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Tome 1, Chapitre 48 « Teheros » Tome 1, Chapitre 48
« Eh bien… Vous ne deviez pas imaginer notre monde ainsi ? » remarque Lirka en souriant.
    
    Inutile de lui répondre : cela va de soi. Comme tous mes semblables, je m'étais représenté les Profondeurs comme un ramassis de boyaux obscurs et sordides, qui ressemblent aux tréfonds de l’enfer. Or, la beauté de ce lieu égale celle d’Ether, même si l’immensité du ciel me manque. Je comprends mieux comment ses habitants peuvent y passer leur vie, sans éprouver le besoin de recoloniser la surface. Ils y bénéficient de tout le confort et la sécurité nécessaire.
    
    « Il ne fait même pas froid… »
    
    J’ai prononcé cette remarque à voix haute, sans même m’en rendre compte.
    
    « Plusieurs sources coulent ici : deux d’eau froide, parfaitement potable, et une d’eau chaude, qui aide à maintenir une température confortable. Elle nous fournit aussi de l’énergie. Notre savoir n’a rien à envier à celui des enclaves scientifiques ! »
    
    Je n’ai pas la moindre idée de ce que sont ces « enclaves », ni à quoi elles peuvent ressembler… Mais ce n’est pas le moment d’y songer. Puisque j’ai la chance d’entrevoir une partie de ce monde caché, autant en profiter pour en apprendre autant que possible !
    
    « Venez, ne nous attardons pas ! » reprend Lirka.
    
    Clopinant sur ma béquille pour me maintenir à sa hauteur, je lui emboîte le pas le long de la rue centrale. Personne ne semble nous accorder d’attention particulière. Les gens que nous croisons sont des citoyens ordinaires : des hommes, des femmes, des enfants, qui vaquent à leurs occupations… et vivent, tout simplement.
    
    « C’est encore loin ? »
    
    La jeune femme se tourne vers moi ; elle s’aperçoit seulement que mon état ne me permet pas de progresser aussi vite qu’elle.
    
    « Pardonnez-moi... Je peux vous appeler un véhicule, si vous le souhaitez ! »
    
    Un véhicule ? Oui, cela tombe sous le sens… Même si je n’en vois aucun dans les parages, il doit bien en exister pour couvrir toute l’étendue de l’Anthracité. Malgré tout, je tiens à ma fierté !
    
    « Ça ira, merci… Si nous allons un peu moins vite… »
    
    Son visage porte une expression confuse :
    
    « Je suis navrée. J’ai l’habitude de marcher vite et je ne pensais plus à votre blessure… »
    
    Lirka ralentit aussitôt l’allure, à mon grand soulagement. Elle demeure silencieuse ; j’en profite pour réfléchir à la situation. Même si j’ai appris beaucoup d’éléments intéressants sur nos ennemis, j’imagine bien qu’ils ne me laisseront pas les transmettre ni aux Etheriens, ni au conseil de l’Agathos. L’essentiel, plus jamais, est de rester en vie.
    
    Enfin, nous arrivons sur une nouvelle place, au fond de laquelle s’élève une large façade qui se démarque de celles qui nous environnent : dans le noir des murs courent des veines de cristaux blancs légèrement lumineux, qui m’évoquent un orage pétrifié. À part ce détail, il présente une grande simplicité, avec juste une légère corniche pour séparer chacun des étages ; j’en compte trois. Au centre du premier niveau est creusée une loggia inondée d’une lueur bleuâtre. Les fenêtres sont munies de vitres teintées d’un gris tirant vers le violet, d’après la clarté qui filtre au travers. Le tout me semble terriblement formel et solennel…
    
    « Viens, c’est ici… »
    
    Lirka m’accompagne vers l’entrée, où nous sommes arrêtés par des gardes, un homme et une femme, qui portaient une armure similaire à celle de la mystérieuse Sedre.
    
    « Dame Alankilia, la salue la femme en s’inclinant légèrement. Maître Teheros vous attend.
    
    — Merci.
    
    — Souhaitez-vous que nous vous escortions ?
    
    — Inutile, je connais le chemin.
    
    — Bien. Bonne visite. »
    
    Je doute qu’une visite dans un endroit pareil puisse être bonne !
    
    Encore un couloir noir et luisant… Encore des alignements de portes qui doivent donner sur des pièces aveugles. Rien de bien nouveau.
    
    Pour tromper mon inquiétude, je me tourne vers Lirka :
    
    « Pourquoi est-ce que les gens d’ici vous appellent Alankilia et non Lirka ?
    
    — Vous appelez bien Lerno Eïdo. »
    
    Je fronce les sourcils ; à la vérité, je ne me suis pas posé la question de savoir pourquoi il avait changé de nom. Peut-être voulait-il tirer un trait sur le passé, autant sur les laboratoires d’Ether que l’Anthracité. Pour Lirka, les circonstances sont différentes…
    
    En voyant mon désarroi, elle finit par sourire :
    
    « Alankilia est un nom honorifique lié à ma condition d’invocatrice, que j’ai choisi après avoir reçu les sceaux.
    
    — Et Lerno ?
    
    — Il n’a pas mérité cet honneur… parce qu’il est imparfaitement scellé. »
    
    J’éprouve une étrange tristesse en entendant son explication.
    
    « Mais vous continuez à vous appeler par vos prénoms d’enfance. Même Hederu…
    
    — Cela reste nos noms, pour ceux qui nous ont connus depuis notre arrivée. Et puis vous comprendrez pourquoi je ne peux l’appeler Eïdo, et pourquoi il ne peut m’appeler Alankilia… »
    
    J’acquiesce gravement : cela tombe sous le sens.
    
    « Quel nom voulez-vous que je vous donne ? »
    
    Un sourire se dessine sur ses lèvres :
    
    « Lirka me va très bien, Prismè. »
    
    Je me sens soulagée ; les choses paraissent plus simples ainsi.
    
    Enfin, nous arrivons devant une porte encore plus solennelle que les autres, qui a été taillée dans un bois gris veiné de blanc, de beige, d’orange et de violet. Je suppose qu’il doit provenir des arbres de la canopée. Je n’imagine même pas comment on peut abattre l’un de ces géants… Peut-être que certains s’écroulent naturellement ?
    
    Lirka frappe au battant.
    
    « Entrez », répond une voix masculine.
    
    Elle me semble feutrée, presque douce… Est-ce vraiment celle de Teheros ?
    
    Lirka ouvre la porte et pose une main sur mon épaule pour me faire passer avant elle. J’aurais préféré me cacher derrière l’invocatrice, mais sans doute vaut-il mieux affronter directement le danger que de repousser l’échéance. Ma crainte se mêle à une part de curiosité…
    
    La sœur d’Eïdo s’immobilise à côté de moi, soudain très raide. Un homme s’avance vers nous. À force d’entendre parler de ce Teheros, j’en suis venue à le voir comme une sorte de monstre de trois mètres de haut ! Bien sûr, il n’en est rien. Cette figure clef de l’Anthracite ne me dépasse que de peu. C’est un personnage mince, au teint clair. Ses cheveux sombres blanchissent au niveau de ses tempes. Il porte un costume noir à col montant, d’une coupe très simple, mais élégante. Je pourrais le prendre pour un enseignant affable ou un fonctionnaire discret… si ce n’était son regard. Celui d’une paire d’yeux gris, froids et calculateurs.
    
    Il salue Lirka d’un bref hochement de tête et s’avance vers nous :
    
    « Alankilia, je te remercie d’avoir amené notre… invitée. »
    
    Quand il se tourne vers moi, il m’examine comme si j’étais un insecte sur un mur avant de reprendre la parole :
    
    « Soyez la bienvenue en ces lieux… Prismè, je crois ? »
    
    J’acquiesce en silence.
    
    « Nous n’avons pas souvent de visiteurs d’Ether en ces lieux, comme vous pouvez vous en douter. Alankilia et son frère sont ce que nous avons connu de plus proche... »
    
    Mon sang ne fait qu’un tour. Comment peut-il parler avec tant de désinvolture d’un enfant qu’il a soumis à un traitement si impitoyable ?
    
    « Je ne crois pas, non ! Lerno est parti de chez vous et n’avait aucune intention de revenir ! »
    
    Je regrette immédiatement mes paroles trop rapides, mais je n’ai pas la moindre intention de m’excuser, malgré le regard alarmé de Lirka.
    
    Teheros se met à rire doucement :
    
    « Intéressant… Vraiment intéressant ! »

Texte publié par Beatrix, 9 juillet 2020 à 23h39
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