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Tome 1, Chapitre 4 « Rebecca » Tome 1, Chapitre 4
Cette alliance entre humains et orcs étaient si monstrueuse que certains historiens la réfutèrent. Plusieurs d’entre eux émirent une théorie basée sur le fait que Ganelon avait ensorcelé les dirigeants d’Ishtar. D’autres prétendirent que parmi la population certains écoeurés par cette fraternisation impie, soutinrent de l’intérieur les troupes de la coalition.
    Or tout ceci est absolument faux. La cité chaotique d’Ishtar n’a jamais eu de dirigeants. Et aucun des êtres dégénérés de cette ville ne changea de camp. Ils préféraient tous la mort au renoncement de leur mode de vie hérétique.
    
    Extrait de la première guerre du royaume

    
    
    « Bon alors Julian je peux prendre ma soirée ? » Demanda avec une pointe d’ironie Rebecca à l’aubergiste.
    
    L’intéressé grommela un « oui » à contrecœur. Que pouvait-il répondre d’autre face à une telle évidence ? Avec ce siège aucun habitant n’était d’humeur à aller aux putes. Par conséquent l’établissement était désert.
    
    « Ne fais pas la gueule. » Ajouta Rebecca. « Les affaires vont bien finir par reprendre. Tiens files-moi une grande jarre de vin. Je te payerais demain. »
    
    Julian n’était pas du genre à faire crédit. Son employée en se penchant légèrement créa l’exception. Un bon décolleté réglait bien des problèmes. Rebecca possédait aussi un beau visage arrondit. Dommage que les hommes ne regardaient jamais au-dessus de ses seins à une exception près. Mais ça c’était une autre histoire.
    
    Alors qu’elle était sur le pas de la porte Marie une confrère avec laquelle elle partageait une chambre, l’interpella :
    
    « Rebecca ! Ton oiseau ! Il n’est plus dans sa cage. »
    
    « Je l’ai libéré. Je trouvais ça trop cruel. »
    
    Cette explication suffit. Les rares personnes prenant le temps de converser avec Rebecca la trouvaient généralement futée. Rebecca elle ne considérait pas son intelligence comme surprenante. C’était plutôt la bêtise de ses contemporains, qui la sidérait. Un peu de baratin, un peu de poitrine, et tout passait. Le pire est que ça marchait même avec les gens censés diriger comme les marchands ou les supérieurs. Après il ne fallait pas s’étonner que se soit le chaos dans les terres de l’ouest.
    
    Rebecca ayant besoin de discrétion un court moment passa par les petites rues. Celles d’Ishtar étaient sûres même pour les prostituées.
    
    En trois mois de présence elle avait eu le temps de comprendre le fonctionnement de cette cité. Elle était dirigée par un conseil municipal composé des représentants les plus illustres des diverses professions tel que les marchands, les tisserands.... Les propriétaires des maisons closes comptant également parmi eux, ils avaient les moyens de se plaindre si on abimait leur « marchandise ».
    
    Ce qui faisait que les mêmes putes avaient des droits. Durant tous ses voyages Rebecca n’avait jamais vu ça.
    
    Ses origines étaient comparables à celles de Gernot : née en n’étant rien et en ne possédant rien, son avenir s’annonçait comme une vie de labeur lui évitant tout juste la famine.
    
    On sait ce qu’on perd, pas ce qu’on gagne. Vu la teneur de la perte Rebecca préféra arpanter les chemins. Seulement qu’est-ce que dans ce monde une femme avait à offrir ?
    
    Elle préférait se louer que de se fixer. Au moins elle n’aurait pas à supporter le même connard toute sa vie. Toujours dans ce même état d’esprit elle changeait régulièrement d’endroit. De toute façon on réclamait des putes partout.
    
    Elle savait que sa vie n’en serait que plus courte. Lorsque les rides viendraient, et ses fameux seins tomberaient, elle crèverait sûrement de faim. Mais au moins son existence était moins morne que prévue.
    
    En arrivant aux remparts elle ressentit un peu de tristesse. Dire que cette ville allait potentiellement disparaitre. C’était l’endroit le plus agréable dans lequel elle ait vécue. D’un autre coté celà ne relevait de l’exploit vue la concurrence. De toute manière que pouvait-elle y faire ?
    
    Elle s’amena en brandissant la jarre. Les gardes accoururent d’abord, puis se rappelant de leurs tâches, revinrent à leurs places. Les pauvres n’avaient rien de soldats, même s’ils ne manquaient pas de bonne volonté. D’une certaine façon Rebecca avait l’impression de leur rendre service.
    
    Après être venu directement les servir, elle remarqua l’orc en faction. A vrai dire il était difficile de le louper. Lui offrir à boire lui permit de le voir de plus près. Ainsi c’était ça les fameux monstres. Celui-là à part la tête et la couleur de peau, n’était pas très différents des supérieurs aux muscles surgonflés. Il était même mieux. Car il lui manquait l’air arrogant.
    
    Une fois cette tâche effectuée Rebecca traina un peu. De vrais soldats l’auraient chassés du moins jusqu’à ce qu’elle joue encore de sa poitrine. Peu de temps après le poison discrètement versé dans la jarre durant le passage par les petits rues, fit effet. Les protecteurs de cette portion du mur tombèrent alors.
    
    Rebecca s’approcha du bord, et sortit sa bougie. Si son oiseau avec le message était bien parvenu à destination, l’officier en face saurait quoi faire.
    
    Ce qu’elle s’apprêtait à faire n’était-il pas dégueulasse ? Bien sûr que oui. Rebecca en avait parfaitement conscience. Et alors ? Il fallait bien qu’il y ait un vainqueur. L’important pour les pions comme elle, n’était pas quel camp méritait le plus de l’emporter, mais lequel lui rapporterait le plus.
    
    Comment était-elle devenue cette espionne cynique ? A cause d’une simple remarque anodine datant de quelques années déjà.
    
    Des soldats étaient venus s’amuser dans l’auberge où elle travaillait. Parmi eux se trouvait un supérieur accaparé par la lecture. Ces gens là ayant plus de moyens que les autres, Rebecca décida de l’aguicher.
    
    « Oublie tes chevaliers. On n’a mieux à faire mon chou. » Gloussa-t-elle comme l’aimait les hommes.
    
    « Tu sais lire ! » S’exclama alors le supérieur après une courte réflexion.
    
    Effectivement elle avait identifié le mot chevalier sur la couverture de son livre.
    
    Les lettres avaient toujours intriguées Rebecca. Comment ces traces d’encre pouvaient-elles signifier des mots voir des phrases entières ?
    
    Un de ses clients étant un scribe elle avait acquis auprès de lui des bases en lecture contre quelques suppléments. Il s’agissait juste d’un peu curiosité de sa part. Jamais elle aurait prédit les conséquences à venir.
    
    Le supérieur qui se nommait Roland, avait un projet pour lequel elle convenait parfaitement. Il désirait s’informer sur les alliances secrètes d’un baron. Ce baron avait comme on disait le démon du bas ventre. Par conséquent Roland comptait lui offrir Rebecca, qui en profiterait pour lire son courrier en douce. Qui se méfierait d’une simple catin ?
    
    Ce plan fonctionna, et scella l’enrôlement de Rebecca. Car Roland se chargeait avec sa petite équipe des tâches dites de l’ombre auprès d’un puissant supérieur : le comte Arthéon.
    
    Espionne n’était pas un métier facile, et comportait de gros risques. Mais c’était le rêve comparé à une douzaine de types vous passant dessus lors de la même nuit. Et puis ça rapportait nettement plus. Finalement la vie de Rebecca serait peut-être plus longue que prévue.
    
    Son autre motivation se résumait en la personne de Roland. Elle en avait vu des supérieurs. Ils étaient juste bon à partir en guerre pour entasser un peu plus de richesse ou démontrer leurs virilités. Et au milieu de toute cette bêtise crasse émergeait Roland.
    
    Lui il ne fracassait pas les obstacles. Il les étudiait, les défaisait, les contournait... Enfin un chef qui méritait de l’être. Surtout que Rebecca comprit progressivement son objectif final. Il ne voulait pas juste agrandir le fief de son suzerain. Roland visait bien plus haut. Il cherchait une sorte d’union des terres de l’ouest.
    
    Cette soumission voir idolâtrie envers son chef pouvait sembler paradoxale de la part de Rebecca. Son crédo n’était-il pas l’indépendance ?
    
    Sauf que personne ne lui avait imposé ce supérieur. C’était son propre choix. Tout comme de coucher avec lui (gratuitement). Roland non seulement remarquait son beau visage, et en plus comprenait l’utilité du clitoris.
    
    C’était amusant que malgré ce portrait de l’homme idéal en guerrier ultra-viril, son meilleur amant préfère de loin la lecture à l’escrime.
    
    Bref avec cet homme si particulier Rebecca s’était trouvée un équilibre, une cause, et même une sorte de foyer.
    
    Une fois la bougie allumée, elle l’agita en cercle. Les soldats en face perçurent le signal, et s’avancèrent. L’ascension se passa bien. C’était comme à l’entrainement sans ennemi réel.
    
    Lorsque les cinq premiers parvinrent au sommet des remparts, une ombre se mouvait non loin d’eux. Le poison de Rebecca avait été conçu par et pour des humains. Par conséquent la morphologie de Kraor lui permettait de se tenir encore debout.
    
    Ce rescapé risquait de prévenir les défenseurs au loin. Il n’y avait pas à hésiter. Les soldats chargèrent en divers points. Jamais leur adversaire ne pourrait tous les bloquer.
    
    Ils oubliaient qu’un animal blessé est le plus dangereux de tous. Kraor désorienté, affaibli, et sentant venir la mort, exécuta un vaste balayage avec sa hâche. C’était un coup imprécis sans la moindre technique, mais contenant la force du désespoir. Même les deux ayant interposés leurs armes furent éjectés par-delà la muraille.
    
    « Faites de l’escrime. » Gueulait toujours le maitre d’armes pendant les entrainements. « Arrêtez de cogner comme des sourds. Cherchez l’ouverture. Poussez d’abord à la faute par de petites frappes avant de charger. »
    
    Pour Gernot ces conseils n’étaient qu’un ramassis d’absurdités. L’escrime était valable pendant les entrainements ou les duels entre supérieurs. Sur un champ de bataille on ne disposait pas du temps de feinter. Il fallait finir son adversaire au plus vite avant qu’un autre ne vous assaille.
    
    Sauf que chez Gernot l’époque du ça passe ou ça casse était révolu. Il voulait survivre à tout prix. Concentré comme jamais il resta prudemment sur ses gardes, tandis que ses confrères fonçaient. A peine la frappe de l’orc achevée, il s’élança à son tour, et planta sa lance en pleine tête.
    
    « Crève. » Cria-t-il en enfonçant sa pique plus en profondeur plein de rage contre ce salaud voulant lui faire perdre Roxanne.
    
    Le géant vert tomba en arrière. Gernot réalisa alors son exploit. Il était bel et bien parvenu à tuer un orc en un seul coup.
    
    La frénésie du combat passé, il fixa l’échelle de corde, puis en jeta l’autre bout à l’attention des soldats encore en bas. Une longue nuit les attendait.
    
    Et Rebecca dans tout çà ? Elle était déjà partie. En bonne pragmatique elle s’était préalablement aménagée une cachette dans un sous-sol pour la durée de la bataille. La gentille et stupide Marie lui revint alors en mémoire. En cas très probable d’une victoire de la coalition il y aurait des pillages, des massacres, et des viols.
    
    C’était triste et... inévitable.

Texte publié par Jules Famas, 17 juillet 2017 à 07h56
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