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Tome 1, Chapitre 2 « Roxanne » Tome 1, Chapitre 2
Les vérités découvertes et rassemblées par le grand ordre, étaient déjà présentes dans divers domaines. Par exemple les romances des troubadours ont toujours uniquement concernés des chevaliers et des princesses. Car les simples gueux sont bien trop frustres pour comprendre un sentiment aussi élevé que l’amour.
    
    Extrait de traité sur l’universalité.

    
    
    Ca s’était produit peu de temps après l’invasion des collines du Médir. Gernot était cantonné aux abords d’un petit village, dont il aurait normalement dû oublier l’existence une fois partit.
    
    Il s’agissait de la période succédant à la bataille où on reconstituait les effectifs.
    
    Concrètement on amputait, soulait, et ballonnait les blessés. On ramenait aussi quelques pauvres jeunes parfois sous la menace comme Gernot autrefois afin de compenser les pertes. On choppait aussi à l’occasion quelques déserteurs, et les offraient en pâture à leurs anciens frères d’arme histoire de les défouler.
    
    En tant que vétéran, Gernot était habitué à ce genre de spectacle. Même si ça ne le choquait plus, il n’appréciait pas particulièrement. Alors dès que la douleur de son dos s’atténua suffisamment, il décida de sortir en ville avec quelques confrères dans l’intention de s’éloigner de tout çà.
    
    La destination de cette soirée de permission était bien entendu l’auberge locale. Lorsqu’ils la croisèrent sur le chemin, Gernot ne la remarqua même pas. Il ne songeait qu’à ses futurs bières et si possible à sa future pute. Karl un crétin même selon les critères de l’armée, lui observa la malheureuse, et lui vint une idée. Une idée provenant de Karl ne pouvait pas évidemment aller bien loin.
    
    Il poussa la femme dans un cul de sac avec en guise d’explication :
    
    « T’as pas intérêt à gueuler ! »
    
    A quoi ça aurait servit de toute façon. Comme si les paysans des alentours étaient en mesure de s’opposer à des soldats armés et entrainés.
    
    Celà fit rire quelques uns, et indifféra les autres. Karl n’en était pas à sa première « bêtise ».
    
    Du point de vue de Gernot la violence était une fatalité, une corvée, ou une nécessité, mais jamais un plaisir. Par conséquent s’il participait aux pillages, il n’en était pas de même pour les viols. Cet incident lui déplaisant, il tenta une modeste intervention. Après tout ça ne coûtait rien d’essayer.
    
    « Karl, on ne se trouve pas dans un territoire ennemi. » Dit-il « Si le sergent l’apprend, t’auras emmerdes. Puis les putes sont à quelques pas d’ici. Retiens-toi un peu. »
    
    Quelques coups de fouets du sergent, ne constituaient pas un argument suffisant. Karl y était habitué à force. Et puis fauché comme il était, il préférait faire l’économie d’une passe. Toutefois il était possible que Gernot après les mots, passe aux mains. Et le gaillard avait de l’expérience.
    
    « Je ne vais pas me prendre des coups, juste pour un trou. » Pensa élégamment Karl en relâchant sa victime.
    
    Tout le monde resta là. Et la beuverie eut lieu.
    
    Le lendemain matin alors qu’il avait déjà oublié cet incident, on réclama Gernot à l’entrée du camp. De qui pouvait-il bien s’agir ? C’était son premier passage dans cette région. Sa gueule de bois l’empêchait de deviner l’évidence.
    
    Une brune maigrichonne d’environ du même âge que lui l’attendait. Sa tête penchée en avant rabattait ses mèches de cheveux sur le devant empêchant ainsi de distinguer précisément son visage. Sa robe toute simple était surmontée d'un large tablier. Il s'agissait certainement une domestique ou une cuisinière.
    
    Elle s’adressa à Gernot d’une voix hésitante mais dénuée de crainte.
    
    « Bonjour je m’appelle Roxanne. Je voulais vous voir... pour hier soir. »
    
    Heureusement qu’elle apportait cette précision. Gernot l’avait à peine regardé la nuit dernière. Comment était-elle remontée jusqu’à lui ? Sans doute un des autres soldats l’avait appelé par son prénom lors de leur précédente rencontre.
    
    Quelle importance de toute manière ! Elle n’était pas là pour lui causer des problèmes, n’est-ce pas ?
    
    Gernot émergeant toujours laissa à sa visiteuse le soin de poursuivre.
    
    « Je suis lavandière. J’aimerais laver votre uniforme... gratuitement.... en remerciement. »
    
    Le soldat évoluait dans un monde où les délicatesses de ce genre étaient rares. Par conséquent il ne sut rien faire de mieux que de refiler son pourpoint de la vieille tâchée par la nourriture et l’alcool sans ajouter grand chose.
    
    Lorsque l’après-midi il passa comme convenu à son domicile récupérer le vêtement, Gernot avait eu le temps de cuver.
    
    La lavandière logeait dans une petite maison d’une seule pièce. Le genre d’habitation qu’on définissait comme rustique, parce que ça sonnait mieux que délabrée.
    
    A peine le soldat toqua à la porte, que Roxanne ouvrit. Elle ne portait plus son tablier, et avait ramené ses cheveux en arrière. Sans être laid son visage était assez banal mis à part ses grands yeux. Elle semblait bien plus à l’aise que précédemment.
    
    Roxanne décidément sur le qui-vive tendit immédiatement le vêtement en adressant un second bonjour. Avec ses fameux yeux elle fixait intensément Gernot, qui finit enfin par comprendre. Il lui plaisait.
    
    C’était incroyable ! Gernot avait connu un archer (mort depuis piétiné lors d’une charge de cavalerie). Il était grand, et avait une belle gueule. Un geste de lui et les femmes accouraient. Mais lui Gernot l’ordinaire, il ne lui était jamais venu à l’idée de pouvoir coucher avec une femme sans payer.
    
    Face à cette nouveauté il s’adapta comme il put.
    
    « Ca te dirait d’aller à la taverne ? »
    
    C'était pile la chose à ne pas dire. Roxanne avait été marié plusieurs années à un homme alcoolique et violent avant que son vice ne l'emporte. Depuis une taverne était à ses yeux l’antichambre de l’enfer.
    
    « Non. » Répliqua-t-elle d’abord brutalement.
    
    Puis elle se souvint de son mari la battant dans l’indifférence général. Même son propre père lui disait, que si elle s’occupait mieux de son époux, ce genre de chose n’arriverait pas. Ensuite il y avait eu ce menuisier touché par sa détresse. Il avait accepté de lui faire une ristourne sur la réparation de sa porte... en échange d’un paiement en nature.
    
    Et voilà qu’une nuit un miracle était arrivé. Même si sous la panique Roxanne n’avait pas tout saisit, il était clair qu’un homme l’avait défendu et sans rien exiger en retour. L’auteur de cet instant de grâce méritait bien une seconde chance.
    
    « Je préfèrerais qu’on se balade dans le bois. » Ajouta-t-elle.
    
    Cette proposition s’était faite d’instinct. Ce bois était la seule chose à peu près belle dans ce coin paumé. Et justement la lavandière voulait un peu de beauté dans ce rendez-vous.
    
    La scène suivante était à la fois ridicule et touchante. On aurait dit deux gamins empotés à les voir marcher côte à côte sur ce sentier sans savoir quoi se dire ou faire.
    
    Roxanne prit l’initiative de lui saisir la main. Gernot crut comprendre le message, et l’entraina dans les buissons.
    
    Un nouveau miracle se produisit. Alors qu’après avoir rapidement baissé son pantalon, Gernot relevait la robe de la lavandière, cette dernière lui dit :
    
    « Attends. »
    
    Jusqu’ici le sexe pour le soldat, c’était comme se saouler ou pisser : un truc vite fait, qui soulageait. Quant à Roxanne, il s’agissait d’une corvée en moins depuis la mort de son mari. Toutefois avec cet homme si différent, elle crut à une possibilité de changement. Alors elle le fit aller plus doucement et lui prit le visage dans les mains, afin qu’ils se regardent pendant l’acte.
    
    C’est ainsi que dans ces fourrés, ces deux moins que rien aux existences si pénibles découvrirent la signification du mot agréable.
    
    Il faut croire que c’était déjà trop demander. Car peu de temps après le régiment reprit la route. Gernot ne pouvait laisser cette femme derrière lui. Il lui promit de revenir après la bataille, dès qu’il aurait une permission.
    
    Suite à cette annonce la lavandière pleura. Gernot découvrit alors la signification d’un autre mot : exister. Il avait bien sympathisé avec quelques frères d’arme. Mais soyons honnête sa mort les emmerderait un temps (généralement celui d’une beuverie), ensuite ils passeraient à autre chose. Par contre Roxanne elle voulait vraiment qu’il survive.
    
    Gernot était donc plus alerte que jamais, lorsque l’armée parvint aux portes d’Ishtar. S’il n’était en rien un architecte, il avait tout de même déjà vu un certain nombre de fortifications. Et celle lui faisant face à présent les surpassait toutes largement, ne serait-ce que par sa hauteur. Elle atteignait bien à vue de nez au moins douze mètres. A cela s’ajoutait la structure d’une régularité incroyable.
    
    Les engins de siège en fin de convoi ne seraient pas de trop face à cet obstacle. Alors que son régiment se déployait à proximité de la face nord des fortifications de la ville, Gernot fit quelque chose d’inédit de sa part. Il se posa une question.
    
    Qu’est-ce qu’ils foutaient là ? Les catapultes, les béliers... bref tout l’attirail indispensable à l’assaut d’un tel mur se trouvaient encore devant la porte principale à l’est.
    
    Gernot connaissait la manœuvre d’encerclement consistant à détourner l’attention des défenseurs et à bloquer d’éventuels fuyards, pendant que l’attaque se concentrait en un point précis. Sauf qu’une tâche se limitant à faire diversion et à arrêter quelques déserteurs, revenait plutôt à des novices, et non à des vétérans comme l’essentiel de son groupe.
    
    De plus on leur avait fournit des instruments d’escalade. Face à un mur si haut, ils se feraient tous tuer par les défenseurs à peine parvenu à la moitié du chemin.
    
    Des guerriers de la trempe d’Arthéon ou d’Ortwin ne pouvaient pas commettre de telles erreurs. Que se passait-il ?

Texte publié par Jules Famas, 10 juillet 2017 à 07h58
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