantesque cité. Arthéon la traqua avec une armée entière, elle une simple gamine. Dans aucun de ses contes elle avait lu des choses aussi incroyables.
    
    Mais toutes les histoires ont une fin.
    
    Rien ne semblait arrêter le monstre que se soit les orcs si forts ou les hauts murs d’Ishtar. Ganelon afin qu’elle lui échappe enfin la transforma. Des cheveux courts et de nouveaux vêtements, et voilà que Fiona était un garçon.
    
    Dommage que ce sort eut un coût. Ganelon ne pouvait pas l’accompagner cette fois-ci. Il prétendait ne pas avoir les talents de combattants nécessaires pour franchir les lignes ennemis, et être trop facilement reconnaissable.
    
    Aucun de ses arguments ne trompa Fiona. Son regard éteint était éloquent. Il avait perdu le goût de vivre.
    
    Elle aurait voulu rester à ses cotés. Mais Fiona craignait tellement le retour du serpent. Aussi déchirante soit-elle, cette séparation demeurait donc inévitable.
    
    C’est ainsi que Fiona se retrouva à suivre le soldat en dehors de la citadelle. Bien que les combats fassent rages, les deux fuyards n’eurent pas de soucis dans un premier temps.
    
    Les ishtariens s’en prenaient en priorité aux engins de siège. Quant aux membres de la coalition, comme prévu l’accompagnateur de Fiona fit parfaitement illusion. Après tout il était des leurs.
    
    Gernot trouva tout de même curieux que l’armée d’Arthéon ait tant de mal à repousser les quelques combattants ishtariens restants.
    
    En avançant dans la ville avec Fiona il entendit des bruits familiers de cliquetis d’aciers et de cris de guerre. Ainsi une partie de la coalition était occupée ailleurs.
    
    D’où venaient ces renforts ennemis? Arthéon était lié à tous les souverains des terres de l’ouest disposant d’une puissance conséquente. Gernot n’eut pas le temps d’étudier la question. Son mal de ventre lui rappelait l’urgence de la situation.
    
    Il reprit donc sa marche dans les rues d’Ishtar en prenant bien soin de contourner le lieu de l’affrontement. Brusquement il les croisa à un carrefour. Ces trois hommes s’étaient éloignés des combats pour déserter, piller, ou frapper derrière les lignes.
    
    Ils portaient d’étranges vêtements bouffants de couleur bleu pâle sans aucune protection. Toutefois leurs longues épées courbes indiquaient, qu’il s’agissait bien de combattants. Le plus étrange demeurait leurs peaux foncées. Ils devaient appartenir aux peuples au-delà des montagnes.
    
    Malgré toutes ces différences, Gernot de par leur façon de se mettre en formation et de brandir leurs armes, perçut en eux de véritables guerriers.
    
    Trois ça faisait tout de même beaucoup. Gernot savait que ses seuls talents de combattants ne suffirait sans doute pas.
    
    Le trio adopta une disposition en triangle. Cette tactique consistait à ce que celui en pointe capte l’attention de l’adversaire et pare les coups, tandis que les deux autres frappaient sur les cotés. Par chance Gernot connaissait déjà cette ruse. Il fonça avec sa lance sur le combattant au centre, puis dévia brusquement sa course en direction de l’autre guerrier sur la droite.
    
    L’homme en pointe amorçant un blocage, n’eut pas le temps de frapper Gernot au passage. Quant à celui de droite prit de court également, il se fit percer le ventre.
    
    Dans sa situation Gernot ne pouvait pas se permettre le moindre ralentissement. Il extirpa brutalement sa lance, puis enchaina avec par un balayage au niveau des jambes.
    
    Cette frappe perturba l’attaque du soldat en pointe. Il parvint tout de même à éviter la chute par une roulade et atterrit plus loin.
    
    L’autre combattant ayant conservé son emplacement initial, Gernot se retrouvait avec un adversaire de chaque coté. Il était quasiment foutu. A peine prêterait-il son attention à l’un que l’autre en profiterait.
    
    Dans l’ardeur du combat tout le monde avait oublié Fiona. A vrai dire ça avait toujours été plus ou moins le cas le long de son existence. Au mieux on la considérait comme un objet décoratif, un instrument d’alliance, ou un futur outil de reproduction.
    
    Fiona elle n’oubliait pas la traque dont elle était l’objet. Le serpent ne devait pas la rattraper. Le danger lié au combat, et le meurtre paraissaient insignifiant en comparaison. Elle souleva péniblement le cimeterre du mort et au prix d’un énorme effort parvint à se jeter sur l’un des ennemis.
    
    Fiona s’étala dessus avec la lame. Lorsqu’elle se releva, elle réalisa la présence de sang. Elle y était parvenu. L’homme était décédé.
    
    Profitant de cette diversion Gernot attaqua le troisième guerrier. Il s’en tint à sa nouvelle résolution : faire de l’escrime. Ses piques légères et vives déstabilisèrent rapidement son adversaire. Parant difficilement il recula, et se retrouva acculé contre un mur.
    
    Le moment du coup de grâce était venu. Le maitre d’arme ne racontait pas de bêtise finalement. Gernot exécuta la frappe fatale. Soudain son ennemi gagna en vitesse, et détruisit d’un coup de sabre la lance.
    
    Le pauvre soldat s’était bien fait possédé. Il dégaina alors son épée courte. Il fallait regarder la réalité en face. Son rival disposait d’une arme supérieure à la sienne, qu’il maitrisait apparemment mieux.
    
    Que fait-on face à un tel désavantage ? Gernot lui tourna immédiatement les talons son ennemi après lui.
    
    Dès qu’il pénétra dans la ruelle à proximité, Gernot se retourna. Il en fallait plus pour surprendre son adversaire, qui abattit son lourd cimeterre. A cause de l’exiguïté de l’endroit la longue lame racla les murs durant sa frappe. Ce ralentissement permit à Gernot d’embrocher son adversaire.
    
    Malgré la discrétion exigée par sa tâche, il ne put retenir un cri de victoire. Ça s’était joué à un cheveu, mais il était parvenu. Sa ruse avait fonctionné.
    
    Sa joie expulsée le soldat en revint à son objectif initial.
    
    « Gamin ! » Cria-t-il avant que Fiona réapparaisse brusquement comme un spectre.
    
    La marche reprit. La ville avec ses rues étroites ombragées finit par laisser place à une plaine ouverte et ensoleillée. Ce spectacle était annonciateur d’espoir. Le serpent ne la retrouverait plus désormais. Elle en était persuadée.
    
    Pour Gernot l’avenir était tout autre. Où était le passeur censé les attendre, et lui donner l’antidote au poison de Ganelon ?
    
    Comment avait-il pu être aussi bête ? Ce mensonge était tellement gros.
    
    La douleur à son ventre le relança. Il se recroquevilla les larmes aux yeux. Il aurait tant aimé survivre. Pour une fois qu’il détenait une véritable raison de le faire.
    
    Fiona ne lui prêta aucune attention. C’était un méchant homme, puisqu’il servait le monstre. Seule la magie de Ganelon l’avait poussé à l’aider. Elle trouva facilement le chemin indiqué par Ganelon. Il lui avait fournit aussi une carte, de l’argent, et de la nourriture.
    
    Son errance serait pénible, jusqu’à ce qu’elle sorte des terres de l’ouest. Elle en avait parfaitement conscience. Paradoxalement une certaine joie l’habitait. Elle n’était plus la princesse attendant son libérateur, mais le héros partant à l’aventure.
    
    C’était tout de même un meilleur rôle.

Texte publié par Jules Famas, 29 juillet 2017 à 14h23
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