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J’ai le trac. C’est stupide, je le sais bien. J’ai affronté bien pire que ça, après tout. Et ce, depuis que je suis enfant.
     Mais là… Je crois que la peur que je ressens là, maintenant, est encore pire que d’avoir affronté tous ces mange-morts, d’avoir enduré toutes les souffrances dues à cette maudite pleine lune.
     Cependant, il y a une différence entre ce que je m’apprête à vivre dans quelques instants et ce que j’ai vécu depuis ma plus tendre enfance. Une toute petite chose mais qui rend ce moment si terrifiant.
     Pour la première fois, je vais devoir l’affronter seul. Pour la première fois, mes amis, mes mentors, mes protégés, tous sont absents. Soit morts, pour la plupart ; soit absents, et je ne peux pas leur en vouloir. Parce qu’au final, je crois que je les renverrais dans la tranquille sécurité de leurs abris s’ils décidaient de venir. Je serais touché de leur présence, mais je serais plus rassuré de les savoir bien protégés. Après tout, que vaut un bref moment comparé à toute une vie auprès de ses amis ?
    
     Elle se fait attendre, elle a peut-être le trac, comme moi. Je me laisse aller à la nostalgie. Mes amis… Mes maraudeurs. J’aurais aimé qu’ils soient là, aujourd’hui, à mes côtés, comme avant. James m’aurait assuré que ce n’était pas si terrible et qu’il y avait bien survécu, lui. Lily l’aurait réprimandé puis elle se serait mise à rire. Sirius aurait plaisanté, comme toujours ; il se serait moqué, comme toujours. Puis il aurait eu cet étrange sourire plein de tendresse qu’il était capable d’avoir par moments, quand son masque de joyeux drille laissait la place à celui d’ami au grand cœur.
     Mes amis, je vous ai perdus, je suis le dernier des maraudeurs. Enfin, pas vraiment le dernier, il reste Queudver également. Mais pour moi, c’est comme s’il était mort. James et Lily sont partis les premiers par sa faute. Et c’est par sa main, indirectement, que Sirius a trouvé la mort au ministère, il y a deux ans maintenant. Par sa main qu’il a donné à Voldemort, il a permis la libération de Bellatrix, qui a envoyé mon ami dans ce monde dont il ne reviendra plus jamais.
     Ce sont des biens sinistres pensées que j’ai, alors que je m’apprête à vivre ce que tout le monde appelle « le plus beau jour de ma vie ». Je le sais, je devrais être heureux. En fait, je le suis, mais j’ai peur. Peur de l’avenir, peur de ne pas la mériter, peur de cet orage qui plane au dessus de nous et dont les éclairs menacent de nous toucher, elle et moi. Cet orage qui s’appelle Voldemort…
    
     Elle n’est toujours pas là. Je commence à m’inquiéter. Et si elle avait finalement renoncé ? Je ne pourrais pas lui en vouloir, ce serait faire preuve de raison de sa part. Elle serait tellement mieux avec quelqu’un de plus jeune, de moins « malade », de plus… Fréquentable. Quelqu’un d’autre que moi. Je ne lui en voudrais pas, mais elle me manquerait. Son excentricité capillaire, sa maladresse, sa bonne humeur, sa fougue. Tout ce qui fait qu’à mes yeux, elle est magnifique, parfaite. Mon opposé.
    
     Des murmures derrière moi, une exclamation, celle de sa mère. J’ose me retourner, j’ai un peu peur.
     Elle est là. Elle avance vers moi d’un pas lent, au bras de son père. Elle porte une robe blanche toute en simplicité. Simple mais belle. Un voile recouvre son visage et ses cheveux. Ils sont roses, d’ailleurs. Rose comme lorsqu’elle est heureuse. Rose comme quand elle se sent bien.
     Elle est à ma hauteur maintenant, son père la laisse me rejoindre face au sorcier qui va nous unir.
     Je ne peux me retenir d’esquisser un sourire en prenant sa main. Je viens de le penser sans crainte : « nous unir ». Mais j’ai toujours du mal à réaliser. Comme si j’étais en train de rêver et que bientôt, j’allais me réveiller, seul et sans amour. Seul comme je l’étais jusqu’à ce que je la rencontre. Elle, la petite touche de folie dans le tableau de ma vie si sage, et si vide.
    
     Elle me voit sourire, alors elle me sourit à son tour. Je sens sa main trembler un peu dans ma mienne. Je la presse un peu plus fort, pour la rassurer. Comme si elle en avait besoin, alors que de nous deux, le plus terrifié, c’est moi.
     Si le sorcier n’avait pas toussoté pour nous rappeler la raison de notre présence ici, je crois qu’on aurait pu rester toute la journée ainsi, à se regarder dans les yeux, à se sourire, à se tenir la main. C’est presque avec regret que finalement, nous nous retournons pour lui faire face, et écouter ce qu’il a à nous dire.
     Enfin, écouter… Entendre, plus ou moins. Et encore, d’une oreille vraiment distraite. Je ne peux m’empêcher de laisser mon regard glisser vers elle, d’observer le profil de son visage sous le voile qui le dissimule. Je la vois remuer les lèvres, je l’entends prononcer un :
    
    - Oui, je le veux.
    
     Puis le silence. Un toussotement, encore, de la part du sorcier. Et son regard à elle qui se pose sur moi. Ses grands yeux qui me fixent, un peu inquiets, un peu… Dans l’attente d’une action de ma part.
     Ah oui… J’ai failli oublier. Je dois parler moi aussi. Je dois « confirmer » aussi mon engagement. Devant cet homme, devant les autres. Pour valider notre union. Comme si leur présence changeait quelque chose. Pour moi, ce n’est qu’une formalité administrative. Pour moi, je lui appartiens déjà.
    
    - Oui, je le veux.
    
     Voilà, c’est fait. Nous sommes mariés. J’entends encore le sorcier nous réciter sa prose, pour finalement m’autoriser à « embrasser la mariée ». Enfin.
     Je lève les mains vers son voile, je le soulève. Elle sourit. Elle est radieuse. Je l’aime.
     Mon cœur s’enflamme. Je la serre contre moi et je l’embrasse, passionnément. Elle est surprise, elle n’est pas habituée à ce que je fasse preuve d’aussi peu de retenue.
     Je la serre encore plus fort contre moi, j’approfondis mon baiser. Plus rien n’existe autour de moi, sinon elle. Elle et elle seule. Elle, pour le reste de ma vie. Pour le meilleur, et…
     Non, il n’y aura pas de pire avec elle. Ou s’il y en a, alors je verrai ça en temps venu. Pour l’instant, je m’en fiche un peu. Pour l’instant, je ne vois qu’elle, je ne veux qu’elle.
    
     Mais les meilleures choses ont une fin. Quelques applaudissements ont retentis autour de nous. Et elle a mis fin à ce baiser, pour se tourner vers eux. J’ai dû revenir dans le monde réel, à mon grand regret.
    
     Ils me l’ont prise, mais c’est normal. C’est sa famille. Moi, il y a longtemps que je n’en ai plus. Et alors que je m’éloigne un peu, pour les laisser ensemble, je remarque que ses cheveux ont viré au rouge vermillon sous son voile. Le résultat de notre baiser ? Je ne vois que ça comme réponse. Ca me fait sourire. Vivement ce soir, tiens…
    
     Sa mère pleure. Elle est émue. C’est normal. Tonks est sa fille unique. Son père les regarde, d’un air affectueux. Ses yeux sont humides aussi, mais il ne pleure pas à chaudes larmes. C’est normal, c’est un homme.
    
    « - J’aurais pleuré moi… »
    
     Je n’ai pas pu m’empêcher de sursauter et de regarder derrière moi. Mais il n’y avait personne. Logique. C’était la voix de Sirius. Et Sirius est mort. J’ai du rêver.
    
    « - Pas tant que ça… »
    
     Allons bon, ça recommence ! La voix que James maintenant. Je deviens fou ?
    
    « - Tu l’étais déjà… »
    
     Sirius de nouveau. Je n’ose plus bouger. Ca ne peut pas être des fantômes. Je les verrais sinon. C’est juste des voix. Leurs voix. Qui résonnent dans ma tête, qui semblent venir de…
    
    « - De ton cœur… »
    
     Lily. C’était la voix de Lily. Les larmes me montent aux yeux. Je ne comprends plus. Comment se fait-il…
    
    « - Réfléchis un peu Lunard, explique la voix de Cornedrue. Tu croyais vraiment qu’on allait te laisser faire la fête sans nous ? »
    « - Mais vous êtes morts ! Je ne peux pas vous entendre ! Ce n’est…»

    
     Je m’interromps pour regarder ma femme et ses parents. Ils n’ont pas réagi. Cela signifie que je n’ai pas parlé. J’ai donc pensé. D’une certaine façon, ça me rassure. Mais je ne comprends toujours pas.
    
    « - Nos corps sont morts, Remus. Pas nos âmes… »
    
     Lily, toujours sérieuse et douce.
    
    « - Enfin, si, quand même un peu ! »
    « - Sirius, tais-toi, laisse-moi m’expliquer ! »
    « - D’accord, je me tais… »
    « - Bref… Nos corps sont morts, mais pas nos âmes, pas totalement. Elles continuent de vivre dans les cœurs et les mémoires de ceux qui nous ont aimés. Et si nous le souhaitons, et qu’ils le souhaitent aussi d’ailleurs, nous pouvons venir leur parler. C’est pour cela que tu nous entends dans ton cœur. Parce que nous y serons toujours. »
    « - Pas si facile de se débarrasser de moi, hein ? ! »
    « - SIRIUS !!! »

    
     Je réprime un sourire. Ce sont bien eux, ils n’ont pas changé.
     Je ne réprime plus mon sourire. Ils sont là, avec moi. Je suis heureux. Je ne suis plus seul.
    
    « - Et oui ! On sera là aussi ce soir, quand tu… »
    BANG !

    
     Tiens, Lily vient de donner une claque à Sirius. C’est bizarre que même ça, je puisse l’entendre. A moins que je ne l’imagine…
    
    « - Nous sommes bien réels, mon ami. Autant que l’est l’affection que tu nous portes, même après notre mort. »
    
     La voix de James me fait frissonner. Elle me rappelle tellement de choses, de moments.
    
    « -Vous me manquez, tous les trois. Vous n’auriez pas dû partir avant moi, ce n’est pas juste… »
    « - La vie est ainsi faite. Nous avons eu notre temps, et nous avons été heureux, pendant ce temps… »
    « - Parle pour toi ! Azkaban n’a rien d’un paradis ! Surtout quand tu y passes une bonne partie de ta vie. »
    « - Et le reste de ton temps, n’as-tu pas été heureux ? »

    
     Bref silence dans ma tête, dans mon cœur.
    
    « - Si, tu as raison. Ca en valait la peine. »
    
     Soudain, je les sens se retirer discrètement. Je ne veux pas, pas tout de suite, pas alors que j’ai l’impression de les avoir retrouvés. Pas si vite…
     Mais je comprends pourquoi. Nymphadora est en train de s’avancer vers moi. Ils ne veulent pas nous déranger, ils veulent nous laisser seuls. Je suis sûre qu’elle comprendrait si je lui expliquais.
    
    « - Dis lui juste bonjour de ma part… »
    
     La voix de Sirius n’était plus qu’un murmure, à peine audible.
    
    « - Et aussi qu’elle est très belle, et qu’elle ne pouvait pas choisir meilleur mari… »
    
     Je ne sais pas si j’oserai lui dire pareille chose. Mais alors qu’elle me rejoint et remarque mon sourire, elle s’interroge.
    
    - Tu as l’air heureux, chuchote-t-elle. Et quelque chose me dit que ce n’est pas entièrement du à notre mariage…
    
     En guise de réponse, je la prends contre moi et vient embrasser son front.
    
    - De vieux amis m’ont fait parvenir leurs félicitations. Et… Ca faisait très longtemps que je n’avais pas eu de leurs nouvelles. Ils m’ont fait un très beau cadeau, pour notre mariage…
    - Tu es donc vraiment heureux ?
    - Oui. Mais qui ne le serait pas, avec une épouse aussi belle et des amis aussi fidèles ? !
    
     Au moment où elle m’avait rejoint, ses cheveux étaient redevenus roses. Mais maintenant, alors que je la tiens serrée entre mes bras, ils sont en train de redevenir rouge passion.
    
    - Et si…
    
     Elle s’éclaircit un peu la voix et ose lever les yeux vers moi. Ses pommettes sont en train de prendre la même teinte que sa chevelure.
    
    - Et si, poursuit-elle. Et si on transplanait discrètement vers un endroit plus… Privé ?
    
     C’est bizarre. Mais j’ai l’impression que cette couleur pourpre est en train de gagner mon visage aussi. Et cette proposition qu’elle vient de me faire est vraiment très… Alléchante. Je déglutis avec un peu de difficulté et finis par lui murmurer :
    
    - Trouvons nous un buisson…
    
     Un léger sort de confusion nous permet de détourner l’attention de sa famille et du sorcier qui nous a unis. Un grand bosquet de roses nous dissimule. Et juste avant que le transplanage ne nous emporte vers notre chambre d’hôtel, je parviens à chuchoter à son oreille :
    
    - Sirius te dit bonjour…. Et il te trouve charmante…
    
     J’aperçois un sourire. Elle n’est pas surprise. Normal, c’est ma femme. Rien ne l’étonne plus, me concernant. C’est pour ça que je l’aime….
    

Texte publié par Quetzy, 25 août 2013 à 09h59
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