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Tome 1, Prologue « La rencontre » Tome 1, Prologue
En ces temps obscurs les hommes étaient stupides et violents. Ceux que l’on appelait les nobles à l’époque tentaient malgré tout de protéger la populace d’elle-même. Puis vint le grand ordre, et l’humanité marcha vers son grandiose destin.
    
    Extrait des origines du royaume.

    
    
    Les cavaliers constituaient l’élite des armées. Il était donc étonnant d’en voir quatre emprunter l’une des routes ou plutôt chemins du Creusin. Cette région forestière et excentrée sans grande valeur désintéressait généralement les seigneurs féodaux et par extension leurs troupes.
    
    Ces hommes d’arme partageaient visiblement ce point de vue. A l’air borné inhérent à leur profession s’ajoutait un autre frustré. Qu’est-ce qu’ils foutaient dans ce coin paumé sans même un bordel digne de ce nom ?
    
    Au milieu d’eux, un homme de vingt ans se distinguait. Plus grand, la tenue et la monture de meilleures qualités, il s’agissait clairement d’un noble ou plutôt supérieur comme on disait désormais. Mieux nourris, mieux entrainés, mieux soignés, les supérieurs faisaient figure de demi-dieux de par leurs seuls physiques. Toutefois celui nous intéressant disposait d’une musculature plutôt fine selon les critère de sa caste.
    
    Soudain la monotonie du voyage se brisa. Tout commença par un sifflement à peine perceptible. Tout de suite après une pierre vint se fracasser contre le crâne d’un des cavaliers. Le tir venait du bois sur la gauche.
    
    Ces soldats étant des novices, ils ne cherchèrent pas loin. On les attaquait. Ils ripostaient. Le terrain n’étant pas praticable à cheval, ils mirent pied à terre, et foncèrent en beuglant.
    
    Seul le supérieur songea au blessé. Seulement assommé grâce à son casque il suffit juste de le descendre de sa monture. Le supérieur put donc vite rejoindre ses subordonnés. Son léger retard lui permit de voir venir l’attaque surprise.
    
    « Les flancs ! » Cria-t-il.
    
    Les deux autres usèrent alors de leurs brancs d'arçon. Ces grandes épées à deux mains servaient aux cavaliers, lorsqu’ils étaient mis à terre.
    
    Celui de gauche effectua un puissant balayage contre les deux silhouettes encapuchonnées surgis des buissons. La coupe éventra celle munit d’un long couteau. Celle à la serpe eut à peine le temps de reculer et de sauver sa vie. Le survivant s’enfonça dans la végétation espérant, qu’elle gênerait cette arme si imposante.
    
    La stratégie de son adversaire se limita à cogner comme un sourd. Et en plus ça marcha. Branches, buisson... rien ne semblait l’arrêter.
    
    Son frère d’arme se montra tout aussi enthousiaste. De son coté il n’avait qu’un adversaire également encapuchonnée et armé d’un vulgaire bâton. Un bon coup de taille réglerait le problème.
    
    Sauf que le bâton accompagna la lame et la dévia sur le coté. Emporté par son élan le soldat releva son arme trop tard. Le bâton virevoltant le frappa à la tête. Puis vint une pique dans le ventre. Son casque, et sa protection en cuir bouilli lui permirent de tenir encore debout. Mais il était bien amoché.
    
    Alors que son ennemi s’apprêtait à le finir, une coupe au niveau son flanc le stoppa dans son élan. En véritable guerrier il supporta sa blessure, et se rua sur son nouvel assaillant. Hélas le supérieur utilisait une épée bâtarde. Moins longue, et moins lourde que sa consœur à deux mains, elle gagnait en maniabilité et en vitesse. Son possesseur devança la contre-attaque en fendant en deux le visage de son ennemi.
    
    De son coté l’autre cavalier avait acculé sa victime, et s’acharnait dessus même une fois morte. C’était son premier réel combat, alors il s’en donnait à cœur joie.
    
    En entendant le « Halte ! » du supérieur, il s’arrêta. Pourtant le noble s’adressait à son confrère s’apprêtant à s’enfoncer dans les bois.
    
    « Il reste le frondeur ! » S’exclama ce dernier.
    
    Le supérieur considérait la bêtise comme immuable. Et il venait d’en avoir la confirmation. Son subordonné après s’être jeté à pied joint dans ce traquenard, s’apprêtait à courser ce frondeur visiblement plutôt doué sans même l’avoir localiser précisément. Un frondeur qui s’il disposait au moins d’une moitié de cervelle, s’était déjà enfuit ou bien caché.
    
    Bref le supérieur renonça à une véritable explication.
    
    « La hiérarchie militaire, ça vous dit quelque chose ? » Se contenta-t-il de dire.
    
    « Oui sire Roland. » Répondit le combattant la tête baissée.
    
    « Je vais quand même rappelez les bases. Je donne les ordres et vous obéissez. Et si je donne pas d'ordre ? »
    
    Ses sarcasmes déroutaient toujours. Les autres officiers eux se contentaient de gueuler et éventuellement de mettre quelques beignes. Le soldat ne sut pas donc quoi répondre.
    
    « Vous ne faites rien. Ce n’est pourtant pas compliqué. »
    
    L’autre cavalier semblait avoir comprit la leçon, car il demanda :
    
    « Qu’est-ce qu’on fait des corps des brigands ? »
    
    « On les laisse. »
    
    Fidèle à ses principes Roland ne précisa pas, qu’il ne s’agissait pas de voleurs. Ces gens s’en prenaient aux marchands et autres voyageurs ordinaires, pas à des militaires. Trop de danger, pour pas assez de profit.
    
    Ce devait être des miliciens. Ainsi ce phénomène spécifique au Creusin subsistait encore. Les habitants de ce territoire délaissé assuraient eux-mêmes leurs propres sécurités au sein de petits groupes. Connus pour leur grande solidarité, les miliciens avaient certainement attaqués les cavaliers à cause de la sage locale ou à la rigueur celles d’avant.
    
    Roland examina le blessé laissé en arrière. Car il disposait d’un savoir médical. A vrai dire il s’y connaissait un peu dans tous les domaines. Chez les familles nobles le fils ainé héritait du fief, et était formé aux arts militaires. Le cadet lui suivait une formation d’érudit selon les besoins du clan. Roland lui avait apprit les mathématiques pour gérer les biens de la seigneurie. Puis la mort de son frère ainé au combat l’obligea à prendre les armes. De part son parcourt atypique associé à sa curiosité naturelle il était devenu un espèce de touche-à-tout.
    
    Les dégâts du cavalier n’étaient pas très graves. Il s’en remettrait bientôt. L’équipage reprit donc la route, et arriva rapidement à destination.
    
    L’endroit était une chaumière dénuée de cultures, d’animaux d’élevage, ou d’un atelier d’artisanat. De quoi vivait son occupant ?
    
    Sans doute alertée par le bruit des chevaux une personne sortie de la maisonnette. Cette femme d’une vingtaine d’années, de grande taille, et filiforme, n’était pas très soignée. Elle portait une robe en tissu épais assez grossier. Ses cheveux d’un blond filasse étaient vaguement attachés dans le dos.
    
    Elle semblait surprise par la présence de ses visiteurs. Les miliciens n’avaient sans doute pas eu le temps de l’avertir avant de monter l’embuscade. Les cavaliers en progrès laissèrent leur chef parler. Juste l’un d’entre eux souffla : « T’as vu la planche à pain. » à son collègue le plus proche.
    
    « Vous êtes bien la sage appelée Eliane ? »
    
    L’intéressée hocha simplement la tête en affichant à présent un air inquiet. Elle commençait à comprendre la situation. A la voir ainsi désemparée Roland repensa à tout ce qu’on racontait sur les sages et leurs terribles pouvoirs magiques. En réalité ces femmes n’étaient rien d’ autres que des accoucheuses et des soigneuses.
    
    La troupe descendit de cheval. Roland s’avança tout en parlant :
    
    « Au nom de...»
    
    « Qu’est-ce qu’on me reproche ? » Coupa la sage sur un ton résigné.
    
    Le supérieur comprit immédiatement le message et abrégea.
    
    « Vous avez débarrassé plusieurs femmes de leurs fruits. »
    
    Face aux sourcils levés de son interlocutrice, Roland choisit un terme plus clair.
    
    « Vous avez pratiqué des avortements. »
    
    « Le grand ordre ? » Répliqua la sage.
    
    Ainsi la prolifération de ce nouveau culte était parvenu même aux oreilles de cette femme isolée. Jusqu’ici les gens étaient animistes. Ils faisaient des offrandes à un fleuve, à une forêt... selon les besoins et les endroits. Puis des érudits mirent au point le concept de l’universalité. Selon ce dogme toutes ces entités ou esprits de la nature étaient liés par un seul ensemble de règles, qui s’appliquaient à tous et à tout.
    
    Les penseurs comme on les appelait, se chargèrent de découvrir ces principes en étudiant les sciences, et la nature. Ils établirent une hiérarchie et des rôles spécifiques pour chacun. Par exemple les nobles devinrent les supérieurs, des sortes de mâles alphas destinés à diriger. Ce qui ne changeait pas grand chose au final, mais renforçait tout de même le régime en place. Quant aux femmes leurs fonctions se limitaient à présent à la maternité et au soutien envers leurs maris. Par conséquent l’avortement était sévèrement réprimé ainsi que toute pratique médicale de la part des femmes.
    
    Bref Eliane n’était plus en accord avec cette société nouvelle. Et le pire est qu’elle l’acceptait. A prendre soin des miséreux du Creusin elle déjà vu plus cruel et injuste, comme cette gamine de treize ans enceinte de son propre père ou cet homme fouetté jusqu’au sang pour ne pas s’être poussé assez vite devant un noble.
    
    Son air blasé malgré sa vingtaine d’années donna à Roland l’impression de voir son propre reflet. Progressivement la taille si exceptionnelle de la sage fit naitre une idée en lui.
    
    Au lieu de la mettre à mort sur place comme les autres, le supérieur ordonna à ses hommes de la surveiller, pendant qu’il fouillait la chaumière. L’intérieur respirait le savoir. Certes on n’y trouvait aucun livre. Où Eliane aurait-telle pu apprendre la lecture et l’écriture ? Mais il y avait toutes ces plantes bien rangées, ces divers ustensiles, ces dessins anatomiques faits au fusain à même les murs...
    
    Après ce voyage avec comme seule compagnie trois soudards, Roland en fut ému. Puis son pragmatisme revint.
    
    « On l’emmène avec nous. Une exécution publique en ville fera un bon exemple. » Annonça-t-il à ses hommes en ressortant.
    
    C’est ainsi que dans ce trou paumé avec trois idiots comme témoins, se produisit l’élément déclencheur de la célèbre bataille d’Ishtar. Après on se demande pourquoi certains préfèrent imprimer la légende au détriment de la vérité.

Texte publié par Jules Famas, 4 juillet 2017 à 07h53
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