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Tome 1, Chapitre 6 « Ganelon » Tome 1, Chapitre 6
Le perfide Ganelon était un homme de grande taille et très mince. Il portait en permanence une longue toge sombre comme son âme. Son visage était dominé par un long nez aquilin et une fine moustache noire. Ces longs cheveux dégarnis sur le devant étaient ramenés en arrière. Quant à ses doigts ils présentaient la particularité d’être crochus.
    
    Extrait de la première guerre du royaume

    
    
    Même si un espoir demeurait, la crainte était palpable à l’intérieur de la citadelle. Les quelques hommes armes n’étant pas de garde erraient dans les couloirs les regards baissés. Les femmes serraient leurs enfants, comme s’ils risquaient de disparaitre à tout instant.
    
    Aucune armée dans toute l’histoire d’Ishtar n’était parvenue à franchir ses prestigieux remparts. N’était-ce pas le signe annonciateur de grands changements ?
    
    Thorne le représentant des forgerons lui ne se laissait pas abattre. Même si du fait de ses activités politiques il travaillait moins sur sa forge, il conservait une bonne carrure allant de pair avec son caractère volontaire.
    
    Tout comme les autres Thorne ignorait de quoi l’avenir serait fait. Par contre il savait qu’attendre passivement n’arrangerait rien. Or la réunion avec les autres rescapés du conseil municipal lui avait donné exactement cette impression. Un long, un trop long débat juste pour suivre au final les indications du chef de l’armée ishtarienne. Pourtant on ne pouvait pas dire que les troupes venaient de briller dernièrement. Elles n’avaient même pas été capables de tenir la meilleure muraille des terres de l’ouest.
    
    Thorne décida de chercher conseil auprès d’une personne s’étant montrée particulièrement avisée face à la menace incarnée par la coalition.
    
    Ganelon étant un guérisseur, logiquement il devait se trouver à présent dans le réfectoire transformé en hôpital de fortune.
    
    Le vieux forgeron qui avait donné de sa personne sur les palissades, eut l’impression d’être de nouveau sur le champ de bataille. Du sang, des cris de douleurs, des blessés, et des cadavres. Toutefois il existait une différence de taille : l’absence d’ennemis à combattre. Thorne se sentit si impuissant face à ce spectacle, qu’il circula vite entre les tables transformées en lits.
    
    De part sa hauteur il distingua rapidement parmi la foule la chevelure blonde filasse de Ganelon. C’était le seul élément de son physique le distinguant un peu. Sinon il était mince et de taille moyenne. Il portait toujours le pourpoint marron tout simple avec lequel il était venu.
    
    Les importantes tâches de sang le recouvrant suggérait que Ganelon s’affairait depuis déjà un certain temps. Le regarder travailler constituait un spectacle curieux. Ses geste étaient vifs, précis, et énergiques. Pourtant son visage paraissait comme éteint.
    
    L’étrange gamine avec laquelle il était venu, se trouvait encore à ses cotés. La présence de cette fille de douze ans mettait Thorne très mal à l’aise. Personne ne l’avait entendu prononcer le moindre mot. Avec ses longs cheveux blonds ébouriffés, son visage pâle et inexpressif, et sa luxueuse robe blanche sale et usée, elle faisait penser à une poupée jetée au rebut.
    
    Comme pour en rajouter à son étrangeté elle semblait totalement insensible au spectacle se déroulant sous ses yeux. Comment une enfant pouvait-elle regarder toute cette souffrance sans réagir ?
    
    « Ganelon vous êtes occupés ? » Dit Thorne en faisant fi de la sinistre poupée.
    
    « Plus maintenant. » Répondit tristement le guérisseur en fermant les yeux du colosse verdâtre allongé sur la table. « C’était le dernier orc. »
    
    « Que le doux Erlik emporte son âme. » Déclara le forgeron.
    
    Erlik était un vent du nord se manifestant durant l’été. Il était peu violent, et rafraichissait les rues. Même s’il ne s’était pas vraiment mêlé à ces étranges orcs, Thorne les avait vu combattre à ses cotés. Cela méritait bien un peu de respect.
    
    « Que désirez-vous Thorne ? »
    
    « Et bien...» Commença à dire le forgeron avant de passer brutalement à autre chose. « Mais à coté de vous, c’est un soldat de la coalition. Et il a des bandages ! Vous soignez un ennemi ! »
    
    « J’ai besoin de lui. »
    
    Même si les mots étaient énoncés avec la douceur propre à Ganelon, Thorne comprit qu’il n’obtiendrait aucune précision à ce sujet. Il décida donc d’en revenir à la raison initiale de sa visite.
    
    « La situation est vraiment critique. Comme vous connaissez bien l’armée ennemie, j’ai pensé que vous auriez peut-être une idée en réserve. »
    
    « Nous avons déjà une. Rappelez-vous. »
    
    « Ce plan réclame du temps. » Murmura Thorne en se penchant vers son interlocuteur afin de ne pas propager la panique. « Si la coalition attaque maintenant, on ne tiendra pas jusque là. »
    
    « L’homme dirigeant la coalition n’est pas un de ces guerriers ivres de victoires et de carnages. Il pense avoir l'avantage, et va donc attendre pour mettre le maximum de chances de son coté. »
    
    « Vous parlez du comte Arthéon ! » S’exclama Thorne surpris, qui connaissait ce supérieur de réputation.
    
    « Absolument pas. »
    
    Vue la gravité de la situation le forgeron était en droit d’employer la force afin d’obtenir des précisions. Présentement il n’en voyait pas l’intérêt. Ganelon était trop impliqué pour trahir les ishtariens maintenant. De plus sa propre sécurité était également en cause. Ses affirmations étaient donc fiables.
    
    Par conséquent Thorne n’insista pas, et alla s’occuper ailleurs.
    
    Quant à Ganelon il continua sa pause. Une race exterminée et une des plus grandes cités des terres de l’ouest ravagée, ça faisait tout de même beaucoup à encaisser.
    
    Son regard finit par se fixer sur Fiona. Et dire que cette petite fille était à l’origine de tout cela.
    
    Dix ans ! Pendant dix ans Ganelon avait accepté les pires compromissions pour Roland et son fameux projet : les terres de l’ouest unifiées, et la disparition des guerres féodales.
    
    Roland lui avait tout de même enseigné l’écriture en guise de remerciement. Grâce cela Ganelon pouvait tenir l’une des deux grandes exigences de sa mère : la préservation de son savoir. Avec les écrits il ne disparaitrait jamais désormais.
    
    Comment le confident, le complice soumis et amorphe s’était-il transformé si brusquement ?
    
    Pourtant il se chargeait depuis longtemps des « dérives » d’Arthéon. Il n’était pas concevable selon le comte, qu’une femme se refuse à lui. N’était-il pas la perfection ? La virilité ultime ?
    
    Alors Ganelon s’occupait des servantes ayant eu la malchance de croiser Arthéon au mauvais moment. Il les avortait afin d’éviter d’encombrants bâtards, et les soignaient les fois où le comte s’était un peu « emporté ».
    
    Malgré ces « incidents » Ganelon ne s’inquiéta pas lors du mariage. La nuit de noce ne serait que symbolique. Personne ne pouvait être attiré sexuellement par une fille d’à peine douze ans.
    
    Puis on l’appela le lendemain matin. Il vit alors cette fillette à peine formée, allongée nue sur le lit, totalement inerte, et l’entre-jambe en sang. Arthéon pouvant se le permettre, il l’avait donc fait.
    
    Face à cette horreur une autre fille un peu plus âgée revint des souvenirs de Ganelon. Non seulement son père l’avait violée, mais en plus mise enceinte. Ganelon avait débarrassé la malheureuse de la deuxième faute de son géniteur.
    
    A vrai dire ce n’était pas tout à fait exacte. A l’époque il était encore la sage Eliane. Ganelon était une création de Roland. La grande taille et les formes réduites d’Eliane, lui avait donné l’idée de la travestir. Ainsi elle et ses connaissances ne disparaitraient pas.
    
    Car Roland tuait les sages uniquement par obligation pour être en bon terme avec les autres supérieurs convertis au grand ordre. De toute façon s’il avait refusé, d’autres s’en seraient chargés.
    
    Cet enrôlement et ce changement d’identité, constituèrent les premiers compromis de Ganelon.
    
    La détresse de Fiona lui rappela, ce qu’elle était auparavant et surtout la deuxième grande exigence de sa mère. Ce savoir matriarcal devait être mis au service des gens, pas d’un projet politique tordu ou d’une utopie obscure.
    
    Après une décennie de servilité, le contre-coup fut violent. Ganelon avait tant de remords. Elle voulut réparer trop de fautes.
    
    Lors de sa disparition avec Fiona elle ne put s’empêcher de faire un détour jusqu’aux collines du Médir.
    
    Les connaissances des orcs étaient basées sur la tradition orale comme chez les sages. Roland la pensant donc la plus qualifiée, chargea Ganelon de tisser des liens avec les orcs dans le but d’en magasiner leurs savoirs avant leur extermination.
    
    Car la fondation du royaume exigeait une guerre unificatrice où serait démontré les prouesses guerrières d’Arthéon. Or ces orcs isolés sans aucun allié représentaient l’ennemi idéal. Il suffisait juste d’un prétexte comme de tuer quelques fermiers et d’en faire endosser la responsabilité aux orcs.
    
    Ganelon prenait déjà un gros risque en les prévenant. Seulement elle culpabilisait tellement d’avoir participer au projet d’éradication d’un peuple l’ayant accueillit et cotoyé. Par conséquent elle aida pendant le conflit, et emmena les survivants à Ishtar.
    
    Il s’agissait de sa destination initiale. Ganelon savait que le seul moyen d’échapper au réseau d’informateurs de Roland était de quitter les terres de l’ouest. Or chemin le plus court était les chaines de montagnes de l’est. Ganelon comptait donc se joindre à l’une des caravanes marchandes d’Ishtar.
    
    Malheureusement son détour par le Médir avait rendu sa fuite peu discrète. C’est ainsi qu’en plus d’une poignée d’orcs Ganelon amena la coalition à Ishtar.
    
    Par chance Ganelon avait prévu une sorte de sécurité, grâce à laquelle elle improvisa un plan de secours.
    
    Il était évident que la ville d’Ishtar ne s’imbriquerait pas dans le futur royaume. On y ignorait le grand ordre tout comme les supérieurs. Roland étant prévoyant il avait dû au moins commencer à se renseigner sur cette ville. Effectivement en fouillant dans ses affaires Ganelon trouva des lettres envoyées par l’espionne installée sur place.
    
    Elle en prit quelques unes. Si les autorités d’Ishtar lui causaient des ennuis, elle prétendrait être venue les avertir d’une menace grâce à ces documents.
    
    Finalement Ganelon utilisa les lettres pour prouver qu’elle voulait les avertir de l’attaque de la coalition. Au vue de l’imminence de l’assaut il fut facile de faire accepter la présence des orcs au passage. Refuser la moindre aide dans une telle situation, était inenvisageable.
    
    Une situation dont Ganelon était en fait la responsable. Roland n’était pas un va-t-en-guerre (les collines du Médir étaient un cas particulier) surtout face à une ville disposant de murailles de douze mètres de haut. Il avait certainement prévu quelques complots politiques au sujet d’Ishtar.
    
    La croisade de Ganelon était donc un désastre. Tout ce qu’elle pouvait espérer à présent, c’était que la coalition soit chassée d’Ishtar au prix d’un énorme bain de sang.
    
    Au milieu de toute cette noirceur il subsistait tout de même un peu de lumière, l’espoir de faire quelque chose de bien.
    
    Ganelon s’abaissa afin d’être à la même hauteur que Fiona en lui parlant :
    
    « Il faut que tu m’écoutes attentivement. »
    
    La gamine hocha de la tête sur laquelle on distinguait la gravité d’une adulte.

Texte publié par Jules Famas, 27 juillet 2017 à 09h28
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