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Tome 1, Chapitre 47 « Voyage au cœur de l’Anthracité » Tome 1, Chapitre 47
Un peu plus tard, Hederu me rend visite pour vérifier mon état, mais aussi pour me remettre des objets que je ne connais qu’en image ! Des livres antiques, sans doute sortis des décombres des villes désertées de la surface. Des assemblages de carton et de papier, défraîchis par endroit, qui portent des mots que je ne vois habituellement que sur écran. J’ose à peine les toucher, mais la médicane m’encourage :
    
    « Je ne peux malheureusement rien vous offrir qui puisse vous éclairer sur la vie que nous menons, ici, dans l’Anthracité. Je suis prête à vous faire confiance, mais je ne suis pas seule à décider... Je préfère ne prendre aucun risque. J’espère que ces ouvrages vous apporteront un peu de distraction… »
    
    Je les accepte avec plaisir, même si je remarque, non sans amertume, qu’on me traite comme une prisonnière dangereuse. Après le départ d'Hederu, je m’assois au bureau et je dévore le contenu de ces quatre piles de papier relié. Les ouvrages parlent d’un monde qui m’est aussi étranger, sinon plus, que la Surface et les Profondeurs. Un monde où les gens habitent dans ces petites demeures entourées de jardins ou ces hautes tours dont j’ai vu les ruines, avec leur famille et leurs amis. Où ils travaillent, vont à l’école, se distraient… Je commence ma lecture par une histoire d’amour entre deux adolescents maladroits… le genre de littérature qui existe toujours à Ether, mais qui ne m'a jamais tenté. Malgré tout, ce récit me paraît différent en raison de son contexte passionnant. Je le dévore avec un intérêt profond, en grommelant quand l’auteur se recentre trop sur l'action. Au milieu de la nuit, je parcours la dernière page, avant de me résoudre enfin à dormir.
    
    Quand le réveil sonne, trop tôt à mon gré, je regrette ce coucher tardif ! Après une douche rapide, je saute dans mes vêtements pour me tenir prête à une éventuelle visite. Une heure après, ma porte s’ouvre sur Lirka, qui semble nerveuse :
    
    « Bonjour, Prismè… Je vais vous demander de me suivre. »
    
    Une terrible appréhension s’empare de moi :
    
    « Pour quelle raison, Lirka ?
    
    — Teheros est de retour. Il veut vous rencontrer… »
    
    Teheros… Ces derniers jours, j’ai appris à craindre ce nom. Après tout, c’est lui qui fait trembler Lirka, qui a torturé Eïdo. Je le hais déjà de toutes mes forces ! Je pourrais bien ne jamais revenir de cette rencontre !
    
    « Est-ce que je peux voir Eïdo… Lerno avant ? »
    
    La jeune femme baisse la tête, réfléchit brièvement, avant de déclarer :
    
    « C’est d’accord, mais rapidement. »
    
    J’acquiesce, toujours aussi nerveuse, avant de saisir ma béquille ; je tiens à ce que mes ravisseurs me croient encore handicapée par ma blessure.
    
    Quand je rentre dans la pièce, Eïdo dort paisiblement. Il semble moins souffrant et le dispositif médical tout autour de lui s’est allégé, ce qui me soulage un peu. Mieux vaut le laisser tranquille ; il a besoin de repos pour se remettre de ses épreuves. Je me contente de poser ma main sur la sienne, tout en lui jurant à voix basse de nous tirer tous les deux de ce pétrin ! Malgré tout, je sais combien cette promesse est fragile… J’ignore tout des intentions de Teheros à mon égard.
    
    Je me redresse avec détermination.
    
    « C’est bon. Allons-y ».
    
    Lirka se penche pour embrasser le front de son frère, avant de m'entraîner en dehors de la chambre, vers les couloirs de l'Anthracité. Je peine à suivre ses longues enjambées. Malgré tout, pas une plainte ne franchit mes lèvres. J’observe attentivement les lieux que nous traversons.
    
    Nous quittons bientôt l’aire médicale, pour rejoindre le hall à l’entrée de l’Anthracité. Cette fois, nous empruntons un autre chemin ; nous nous retrouvons dans un corridor entièrement taillé dans cette fameuse matière noire et vitrifiée, qui me renvoie mon image comme autant de fantômes sur le sol, le plafond, les murs… Du bout des doigts, j’effleure la matière froide de lisse :
    
    « De quoi s’agit-il ? »
    
    Lirka se retourne à peine :
    
    « C’est la roche dans laquelle l’Anthracité est taillée. Le processus l’a fait fondre. Elle a juste été polie. »
    
    Une telle prouesse me laisse pantoise… et légèrement frissonnante. Les Profondeurs disposent vraiment de telles technologies ? Ou emploient-elles une forme de magie des Limbes ?
    
    La jeune femme appuie la main sur une porte métallique ; un léger rayonnement s’élève autour de ses doigts, puis le battant s’écarte, en leur livrant passage vers ce qui ressemble à une place de ville. L’espace devant s'apparente aux petits parcs d’Ether, mais il est plantés d’espèces qui vivent habituellement sous la pénombre de la canopée : des buissons-champignons phosphorescents, des filaments et des lianes qui pendent de structures de métal strié, qui imitent les immenses troncs sur lesquels ils poussent. Des plantes volantes se meuvent dans de fines cages de grillages. D’étranges fleurs ouvrent des corolles aussi brillantes que des joyaux. Depuis le plafond, loin au-dessus de notre tête, des lumières étincelantes, comme autant d’étoiles miniatures, éclairent la scène.
    
    Les dangers de la forêt me reviennent soudain en mémoire. Je me fige aussitôt, ce qui amuse Lirka :
    
    « Ne vous inquiétez pas, aucune n’est dangereuse ! »
    
    Je me sens un peu honteuse, même si mon inquiétude reste légitime. Malgré tout, il semble logique que seules soient admises en villes des espèces inoffensives. Je prends le temps de regarder autour de moi : nous nous trouvons dans un immense boyau, aux parois tout aussi luisantes que celles du couloir, mais un peu moins régulières. Au-delà de la place, il se divise en plusieurs parties, comme autant d'avenues souterraines bordées de façades taillées dans la roche. Elles évoquent de véritables bâtiments, de proportions et de styles divers, très simples pour certains, surchargés de frontons ou des piliers pour d'autres. Ils me font plus l'effet de tombeaux que de lieux où résident des gens bien vivants.
    
    Pourtant, nous croisons de nombreux passants, comme dans une rue d’Ether. J’ai toujours pensé que les habitants des Profondeurs étaient sombres de cheveux et mats de peau, sans doute parce que les Etheriens – même les non-radiants – ont le teint clair et une chevelure pastel, ou parfois plus vive. Les personnes que je vois présentent une apparence très variée. Certaines ressemblent à Hederu, avec une peau presque noire, mais d’autres sont aussi pâles que moi. Cela me donne l’impression qu’ici, plusieurs mondes se mélangent. Les hommes comme les femmes de l’Anthracité portent des vêtements très divers, depuis de simples combinaisons jusqu’à de longues robes plus ou moins décorées.
    
    C’est un tout autre univers que je découvre... et je ne peux en détourner le regard.
    
    

Texte publié par Beatrix, 13 mai 2020 à 01h51
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