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Tome 1, Chapitre 49 « À travers les ténèbres » Tome 1, Chapitre 49
Je me retrouve paralysée par mes propres audaces, sous le regard terrible de l'homme. Malgré tout, il semble décidé à me traiter avec courtoisie, du moins pour le moment.
    
    « Comment va votre jambe ? me demande-t-il en avisant ma béquille.
    
    — Mieux… »
    
    Je garde ma réponse évasive à dessin.
    
    « C’est une bonne chose. Vous sentez-vous assez en forme pour visiter la ville ? »
    
    Je me demande si je dois accepter ; après tout, je pourrais invoquer ma blessure… Mais le regard que me lance Lirka me suggère de lui donner satisfaction.
    
    « Ou… oui, volontiers !
    
    — Très bien. Venez, nous allons prendre mon véhicule ! »
    
    Ainsi, tout le monde ne se promène pas à pied dans l’Anthracité ? J’en suis un peu surprise, car je n’ai rien remarqué qui puisse ressembler aux navettes des villes d’Ether.
    
    J'espère que Lirka nous accompagnera ; je l’interroge du regard. La jeune femme comprend ma requête silencieuse :
    
    « Voyez-vous un inconvénient à ce que je vienne avec vous ? demande-t-elle d’une voix douce.
    
    — Bien sûr que non, Alankilia. Après tout, tu m’as ramené Lerno… et cette petite perle ! »
    
    Le sourire qu’il me lance a quelque chose d’inquiétant, mais je tente de passer outre.
    
    « Merci… est-ce que… je peux vous parler de façon discrète ?
    
    — Bien sûr, Alankilia ! »
    
    Ils s’éloignent dans un coin de la pièce, ce qui me laisse le temps de la détailler. Elle est bien éclairée par de larges dalles illuminées, incrustée dans le plafond. L’effet se rapproche de la lumière naturelle. Dans ce vaste espace, même les meubles de dimension imposante – un bureau, une armoire, des fauteuils – semblent un peu perdus. Tous présentent des lignes simples et sobres, dans le même bois veiné que la porte – cela doit représenter le summum du luxe dans l’Anthracité ! Je me prends à penser que ce matériau rencontrerait un beau succès à Ether, où nous ne pouvons pas faire pousser beaucoup d’arbres, et encore moins leur laisser atteindre une taille assez élevée pour en exploiter le bois. Nous utilisons des matériaux de synthèse créés à partir de bases végétales, mais elles n'offrent pas cet aspect noble et raffiné.
    
    J’effleure du bout des doigts les coussins des banquettes, recouverts d’une substance lisse et un peu élastique. Je soupçonne qu’il doit s’agir d’une sorte de peau d’animal… Cette pensée me fait frissonner. Je sais parfaitement que nos ancêtres l'employaient de façon courante, mais je ne peux m’empêcher de trouver cela un peu lugubre.
    
    À part cela, le bureau ne contient rien de singulier, si ce n’est la décoration du mur du fond. De nombreux creux constellent la matière noire et vitreuse, dans lesquels sont insérés des cristaux de couleurs et de formes différentes, qui étincellent sous un éclairage discret. Le tout présente un effet magique, presque hypnotique. Je les détaille, fascinée… je suis toujours plongée dans la contemplation quand mon nom retentit :
    
    « Prismè, si vous voulez bien m’accompagner ! »
    
    Je sursaute, confuse de m’être ainsi laissée surprendre. Quand je lève les yeux, Teheros se trouve juste devant moi et me tend courtoisement la main. J’hésite à la saisir, mais si je veux endormir sa méfiance – voire juste survivre – je dois me montrer docile. J’ignore toujours ce qu’il a l’intention de faire de moi… Je me dis que s’il comptait me tuer à brève échéance, il ne prendrait pas la peine de manifester autant de prévenance à mon égard.
    
    J’accepte son aide pour me lever ; il semble bien plus fort qu’il ne le paraît de prime abord. Il y a quelque chose de très contrôlé dans sa façon d’être. L’intensité de ses yeux sombres me donne l’impression qu’il peut lire en moi. Il serait facile de se laisser séduire par son air attentif et souriant, sans cette lueur froide dans son regard. Si Lirka ne m’avait pas raconté comment il a traité Eïdo, je tomberais dans le piège de sa fausse cordialité, mais je suis avertie désormais ! Je suis bien décidée à ne pas lui faire confiance, même si je me trouve entre ses mains.
    
    J’avais pensé que Teheros m’entraînerait vers l’extérieur du bâtiment, mais il nous conduit vers une porte qui ouvre au fond de son bureau. J’esquisse un mouvement de recul à l’idée de m’enfoncer dans les profondeurs de la cité. Les rues me semblent soudain presque riantes, avec leurs lumières étoilées et les habitants qui les parcourent.
    
    « Ne vous inquiétez pas, nous allons juste chercher mon véhicule ! » déclare l’homme avec un petit sourire plus ironique que rassurant.
    
    Je me sens un peu stupide, mais je garde le silence. Je boitille derrière… en fait, derrière qui ? Je ne connais de lui que ce nom, Teheros, mais j’ignore sa fonction réelle dans l’Anthracité. Président ? Maire ? Une autre dont je ne sais rien ?
    
    Un bref corridor ouvre sur une pièce noire et vitrifiée comme beaucoup dans l'Anthracité, où j’aperçois un engin oblong, aussi sombre et luisant que les murs qui l’environnent. On dirait une sorte d’aéroquartz qui ne serait pas conçu pour voler… un concept pour le moins étrange !
    
    Teheros me fait monter à côté de lui ; tant bien que mal, je m’installe dans un siège profond où je me retrouve plus couchée qu’assise ; j’arrive malgré tout à placer ma béquille près de moi. Lirka se glisse à l’arrière.
    
    Bientôt, la navette quitte le garage et s’engage dans un boyau qui doit longer la rue principale, ou nous croisons quelques véhicules semblables. À intervalles réguliers, je peux voir des renfoncements où les engins peuvent s’arrêter pour laisser descendre leurs passagers.
    
    « Grâce à ces routes, nous pouvons nous déplacer très vite sans gêner les piétons, explique Teheros en conduisant d’une main sûre.
    
    — Où allons-nous ? »
    
    Cette question a franchi mes lèvres avant même que j’aie pu les retenir.
    
    « J’ai décidé de vous montrer à quoi ressemblent ces terribles sorciers abscura ! »
    
    Je reste figée sur mon siège, tandis que le véhicule file dans la pénombre caverneuse.
    
    « Ces affreux personnages que les vôtres ne cessent de décrire comme des monstres, continue-t-il. Et en passant, vous allez aussi en apprendre beaucoup sur les vôtres… et sur leurs crimes. »
    
    À l’arrière du véhicule, j’entends Lirka prendre une vive inspiration.
    
    Je préfère fermer les yeux…
    

Texte publié par Beatrix, 12 août 2020 à 17h11
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